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Sur le chemin de la frugalité

Cet article concerne l’ouvrage en anglais « Muddling Toward Frugality. A New Social Logic for a Sustainable World », de Warren Johnson (Easton Studio Press réédition 2010 (1978))

La thèse principale de ce livre est que notre mode de consommation actuel est incompatible avec la survie de l’humanité à long terme. Ou nous opérons des changements majeurs dans nos façons de vivre, ou nous attendons les catastrophes qui nous y obligeront. L’auteur croit en la première alternative, en faisant l’hypothèse que nous y parviendrons petit à petit, en changeant lentement nos façons de faire, en rampant, « muddling ». Mais pour ce faire, nous avons besoin de temps. Et selon lui, c’est possible  ; son livre est donc fondamentalement optimiste, et irréaliste par moments  ; car depuis la première version du livre, nous voyons que le problème du réchauffement climatique est beaucoup mieux documenté et que ses effets négatifs s’accélèrent  ; or Johnson compte beaucoup sur le charbon pour faire la transition énergétique, et les technologies actuelles ne nous permettent pas encore d’utiliser cette énergie sans production importante de gaz à effet de serre.

Tout de même, le livre ne manque pas d’intérêt. La société vers laquelle il faudrait aller serait fort décentralisée et plus frugale. Selon l’auteur, les gens prudents devraient déjà faire des choix qui vont dans ce sens :

—   si possible, aller vers des emplois dans des entreprises qui ne sont pas dépendantes de beaucoup d’énergie et de matières premières  ;

—   apprendre à travailler de ses mains, à bricoler, à faire soi-même ses réparations  ;

—   prendre des mesures pour diminuer sa consommation et ses dépenses, comme mieux isoler sa maison, avoir une plus petite auto, demeurer proche de son emploi et des services… Donc, remettre en question la vie en banlieue.

Comme il prévoit la fermeture de nombreuses entreprises et donc la raréfaction des emplois, Johnson croit qu’«à partir de maintenant, toute personne qui laisse un emploi régulier pour un autre qui le retire du marché du travail fera un cadeau à la société ».

Ce livre est très américanocentriste  ; mais il reconnaît en même temps la responsabilité des Etats-Unis et des autres puissances occidentales dans la crise environnementale et dans les inégalités du monde actuel. En particulier, il s’interroge sur les effets qu’ont pu avoir la diffusion de nos systèmes d’éducation ainsi que la mondialisation du commerce. Sa vision de l’avenir du tiers monde est très pessimiste  ; il va même jusqu’à écrire que « aussi cruel cela puisse-t-il sembler, la chose la plus souhaitable (‘merciful’) qui puisse arriver pourrait être une quelconque catastrophe qui surgirait rapidement dans la demi-douzaine et quelque de pays qui sont désespérément surpeuplés, une catastrophe qui diminuerait leur population sous leur niveau actuel, rendrait plus facile les choses aux survivants et encouragerait les gens à changer d’attitude vis-à-vis des familles nombreuses. » Petite consolation, Johnson reconnaît que nous aurions beaucoup à apprendre des pays « sous-développés » :

—   Leur économie fonctionne à partir de ressources locales. Et ils ont beaucoup moins besoin d’énergies fossiles pour répondre à leurs besoins.

—   Ils sont bien adaptés à leur environnement. Par exemple, même après des siècles d’exploitation de leurs terres, celles-ci conservent le plus souvent leur fertilité.

—   Ils sont décentralisés et fonctionnent souvent à petite échelle. (Il faut ici noter que ce modèle est en train de changer rapidement, avec l’évolution vers l’agriculture d’exportation et la migration des paysans vers les grandes villes.)

