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Vers un printemps chaud?

L’Année 2015 sera-t-elle une année charnière dans le renversement de notre dépossession tranquille ou verra-t-elle l’approfondissement de notre déliquescence avancée?

Les événements de Charlie Hebdo étant maintenant derrière nous – nous sans avoir laissé dans son sillage un élargissement du dispositif sécuritaire et liberticide qu’affectionnent tant nos laudateurs de la démocratie autoritaire – nous pourrons revenir aux dossiers prioritaires qui devraient nous occuper.

D’abord, la question de l’austérité. Si les élections législatives de ce dimanche en Grèce verront fort possiblement l’arrivée au pouvoir d’un parti, Syriza, ouvertement anti-austérité, force est d’admettre que celui-ci semble déjà bien avancé dans la voie de l’édulcoloration de ses visées politiques et que, devant composer avec les pressions indues des gardiens de la vulgate monétaire européenne, il doit déjà s’adonner à certaines acrobaties plutôt douloureuses qui risquent d’en faire déchanter plus d’un, comme l’a très bien mis en lumière Frédéric Lordon sur le blog La pompe à phynance.

Et c’est sans oublier le fait que Syriza, tout comme Podemos et autres partis nés de l’indignation populaire post-2008, n’a malheureusement que la croissance à la bouche quand vient le temps de relancer l’économie, comme s’il fallait encore prioritairement rassurer la plèbe conditionnée par des années de matraquage idéologique néolibéral et les agences de notation. Or, l’un des défis prioritaires des années à venir sera de trouver le moyen de renverser cette doxa croissanciste et de faire la démonstration que la décroissance ne rime pas avec chômage et appauvrissement. Et pour cela, il faudra davantage que des marches vibrant au rythme des camions flûtes.

C’est pourquoi il nous faudra suivre ici – et bien évidemment y prendre part ! – les développements de ce que d’aucuns annoncent déjà comme un printemps chaud au Québec. Il nous faudra effectivement mettre un holà ferme aux entreprises de destruction déjà bien entamées de l’équipe libérale.

Un autre dossier qui risque de susciter notre attention est celui du pétrole et des projets de pipelines devant traverser la belle province. Saurons-nous mettre un frein à ces initiatives du siècle dernier? Il le faudra, car le monde nous regarde et qu’il en va de la suite du monde. Surtout, aussi, parce qu’une récente étude parue dans la revue Nature est venu nous rappeler que la majeure partie du pétrole encore disponible se doit à l’heure actuelle de rester dans le sol si nous voulons éviter l’emballement du dérèglement climatique, que d’aucuns considèrent déjà irréversible…

Espérons par ailleurs que cette lutte aux hydrocarbures sera également l’occasion d’entamer une réflexion collective conséquente sur notre dépendance au pétrole, et sur les implications d’une telle dépendance. Les Éditions Écosociété entendent à cet égard apporter leur grain de sel en publiant en mars prochain L’énergie des esclaves. Le pétrole et la nouvelle servitude, traduction du livre du journaliste canadien Andrew Nikiforuk, The Energy of Slaves. Une réflexion fort intéressante sur notre rapport aux énergies fossile, et plus largement sur notre utilisation de l’énergie. Comme quoi il est vraiment temps d’opérer une révolution conceptuelle pour retrouver une échelle véritablement humaine dans notre façon d’appréhender nos rapports avec la nature.

Il n’y a donc pas à dire, l’année 2015 sera bien chargée. L’horloge de l’apocalypse ayant été avancée à minuit moins trois, il serait peut-être que nous accentuions la cadence. Je l’ai dit plus haut, le monde nous regarde.

Bilan 2014 de la simplicité volontaire

La « simplicité volontaire » n’existe pas comme entité aux contours bien définis : il est donc impossible d’en faire un bilan véritable! C’est une philosophie, une attitude face à la vie, un mouvement d’idées, un éclairage pour nos choix, voire un courant social. Difficile donc à mesurer pour en tracer un portrait ou en tirer des conclusions.

Mais essayons-nous quand même, de manière forcément personnelle et subjective. Chacun et chacune pourra ensuite y apporter ses nuances ou exprimer ses désaccords et ses propres évaluations.

