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De Syrie: Mère Agnès Mariam de la Croix

Je sais, ce devrait une chronique autour de la simplicité volontaire. Et écrite la semaine dernière, par-dessus le marché!

Mais ce soir, au terme de plusieurs semaines intensives de travail de solidarité avec la Syrie, je n’ai aucunement la tête à vous parler de simplicité volontaire. Mais bien plutôt de malheur involontaire. Ou, plus proche encore de la réalité sur le terrain, de tragédie sans nom: la Syrie, au riche passé plusieurs fois millénaire, qu’on regarde passivement détruire et retourner peu à peu à la barbarie.

syrieCe n’est pas le lieu d’un exposé de géographie, d’histoire ou d’intérêts géostratégiques. D’ailleurs, je n’en ai pas les compétences. Mais pour avoir organisé et suivi de près la visite au Canada et à Montréal de Mère Agnès Mariam de la Croix, religieuse catholique melkite d’origine palestino-libanaise qui vit en Syrie depuis 20 ans, j’ai vu de près les destructions et les atrocités qui déchirent ce pays depuis maintenant presque trois ans. Avec plus de 100,000 morts, une dizaine de millions de personnes déplacées (près de la moitié du peuple syrien!), des populations assiégées depuis des mois, la famine et le manque de soins, les enlèvements, etc.

Et au milieu de toutes ces horreurs, de toutes ces noirceurs, de petites lueurs d’espoir: un millier de personnes, de régions, d’ethnies et de religions diverses qui font ensemble le serment, en janvier 2012, de ne pas se laisser entraîner dans des divisions sectaires, de ne jamais prendre les armes les uns contre les autres, et de travailler inlassablement à rapprocher les belligérants à travers le dialogue et la négociation pour en arriver éventuellement à la réconciliation et à la paix. Le mouvement syrien MUSSALAHA (« Réconciliation ») était né.

Deux ans plus tard, Mère Agnès Mariam est devenue, tant en Syrie qu’à l’étranger, la principale figure publique et porte-parole du mouvement MUSSALAHA. Sur le terrain même, le mouvement a permis de nombreuses petites « victoires de la paix », jamais rapportées dans les médias. Et parfois même des victoires plus importantes, comme à la fin d’octobre 2013, quand il a pu négocier la libération de plus de 6000 personnes assiégées à Moadamiya, un quartier de Damas. Pour mesurer l’ampleur d’une telle opération de paix, et tout le courage et la détermination qui ont été nécessaires pour la mener à bien, on peut en quelque sorte assister ici à cette opération en texte, images et vidéo.

MAMCette Mère Agnès Mariam, qui est indiscutablement pour moi une artisane de paix, est pourtant depuis des mois l’objet d’une campagne massive et vicieuse visant à la discréditer auprès des gouvernements et des médias en la faisant passer pour une propagandiste déguisée du régime de Bashar El-Assad, l’accusant même d’utiliser son statut de religieuse pour donner, en Occident, un vernis de crédibilité à la dictature syrienne. Et autant je peux témoigner personnellement de l’authenticité de cette femme, autant je peux témoigner de l’efficacité de cette campagne de calomnies contre elle: je me suis moi-même heurté, pendant quelques semaines, au véritable « mur de silence » que la plupart des médias ont monté autour d’elle.

Les plus charitables, ou les plus prudents, disaient qu’elle était « un personnage controversé ». Les plus directs affirmaient carrément qu’elle n’avait aucune crédibilité et n’était que le porte-voix du régime Assad. Dans l’un et l’autre cas, la conséquence était la même: les médias hésitaient ou refusaient carrément de lui permettre de faire entendre son message. Pour vous permettre de vous faire vous-mêmes votre idée, je vous réfère à un article très récent: Mother Agnes Mariam In Her Own Words.

Quoi qu’il en soit, je ne saurais à ce moment-ci, fatigué comme je suis, faire un véritable bilan de sa visite à Montréal (hier et aujourd’hui).

Mais pour tous ceux et celles qui sont intéresséEs à en savoir davantage sur le mouvement MUSSALAHA, sur les événements en Syrie vus du point de vue du mouvement pour la paix syrien, et sur la solidarité qu’on peut avoir avec ce peuple immensément meurtri, il existe un site internet mis sur pied il y a quelques mois au retour d’une Délégation internationale pour la paix et la réconciliation, présidée par le Prix Nobel de la Paix Mairead Maguire, qui s’est rendue au Liban et en Syrie en mai dernier.