Au total, l’auteur est optimiste. Nous pouvons, si nous le voulons vraiment, nous ménager un futur meilleur. « Par-dessus tout,  cela peut être une bonne vie. En effet, nous échangerons les grandes réalisations d’une société technologique à grande échelle pour des modes de fonctionnement à une échelle plus humaine. Une fois encore nous participerons à la grande aventure humaine, au lieu d’en être séparés et de chercher à la manipuler comme si nous étions des dieux de la technologie. Nous regagnerons un degré de stabilité qui permettra l’approfondissement de la culture et l’enrichissement de vies vécues simplement. Par-dessus tout, nous aurons l’assurance de savoir que notre relation avec l’environnement est soutenable, et que la Terre est une vraie demeure pour nous. »

Gagner sa vie dans la nouvelle réalité postindustrielle

Suite de notre série de réflexions sur la préparation émotionnelle aux changements qui nous attendent, une adaptation du travail de l’auteure américaine Carolyn Baker.

L’effondrement de la civilisation industrielle implique forcément que le travail et les façons de gagner sa vie telles que nous les connaissons actuellement n’existeront plus ou seront très différentes. On peut anticiper que l’économie informelle et souterraine connaîtra un grand essor. Très peu de personnes auront un emploi au sens où nous l’entendons aujourd’hui et survivre, pour la plupart des gens, sera un défi de chaque instant.

La pyramide de Maslow

D’après le travail de Maslow, dans la hiérarchie des besoins, la fondation de la pyramide est constituée des besoins de base, ceux qui nous permettent de survivre physiquement. En revanche, des besoins au sommet de la pyramide comme celui de trouver un sens à ce que l’on fait, ou faire quelque chose qui nous motive, ne peuvent être comblés qu’après avoir assuré la fondation, celle des besoins physiques immédiats.

Dans un environnement postindustriel, arriverons-nous jamais à dépasser la couche de fondation de la pyramide pour se hisser vers les niveaux supérieurs? Ma conviction est que nous consacrerons certes beaucoup d’efforts à notre survie, mais les questions de signification et de vocation ne seront pas pour autant hors-sujet. Par conséquent, on peut dès maintenant commencer à réfléchir au sens que l’on trouve à effectuer son travail actuel, car cette réflexion pourra être utile par la suite.

Pour autant, il ne faut pas s’imaginer pouvoir forcément exercer un métier qui réponde à nos aspirations; la résilience et la flexibilité seront les maîtres mots de la survie humaine dans le futur. Il faut donc s’atteler à acquérir un large éventail de compétences dès à présent : ainsi, on peut chercher à accomplir sa vocation tout en apprenant des compétences qui nous plaisent peu, mais s’avèreront utiles par la suite.

Gagner sa vie pour soi et sa communauté

Comment s’engager sur ce chemin? Plusieurs options existent, dont voici quelques exemples :

Dans ma ville de Boulder dans le Colorado, un groupe appelé Liberation Economics propose le concept de “communautés catalytiques”, de petits groupes dont les membres travaillent ensemble à apprendre les uns des autres pour mieux réaliser leur potentiel. En allant plus loin, on peut envisager que des groupes de personnes se préparant aux bouleversements à venir et partageant des intérêts communs s’unissent pour lancer des petites entreprises dont les biens et les services seront nécessaires dans une société post-industrielle.

Le mouvement de la Transition (réseau mondial, réseau québécois), lui, se concentre entre autres sur le réapprentissage de savoirs qui ont été oubliés lors du développement de la civilisation industrielle, mais qui pourraient redevenir nécessaires pour passer au travers de sa phase de déclin. Ainsi, des groupes de Transition à travers le monde offrent régulièrement des ateliers en permaculture[1], jardinage biologique, conservation et entreposage de nourriture, cueillette de plantes sauvages comestibles, phytothérapie, construction à base de paille, compostage, aide d’urgence, etc.

Un autre mécanisme qui connaîtra sans aucun doute un grand succès est celui des banques d’échange de temps. Quand on y pense, il s’agit là d’une forme de monnaie alternative; dans la plupart des cas, une heure du temps de chacun équivaut à une heure du temps de toute autre personne, quelle que soit l’activité. C’est un mécanisme simple mais fort utile pour chaque individu et pour sa communauté.