 

Un peu d’histoire pour situer le contexte

La notion de « simplicité volontaire » a vraiment connu son essor au Québec à la fin des années 90, suite à la publication de La simplicité volontaire… plus que jamais! de Serge Mongeau. Succès de librairie, le livre a propulsé et l’auteur et l’expression elle-même sur les tribunes et dans les médias. Si bien que la simplicité volontaire a fait son nid dans le dictionnaire de l’Office québécois de la langue française, que le terme « simplicitaires » pour désigner ceux et celles qui pratiquent la simplicité volontaire s’est graduellement imposé, et que le courant d’idée a peu à peu migré dans la francophonie à partir du Québec.

À partir de l’année 2000, diverses organisations ont cherché à diffuser la simplicité volontaire : au Québec, ce furent principalement le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) et le Groupe de simplicité volontaire de Québec (GSVQ). En Belgique, la diffusion s’est faite surtout par l’intermédiaire des Amis de la Terre. En France, de manière plus diffuse à travers des revues ou journaux comme Silence et La décroissance. Et un peu partout ailleurs en Europe, à travers divers groupes et publications dont nous avons présenté un survol dans le bulletin du RQSV Simpli-Cité de l’hiver 2007 sur le thème « Sommes-nous seulEs sur la planète simplicité volontaire? ».

 

Et en 2014?

Depuis quelques années, la « mode simplicité volontaire » semble devenue moins populaire : on en parle moins, les organisations (québécoises du moins) sont moins nombreuses ou actives, etc.

Pourtant, si l’effet de nouveauté est clairement passé, la réalité elle-même de la simplicité volontaire (sous cette appellation ou sous d’autres noms) s’est nettement enracinée à la fois dans la culture québécoises et dans la pratique de très nombreuses personnes de milieux très divers. Un relevé de l’utilisation de l’expression (ou de ses parents proches) dans les diverses publications (aussi bien dans les médias que dans les livres ou les films, les thèses universitaires, les discours politiques, etc.) suffirait à montrer l’influence durable qu’elle continue de développer. Car la simplicité volontaire est inséparable d’un certain nombre d’autres idées ou expressions qui font elles aussi leur chemin : décroissance, villes ou village en transition, remise en question de la société marchande, alternatives aux énergies fossiles, préoccupations écologiques, commerce équitable et local, alimentation biologique, préoccupations pour la ruralité et l’occupation du territoire, développer un autre rapport au temps ou à la productivité, ralentir ou le mouvement « slow », etc.

Dans cette « mouvance de la simplicité volontaire », 2014 aura été surtout marquée, pour moi, par les débats de plus en plus vigoureux autour de l’utilisation des énergies fossiles (pétrole surtout, à la fois celui des sables bitumineux et celui des gaz de schiste). Tant au Canada qu’au Québec, une véritable bataille de titans s’est engagée entre les populations et leurs gouvernements quant aux priorités du développement pour l’avenir. Si la majorité des gouvernements ont tendance à favoriser carrément le pétrole (Fédéral, Alberta, Saskatchewan), ou du moins à ne pas s’y objecter (Québec, Ontario, Maritimes), essentiellement pour des raisons économiques, les populations sont de plus en plus nombreuses, un peu partout, à s’opposer à ce développement irresponsable des énergies fossiles dans le contexte des changements climatiques. L’affrontement social qui a déjà commencé autour des grands projets de pipelines n’est qu’un début, tout comme le débat autour de l’exploitation éventuelle des ressources pétrolières sur l’île d’Anticosti ou dans le Golfe du St-Laurent.

L’autre enjeu majeur qui commence à faire son chemin dans l’espace public, c’est celui de la « décroissance » qui contient aussi, intrinsèquement, celui du rapport à la consommation. Le credo de la croissance illimitée est de plus en plus remis en question, même dans les facultés universitaires d’économie et de commerce. De toquade marginale d’écologistes ou d’intellectuels, la décroissance est peu à peu devenue un sujet légitime d’études et de débats même parmi les économistes classiques. En témoigne, parmi d’autres exemples, le grand débat public organisé par la Maison du développement durable le 21 octobre dernier, La croissance : solution ou problème, animée par le journaliste économique de Radio-Canada, M. Gérald Fillion et auquel participait l’ancien premier ministre du Québec, M. Bernard Landry.

