Archives du mot-clé peur de la mort

Le déni de l’effondrement et notre peur de la mort

Être dans un corps, c’est entendre les battements de cœur de la mort à chaque instant.

Andrew Harvey

Tout autour de nous, la mort. Personnes mourantes, systèmes mourants, nature mourante, modes de vie mourants, rêves mourants. Comment persévérer ? Ces rappels constants de notre propre mortalité suscitent la question : combien de temps me reste-t-il ?

Pourquoi le dalaï-lama passe-t-il une heure par jour à contempler sa propre mort ? Pourquoi certains moines bouddhistes passent-ils des heures à regarder des cadavres ? Le poète Rumi nous dit de mourir avant de mourir. Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Pendant plusieurs années, j’ai inclus dans mes ateliers un exercice qui menait les participants à imaginer, de façon très imagée, leur propre mort. Je sais que d’autres animateurs d’ateliers ont utilisé des processus similaires. J’ai rarement fait savoir à l’avance aux participants que nous ferions cet exercice. Cependant, presque sans exception, après l’avoir vécu, les gens me disent que ce seul exercice valait le coût de l’inscription.

Une raison d’inclure ce processus est qu’il sert à aborder directement la peur de la mort qui se cache derrière notre déni de l’effondrement, notre conviction que la civilisation n’est pas vraiment en train de s’effondrer ou que, si elle le fait, un million de merveilleuses possibilités émergeront pour que le jeu en vaille la chandelle. Une fois que nous aurons notre peur de la mort bien en vue et non plus dans l’ombre, une fois confrontés consciemment et sans équivoque à la réalité de notre propre mort en compagnie d’autres personnes dans un groupe, un profond changement survient et nous pouvons arrêter de nier l’effondrement ou n’importe quelle déchéance dans l’expérience humaine.

Contempler notre mortalité sur une base quotidienne, voire horaire, est une pratique très utile, autant en périodes troublées qu’en périodes plus calmes. Non seulement cette contemplation provoque-t-elle un réaménagement de nos priorités, elle nous rappelle aussi que nous ne sommes pas l’ego. Le moi profond, notre véritable essence, est éternel et immuable. Une chanson des Beatles des années 1960 chantée par John Lennon dit que rien ne changera mon monde (Nothin’s gonna change my world). Lennon ne signifie pas par là que le monde extérieur ne changerait pas, mais que le moi sacré est constant, éternel, épargné par le monde relatif de l’ego et à l’abri des formes de pensées. Écoutez régulièrement le battement de cœur de la mort.

Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées ici à raison d’une par semaine.