Quelques pistes pour poursuivre votre réflexion:

  • Quel travail exercez-vous actuellement? Est-ce ce à quoi vous vous sentez appelé-e à faire? Si oui, pourquoi? Si non, quelle est votre vraie vocation?
  • Comment vous préparez-vous à un monde dans lequel l’emploi, tel qu’on le connaît maintenant, pourrait ne plus exister? Quelles compétences avez-vous à offrir dans un monde postindustriel?
  • À quelles personnes rendez-vous service dans votre communauté? De quelles façons travaillez-vous à améliorer, soigner, embellir ou protéger celle-ci? Quels besoins de votre communauté vous appellent à vous impliquer pour les combler?

Adaptation et traduction du premier chapitre du livre Navigating the Coming Chaos, réalisée par Sylvie Robert du Réseau Transition Québec.

À propos de l’auteure: Carolyn Baker est psychothérapeute de formation et a pratiqué ce métier durant plusieurs années; elle a également été professeure d’histoire et de psychologie. Elle anime des ateliers de préparation spirituelle aux défis du futur, et est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Sacred Demise: Walking The Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse (2009), Navigating the Coming Chaos: a Handbook for Inner Transition (2011) et le plus récent Collapsing Consciously : Transformative Truths for Turbulent Times (2013). Elle tient un blogue et propose une revue de presse commentée, Speaking Truth to Power à www.carolynbaker.net. Merci à Carolyn de nous avoir permis de publier ici ses réflexions!


[1] La permaculture est une approche permettant de concevoir des habitats humains et des systèmes agricoles qui imitent les relations présentes dans l’écologie naturelle. Sur Ékopédia: lien.

Se préparer émotionnellement à la fin de notre civilisation industrielle

Cet article débute une série de réflexions que le blogue publiera dans les prochains mois sur la préparation émotionnelle aux changements qui nous attendent. Il est l’adaptation du travail de l’auteure américaine Carolyn Baker.

De nombreux enjeux (pic pétrolier, changements climatiques, crises économiques) suggèrent que nous sommes au début d’une période d’effondrement de la civilisation industrielle. Ces sujets sont fort bien documentés par ailleurs; mon intention ici est d’aborder les conséquences émotionnelles de ces bouleversements.

L’auteur Clive Hamilton[1] évalue ainsi la situation dans laquelle nous nous trouvons :

“L’attaque des perturbations climatiques sur tout ce en quoi nous croyions – le progrès illimité, un futur stable, notre capacité à contrôler le monde naturel à l’aide de la science et de la technologie – rongera les piliers qui soutiennent la psyché moderne. Ce sera psychologiquement déstabilisant, à un degré peut-être dépassé seulement dans l’histoire de l’humanité par le passage à l’agriculture et l’avènement de la société industrielle.”

Bien que Clive Hamilton fasse ici référence uniquement aux changements climatiques, on peut s’attendre à ce que l’épuisement des ressources énergétiques et la crise économique globale provoquent également des perturbations psychologiques.

Comme le montre le mouvement de la Transition qui s’est répandu à travers le monde, le passage à un mode de vie plus résilient[2] doit notamment prendre en compte les aspects psychologiques d’un tel cheminement – une Transition intérieure qui complète et soutient la Transition extérieure, celle qui s’occupe des aspects pratiques et physiques de nos besoins.

Il se peut que, face à la perspective d’un effondrement de la civilisation industrielle, vous ayez différentes manières de vous réconforter : par un bon verre, un dessert gourmand, la présence physique d’un proche ou d’un animal, la télévision – ou tout simplement le sommeil. Mais vous savez au fond de vous que vous devrez faire face, tôt ou tard, aux émotions que cette anticipation du futur provoque en vous.

John Michael Greer, dans l’un des articles de son blogue (« Waiting For the Millenium : The Limits of Magic »), nous donne une piste pour affronter ce désarroi :

« (…) la foi au cœur de cette ère qui est en train de passer, selon laquelle le futur sera meilleur que le passé ou le présent, est devenue une illusion. (…) Presque tous nos ancêtres ont vécu dans des temps où aucun futur radieux ne brillait à l’horizon; presque tous nos descendants connaîtront la même situation. La grande majorité des premiers (nos ancêtres, NdT) et, sans doute, de ces derniers aussi (nos descendants, NdT), ont trouvé et trouveront d’autres raisons de vivre. C’est tout aussi envisageable dans le moment présent, si l’on est prêt à réfléchir à l’impensable, à reconnaître que l’ère de l’abondance se termine, et à envisager que le fait de faire la bonne chose en temps de crise, même si cet acte nous met mal à l’aise ou est difficile, pourrait être une source de sens plus convaincante que d’attendre qu’un futur radieux se matérialise par magie. »