Et même si mon dernier exemple vient plutôt des États-Unis, il me semble pourtant très significatif puisqu’il vient du cœur même de l’économie marchande, du capitalisme et de la libéralisation économique mondialisée. Joshua Becker, ancien pasteur qui a découvert la simplicité volontaire (qu’il appelle le « minimalisme ») en 2008 et qui n’a cessé depuis de faire connaître les richesses de sa découverte, d’abord sur son blogue (Becoming minimalist), puis à travers une lettre bimensuelle du même nom, se consacre maintenant à cette tâche à plein temps depuis un peu plus d’un an. Il faisait récemment le bilan de son année 2014 et la croissance d’intérêt pour le minimalisme est ici évidente et… chiffrée! Les visiteurs de son site Internet sont passés de 350,000 par mois à plus d’un million par mois; ses amis Facebook sont passés de 90,000 à plus de 200,000; ceux qui le suivent sur Twitter sont passés de 15,000 à 25,700; et il compte maintenant 14,000 abonnés (gratuits) à sa Newsletter bimensuelle. De deux choses l’une : ou bien il est un redoutable « vendeur », ou bien la simplicité volontaire (ou le « minimalisme ») correspondent de plus en plus à un besoin important.

Souhaitons que 2015 démontre, encore plus clairement, que la seconde option est bien la bonne.

Assez parlé, maintenant agissons

Le 23 septembre prochain se tiendra à New York un sommet international sur les changements climatiques, auquel participeront plus d’une centaine de chefs d’état.  Bien qu’il sera à ce moment à New York, le premier ministre canadien Stephen Harper n’a pas jugé bon de participer à cette rencontre, se contentant d’y déléguer sa ministre de l’environnement Leona Aglukkaq.

Alors que le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon répète les appels à agir dès maintenant contre les changements climatiques, que l’OMS, la FAO et plusieurs autres organismes internationaux joignent leurs voix à celles de la communauté scientifique mondiale pour lancer des alertes de plus en plus pressantes, nos dirigeants font fi de celles-ci.  S’ils prétendent, bien souvent du bout des lèvres, se soucier de l’environnement, il ne faut pas que la protection de celui-ci entrave le développement économique.  Ainsi, les sables bitumineux albertains représentent une richesse potentielle énorme qu’il faut exploiter à tout prix. Que les conditions de vie sur Terre puissent être menacées constitue un détail vite noyé sous les dollars.

Le Québec ne fait guère mieux.  Des cibles ambitieuses de réduction de GES ont été évoquées, mais très peu d’actions concrètes n’ont encore été entreprises pour les atteindre.  Le temps nous presse, mais personne n’agit.  Au contraire, on se soumet aux volontés des promoteurs.  Par exemple, le 8 septembre dernier, TransCanada invitait à une soirée dans un hôtel montréalais des décideurs et personnalités influentes du Québec.  Pierre Arcand, ministre des ressources naturelles, Thierry Vandal, pdg d’Hydro-Québec, Michael Sabia, pdg de la Caisse de dépôt et placement, le maire Denis Coderre, Jean Charest, en tout près de 200 convives qui ont mangé et bu aux frais de l’entreprise en se faisant vanter les mérites du pipeline Énergie Est, qui doit transporter le pétrole albertain jusqu’au futur port de Cacouna et vers le Nouveau-Brunswick.  La leçon semble avoir été bien apprise, car dès le surlendemain, le ministre Arcand a fait la promotion des avantages économiques du projet de pipeline Énergie Est, qui générerait de la richesse et créerait des emplois.  Combien ? Le ministre n’est pas en mesure de le préciser.  Mais lorsqu’il s’agit de créer de la richesse, inutile de s’attarder aux détails.  À qui profitera vraiment cet or noir qui ne fera en grande partie que transiter par le Québec ?  Et surtout, quels en sont les véritables coûts environnementaux à long terme ?  Le ministre concède bien l’existence de « certains enjeux environnementaux » sans toutefois se montrer trop certain d’en quoi ils consistent ; de toute façon, ces enjeux ne semblent pas chez lui ni chez personne du gouvernement libéral une préoccupation majeure (un gouvernement qui, rappelons-le, s’est fait élire en nous promettant de s’occuper des « vraies affaires » ).

