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Gagner sa vie dans la nouvelle réalité postindustrielle

Suite de notre série de réflexions sur la préparation émotionnelle aux changements qui nous attendent, une adaptation du travail de l’auteure américaine Carolyn Baker.

L’effondrement de la civilisation industrielle implique forcément que le travail et les façons de gagner sa vie telles que nous les connaissons actuellement n’existeront plus ou seront très différentes. On peut anticiper que l’économie informelle et souterraine connaîtra un grand essor. Très peu de personnes auront un emploi au sens où nous l’entendons aujourd’hui et survivre, pour la plupart des gens, sera un défi de chaque instant.

La pyramide de Maslow

D’après le travail de Maslow, dans la hiérarchie des besoins, la fondation de la pyramide est constituée des besoins de base, ceux qui nous permettent de survivre physiquement. En revanche, des besoins au sommet de la pyramide comme celui de trouver un sens à ce que l’on fait, ou faire quelque chose qui nous motive, ne peuvent être comblés qu’après avoir assuré la fondation, celle des besoins physiques immédiats.

Dans un environnement postindustriel, arriverons-nous jamais à dépasser la couche de fondation de la pyramide pour se hisser vers les niveaux supérieurs? Ma conviction est que nous consacrerons certes beaucoup d’efforts à notre survie, mais les questions de signification et de vocation ne seront pas pour autant hors-sujet. Par conséquent, on peut dès maintenant commencer à réfléchir au sens que l’on trouve à effectuer son travail actuel, car cette réflexion pourra être utile par la suite.

Pour autant, il ne faut pas s’imaginer pouvoir forcément exercer un métier qui réponde à nos aspirations; la résilience et la flexibilité seront les maîtres mots de la survie humaine dans le futur. Il faut donc s’atteler à acquérir un large éventail de compétences dès à présent : ainsi, on peut chercher à accomplir sa vocation tout en apprenant des compétences qui nous plaisent peu, mais s’avèreront utiles par la suite.

Gagner sa vie pour soi et sa communauté

Comment s’engager sur ce chemin? Plusieurs options existent, dont voici quelques exemples :

Dans ma ville de Boulder dans le Colorado, un groupe appelé Liberation Economics propose le concept de “communautés catalytiques”, de petits groupes dont les membres travaillent ensemble à apprendre les uns des autres pour mieux réaliser leur potentiel. En allant plus loin, on peut envisager que des groupes de personnes se préparant aux bouleversements à venir et partageant des intérêts communs s’unissent pour lancer des petites entreprises dont les biens et les services seront nécessaires dans une société post-industrielle.

Le mouvement de la Transition (réseau mondial, réseau québécois), lui, se concentre entre autres sur le réapprentissage de savoirs qui ont été oubliés lors du développement de la civilisation industrielle, mais qui pourraient redevenir nécessaires pour passer au travers de sa phase de déclin. Ainsi, des groupes de Transition à travers le monde offrent régulièrement des ateliers en permaculture[1], jardinage biologique, conservation et entreposage de nourriture, cueillette de plantes sauvages comestibles, phytothérapie, construction à base de paille, compostage, aide d’urgence, etc.

Un autre mécanisme qui connaîtra sans aucun doute un grand succès est celui des banques d’échange de temps. Quand on y pense, il s’agit là d’une forme de monnaie alternative; dans la plupart des cas, une heure du temps de chacun équivaut à une heure du temps de toute autre personne, quelle que soit l’activité. C’est un mécanisme simple mais fort utile pour chaque individu et pour sa communauté.

Quelques pistes pour poursuivre votre réflexion:

  • Quel travail exercez-vous actuellement? Est-ce ce à quoi vous vous sentez appelé-e à faire? Si oui, pourquoi? Si non, quelle est votre vraie vocation?
  • Comment vous préparez-vous à un monde dans lequel l’emploi, tel qu’on le connaît maintenant, pourrait ne plus exister? Quelles compétences avez-vous à offrir dans un monde postindustriel?
  • À quelles personnes rendez-vous service dans votre communauté? De quelles façons travaillez-vous à améliorer, soigner, embellir ou protéger celle-ci? Quels besoins de votre communauté vous appellent à vous impliquer pour les combler?

Adaptation et traduction du premier chapitre du livre Navigating the Coming Chaos, réalisée par Sylvie Robert du Réseau Transition Québec.

À propos de l’auteure: Carolyn Baker est psychothérapeute de formation et a pratiqué ce métier durant plusieurs années; elle a également été professeure d’histoire et de psychologie. Elle anime des ateliers de préparation spirituelle aux défis du futur, et est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Sacred Demise: Walking The Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse (2009), Navigating the Coming Chaos: a Handbook for Inner Transition (2011) et le plus récent Collapsing Consciously : Transformative Truths for Turbulent Times (2013). Elle tient un blogue et propose une revue de presse commentée, Speaking Truth to Power à www.carolynbaker.net. Merci à Carolyn de nous avoir permis de publier ici ses réflexions!


