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Une invitation du Réseau québécois pour la simplicité volontaire.

Depuis quelques années, le mouvement de la simplicité volontaire fonctionne au ralenti, au Québec.  Et pourtant, nous sommes plusieurs à croire que la pertinence de la simplicité volontaire n’a jamais été si grande.  Au lieu d’attendre que nous soit imposée une simplicité involontaire suite à l’effondrement de notre civilisation, nous devrions choisir les moyens de vivre compatibles avec  notre survie sur Terre.

Chaque jour, la situation devient plus urgente; et pourtant, rien ne bouge vraiment; les efforts consentis portent sur la perpétuation de notre société de consommation, et non sur les changements importants qu’il faudrait apporter à nos sociétés. Notre mouvement devrait se donner comme objectif d’amener la population à prendre pleinement conscience de l’urgence de la situation et surtout de s’impliquer dans des actions concrètes. Mais ceci n’est pas facile, et c’est pourquoi je propose que nous formions un groupe de réflexion sur ce sujet, pour arriver à trouver quelle serait la meilleure stratégie pour atteindre notre objectif.

Le mandat du groupe serait le suivant : élaborer un manifeste qui montre la grande pertinence aujourd’hui de la simplicité volontaire pour l’environnement, pour la libération des individus, pour le développement de la résilience de nos communautés. Il faudrait aussi déterminer les moyens que nous pourrions prendre pour développer le mouvement et lui donner une place plus importante dans notre société.

Alors vous êtes invité-e à participer à une première rencontre de ce groupe, qui aura lieu le 7 avril prochain à 19h au café La Place commune (7669 avenue Querbes, métro Parc).  Lors de cet événement, nous définirons mieux le mandat du groupe et son mode de fonctionnement. Si vous prévoyez assister à la rencontre (ou pensez participer plus tard), veuillez me prévenir (<a href= »mailto:smongeau@ecosociete.org »>smongeau@ecosociete.org</a>) .

Serge Mongeau

Réseau québécois pour la simplicité volontaire

Trouver la beauté malgré tout

Réflexion 18

Trouver de la beauté dans un monde brisé, c’est créer de la beauté dans le monde que nous trouvons.

Terry Tempest Williams

Dans un environnement en déclin, il est parfois difficile de trouver la beauté, en particulier dans les zones où existe beaucoup de dévastation ou de décomposition. Une grande partie de la nature a été ravagée par les humains ou les changements climatiques causés par l’homme. Selon l’endroit où l’on vit, il peut être difficile d’accéder à la beauté naturelle. Alors que dans le passé nous avons peut-être compté sur des promenades en forêt pour nous imprégner de beauté naturelle, ces forêts peuvent maintenant avoir disparu ou être gravement altérées. Nous sommes peut-être habitués à une chaîne sonore mélodieuse ou à une sortie régulière à des concerts symphoniques pour profiter d’une magnifique musique, ce qui ne sera pas possible à l’avenir. Films, pièces de théâtre et galeries d’art pourraient ne plus être accessibles dans un monde transformé. Nous ne pourrons plus compter sur la technologie pour accéder à la beauté.

Par conséquent, si nous voulons trouver et créer de la beauté, nous devrons abaisser nos attentes techno-enrichies et retourner à la façon la plus simple de le faire, des façons avec lesquelles nos ancêtres étaient intimement familiers. La recherche et la création de beauté peuvent être aussi simples que d’observer un brin d’herbe qui a percé le béton ou de regarder un moineau picorer minutieusement les morceaux de pain que nous avons lancés. Ou nous pouvons tenter l’expérience d’évider une branche ou une tige dans laquelle nous découperons des trous pour obtenir une flûte. La musique de merveilleux carillons à vent peut facilement être obtenue en fouillant toutes sortes de matériaux qui traînent simplement dans des tas de décombres.

À mesure que le monde devient plus hideux et encore plus brutal, savourer et créer de la beauté devient un acte sacré. Ce faisant, nous affirmons que les aspects les plus déplaisants de notre espèce et du monde extérieur n’ont pas le dernier mot, qu’une autre chose qui irradie davantage dans l’âme humaine prévaut toujours. Ce « quelque chose » est la capacité de révérer la beauté, naturelle ou autre. Une autre phrase de Terry Tempest Williams souligne encore notre relation avec la beauté et la relation de la beauté avec notre univers sacré : « Le monde est sacré. Nous sommes sacrés. Toute vie est sacrée. Les prières quotidiennes sont prononcées par les lèvres des vagues déferlantes, les murmures des graminées, le scintillement des feuilles. »


Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées sous la rubrique Carolyn Baker à raison d’une par semaine.


Vous pouvez vous procurer L’effondrement de Carolyn Baker, Éditions Écosociété dans toutes les bonnes librairies, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de

Fondation Écho-logie
7011, ave Champagneur
Montréal (QC) H3N 2J6

Assez c’est assez

assezVoici la traduction d’un texte de Joshua Becker, fondateur du mouvement Becoming minimalist et principal animateur du blogue de même nom.