Le feu couve, il faut agir dès aujourd’hui pour tenter d’amenuiser les changements climatiques.  Si rien n’est fait, ceux-ci prendront une ampleur aux conséquences néfastes pour nos sociétés.  Même les spécialistes les plus tempérés entrevoient l’avenir avec inquiétude.  Malheureusement, on ne peut pour l’instant pas attendre grand chose de nos dirigeants.   Il revient aux citoyens d’entreprendre des actions et d’en exiger de leurs élus.  À cet effet, le 21 septembre, deux jours avant le sommet de l’ONU, des marches populaires se tiendront dans des centaines de villes de par le monde. Celle de Montréal débutera à 13 h au Parc Lafontaine.  Soyons nombreux, car cela semble désormais le seul message que nos dirigeants puissent entendre.

Un dernier tour de piste

Très bientôt, de rutilants bolides tourneront en rond, se poursuivant sur le circuit de l’île Notre-Dame, leurs vrombissements réjouissant les spectateurs avides de pétaradantes accélérations, d’effluves d’essence et de pulpeuses hôtesses.
Vitesse, puissance, richesse et vedettes attireront encore une foule rêveuse se donnant l’illusion que, l’espace d’une fin de semaine, Montréal est « sur la carte » du jet set international.  Leurs tours de piste terminés, les multimillionnaires de la F1 remballeront leurs gros chars et partiront présenter leur cirque ailleurs, après bien sûr avoir empoché de somptueux bénéfices en bonne partie gracieuseté de fonds publics.

Le bruit et la vitesse étourdiront-ils le spectateur au point de lui faire oublier que cette grande kermesse célèbre un objet qui ne devrait pourtant plus mériter son adoration, considérant les dommages qu’il cause à notre environnement ?   Dans un monde où le climat change dangereusement, où les ressources s’épuisent, où la modération constitue désormais la seule voie viable, il apparaît absurde de se prosterner devant le moteur à essence et ses grands prêtres.

L’argent, l’énergie et l’ingéniosité consacrés à aller toujours plus vite devraient plutôt servir à développer et mettre en place des moyens de transport plus frugaux, car la course n’est non seulement plus soutenable, elle est devenue une néfaste aberration.

Il est grand temps que les spectateurs qui prendront place dans les gradins du circuit Gilles Villeneuve réalisent qu’ils assistent à une course de dinosaures.  L’ère du pétrole tire à sa fin ; nous devons en précipiter le terme, à défaut de quoi nous pourrions connaître le même sort que les géants du Crétacé.

Le 11 avril, c’est non aux énergies du passé!

Le nouveau ministre des Ressources Naturelles du Canada, Greg Rickford, nous fera l’honneur de sa visite le 11 avril prochain, de 11h30 à 12h30 à Montréal, puisqu’il viendra faire la promotion des pipelines de sables bitumineux (Ligne 9B d’Enbridge et Énergie Est de TransCanada) auprès du Conseil des Relations Internationales de Montréal (CORIM).

Comme nous considérons important de souligner ce premier discours officiel du nouveau ministre, nous invitons chaque citoyen intéressé à se faire entendre au sujet de l’arrivée du pétrole des sables bitumineux dans l’Est à venir manifester devant le Marriott Château Champlain Montréal ce 11 avril entre 11h30 et 12h30.

Après l’autorisation donnée par l’Office National de l’Énergie pour le pipeline Ligne 9 d’Enbridge et l’annonce du projet de TransCanada qui ont eu lieu juste avant les élections, il est important de nous montrer mobilisés.

Le 11 avril prochain, une occasion à ne pas manquer pour dénoncer ces projets d’un autre âge et démontrer notre opposition face à l’industrie des sables bitumineux qui dicte présentement sa politique à Ottawa.

Les organisations suivantes appuient cette manifestation:

Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)
Conseil des Canadiens
Eau Secours
Équiterre
Fondation David Suzuki
Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada)
Greenpeace Québec
Regroupement Interrégional Gas de Schiste de la Vallée du St-Laurent (RIGSVSL)

Plus d’info sur le dîner-causerie de la CORIM :
http://www.corim.qc.ca/index.php?idsession=0&cate&recherche&idmodule=14&idmodule_temp&idprod=331&page_html&idstatic&idlang=1

Pour une indépendance envers les placements sales!