Dans son rapport, la délégation avait constaté à quel point la situation qu’elle avait constatée sur le terrain était différente de celle qu’on nous présentait dans la plupart de nos médias occidentaux. Et elle avait conclu que toute solution en Syrie ne pourrait venir que de négociations entre les Syriens eux-mêmes. D’où l’importance de faire cesser TOUTES les interventions extérieures, aussi bien par l’envoi d’armes, d’argent ou de combattants étrangers qui s’y retrouvent par milliers (de plus de 80 nationalités différentes!).

Et comme complément à toute l’information (fiable) que vous pourrez trouver auprès du Syria Solidarity Movement, qui organisait la tournée canadienne de Mère Agnès Mariam, je me permets d’ajouter ci-dessous le texte que j’écrivais, au nom du comité organisateur de la visite à Montréal, sur le sens de cette visite de Mère Agnès Mariam.

La visite de Mère Agnès Mariam à Montréal

La situation actuelle en Syrie est de l’avis de tous catastrophique. Du point de vue des pertes de vies humaines (dont un très grand nombre de civils non combattants), du point de vue des conditions sociales, alimentaires et sanitaires (populations déplacées ou réfugiées, à l’intérieur du pays comme dans les pays avoisinants, manque grave de nourriture et de soins de santé, destruction des infrastructures essentielles, etc.) comme du point de vue des perspectives d’avenir (un conflit armé toujours plus féroce, une haine de l’ennemi exacerbée, des forces en présence multiples et souvent divisées, une peur et une méfiance croissantes.

La situation sociale, religieuse, ethnique, politique et militaire du pays et de la région est extrêmement complexe. Les alliances objectives ou conjoncturelles bougent souvent, de façon parfois surprenante ou paradoxale. Tout le contraire d’une situation claire, en noir et blanc, entre les « bons » d’un côté et les « méchants » de l’autre. Sans compter que les témoins oculaires étrangers sont trop peu nombreux et que tous les observateurs doivent chercher la « vérité » à travers une guerre de propagande aussi féroce que les combats armés.

Malgré toutes ces difficultés, nous ne pouvons pas rester silencieux ou impuissants. Même notre inaction est utilisée et fait le jeu de l’un ou l’autre des belligérants. Sans compter les intérêts géopolitiques des pays étrangers. C’est pourquoi les militants et militantes pour la paix, partout dans le monde, ont la responsabilité de plonger dans la mêlée, non pas pour « prendre parti » pour un camp ou l’autre, mais pour se tenir courageusement entre les deux camps en rappelant sans cesse les exigences du dialogue, de la négociation, des compromis pour aboutir éventuellement à la réconciliation et à la paix.

C’est le sens des efforts du mouvement MUSSALAHA (« Réconciliation ») syrien, né il y a presque deux ans, de l’engagement pris par un millier de civils de diverses origines sociales, ethniques et religieuses de ne pas tomber dans le piège des conflits sectaires, de refuser de tuer en toutes circonstances et de chercher plutôt la solution de tout conflit à travers le dialogue et la négociation.

C’est à cela que travaille Mère Agnès Mariam de la Croix. Et c’est pour cela que les membres de la Délégation internationale pour la paix, présidée par la lauréate du Prix Nobel de la paix pour 1976, l’Irlandaise Mairead Maguire, et qui s’est rendue au Liban et en Syrie en mai 2013 (voir le texte du rapport de la Délégation), ont décidé d’organiser la tournée nord-américaine de Mère Agnès Mariam.

Évidemment, chercher à promouvoir le dialogue entre deux camps qui s’entretuent, souvent de façon atroce, ce n’est pas la meilleure façon de se faire des amis, mais plutôt la meilleure façon de recevoir des coups, venant souvent des deux côtés. Et chercher à négocier avec les deux belligérants, c’est s’exposer inévitablement à être utilisés, « cooptés » ou même instrumentalisés contre son gré par chacune des deux parties, au gré de leurs intérêts du moment. Mère Agnès Mariam en sait quelque chose! Et les organisateurs de sa tournée nord-américaine, partout où elle est passée, aussi!