Publié en juillet 2014, ce texte résume bien ce qui est au cœur de la simplicité volontaire: la reconnaissance de la satiété, une denrée de plus en plus rare dans nos sociétés du « toujours plus » et de la fuite en avant…

La traduction est publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

« Rien n’est suffisant pour celui pour qui assez est trop peu. » (Épicure)

 

Assez est un concept libérateur et une réalité qui désencombre.

Ceux qui ont accumulé assez se retrouvent sans besoins. Il n’est plus nécessaire pour eux de chercher à avoir plus. Au contraire, ils vivent libres et contents.

La plupart d’entre nous sont mus par le désir de posséder assez de biens matériels. Cela est juste et bon : prendre soin de nous-mêmes et de notre famille est un but qui est justifiable.

À cause de ce désir, nous consacrons nos journées à obtenir plus de possessions terrestres, à la fois financières et matérielles.

Mais s’il n’y a rien de mal dans cette quête, je me demande si notre culture n’a pas, de manière involontaire, changé de cap, passant de la poursuite de l’assez à celle de l’excès. Car c’est un fait que la plupart d’entre nous possédons déjà assez :

Notre toit procure un abri à toute notre famille. Nos chambres sont meublées de manière à fournir de quoi s’asseoir et se coucher. Nos tiroirs sont remplis de vêtements. Nos armoires contiennent tout ce qu’il faut de serviettes et de draps. Nos garde-manger et nos congélateurs sont pleins de nourriture. Nos coffres à jouets sont remplis.

Nous avons déjà assez.

Malheureusement, nous vivons dans un monde qui redéfinit constamment cette notion du assez :

  • Il y a 50 ans, une maison de 1000 pieds carrés était considérée comme assez. Aujourd’hui, la moyenne des nouvelles maisons compte 2,300 pieds carrés; et malgré cela, 10% d’entre nous louons en plus de l’espace d’entreposage extérieur.
  • Il y a 30 ans, 1½ télévision par maison était considérée comme assez. Aujourd’hui, la moyenne des maisons américaines contient plus de télévisions qu’il y a de personnes. Et quand chaque pièce en contient une, l’industrie commence à redéfinir assez en termes de grandeur de l’écran et de qualité de l’image.
  • Il y a 15 ans, moins de la moitié des Américains adultes possédaient un téléphone cellulaire. Aujourd’hui, plus de 90% des adultes américains en possèdent un, et 70% des jeunes de plus de 12 ans.

Les publicitaires travaillent sans relâche à redéfinir ce qu’est assez. Dans une société basée sur la consommation, ils sont obligés de le faire.

Le but de la publicité est de remuer en nous l’idée que nous ne possédons pas encore assez. Les publicitaires travaillent pour modifier nos attitudes à l’égard de leurs produits ou services, les faisant passer de « c’est extravagant » à « je le désire », puis à « j’en ai besoin ».

Une fois qu’ils nous ont convaincus que nous en avons besoin, notre achat n’est qu’une question de temps. S’ils peuvent nous faire croire que nous n’aurons pas assez tant que nous ne posséderons pas leur produit, ils savent que nous allons nécessairement chercher à le posséder.

Notre définition du assez a été artificiellement modifiée par des groupes qui y ont intérêt. Et parce que notre nouvelle définition du assez demeure inassouvie, notre capacité de profiter de la liberté qu’assez procure est perdue.

Encore une fois, nous sommes maintenus esclaves de sa poursuite. Nous consacrons toujours plus de nos journées à gagner l’argent nécessaire à financer cette poursuite de toujours plus de biens matériels. Et tout ça, dans le but d’atteindre finalement cet assez.

Mais nous avons déjà assez. Une fois que nous nous sommes entraînés à reconnaître cette vérité, nous devenons libérés de cette poursuite du toujours plus, nous sommes affranchis des liens du mécontentement, et nous commençons à expérimenter la liberté véritable dans notre vie

Mieux encore, quand nous réalisons que nous avons déjà assez, nous devenons libres d’entreprendre des projets plus valables que l’accumulation de l’excès.

Bilan 2014 de la simplicité volontaire

La « simplicité volontaire » n’existe pas comme entité aux contours bien définis : il est donc impossible d’en faire un bilan véritable! C’est une philosophie, une attitude face à la vie, un mouvement d’idées, un éclairage pour nos choix, voire un courant social. Difficile donc à mesurer pour en tracer un portrait ou en tirer des conclusions.

Mais essayons-nous quand même, de manière forcément personnelle et subjective. Chacun et chacune pourra ensuite y apporter ses nuances ou exprimer ses désaccords et ses propres évaluations.

 

Un peu d’histoire pour situer le contexte

La notion de « simplicité volontaire » a vraiment connu son essor au Québec à la fin des années 90, suite à la publication de La simplicité volontaire… plus que jamais! de Serge Mongeau. Succès de librairie, le livre a propulsé et l’auteur et l’expression elle-même sur les tribunes et dans les médias. Si bien que la simplicité volontaire a fait son nid dans le dictionnaire de l’Office québécois de la langue française, que le terme « simplicitaires » pour désigner ceux et celles qui pratiquent la simplicité volontaire s’est graduellement imposé, et que le courant d’idée a peu à peu migré dans la francophonie à partir du Québec.