En cette période électorale, il existe certains paradoxes qu’il serait intéressant d’examiner. Il y a souvent un tel gouffre entre ce qu’on nous affirme et la réalité qu’on peut se questionner sur le véritable sens des mots que certains de nos représentants utilisent. La semaine dernière, « la chef péquiste Pauline Marois a évoqué l’indépendance du Québec [….] comme seul moyen pour garantir que le projet d’oléoduc d’Enbridge respectera les exigences de son gouvernement. »[1] Pourtant, la situation n’est pas aussi simple que Mme Marois voudrait nous le faire croire.

Ce que Mme Marois semble avoir oublié, c’est que la Caisse de Dépôt et Placement du Québec, notre bas de laine collectif, « contrôle virtuellement près de 20 % des actions de l’entreprise de transport de pétrole des sables bitumineux Enbridge. » [2] Il me semble que la détention d’un tel pourcentage des actions d’Enbridge devrait donner au gouvernement québécois le pouvoir et le droit d’exiger que l’entreprise considère sérieusement certaines de nos demandes. Mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que nos dirigeants n’utiliseront pas ce levier pour défendre notre droit à un environnement sain. Nos représentants politiques semblent préférer nous rouler dans la farine plutôt que de cesser d’encourager l’extraction et le transport des énergies sales à même notre fond souverain.

L’Institut de Recherche en Économie Contemporaine (IREC) nous informait en février 2012 que« parmi les dix premiers placements en actions de la Caisse, quatre sont faits dans des entreprises au cœur du secteur des sables bitumineux, dont Enbridge Inc, Enbridge LLP (une filiale de la précédente), Suncor et finalement Canadian Natural Resources. Cela représente un placement total de près de quatre milliards $ (3 995 millions $) dans trois entreprises. À lui seul, le placement direct dans Enbridge représente 2,7 milliards $. »[3] Les gens qui décident de nos politiques d’investissement, malgré ce qu’ils prétendent, continuent de nourrir une passion enflammée pour les énergies fossiles. « Au 3 août 2011, les placements directs de la CDP en actions dans des entreprises cotées en bourse et actives dans le secteur des sables bitumineux représentaient un investissement de 5,425 milliards $, soit plus de 14 % du portefeuille de la CDP en actions d’entreprises cotées en bourse.»

La politique de placement de la CDPQ ne semble pas avoir subie de changements majeurs depuis la parution de cette étude de l’IREC en 2012. La CDPQ qui avait pour mandat, lors de sa création, d’assurer la souveraineté économique du Québec nous maintient maintenant dans la dépendance envers un modèle économique éculé qui exige de détruire notre environnement physique pour créer de la richesse en papier. Cette institution, qui a comme mission de « recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital de ses déposants,»[4] a perdu près de 40 milliards $ en 2008 lors de la crise des Papiers Commerciaux Adossés à des Actifs (PCAA).

En continuant de placer notre argent dans des entreprises qui détruisent nos écosystèmes et en continuant de ne définir un rendement optimal qu’en terme monétaire, la CDPQ nous prépare des lendemains explosifs. Nous serons perdants de toutes les manières. À quoi bon des rendements financiers élevés si notre eau devient imbuvable, notre climat de plus en plus instable, nos terres agricoles contaminées et nos communautés endeuillées? Et qui peut nous assurer que les rendements attendus seront encore au rendez-vous dans quelques années? Ces placements sont aussi risqués que les fameux PCAA. « Si l’on met en place les mesures nécessaires pour rester en-deçà de 2°C de réchauffement, l’essentiel des réserves fossiles d’énergie devra rester sous terre. Ces réserves risquent par conséquent de perdre leur valeur écon1omique, tout comme, bien entendu, les compagnies qui les possèdent et les exploitent.[5]»

Les changements climatiques ou les déversements toxiques n’arrêteront pas à la frontière du Québec, qu’il soit souverain-associé ou pas. Nous avons, avec la CDPQ, une institution déjà souveraine qui pourrait nous servir à entreprendre la transition vers un monde moins énergivore. Personnellement, le fait de savoir qu’une partie de mes cotisations à la Régie des Rentes du Québec sert à entretenir une entreprise comme Enbridge m’indigne énormément. Qu’on ne m’offre pas le choix de pouvoir retirer ces cotisations et de placer cet argent dans des véhicules de placement ou des entreprises qui respectent mes valeurs m’indigne encore plus.