De même, Clive Hamilton note que : “Au fur et à mesure que la crise climatique a lieu et remet en cause le futur de l’humanité, le sens qu’ont nos vies deviendra un enjeu de plus en plus important. Après une longue période de perturbation psychologique, la stabilité reviendra seulement si une nouvelle compréhension de la Terre émerge, une histoire qui remplacera celle selon laquelle la planète est un réservoir de ressources servant à alimenter une croissance illimitée. »

Il serait futile de s’opposer à l’effondrement du système actuel. C’est là une idée centrale de mon ouvrage de 2009, Sacred Demise : Walking The Spiritual Path Of Industrial Civilization’s Collapse. Arrêtons d’essayer d’empêcher ou d’éviter l’effondrement. Ouvrons-nous plutôt à cette idée, suivons le courant, comprenons ce qui se passe et ce que les évènements exigent de nous.

On pourrait faire valoir qu’il y aura une façon d’être « sauvés » de ce qui nous attend : par un leader politique, une autre personne, ou encore des extraterrestres ou la colonisation d’autres planètes. Mais même si l’une de ces options s’avérait réaliste, une telle issue ne nous permettrait pas, en tant qu’espèce, de franchir le prochain palier de notre évolution auquel notre conscience de nous-mêmes nous appelle. Il faut qu’une nouvelle sorte d’êtres humains émerge pour faire face aux enjeux majeurs auxquels nous sommes confrontés. Vaclav Havel, l’auteur de théâtre et politicien tchèque, affirmait d’ailleurs :

“Qu’est-ce qui pourrait changer la direction de la civilisation actuelle? Mon intime conviction est que la seule option est un changement dans le domaine de l’esprit, le domaine de la conscience humaine. Il ne suffit pas d’inventer de nouvelles machines, de nouvelles lois, de nouvelles institutions. Nous devons acquérir une nouvelle compréhension du but réel de notre existence sur cette Terre. C’est seulement en faisant un changement aussi fondamental que nous pourrons créer de nouveaux modèles de comportement et un nouvel ensemble de valeurs pour la planète. »

Sans une préparation émotionnelle à la chute de la civilisation actuelle, il est fort probable que nous soyons dépassés par ces évènements, au point d’en devenir fous ou peut-être d’en mourir. Cet effondrement constitue le prochain rite de passage de l’humanité, notre initiation imminente à l’âge adulte en tant qu’espèce.

 

Adaptation et traduction du chapitre d’introduction du livre Navigating the Coming Chaos, réalisée par Sylvie Robert du Réseau Transition Québec.

À propos de l’auteure: Carolyn Baker est psychothérapeute de formation et a pratiqué ce métier durant plusieurs années; elle a également été professeure d’histoire et de psychologie. Elle anime des ateliers de préparation spirituelle aux défis du futur, et est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Sacred Demise: Walking The Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse (2009), Navigating the Coming Chaos: a Handbook for Inner Transition (2011) et le plus récent Collapsing Consciously : Transformative Truths for Turbulent Times (2013). Elle tient un blogue et propose une revue de presse commentée, Speaking Truth to Power à www.carolynbaker.net. Merci à Carolyn de nous avoir permis de publier ici ses réflexions!


[1] Dans son ouvrage Requiem For A Species : Why We Resist The Truth About Climate Change.

[2] La résilience, pour une ville ou un village, consiste à pouvoir faire face aux chocs et aux changements (par exemple un événement climatique extrême, une montée soudaine des prix de la nourriture ou une crise économique), et à s’y adapter au lieu de s’effondrer. Plus d’informations sont disponibles sur le site du Réseau Transition Québec, ou encore dans le Manuel de Transition (page 60).