[1] La permaculture est une approche permettant de concevoir des habitats humains et des systèmes agricoles qui imitent les relations présentes dans l’écologie naturelle. Sur Ékopédia: lien.

Se préparer émotionnellement à la fin de notre civilisation industrielle

Cet article débute une série de réflexions que le blogue publiera dans les prochains mois sur la préparation émotionnelle aux changements qui nous attendent. Il est l’adaptation du travail de l’auteure américaine Carolyn Baker.

De nombreux enjeux (pic pétrolier, changements climatiques, crises économiques) suggèrent que nous sommes au début d’une période d’effondrement de la civilisation industrielle. Ces sujets sont fort bien documentés par ailleurs; mon intention ici est d’aborder les conséquences émotionnelles de ces bouleversements.

L’auteur Clive Hamilton[1] évalue ainsi la situation dans laquelle nous nous trouvons :

“L’attaque des perturbations climatiques sur tout ce en quoi nous croyions – le progrès illimité, un futur stable, notre capacité à contrôler le monde naturel à l’aide de la science et de la technologie – rongera les piliers qui soutiennent la psyché moderne. Ce sera psychologiquement déstabilisant, à un degré peut-être dépassé seulement dans l’histoire de l’humanité par le passage à l’agriculture et l’avènement de la société industrielle.”

Bien que Clive Hamilton fasse ici référence uniquement aux changements climatiques, on peut s’attendre à ce que l’épuisement des ressources énergétiques et la crise économique globale provoquent également des perturbations psychologiques.

Comme le montre le mouvement de la Transition qui s’est répandu à travers le monde, le passage à un mode de vie plus résilient[2] doit notamment prendre en compte les aspects psychologiques d’un tel cheminement – une Transition intérieure qui complète et soutient la Transition extérieure, celle qui s’occupe des aspects pratiques et physiques de nos besoins.

Il se peut que, face à la perspective d’un effondrement de la civilisation industrielle, vous ayez différentes manières de vous réconforter : par un bon verre, un dessert gourmand, la présence physique d’un proche ou d’un animal, la télévision – ou tout simplement le sommeil. Mais vous savez au fond de vous que vous devrez faire face, tôt ou tard, aux émotions que cette anticipation du futur provoque en vous.

John Michael Greer, dans l’un des articles de son blogue (« Waiting For the Millenium : The Limits of Magic »), nous donne une piste pour affronter ce désarroi :

« (…) la foi au cœur de cette ère qui est en train de passer, selon laquelle le futur sera meilleur que le passé ou le présent, est devenue une illusion. (…) Presque tous nos ancêtres ont vécu dans des temps où aucun futur radieux ne brillait à l’horizon; presque tous nos descendants connaîtront la même situation. La grande majorité des premiers (nos ancêtres, NdT) et, sans doute, de ces derniers aussi (nos descendants, NdT), ont trouvé et trouveront d’autres raisons de vivre. C’est tout aussi envisageable dans le moment présent, si l’on est prêt à réfléchir à l’impensable, à reconnaître que l’ère de l’abondance se termine, et à envisager que le fait de faire la bonne chose en temps de crise, même si cet acte nous met mal à l’aise ou est difficile, pourrait être une source de sens plus convaincante que d’attendre qu’un futur radieux se matérialise par magie. »

De même, Clive Hamilton note que : “Au fur et à mesure que la crise climatique a lieu et remet en cause le futur de l’humanité, le sens qu’ont nos vies deviendra un enjeu de plus en plus important. Après une longue période de perturbation psychologique, la stabilité reviendra seulement si une nouvelle compréhension de la Terre émerge, une histoire qui remplacera celle selon laquelle la planète est un réservoir de ressources servant à alimenter une croissance illimitée. »

Il serait futile de s’opposer à l’effondrement du système actuel. C’est là une idée centrale de mon ouvrage de 2009, Sacred Demise : Walking The Spiritual Path Of Industrial Civilization’s Collapse. Arrêtons d’essayer d’empêcher ou d’éviter l’effondrement. Ouvrons-nous plutôt à cette idée, suivons le courant, comprenons ce qui se passe et ce que les évènements exigent de nous.