Un programme d’efficacité énergétique qui nous permettrait de diminuer notre facture d’électricité, ne serait-ce pas un rendement optimal ça aussi? Parce qu’enfin, entre quelques dollars de plus par mois dans nos poches ou la possibilité d’être au chaud ou au frais pour longtemps à coût réduit, il me semble que le choix devrait être évident. Développer l’auto-partage et les alternatives à la voiture solo sur l’ensemble du territoire, lutter contre les îlots de chaleur ou aménager des centres de partage d’outils, ce ne sont pas les projets inspirants qui manquent. Financer la transition vers une agriculture biologique à petite échelle qui nous permettrait d’atteindre une certaine autonomie alimentaire pourrait développer notre goût pour l’indépendance. Une indépendance qu’on pourrait savourer sans amertume dans un pays qui sentirait bon les effluves de la liberté.

Mme Marois nous a amplement démontré, depuis septembre 2012, que nous n’avions nul besoin de Stephen Harper pour nous maintenir dans la dépendance toxique aux hydrocarbures et  aux investissements douteux. Elle semble parfaitement capable de nous garder elle-même dans le marasme le plus total. Le Québec qu’elle nous propose ne ressemble en rien au Québec que nous voulons. Nous devons exiger que la CDPQ cesse d’investir l’argent de nos retraites dans les énergies sales. Nous devons aussi exiger que nos gouvernements cessent de dilapider l’argent public en subvention pour explorer le « potentiel » pétrolier d’un joyau comme l’île d’Anticosti.

Nous voulons un Québec libre de pétrole. En quelle langue nous faut-il le dire pour que vous nous compreniez ?



NON

et par Catherine Beau-Ferron.

 

L’enfant dit NON

C’est une phase qu’on dit, ça va passer

Ça a une fin la phase du NON,

Le deuxième pouvoir après le caca

Ça va lui passer, son power-trip

Il va devenir obéissant, apathique, il va même arrêter de demander pourquoi

Vous inquiétez pas, il va le lâcher son power

Il va oublier qu’il l’a jamais eu

 

Ben moi, du haut de mes 32 tours du soleil,

J’dis NON

J’VEUX PAS

J’arrête de suivre

J’en veux pas de votre monde

Ça pue, c’est dégueu

J’en veux un autre, plusse beau, plusse meilleur

 

On le voit venir celui-là, cet assassin de beauté

Qui pompe ses dernières gouttes de dollars noirs

Son maquillage coule, les bulles pètent

Son visage vorace se dévoile sans pudeur,

Sa trompe qui pompe et pompe et pompe et recrache du mépris et de l’eau sale,

De l’air sale, de la terre morte

J’dis NON parce que je veux simplement vivre

Vivre dans ce vaisseau qui est encore trop beau pour le laisser couler

Me faire l’alliée de sa beauté, son amie

Pouvoir juste me coucher dedans, la créer encore et encore

 

C’est ben négatif dire non

Mais pas du tout messieurs-dames, bien au contraire

Tout est dans tout

Le oui dans le non

Le ying dans le yang

L’arbre est dans ses feuilles

La vie dans la mort !

Je jouis en disant non… NOOOOOON.

Quand je serai petite je veux devenir pirate

Naviguer sur des mers Rebelles

                                       Lumineuses

                                       Vastes

Crier FUCK OFF à 360 degrés

J’vous jure, ça va être un beau party.

8 septembre prochain: rencontre annuelle du Réseau Transition Québec

Au Café l’Artère à Montréal

« Se mettre à jour et échanger »

Une Grande invitation!

Le Réseau Transition Québec a pour principale mission la circulation de l’information relative à la Transition au Québec, et l’organisation de rencontres où les initiatives de Transition peuvent échanger leurs expériences. Le 8 septembre aura lieu la rencontre que nous organisons annuellement. Elle s’adresse aux personnes ayant déjà une compréhension du modèle de Transition, et qui font partie d’une initiative de Transition existante ou souhaitent en démarrer une dans leur communauté. Si vous ne possédez pas les notions de base nécessaires à cette rencontre mais aimeriez y participer, communiquez avec nous pour connaître les ressources disponibles pour vous mettre à niveau.