8 septembre prochain: rencontre annuelle du Réseau Transition Québec

Au Café l’Artère à Montréal

« Se mettre à jour et échanger »

Une Grande invitation!

Le Réseau Transition Québec a pour principale mission la circulation de l’information relative à la Transition au Québec, et l’organisation de rencontres où les initiatives de Transition peuvent échanger leurs expériences. Le 8 septembre aura lieu la rencontre que nous organisons annuellement. Elle s’adresse aux personnes ayant déjà une compréhension du modèle de Transition, et qui font partie d’une initiative de Transition existante ou souhaitent en démarrer une dans leur communauté. Si vous ne possédez pas les notions de base nécessaires à cette rencontre mais aimeriez y participer, communiquez avec nous pour connaître les ressources disponibles pour vous mettre à niveau.

Considérations pratiques

• La rencontre se tiendra au Café l’Artère, 7000, avenue du Parc (métro Parc), à Montréal.

• Le café-brioche (déjeuner),  le repas du midi (végétarien) et une pause café sont inclus dans le coût de 30 $.

• Indiquez tout de suite votre intérêt à participer par un courriel à info@quebecentransition.org

Avant le 23 août postez votre chèque au nom de la Fondation Écho-Logie, à l’adresse suivante : 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6. N’oubliez pas de faire votre choix de 2 ateliers sur 4 (cf. pièce jointe pour le déroulement et le formulaire d’inscription). Nous tâcherons d’accommoder tout le monde.

 
Une autre grande invitation!

Afin de célébrer ses 2 ans d’existence, Villeray en transition invite tout le mouvement (et le reste du monde!) à une fête qui aura lieu le 7 septembre, de midi à 16h, au Parc du Patro le Prévost, 7355, av Christophe-Colomb  (à l’intérieur en cas de pluie) à Montréal. Une table est prévue pour les initiatives en dehors de Villeray qui souhaiteraient montrer leurs activités passées ou en cours.

Nous souhaitons nous servir de cet événement pour attirer les projecteurs sur la Transition en général, plus pertinente que jamais aux quatre coins du monde.

La participation du plus grand nombre à la fête du 7 septembre sera donc non seulement un grand plaisir, mais aussi une démonstration de l’enthousiasme qui entoure notre mouvement.

Vous pouvez obtenir plus d’informations sur la fête de Transition Villeray sur leur site web, sur Facebook ou en leur écrivant par courriel.

 

Le déroulement de la journée du 8 septembre et le formulaire d’inscription sont ici: Déroulement et inscription – 8 septembre 2013.
Au plaisir de vous de vous rencontrer tous et toutes le 7 et le 8 septembre!

Diane, Serge, Sylvie, Thérèse
Comité de coordination du Réseau Transition Québec

La Transition : plus qu’un mouvement

Nous sommes quelques-uns au Québec à tenter d’y implanter le mouvement des Villes en Transition. Car nous avons compris que nos sociétés fondées sur une croissance économique constante sont à la veille de s’effondrer, et qu’il serait important de tout de suite commencer à se préparer à l’après-croissance. Mais nous devons constater que dans la population en général, ce genre d’idée n’avance pas très vite. Les initiatives de Transition que nous voudrions bien voir naître ne poussent pas spontanément. Peut-être faudrait-il chercher plus d’occasions de réfléchir à l’avenir.

Pour ma part, j’ai voulu saisir une occasion qui nous était fournie, dans mon quartier montréalais de Parc-Extension. En effet, devant la décision de l’Université de Montréal d’ouvrir un nouveau campus dans une ancienne gare de triage contiguë à quelques quartiers, la Ville de Montréal a décidé de procéder à une consultation de la population pour établir un Plan de développement urbain, économique et social, dans le but de voir quels réaménagements permettraient la meilleure adaptation à cet important développement dans le quartier. L’Office de consultation de Montréal a été chargé d’écouter les organisations et les individus qui voulaient donner leur avis sur le sujet. J’y ai présenté le mémoire suivant.