À partir de l’année 2000, diverses organisations ont cherché à diffuser la simplicité volontaire : au Québec, ce furent principalement le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) et le Groupe de simplicité volontaire de Québec (GSVQ). En Belgique, la diffusion s’est faite surtout par l’intermédiaire des Amis de la Terre. En France, de manière plus diffuse à travers des revues ou journaux comme Silence et La décroissance. Et un peu partout ailleurs en Europe, à travers divers groupes et publications dont nous avons présenté un survol dans le bulletin du RQSV Simpli-Cité de l’hiver 2007 sur le thème « Sommes-nous seulEs sur la planète simplicité volontaire? ».

 

Et en 2014?

Depuis quelques années, la « mode simplicité volontaire » semble devenue moins populaire : on en parle moins, les organisations (québécoises du moins) sont moins nombreuses ou actives, etc.

Pourtant, si l’effet de nouveauté est clairement passé, la réalité elle-même de la simplicité volontaire (sous cette appellation ou sous d’autres noms) s’est nettement enracinée à la fois dans la culture québécoises et dans la pratique de très nombreuses personnes de milieux très divers. Un relevé de l’utilisation de l’expression (ou de ses parents proches) dans les diverses publications (aussi bien dans les médias que dans les livres ou les films, les thèses universitaires, les discours politiques, etc.) suffirait à montrer l’influence durable qu’elle continue de développer. Car la simplicité volontaire est inséparable d’un certain nombre d’autres idées ou expressions qui font elles aussi leur chemin : décroissance, villes ou village en transition, remise en question de la société marchande, alternatives aux énergies fossiles, préoccupations écologiques, commerce équitable et local, alimentation biologique, préoccupations pour la ruralité et l’occupation du territoire, développer un autre rapport au temps ou à la productivité, ralentir ou le mouvement « slow », etc.

Dans cette « mouvance de la simplicité volontaire », 2014 aura été surtout marquée, pour moi, par les débats de plus en plus vigoureux autour de l’utilisation des énergies fossiles (pétrole surtout, à la fois celui des sables bitumineux et celui des gaz de schiste). Tant au Canada qu’au Québec, une véritable bataille de titans s’est engagée entre les populations et leurs gouvernements quant aux priorités du développement pour l’avenir. Si la majorité des gouvernements ont tendance à favoriser carrément le pétrole (Fédéral, Alberta, Saskatchewan), ou du moins à ne pas s’y objecter (Québec, Ontario, Maritimes), essentiellement pour des raisons économiques, les populations sont de plus en plus nombreuses, un peu partout, à s’opposer à ce développement irresponsable des énergies fossiles dans le contexte des changements climatiques. L’affrontement social qui a déjà commencé autour des grands projets de pipelines n’est qu’un début, tout comme le débat autour de l’exploitation éventuelle des ressources pétrolières sur l’île d’Anticosti ou dans le Golfe du St-Laurent.

L’autre enjeu majeur qui commence à faire son chemin dans l’espace public, c’est celui de la « décroissance » qui contient aussi, intrinsèquement, celui du rapport à la consommation. Le credo de la croissance illimitée est de plus en plus remis en question, même dans les facultés universitaires d’économie et de commerce. De toquade marginale d’écologistes ou d’intellectuels, la décroissance est peu à peu devenue un sujet légitime d’études et de débats même parmi les économistes classiques. En témoigne, parmi d’autres exemples, le grand débat public organisé par la Maison du développement durable le 21 octobre dernier, La croissance : solution ou problème, animée par le journaliste économique de Radio-Canada, M. Gérald Fillion et auquel participait l’ancien premier ministre du Québec, M. Bernard Landry.

Et même si mon dernier exemple vient plutôt des États-Unis, il me semble pourtant très significatif puisqu’il vient du cœur même de l’économie marchande, du capitalisme et de la libéralisation économique mondialisée. Joshua Becker, ancien pasteur qui a découvert la simplicité volontaire (qu’il appelle le « minimalisme ») en 2008 et qui n’a cessé depuis de faire connaître les richesses de sa découverte, d’abord sur son blogue (Becoming minimalist), puis à travers une lettre bimensuelle du même nom, se consacre maintenant à cette tâche à plein temps depuis un peu plus d’un an. Il faisait récemment le bilan de son année 2014 et la croissance d’intérêt pour le minimalisme est ici évidente et… chiffrée! Les visiteurs de son site Internet sont passés de 350,000 par mois à plus d’un million par mois; ses amis Facebook sont passés de 90,000 à plus de 200,000; ceux qui le suivent sur Twitter sont passés de 15,000 à 25,700; et il compte maintenant 14,000 abonnés (gratuits) à sa Newsletter bimensuelle. De deux choses l’une : ou bien il est un redoutable « vendeur », ou bien la simplicité volontaire (ou le « minimalisme ») correspondent de plus en plus à un besoin important.

Souhaitons que 2015 démontre, encore plus clairement, que la seconde option est bien la bonne.

