La peur de manquer

La peur de manquer de chaleur, de nourriture, d’espace, d’amour, d’eau, de sécurité? Oui, j’en suis atteinte. Ne riez pas : je me considère comme une personne très fragile. Il suffit que je me retrouve dans une pièce mal chauffée pour que cela m’empêche de lire. Qu’un repas soit retardé de deux heures et l’anxiété me saisit! Et si j’ai soif et qu’il n’y a pas d’eau potable à proximité, je me sens aussi en peine qu’un Touareg perdu dans le Sahara!

Il est bien possible que je ne sois pas la seule à réaliser que, tapies au fond de moi, les grandes peurs de nos ancêtres soient toujours prêtes à refaire surface. Les marchands l’ont bien compris et se servent de ces peurs pour nous vendre un tas de trucs: des manteaux imperméables (peur de l’eau), des vestes qui « respirent » (peur de la moiteur), des manteaux très chauds (peur du froid) avec des fermetures-éclair (peur d’avoir chaud), des chaussures pour le sport (peur de se blesser), des chaussures élégantes (peur de ne pas être aimé). Dans le domaine alimentaire, des barres Énergie (peur de manquer de nourriture), des pots de vitamines A-B-C-D-E-K…(peur de mourir), du lait de vache (peur de manquer de calcium), de la viande (peur de manquer de protéines et de fer). Dans le domaines du « char »: des grosses voitures (peur d’être perçu comme un « nobody »), des petites voitures (peur de manquer de place pour stationner), des autos « vertes » (re- peur de ne pas être aimé). Et ainsi de suite. Si la « business » se porte bien, c’est que des psys conseillent judicieusement les industries. Nos peurs nourrissent bien « l’économie ».

La simplicité volontaire, là dedans? Tant qu’on ne « travaille » pas nos peurs et nos résistances intérieures, pas de liberté possible! LE travail à faire : remplacer les sécurités extérieures (je parle de ces tas de biens non essentiels qui remplissent nos maisons, les cabanons, le chalet, l’entrepôt, etc.) par la sécurité intérieure : celle de sa spiritualité, de ses buts les plus éthiques. Cultiver la transcendance en mettant le cap sur ce qui compte le plus: « Moins de biens et plus de liens ». Développer de l’endurance face aux petites contrariétés de la vie. Et finalement, se répéter que notre mort va servir à remettre à la Terre les cendres et poussières de notre précieuse petite personne.

Qui nous dit que n’arrivera pas bientôt une situation sociale, alimentaire, ou climatique qui nous commandera de nous habituer très vite à vivre autrement? Il nous faudra peut-être quitter bientôt ce cocon bien chaud dans lequel tout nous est accordé avec abondance, le plus souvent au détriment du confort d’autres citoyens.

« Résilience ».  Un mot que j’affectionne particulièrement. On l’utilise très souvent au sein du mouvement de la Transition.  www.quebecentransition.org

————

Diane Gariépy s’implique au sein du mouvement de la Transition, du Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale, et du Réseau Québécois pour la Simplicité Volontaire. Elle est plus particulièrement active dans ce dernier. En 2011, elle a publié l’ouvrage collectif Nous, de la simplicité volontaire aux éditions Écosociété.

Une réflexion au sujet de « La peur de manquer »

  1. Ping : Pleurer pour la Terre tourne à la passion pour le bleu | Le blogue de quelqu'une

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>