Mémoire

Avenir des secteurs Marconi-Alexandra, Atlantic, Beaumont, De Castelneau (PDUES)

Introduction

Je suis écrivain et éditeur. J’habite Parc-Extension depuis cinq ans ; je suis un des fondateurs du Comité citoyen de Parc-Extension et suis donc bien impliqué dans mon quartier, notamment dans les jardins collectifs.

Comme beaucoup d’autres citoyennes et citoyens, je me réjouis de cette occasion qui nous est fournie de réfléchir à notre organisation sociale et aux moyens de l’améliorer.

Comme plusieurs, je vois un bon nombre d’améliorations possibles à notre quartier. J’aimerais cependant que nos interventions tiennent compte d’un événement majeur qui surviendra dans un futur proche et que la plupart semblent vouloir nier, quand ils ne l’ignorent tout simplement pas. Je veux parler de la fin du pétrole à bas prix, qui bouleversera toute notre civilisation et en conséquence toutes nos vies. Mieux nous nous préparerons à cette éventualité, mieux nous nous en tirerons ; et à ce moment où nous nous apprêtons à réorienter certaines de nos actions dans nos quartiers, nous pouvons choisir de le faire en tenant compte d’un avenir qui s’annonce difficile, mais qui pourrait l’être moins si nous prenons les mesures adéquates.

La fin du pétrole à bas prix

Je suis un membre actif du Réseau Transition Québec, qui fait partie du mouvement mondial des Villes en Transition[1]. Depuis 2006 un peu partout dans le monde des citoyens s’organisent pour préparer leur communauté aux conséquences de l’augmentation dramatique du prix du pétrole. Notre mode de vie moderne est fondé sur un pétrole à très bas prix. Notre alimentation, nos déplacements, la fabrication de toutes nos commodités, la production d’électricité dans la plupart des pays, tout cela repose sur le pétrole. Or les réserves de pétrole facilement accessibles s’épuisent rapidement, alors que la demande continue à croître ; oui, il y a encore beaucoup de pétrole sur la Terre, dans les sables bitumineux, dans le schiste, au fond des mers, mais il est de plus en plus coûteux à extraire, avec d’importantes conséquences environnementales. Et très bientôt, beaucoup d’activités reposant sur le pétrole ne seront plus rentables et seront abandonnées.

Prenons par exemple l’agriculture, qui progressivement s’est industrialisée et mondialisée sous l’influence d’un petit groupe de multinationales. Cette agriculture repose sur l’utilisation massive d’engrais chimiques et de biocides faits en bonne partie à partir du pétrole, elle requiert des équipements motorisés roulant au pétrole, et ses produits doivent voyager de plus en plus loin, transportés ainsi grâce à un pétrole qui alimente les transports et réfrigère les contenants [2]. L’agriculture industrielle est beaucoup plus fragile qu’on le croit, et l’on se demande quand le coût du pétrole et les autres facteurs en jeu — les bouleversements climatiques, la diminution de surface arable, l’épuisement de la fertilité des sols — mèneront à son effondrement. Les conséquences de cette catastrophe sont faciles à prévoir. Déjà le coût des céréales a commencé à grimper dangereusement, provoquant des famines dans beaucoup de pays. Ici, nous pouvons nous attendre à une augmentation générale des coûts des aliments.

La fin du pétrole entraînera beaucoup d’autres conséquences : fermeture de maintes industries, chômage massif, etc. C’est pour se préparer à cet avenir que ne veulent pas voir nos dirigeants que des citoyens ont décidé de prendre les moyens pour diminuer leur dépendance au pétrole et rendre leur communauté « résiliente », c’est-à-dire capable de faire face aux difficultés annoncées. Il me semble qu’au moment où nous songeons à réaménager certaines portions de nos quartiers, nous pourrions le faire en envisageant lucidement l’avenir et donc en nous dotant de moyens qui nous conduiront à une transition moins douloureuse vers l’après pétrole. D’autant plus que les réaménagements souhaitables nous permettraient en même temps d’améliorer considérablement notre qualité de vie.

Les axes à développer

On indique dans le PDUES quelques orientations de développement et d’aménagement. Toutes les interventions devraient viser à assurer une plus grande résilience des quartiers touchés.