Gagner une guerre n’est jamais aussi difficile que de gagner la paix. Le conflit en Irak l’a démontré de manière éclatante : les États-Unis et leur « coalition des volontaires » ont écrasé rapidement les forces militaires irakiennes et occupé le pays pendant des années. Mais la paix en Irak se fait toujours attendre. La même chose est arrivée en Lybie, où les forces de l’OTAN ont rapidement « libéré » le pays de sa dictature; mais la paix n’est toujours pas au rendez-vous. Pire encore, l’Occident cherche depuis 14 ans à gagner la guerre en Afghanistan et il n’a toujours pas réussi. Encore bien moins à établir la paix!

Avec les Syriens du mouvement MUSSALAHA, et avec Mère Agnès Mariam, nous refusons de justifier, de participer à, ou même d’alimenter, par nos paroles ou par nos gestes, la poursuite de la guerre en Syrie. Au contraire, nous voulons travailler, par tous les moyens à notre disposition, à soutenir les artisans de paix syriens et à contribuer ainsi, modestement, à favoriser la réconciliation entre les camps adverses et à bâtir durablement la paix. Nous le devons bien à l’admirable peuple syrien, à son immense souffrance et à ses aspirations légitimes trop souvent trompées ou prises en otages par des intérêts qui lui sont étrangers.

Irréaliste? Idéaliste? Utopique? Certainement pas plus que d’espérer construire une paix durable en Syrie en prolongeant la destruction, les atrocités et la haine!

 Dominique Boisvert, 3 décembre 2013

Le Jour du souvenir – pourquoi porter… un coquelicot blanc?

L’idée du port d’un coquelicot blanc a commencé à germer en Angleterre en 1926.

La Première Guerre mondiale avait entraîné la mort de 10 millions de soldats et d’un million et demi de civils. Le coquelicot rouge était porté depuis 1921 à la mémoire des soldats morts à cette guerre et les fonds recueillis par sa vente allaient au Haig Fund qui venait en aide aux vétérans et à leur famille. Le mouvement pacifiste No more War Movement proposa de remplacer les mots Haig Fund au centre du coquelicot par No more War (Jamais plus la guerre). Devant l’échec de cette proposition, l’idée de créer une fleur différente commença à prendre forme…

En novembre 1933, dans le contexte d’une nouvelle montée des tensions au niveau international, la première campagne du coquelicot blanc fut lancée en Angleterre par la Co-operative Women’s Guild (CWG). Le coquelicot blanc ne se voulait pas un affront au coquelicot rouge. D’ailleurs, plusieurs des femmes de ce mouvement avaient perdu un membre de leur famille à la guerre. Elles voulaient plutôt commémorer toutes les victimes de la guerre et contrer les courants militaristes de l’époque. L’année suivante, le Peace Pledge Union, mouvement pacifiste nouvellement formé, appuya cette initiative et prit par la suite en charge la production et la vente des coquelicots blancs, jusqu’à aujourd’hui.

Au Canada, la campagne des coquelicots blancs prend son essor en 1998, suite à la publication d’un article dans le bulletin d’information de Conscience Canada, le mouvement des objecteurs de conscience à l’impôt militaire. L’année suivante, un dépliant d’appui à la campagne des coquelicots blancs a circulé parmi des groupes actifs pour la paix dans différentes régions du pays. Un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, Frank Knelman, expliquait à cette époque qu’il voulait non seulement se souvenir de ceux qui ont combattu et souffert comme soldats, mais qu’il voulait consacrer ses énergies à empêcher la guerre et à mettre fin au militarisme. « Je veux me souvenir que 95 % des victimes dans les guerres modernes sont des civils » disait-il.

Nous savons que les guerres du 20e siècle ont causé la mort de plus de 200 millions de personnes. Et nous constatons, depuis plusieurs années, la recrudescence du militarisme au Canada : participation à la guerre d’occupation en Afghanistan et aux bombardements contre la Libye, croissance vertigineuse des dépenses militaires, glorification de la guerre et de l’armée, de « l’histoire » et de la « culture » militaires…

C’est pour marquer notre opposition collective à cette montée du militarisme ici même que le Collectif Échec à guerre a décidé de lancer, en 2011, sa première campagne annuelle du coquelicot blanc au Québec.

En 2013, portons le coquelicot blanc en souvenir de toutes les victimes de la guerre, militaires et civiles, de toutes les personnes tuées, blessées, emprisonnées, déplacées, réfugiées, violées.

En 2013, portons le coquelicot blanc pour faire échec à la guerre et au militarisme !