Faire germer le champ des possibles!

et par Baptiste Sureau –

La plus ancienne photographie de la Terre vue de l’espace date de 1966. Depuis cette époque nous pouvons prendre conscience de la beauté et en même temps de la finitude de la planète Terre.

Notre modèle économique, basé sur la croissance et nos modes de vie énergivores, est aujourd’hui clairement identifié comme prédateur pour le système écologique qui nous permet de vivre. Et puis même pour sortir du chômage de masse, il faut renoncer à compter sur la croissance. Cela fait trente ans qu’on s’y essaye sans succès, et la croissance ne cesse de s’amenuiser. Et pourtant les élites politiques et économiques s’obstinent à poursuivre sur la même voie.

Notre modèle de société occidental est fini, il est dans une impasse. Il subsiste pour l’instant, sous perfusion, grâce à l’exploitation forcenée des énergies fossiles, des métaux rares et de millions de travailleurs. Il est clair qu’il va finir à courte échéance et ça dépend de nous de savoir si il va finir dans des explosions sociales et le chaos, ou de façon plus noble et raisonnable.

Récemment des concepts tels que la simplicité volontaire, la décroissance, la sobriété heureuse,… sont parvenus jusqu’aux oreilles du grand public. Ils sont bien bien souvent remplis d’a priori, d’idées reçues et de préjugés. Cependant leur importance et leur diffusion ne se démentent pas. À mes yeux, peu importe le terme utilisé et les querelles de spécialistes autour de ces concepts, l’important est d’y voir le champ des possibles immense qui s’ouvre à nous. Ces concepts aujourd’hui bien théorisés par des scientifiques tels que Nicholas Georgescu Roegen, Ivan Illich, Serge Latouche, Pierre Rabhi,… sont rendus vivants par des citoyens de plus en plus nombreux qui façonnent les alternatives de demain. C’est un motif d’espoir extrêmement important car la société civile, si on lui en laisse l’opportunité, peut être très créatrice.

Pendant des millénaires l‘Humanité a survécu et s’est même développée en manquant de tout et risque aujourd’hui de disparaître dans l’abondance la plus totale! C’est un paradoxe dont il faut tirer les conclusions le plus rapidement possible.  Notre modèle de société basé sur l’accumulation est morbide et aliénante. Avec l’humanitaire et les ONG qui se développent de façon toujours plus importante, nous sommes dans le modèle du pompier pyromane.  Nous avons l’humanitaire qui est un palliatif à notre manque d’humanisme. Même si dans les situations d’urgences, il est indispensable et constitue un bel exemple de la générosité et de l’amour que les Hommes peuvent avoir.

Montrer les coûts humains et écologiques réels de notre consommation est un moyen, non pas de culpabiliser, mais de prendre conscience que notre sacro-sainte liberté d’acheter, de voyager,… nous mène à notre perte et nous amène bien souvent qu’un bonheur limité et artificiel. « La joie ne s’achète pas, il faut la construire » Pierre Rabhi.

L’idée est de développer la responsabilité individuelle et collective. Nous sommes sur une planète limitée, il faut dont s’éduquer dès le plus jeune âge à l’auto-limitation et cela doit imprégner toutes les structures de nos sociétés. L’idée n’est pas de retourner à la bougie bien entendu mais de nous orienter vers un style de vie qui « accorde aux choses matérielles leur place propre et légitime, c’est-à-dire la seconde place et non la première » Ernst Friedrich Shumacher. L’enjeu n’est pas de fuir le plaisir ou la satisfaction ou de créer de la frustration mais de s’épanouir pleinement sans passer par les voies de la société de consommation. Un changement de paradigme est nécessaire, il faut changer radicalement sa vision de la réalité car le modèle n’est pas aménageable. Se mettre sur la voie du changement le plus vite possible est essentiel – il faut retrouver de la diversité culturelle, sociale, économique…

Par ailleurs, les alternatives doivent être accompagnées d’un changement de conscience individuelle et collective. C’est un point crucial car comme le dit Pierre Rabhi, « on peut manger bio, se chauffer aux panneaux solaires, se déplacer en vélo,… et exploiter son voisin ». Nos sociétés créent de l’insatisfaction artificielle, il nous faut donc combler un vide  et cela doit bien entendu passer par la consommation. Mais c’est un « puits sans fond si l’on ne travaille pas sur notre intériorité » et sur ce qui nous est vraiment nécessaire dans la vie.

Par ailleurs, pour accompagner la mise en place d’alternatives dans tous les domaines, il peut être intéressant de s’appuyer sur deux démarches qui serviront de détonateur:

– La réduction et le partage du temps de travail

– Mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence ou revenu de base

Cela permet de nous libérer du travail contraint pour participer à la transformation de la société. Selon un nombre croissant de scientifiques, c’est une question de volonté politique et non pas d’ordre comptable. Je renvoie sur ce point au reportage sur le revenu de base qui donne des explications sur la manière de financer un tel projet.