Considérations pratiques

• La rencontre se tiendra au Café l’Artère, 7000, avenue du Parc (métro Parc), à Montréal.

• Le café-brioche (déjeuner),  le repas du midi (végétarien) et une pause café sont inclus dans le coût de 30 $.

• Indiquez tout de suite votre intérêt à participer par un courriel à info@quebecentransition.org

Avant le 23 août postez votre chèque au nom de la Fondation Écho-Logie, à l’adresse suivante : 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6. N’oubliez pas de faire votre choix de 2 ateliers sur 4 (cf. pièce jointe pour le déroulement et le formulaire d’inscription). Nous tâcherons d’accommoder tout le monde.

 
Une autre grande invitation!

Afin de célébrer ses 2 ans d’existence, Villeray en transition invite tout le mouvement (et le reste du monde!) à une fête qui aura lieu le 7 septembre, de midi à 16h, au Parc du Patro le Prévost, 7355, av Christophe-Colomb  (à l’intérieur en cas de pluie) à Montréal. Une table est prévue pour les initiatives en dehors de Villeray qui souhaiteraient montrer leurs activités passées ou en cours.

Nous souhaitons nous servir de cet événement pour attirer les projecteurs sur la Transition en général, plus pertinente que jamais aux quatre coins du monde.

La participation du plus grand nombre à la fête du 7 septembre sera donc non seulement un grand plaisir, mais aussi une démonstration de l’enthousiasme qui entoure notre mouvement.

Vous pouvez obtenir plus d’informations sur la fête de Transition Villeray sur leur site web, sur Facebook ou en leur écrivant par courriel.

 

Le déroulement de la journée du 8 septembre et le formulaire d’inscription sont ici: Déroulement et inscription – 8 septembre 2013.
Au plaisir de vous de vous rencontrer tous et toutes le 7 et le 8 septembre!

Diane, Serge, Sylvie, Thérèse
Comité de coordination du Réseau Transition Québec

Pétrole, quand tu nous tiens…

S’il n’y avait qu’un seul débat qui devait ressortir de la tragédie survenue à Lac-Mégantic, c’est bien celui sur la place qu’occupent le pétrole et plus généralement les hydrocarbures dans nos vies. Puisque même si la notion du pic pétrolier parait toujours aussi abstraite pour le commun des banlieusards, brûler des énergies fossiles nous mène déjà vers les contrées inconnues du dérèglement climatique.

Il y a ainsi de ces seuils qu’on préférait ne pas franchir. Début mai, on apprenait, selon les relevés de l’observatoire de Mauna Loa, ce centre scientifique basé à Hawaï et géré par l’Institut Scripps d’océanographie qui mesure depuis plus de cinquante ans la concentration de CO2 dans l’atmosphère, que nous étions sur le point de dépasser le seuil de 400 particules par million (ppm) de gaz carbonique dans l’atmosphère. Seuil dont nous pouvons maintenant bel et bien affirmer qu’il a été franchi.

Voilà une annonce plutôt préoccupante. Comme le rappelle le journaliste Hervé Kempf : « On considère généralement qu’atteindre le seuil de 450 ppm de CO2 conduirait à un réchauffement moyen de 2 °C par rapport à l’époque pré-industrielle, ce qui pourrait placer le climat planétaire dans un état de déséquilibre irréversible. En fait, pour le GIEC, pour limiter le réchauffement climatique entre 2 et 2,4 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait que la concentration de CO2 plafonne entre 350 et 400 ppm. »

Ces données récemment enregistrées nous placent donc bien au-delà du fameux chiffre de 350 ppm, mesure d’ordinaire retenue dans les tractations entourant les négociations internationales sur le climat comme étant la limite sécuritaire à ne pas franchir pour assurer le bien-être de l’humanité. Le chiffre le plus important sur Terre, en disait d’ailleurs James Hansen, une des références internationales en matière de climatologie.