Le verdissement : certes, un quartier comme Parc-Extension a un grand besoin de verdissement, en particulier pour y éliminer les trop importants îlots de chaleur. Mais le verdissement peut se faire de diverses façons. Il serait souhaitable d’y arriver en réglant en même temps d’autres problèmes, et notamment en visant à augmenter la sécurité alimentaire de ses habitants, surtout les plus dépourvus qui seront les premiers touchés par l’augmentation du prix des aliments. En conséquence, un bonne partie des arbres qu’on projette de planter pourraient être des arbres fruitiers — pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers et peut-être même, à certains endroits, des pêchers — et des arbres qui donnent des noix — noyers cendrés, noisetiers,… Des vignes à raisin comestible dans les parcs… Tout cela pourrait être planté sur des lieux publics, mais aussi être offerts aux résidents qui ont l’espace nécessaire et qui pourraient voir à leur entretien. Les récoltes pourraient être offertes à tous ; mais aussi il serait possible de former un organisme de bénévoles qui feraient la récolte et la mettraient à la disposition des banques alimentaires. La pépinière que projette d’installer sur son terrain le nouveau campus de l’U de M devrait servir à préparer des arbres pour ce genre de projet. Pour les endroits où l’on prévoit aménager des parcs, chacun d’entre eux devrait avoir une partie réservée aux jardins collectifs ou communautaires. Il serait aussi important de voir à la promotion des potagers privés, dans les cours arrière ou avant des maisons.

Pour réaliser tout cela, il serait souhaitable que chaque arrondissement prévoie un budget pour la rémunération d’un(e) animateur (trice) en agriculture urbaine, sur le modèle de Villeray par exemple, pour assister les citoyens dans leurs projets, aider au verdissement des ruelles, donner des cours de jardinage, etc.

L’aide à la mobilité : l’automobile contribue de façon importante à la pollution, au réchauffement climatique, aux accidents, tout en nous conduisant à l’épuisement des réserves de pétrole. Mais en même temps elle est si bien intégrée dans notre civilisation qu’il devient difficile de l’attaquer de front. Il s’agit donc de s’organiser pour en rendre l’usage de moins en moins nécessaire, et par ailleurs de développer des alternatives attrayantes : des pistes cyclables sécuritaires et nombreuses, des rues piétonnes, des trottoirs assez larges avec des places de repos. Des passages qui évitent les longs détours. Des transports collectifs efficaces. Des stations de Communauto partout accessibles. Tout cela permettrait en même temps d’améliorer la santé de tous ceux là qui n’ont plus l’occasion de faire de l’activité physique.

Le logement : nos quartiers abritent beaucoup de logements insalubres. La Ville devrait intervenir énergiquement et au besoin exproprier les propriétaires récalcitrants, et en profiter pour créer des coopératives ou des projets communautaires à loyer modique. Il ne s’agit pas que de construire des logements adéquats, il faut aussi fournir aux divers groupes des services d’assistance technique et d’animation. Pour chaque projet collectif, bien sûr un espace de jardinage devrait être prévu, adjacent à l’habitat ou dans un lieu proche.

Les espaces publics : il faut multiplier les parcs, et les sites avec des tables de pique-nique. On pourrait aussi installer des colonnes Morris à plusieurs endroits stratégiques, pour informer la population des divers événements de la communauté. Dans certains lieux publics, il serait opportun d’organiser des marchés fermiers ouverts un jour par semaine pour permettre à la population un meilleur accès à des fruits et légumes frais locaux, en même temps que des contacts directs avec les fermiers.

En fait, tout ce qui peut contribuer à resserrer les liens communautaires est éminemment souhaitable, car c’est sur la solidarité, l’entraide et les divers réseaux communautaires que se construit la résilience.

L’économie : il est important d’aider au développement de petites entreprises qui sauront mieux résister aux bouleversements qu’entraînera la fin du pétrole à bas prix. L’artisanat, les ateliers de réparation, les friperies, de même que les diverses initiatives d’économie sociale entrent dans cette catégorie. Une aide précieuse pourrait être fournie aux artisans en convertissant une ancienne  usine du secteur en collectif autogéré.