Pour Vincent Liegey, porte-parole du parti pour la décroissance,  » La première décroissance à réaliser est celle des inégalités. Les études sur les indicateurs subjectifs de bien-être montrent que le plus important n’est pas le niveau de confort matériel en lui-même mais le niveau des inégalités : plus les inégalités sont fortes, plus le sentiment de mal-être sera fort. Aller vers des sociétés matériellement frugales, écologiquement soutenables, cela ne veut pas dire revenir à la bougie. L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Retrouver aussi ce qui a été détruit : convivialité, solidarité, générosité ou encore le « buen vivir », ce concept de la « vie bonne » développé en Amérique latine. »

J’aime à imaginer le monde de demain et ses différentes communautés comme de gigantesques auberges espagnoles, où chacun apportera ses expériences, son vécu, où les concessions seront nécessaires mais où la joie apportée par le vivre ensemble dépassera l’égoïsme de chacun. Je suis persuadé que la complémentarité vaut mieux que la compétition et la concurrence. Et pour favoriser cela, l’éducation qui joue un rôle crucial doit revoir en profondeur ses méthodes d’enseignements.  Ces concepts et mouvements sont une invitation à aller plus loin dans les questionnements et à ouvrir des possibles pour sortir de la croissance. De nombreuses personnes ne se définissent pas comme décroissants mais partagent un certain nombre de valeurs, et tentent dans leur quotidien d’avoir un autre rapport à la consommation, au travail, un autre rythme de vie. Relier les initiatives et les citoyens qui ont décidé de construire autre chose, comme peuvent le faire en France le « Mouvement des Colibris » ou les « Artisans du changement » au Québec est un premier pas important.

Chacun de nous peut inventer le monde de demain et une civilisation plus humaine. Cela passe par des mesures concrètes mais doit impérativement être accompagné par un renouvellement philosophique et un changement en profondeur de notre rapport à notre environnement naturel et social. Cela commence par se changer soi même. Le dilemme actuel est que ces processus demandent du temps et que nous en avons de moins en moins.

Pour lire d’autres articles de Baptiste: http://perspectives21.wordpress.com/

Grand pique-nique de la simplicité

Le Réseau québécois pour la simplicité volontaire vous invite à son grand pique-nique national, samedi le 14 juin prochain, au Parc Maisonneuve de Montréal.

pique-nique-2014

Ce pique-nique sera un moment informel de rencontre entre personnes qui ont une philosophie de vie semblable : la simplicité volontaire. Autrement dit : « Moins de biens et Plus de liens ».  Des groupes amis seront peut-être aussi des nôtres (Réseau pour une décroissance conviviale, Réseau transition Québec, Mouvement des Acefs, etc.).

Dans l’après-midi, nous serons disponibles pour vous donner les plus récentes nouvelles du Réseau, pour répondre à vos questions, et surtout  pour faciliter la communication entre les gens qui se seront déplacés pour cette rencontre.

 Quelques informations pratiques

Lieu Parc Maisonneuve Métro Pie lX 4601 Sherbrooke Est, Montréal Stationnement sur place : 12$, ou gratuit sur la rue Viau.
Comment reconnaître notre groupe? Nous ne serons pas loin du Chalet d’accueil,  avec un bouquet de ballons bleus.
Horaire (approximatif et fantaisiste…) Arrivée : entre 11h et 12h Dîner : entre 12h et 13h30 Après le dîner : échanges informels, marche, vélo, jeux, musique tranquille, sieste…Jusqu’à 16h… ou plus !
Pour qui ? Anciens et nouveaux du RQSV, votre conjoint, vos enfants, grands-parents, vos ami-es, tous ceux intéressés par la simplicité.
Avec quoi ? Votre lunch, chaises pliantes ou couvertures. Instruments de musique conviviaux (= pas trop de décibels…), petits vélos, balles, etc.
Et s’il pleut ? S’il y a évidence de pluie, le pique-nique sera remis au lendemain. Si la météo est incertaine, allez sur notre site Web ou page Facebook. Dès 8h, on confirmera la tenue du pique-nique.
Services de base ? Au Chalet d’accueil, en cas d’averses subites, il y a un toit et des tables à pique-nique. Et aussi des toilettes et distributrices de café, etc.

Rencontre douce, temps informel pour échanger points de vue et trucs… en toute simplicité ! 

Nous vous attendons au Parc Maisonneuve, samedi le 14 juin prochain.   Au plaisir de se voir !

Un dernier tour de piste

Très bientôt, de rutilants bolides tourneront en rond, se poursuivant sur le circuit de l’île Notre-Dame, leurs vrombissements réjouissant les spectateurs avides de pétaradantes accélérations, d’effluves d’essence et de pulpeuses hôtesses.
Vitesse, puissance, richesse et vedettes attireront encore une foule rêveuse se donnant l’illusion que, l’espace d’une fin de semaine, Montréal est « sur la carte » du jet set international.  Leurs tours de piste terminés, les multimillionnaires de la F1 remballeront leurs gros chars et partiront présenter leur cirque ailleurs, après bien sûr avoir empoché de somptueux bénéfices en bonne partie gracieuseté de fonds publics.

Le bruit et la vitesse étourdiront-ils le spectateur au point de lui faire oublier que cette grande kermesse célèbre un objet qui ne devrait pourtant plus mériter son adoration, considérant les dommages qu’il cause à notre environnement ?   Dans un monde où le climat change dangereusement, où les ressources s’épuisent, où la modération constitue désormais la seule voie viable, il apparaît absurde de se prosterner devant le moteur à essence et ses grands prêtres.