Le constat fait par l’observatoire de Mauna Loa l’a aussi été par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), apprenait-on le 3 juillet dernier. Le dernier rapport de l’OMM souligne en effet que le réchauffement climatique est bel et bien réel et prend de l’ampleur. Il met en évidence la hausse des concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre, dont le CO2, pour lequel la concentration a augmenté de 39% depuis le début de l’ère industrielle. La tendance est maintenant telle que l’Agence internationale de l’énergie entrevoit de son côté une hausse des températures de pas moins de 5,3 °C d’ici la fin du siècle.

En regard de ces chiffres, il est donc plutôt consternant de voir la classe politique continuer de feindre de prendre la situation au sérieux. À preuve, le président Obama qui, fin juin, présentant son plan de lutte contre les gaz à effet de serre (GES), mettait en garde les promoteurs du projet de pipeline Keystone XL que celui-ci verrait le jour seulement s’il ne nuit pas « trop » au climat. Comment tout dire et ne rien dire à la fois ! Si certains y ont vu une indication à l’effet qu’Obama pourrait opposer son veto au projet, le flou artistique de sa déclaration nous fait plutôt craindre qu’on se prépare à trouver un subterfuge pour faire avaler le projet aux opposants. Des promesses d’agir, des promesses de nouvelles orientations, voilà en quoi réside fondamentalement le plan Obama sur le climat. Le Département d’État s’étant déjà montré favorable au projet et l’armée de lobbyistes du secteur pétrolier se massant aux portes de la Maison blanche, on voit mal qu’on comment le président démocrate osera aller contre ceux qui alimentent de leurs portefeuilles la machine à élections étatsunienne. Nous attendons d’ailleurs toujours la fermeture de Guantanamo…

Al Gore a beau soutenir que le récent discours d’Obama constituait le « meilleur discours sur le climat jamais prononcé par un président », nous lui conseillons d’attendre la mise en place de mesures concrètes avant de se perdre en louanges. Puisque c’est une chose de parler de mesures pour limiter la pollution générée par les centrales électriques au charbon ou d’exprimer pour une énième fois le désir de promouvoir le développement des énergies renouvelables, tant que nous ne parlerons pas de réduction de la consommation, tout gain en matière d’efficacité énergétique risque d’être nul, si ce n’est d’empirer la situation. Dans un monde qui carbure à la croissance, c’est hélas la triste réalité mise en lumière paradoxe de Jevons (et que le journaliste étatsunien David Owen a brillamment mis en lumière dans son ouvrage The Conundrum, qui fera l’objet d’une traduction aux Éditions Écosociété cet automne).

On perçoit la même ambivalence du côté de Québec et du Parti québécois, où l’on souffle le chaud et le froid en matière d’énergie. On semble d’ailleurs beaucoup plus prompt à exploiter le pétrole québécois et importer le pétrole sale albertain qu’à mettre de l’avant des mesures effectives pour sortir de notre dépendance au pétrole. On vit dans un monde de formules magiques, dans lequel nous pourrions avoir le pétrole… sans les GES ! On a beau promettre une vaste consultation pour élaborer la nouvelle politique énergétique du Québec, les signes venant de Québec nous laissent songeurs, pour dire le moins. Si un tel exercice demeure louable, il serait bien de rappeler à tout ce beau monde qu’un tel exercice s’est déjà tenu au milieu des années 1990, une vaste consultation dont étaient ressorties des conclusions qu’il aurait été sage d’appliquer. L’idée était très simple : avant d’envisager toute nouvelle exploitation de ressources énergétiques, il devrait avoir été démontré que cet ajout d’énergie n’aurait pas pu être compensé par une réduction de consommation équivalente (que ce soit en matière de réduction de la consommation ou de gains d’efficacité énergétique). Force est d’admettre que les gouvernements qui se sont succédé à Québec depuis vingt ans ne passent pas le test de cet engagement.

On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, nous dit-on souvent pour jeter le discrédit sur une gauche sociale qui lutte pour le maintien (et l’élargissement) de services publics gratuits et de qualité. Or cette maxime, c’est plutôt celle des prestidigitateurs qui nous vendent le développement durable et qui veulent du pétrole sans GES. Et dire que pendant ce temps, à Ottawa, sévit un gouvernement qui considère les sables bitumineux comme une ressource renouvelable