Conclusion

Le PDUES nous fournit une occasion de dynamiser nos quartiers. Profitons-en pour envisager lucidement un avenir qui risque d’aggraver des situations déjà difficiles. Et favorisons les mesures qui s’édifient à partir de l’implication citoyenne, car c’est en resserrant nos liens communautaires que nous nous donnerons des quartiers résilients.

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Notes:

[1] Pour plus d’information, voir le site Transition Québec, ou le livre Manuel de transition, Rob Hopkins, Écosociété 2010.

[2]  Comme le note Laure Waridel dans son livre L’envers de l’assiette, chaque gramme de la nourriture que nous consommons a voyagé 2500 km en moyenne.

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Serge Mongeau est écrivain, co-fondateur des Éditions Écosociété, ainsi que du Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale. Il fait partie du comité du Réseau Transition Québec, qui vise à soutenir le développement des initiatives de Transition au Québec.

La peur de manquer

La peur de manquer de chaleur, de nourriture, d’espace, d’amour, d’eau, de sécurité? Oui, j’en suis atteinte. Ne riez pas : je me considère comme une personne très fragile. Il suffit que je me retrouve dans une pièce mal chauffée pour que cela m’empêche de lire. Qu’un repas soit retardé de deux heures et l’anxiété me saisit! Et si j’ai soif et qu’il n’y a pas d’eau potable à proximité, je me sens aussi en peine qu’un Touareg perdu dans le Sahara!

Il est bien possible que je ne sois pas la seule à réaliser que, tapies au fond de moi, les grandes peurs de nos ancêtres soient toujours prêtes à refaire surface. Les marchands l’ont bien compris et se servent de ces peurs pour nous vendre un tas de trucs: des manteaux imperméables (peur de l’eau), des vestes qui « respirent » (peur de la moiteur), des manteaux très chauds (peur du froid) avec des fermetures-éclair (peur d’avoir chaud), des chaussures pour le sport (peur de se blesser), des chaussures élégantes (peur de ne pas être aimé). Dans le domaine alimentaire, des barres Énergie (peur de manquer de nourriture), des pots de vitamines A-B-C-D-E-K…(peur de mourir), du lait de vache (peur de manquer de calcium), de la viande (peur de manquer de protéines et de fer). Dans le domaines du « char »: des grosses voitures (peur d’être perçu comme un « nobody »), des petites voitures (peur de manquer de place pour stationner), des autos « vertes » (re- peur de ne pas être aimé). Et ainsi de suite. Si la « business » se porte bien, c’est que des psys conseillent judicieusement les industries. Nos peurs nourrissent bien « l’économie ».

La simplicité volontaire, là dedans? Tant qu’on ne « travaille » pas nos peurs et nos résistances intérieures, pas de liberté possible! LE travail à faire : remplacer les sécurités extérieures (je parle de ces tas de biens non essentiels qui remplissent nos maisons, les cabanons, le chalet, l’entrepôt, etc.) par la sécurité intérieure : celle de sa spiritualité, de ses buts les plus éthiques. Cultiver la transcendance en mettant le cap sur ce qui compte le plus: « Moins de biens et plus de liens ». Développer de l’endurance face aux petites contrariétés de la vie. Et finalement, se répéter que notre mort va servir à remettre à la Terre les cendres et poussières de notre précieuse petite personne.

Qui nous dit que n’arrivera pas bientôt une situation sociale, alimentaire, ou climatique qui nous commandera de nous habituer très vite à vivre autrement? Il nous faudra peut-être quitter bientôt ce cocon bien chaud dans lequel tout nous est accordé avec abondance, le plus souvent au détriment du confort d’autres citoyens.

« Résilience ».  Un mot que j’affectionne particulièrement. On l’utilise très souvent au sein du mouvement de la Transition.  www.quebecentransition.org

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Diane Gariépy s’implique au sein du mouvement de la Transition, du Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale, et du Réseau Québécois pour la Simplicité Volontaire. Elle est plus particulièrement active dans ce dernier. En 2011, elle a publié l’ouvrage collectif Nous, de la simplicité volontaire aux éditions Écosociété.