L’argent, l’énergie et l’ingéniosité consacrés à aller toujours plus vite devraient plutôt servir à développer et mettre en place des moyens de transport plus frugaux, car la course n’est non seulement plus soutenable, elle est devenue une néfaste aberration.

Il est grand temps que les spectateurs qui prendront place dans les gradins du circuit Gilles Villeneuve réalisent qu’ils assistent à une course de dinosaures.  L’ère du pétrole tire à sa fin ; nous devons en précipiter le terme, à défaut de quoi nous pourrions connaître le même sort que les géants du Crétacé.

Un groupe de simplicité volontaire à découvrir!

Nous avions rêvé, en fondant le Réseau québécois pour la simplicité volontaire ou RQSV en avril 2000, que le Québec se couvrirait d’équipes locales ou régionales qui, chacune à leur façon, feraient la promotion de la simplicité volontaire.

Même si de nombreuses équipes ont vu le jour et fonctionné au fil des ans, un peu partout et plus ou moins longtemps selon le cas, force est de constater qu’il ne reste plus qu’un seul « irréductible village », à la manière des valeureux Gaulois d’Astérix: le Groupe de simplicité volontaire de Québec ou GSVQ!

Né en même temps que le Réseau et concentrant ses activités dans la grande région de Québec, le GSVQ a réussi, malgré des périodes plus difficiles, à maintenir un niveau d’activités et d’interventions tout à fait remarquable, grâce à la fois à un bon noyau de simplicitaires persévérants et à une capacité de recruter de nouveaux membres intéressés non seulement à « consommer de la simplicité volontaire » (!) mais à y prendre aussi des responsabilités.

Presque 15 ans plus tard, il est impressionnant de naviguer sur leur site Internet et d’y trouver autant de ressources variées: bulletin Simplement vôtre dont on vient tout juste de publier le 30e numéro; riche centre de documentation écrite et audio-visuelle (documents téléchargeables et bibliographie, ou textes et vidéos, parfois en traduction); ensemble d’interventions dans les médias; etc.

D’ailleurs le GSVQ, dont Pascal Grenier est depuis le début l’un des principaux piliers, a bien d’autres cordes à son arc (ou fleurons à son palmarès)! En plus des nombreux ateliers, séries de cours et conférences qu’il a organisés depuis sa fondation, on peut dire que le groupe de Québec a été le premier initiateur des « colloques annuels » qui ont été organisés, presque chaque année depuis 2000: le premier comme le dernier de la série ont justement été organisés par eux à l’Université Laval, en octobre 2001 et en novembre 2013.

De plus, le GSVQ a produit, pendant plusieurs années et encore en 2013-2014, une émission de radio hebdomadaire d’une heure (faut le faire!) à la radio communautaire CKRL, En toute simplicité, animée actuellement par Jean Cloutier qui agit aussi, depuis le début de 2014, comme nouveau coordonnateur du GSVQ.

Enfin, loin de se contenter de propager des idées (même quand elles sont excellentes!), le GSVQ a depuis toujours cherché à réaliser des projets concrets ou à proposer des outils pour changer les comportements: partenariats avec des universitaires pour orienter des recherches sur des problèmes liés à la simplicité, recyclage de tasses ou de chandails pour publiciser la simplicité volontaire, fabrication et vente d’objets écologiques »: sacs réutilisables pour faire son marché (avant que les chaînes d’alimentation proposent leurs propres sacs!) composteurs domestiques (avant que la Ville de Québec prenne en charge cette question), écobarils, etc.

Ce côté « entrepreneurship » de nos amiEs simplicitaires de Québec (qui, avouons-le, agaçait un peu les intellectuels puristes de la simplicité volontaire de Montréal :-) !) a quand même connu du succès et contribué à autofinancer largement le travail du GSVQ. Celui-ci n’a d’ailleurs jamais hésité à partager généreusement les fruits de ses efforts avec l’équipe montréalaise du RQSV!

Bref, chapeau et longue vie au Groupe de simplicité volontaire de Québec! Et n’hésitez pas à les visiter sur le web: vous ne regretterez pas le détour.

Vacances 2014

Déjà le temps de penser aux vacances d’été? Eh oui, c’est avec la tuque sur les oreilles que nous commençons déjà à rêver d’un été ensoleillé. Ah, les vacances! Pouvoir s’évader de la prison du métro-boulot-dodo! Mais OÙ aller, cette fois-ci??

Peut-être en profiter pour relocaliser ce long congé? Il arrive que ce que nous appelons « Les vacances » consiste davantage à vouloir vivre sans sa montre pour réapprendre à voir et ressentir pleinement la poésie du moment présent qu’à ressentir le besoin de se déplacer « pour changer d’air ».

Aller moins loin, voire même s’organiser pour « voyager » en  revenant chaque soir dormir chez soi après de petites pérégrinations? À chaque jour des vacances, prendre le temps de goûter la poésie des petits riens, et redécouvrir ce qu’on ne voyait plus, à cause du stress ambiant?

Je connais un Montréalais qui a déjà passé son mois de juillet à « découvrir » sa ville, Montréal, ses différents quartiers, l’architecture de ses lieux, marchés publics, bibliothèques, jardins, Maisons de la culture, cinémas, etc. Il s’est même payé une visite guidée en compagnie de touristes américains et a trouvé l’expérience très enrichissante. 

On peut aussi sortir ses pinceaux et son aquarelle, son fusain et sa tablette, son crayon et son efface. Garanti qu’à chaque nouveau pas, la perspective sera différente et offrira un « dépaysement » certain. Même expérience à tenter avec son appareil-photos…

Promenades à vélo? Se lever tôt et partir avant que la ville s’éveille. Sentir l’aube et la rosée. Admirer les premières lueurs. Rouler ainsi pendant des heures. Dîner sur un promontoire et observer la ville qui grouille en bas. Revenir chez soi, une douche, un roman et une bière sur le balcon.

Promenades à pied? Expérience toute autre. On a alors le temps de voir les détails, de s’attarder pour parler aux passants, de prendre quelques notes dans un carnet. De fureter un peu partout : entrer dans une galerie d’arts, visiter un musée, flatter un chat, fredonner un air (et prendre la résolution d’en chercher les paroles exactes en revenant à la maison). Décider sur un coup de tête de changer de direction pour aller visiter une copine.

Organiser une chasse aux trésors avec des enfants. En ville, les initier au transport en commun. Étonner des ados par des circuits thématiques de son cru: Aller saluer les aînés de sa petite localité, trouver les noms des fleurs sauvages, visiter l’Hôtel de Ville, suivre le parcours journalier d’un jardinier-maraîcher. Partir en excursion familiale et dormir à la belle étoile. Monter sur le toit de la maison pour admirer « les Pleurs de Saint-Laurent » quand, au mois d’août, il y a affluence d’étoiles filantes.

S’offrir un point de vue panoramique avec des amis pour observer un coucher de soleil et y rester jusqu’à l’aube pour admirer le lever du soleil, puis aller déjeuner copieusement.

Passer son mois de juillet à prendre amoureusement soin d’un carré de jardin. Apprendre à cultiver la patience. Bénir le ciel quand le soleil brille et aussi quand il pleut. Comprendre la nécessité de retourner à la terre les pelures de patates, les herbes flétries, les feuilles mortes. Dire merci à la Terre si généreuse. Se concocter des salades de laitues croustillantes avec des fines herbes fraîchement coupées.

Pourquoi vous parler ainsi des vacances dans Wô les Moteurs? Eh bien, c’est parce que nous vivons à une époque de consommation effrénée qui nous mène tout droit vers des catastrophes horrifiantes : dérèglement climatique, fin du pétrole à bon marché (donc, augmentation du coût de l’essence, des médicaments, des aliments, etc.). Restreindre sa consommation de pétrole en réduisant les distances à parcourir pendant les vacances fait partie de ces milliers de petits gestes qui, lorsqu’ils sont multipliés par X milliers de personnes permettent de repousser l’arrivée des catastrophes et d’expérimenter des alternatives fort agréables.

Nous sommes des milliers et des milliers de personnes engagées dans une transition vers un monde moins dépendant des énergies fossiles. Nous cheminons vers une vie plus simple, plus dégagée du fla-fla inutile. Nous avons décidé d’accorder plus d’importance, au quotidien, à notre milieu de vie immédiat en encourageant les commerces de notre localité, en établissant des liens avec les fermiers des alentours et en prenant des vacances inoubliables… à proximité.

 

La simplicité volontaire, ce n’est pas niaiseux!

Un petit bijou, cet article du périodique français La décroissance (- Page 7- No 101- Juillet-août- 2013). Le titre : Éloge de la simplicité. L’auteur: Pierre Thiesset.  Avions demandé la permission de reproduire l’article mais cela nous a été refusé : La revue tient à vendre sa production. Les bonnes revues ont peine à se financer. Alors, je me contenterai ici d’en commenter certains extraits. Dont l’introduction :

La rubrique simplicité volontaire est sans aucun doute l’une des plus appréciées du journal. De nombreux lecteurs la lisent en priorité et disent s’inspirer de ces parcours singuliers. D’autres, politiques « sérieux », raillent volontiers ces démarches jugées individuelles, culpabilisantes, insignifiantes. Et pourtant, il y a bien plus de subversion dans le choix de « dépenser le moins d’argent possible pour ne pas avoir à en gagner » que dans tous les discours réunis des candidats aux dernières présidentielles.

Et Vlan sur la noix!  Je suis bien d’accord avec l’auteur. Le capitalisme se nourrit de notre consommation de plus en plus… ostentatoire. « Achète, jette, et rachète encore! ». C’est ce que nous semblons avoir si bien intériorisé.

Dans une société qui fait de l’expansion son unique finalité, chacun doit se mobiliser pour absorber la surproduction croissante. C’est le seul moyen de ne pas faire fléchir la sainte courbe du PIB. Les discours politiques dominants ne font que rejoindre l’injonction des publicitaires. « Nous avons changé d’heure… Mais avez-vous changé de montre? »,  bande de ringards qui ne renouvellent pas deux fois par an leurs menues menottes?  Changez de vie, changez de voiture, quitte à vous endetter ».

On croit entendre le Moïse de l’Ancien Testament qui redescend du Sinaï, indigné au possible par les comportements de son peuple. D’où l’expression « Faire une sainte colère ».

Ne me libère pas, je m’en charge

À l’opposé de cette vision cauchemardesque de l’homme réduit à l’état unidimensionnel d’outil et de tube digestif, de travailleur et de consommateur, de rouage vide tout entier dévolu à une méga machine qui nous dévore tel un Moloch, quelques dissidents osent dire stop. La vie est ailleurs. 

Et comment! Oui,  la vie est ailleurs. Ça me rappelle Félix Leclerc : « Dans l’ train pour Sainte-Adèle Y avait un homme qui voulait débarquer Mais allez donc débarquer Quand le train file cinquante milles à l’heure Et qu’en plus vous êtes conducteur! »

Refuser de se soumettre aux sommations à la consommation, c’est s’offrir un temps autonome, hors marché. Un temps pour créer, cultiver son jardin, réparer son vélo, autoproduire, récupérer, lire, rencontrer, discuter, contempler… 

Attention : Il ne s’agit cependant pas de se limiter à « ça ». Il faut parfois se mobiliser à plusieurs et s’indigner, revendiquer, en subir les contrecoups comme Gandhi et Mandela…

Pour une société alternative, il faut du miel (vivre déjà le but que l’on poursuit) et malheureusement aussi  il faut bien vivre aussi avec le fiel des batailles sociales. Rien n’est vraiment donné.

La vertu libératrice de la pauvreté est célébrée depuis les sagesses les plus ancestrales. Pour s’élever, il est nécessaire de se délester. Ainsi chez Platon : « Toute activité doit culminer dans le repos absolu de la contemplation », écrit Hannah Arendt.

Ici, la « pauvreté » n’équivaut pas à la « misère ». Les tenants de la simplicité la disent « volontaire » par opposition à la misère contre laquelle nous devons tous nous mobiliser. Et cette « pauvreté » volontaire n’a rien à voir avec le masochisme, ou l’avarice (notre Séraphin).

Aussi, nous observons une mutation : Du  choix de « x » personnes de classe moyenne qui optent pour vivre avec peu, nous passons tranquillement au choix d’une société de simplicité de plus en plus « obligée  par les circonstances ». Ces « circonstances », on les connaît bien: limite des ressources de notre planète, augmentation effrénée de notre soif de consommation (compulsion), effets de serre et donc changements climatiques, écarts toujours plus importants entre riches et pauvres, etc.  Devant ces constats, peut-on dire que nous pratiquons une simplicité…volontaire? En avons-nous encore le choix???

La lutte des déclassés

En définissant la vie bonne sur d’autres représentations et d’autres normes que celles de la classe dominante, la minorité qui renonce à la course à l’accumulation mène une bataille symbolique essentielle. […]

Un art de vivre fondé sur l’autolimitation coupe court au modèle de la petite bourgeoisie de venu hégémonique. Dans notre époque de pléthore, se contenter de peu exige un caractère fort, indépendant, capable de remise en question et de singularité. La masse est prompte à rappeler à l’ordre ceux qui échappent à sa nasse. Quand au détour d’une conversation, un interlocuteur apprend que l’on n’a ni téléviseur, ni automobile, ni portable, il est fréquent de devoir répondre à un regard ébahi de merlan frit et aux sempiternelles interrogations accusatoires du type : « Mais comment fais-tu pour vivre comme ça? » Justifie ton choix de ne pas revêtir la panoplie du conformisme!

De mon côté, j’ai commencé à me présenter comme quelqu’une qui vit dans la simplicité « obligée… par les circonstances ». Je compte bien y aller avec  plus de radicalité qu’à l’heure actuelle. Ce qui va, c’est certain, créer de petits remous tout autour…

Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux

[…]Le capitalisme n’est pas une simple organisation extérieure de banquiers et d’industriels, » écrivait Richard Gregg, disciple de Gandhi et précurseur de la simplicité volontaire aux États-Unis. « Il se compose d’un esprit, d’une attitude et d’actions habituelles, ancrés en nous ». […] 

Refuser de se plier aux offres de la marchandise, « les commandements d’aujourd’hui », c’est saboter l’édifice industriel. Saper l’imaginaire capitaliste. Déserter toute relance. Face à la fuite en avant perpétuelle qui nous est présentée comme unique horizon, une seule question suffit à bloquer l’engrenage : À quoi bon?  

C’est assez. On arrête tout, on réfléchit. En grève perpétuelle sur une grève ensoleillée, un peuple qui décide de freiner devient inarrêtable. 

Bon. Je ne crois pas qu’au Québec, nous puissions facilement envisager une  « grève perpétuelle sur une grève ensoleillée ». Mais décider de passer d’une Journée sans Achat à une Année de simplicité volontaire, ce serait déjà un bon début!