On pourrait faire valoir qu’il y aura une façon d’être « sauvés » de ce qui nous attend : par un leader politique, une autre personne, ou encore des extraterrestres ou la colonisation d’autres planètes. Mais même si l’une de ces options s’avérait réaliste, une telle issue ne nous permettrait pas, en tant qu’espèce, de franchir le prochain palier de notre évolution auquel notre conscience de nous-mêmes nous appelle. Il faut qu’une nouvelle sorte d’êtres humains émerge pour faire face aux enjeux majeurs auxquels nous sommes confrontés. Vaclav Havel, l’auteur de théâtre et politicien tchèque, affirmait d’ailleurs :

“Qu’est-ce qui pourrait changer la direction de la civilisation actuelle? Mon intime conviction est que la seule option est un changement dans le domaine de l’esprit, le domaine de la conscience humaine. Il ne suffit pas d’inventer de nouvelles machines, de nouvelles lois, de nouvelles institutions. Nous devons acquérir une nouvelle compréhension du but réel de notre existence sur cette Terre. C’est seulement en faisant un changement aussi fondamental que nous pourrons créer de nouveaux modèles de comportement et un nouvel ensemble de valeurs pour la planète. »

Sans une préparation émotionnelle à la chute de la civilisation actuelle, il est fort probable que nous soyons dépassés par ces évènements, au point d’en devenir fous ou peut-être d’en mourir. Cet effondrement constitue le prochain rite de passage de l’humanité, notre initiation imminente à l’âge adulte en tant qu’espèce.

 

Adaptation et traduction du chapitre d’introduction du livre Navigating the Coming Chaos, réalisée par Sylvie Robert du Réseau Transition Québec.

À propos de l’auteure: Carolyn Baker est psychothérapeute de formation et a pratiqué ce métier durant plusieurs années; elle a également été professeure d’histoire et de psychologie. Elle anime des ateliers de préparation spirituelle aux défis du futur, et est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Sacred Demise: Walking The Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse (2009), Navigating the Coming Chaos: a Handbook for Inner Transition (2011) et le plus récent Collapsing Consciously : Transformative Truths for Turbulent Times (2013). Elle tient un blogue et propose une revue de presse commentée, Speaking Truth to Power à www.carolynbaker.net. Merci à Carolyn de nous avoir permis de publier ici ses réflexions!


[1] Dans son ouvrage Requiem For A Species : Why We Resist The Truth About Climate Change.

[2] La résilience, pour une ville ou un village, consiste à pouvoir faire face aux chocs et aux changements (par exemple un événement climatique extrême, une montée soudaine des prix de la nourriture ou une crise économique), et à s’y adapter au lieu de s’effondrer. Plus d’informations sont disponibles sur le site du Réseau Transition Québec, ou encore dans le Manuel de Transition (page 60).

OUI, il est possible d’agir sur les changements climatiques!

ProchainVirageAvec les rapports du GIEC [1] qui s’accumulent, chaque fois plus alarmants sur les conséquences terribles qui attendent l’humanité si nous n’arrivons pas à maîtriser les changements climatiques, bien des gens ont développé l’une des deux attitudes suivantes : un sentiment d’impuissance devant des enjeux qui nous dépassent; ou bien carrément l’inconscience qui préfère s’enfouir la tête dans le sable!

Il est vrai que ce dossier n’est pas facile à saisir pour bien des gens. Comment croire à un réchauffement de la planète après l’hiver glacial et interminable que nous venons de connaître? Comment imaginer les conséquences concrètes d’un tel réchauffement sur l’alimentation, l’accès à l’eau potable, les tensions militaires entre pays, la survie des populations habitant au niveau de la mer? Pourquoi considérer comme urgents des problèmes dont les conséquences catastrophiques ne se manifesteront que dans 10, 25 ou 100 ans? Et pourquoi payer maintenant pour des bienfaits possibles qui ne seront accessibles que plus tard, pour nos enfants ou nos petits-enfants (le contraire absolu de notre mode de vie actuel : « profitez maintenant, payez plus tard! »)?

Pourtant, toutes les études arrivent maintenant aux mêmes conclusions que le rapport Stern (octobre 2006) qui concluait que les conséquences économiques de notre inaction pour contrer les changements climatiques seront infiniment plus coûteuses (dans un rapport de 20 pour 1 au moins) que les investissements importants qu’il faudrait accepter d’y consacrer dès maintenant. Plus nous tardons, et pires seront les conséquences et les efforts qu’il faudra consentir pour les minimiser!

Faut-il pour autant baisser les bras? Ce n’est certainement pas l’avis de Steven Guilbeault et de François Tanguay qui viennent tout juste de publier Le prochain virage, Propulser le Québec vers un avenir équitable et durable (Éditions Druide, 304 pages, mars 2014).

J’ai lu bien des livres et des articles traitant d’environnement, de développement durable, d’énergies et de changements climatiques. Et je me demandais, sans doute comme bien d’autres : pourquoi un nouveau livre?

Si j’ai choisi de vous en parler aujourd’hui, c’est parce que ce livre me semble particulièrement important et utile à ce moment précis des changements climatiques!

En effet, nous savons maintenant de façon certaine que nous n’éviterons pas les changements climatiques (pour y arriver, il aurait fallu agir beaucoup plus tôt et beaucoup plus radicalement que nos gouvernements ne l’ont fait) : ces changements sont déjà en cours (on le voit bien avec la fonte des glaces dans l’Arctique et l’Antarctique) et le mieux que nous pourrons maintenant faire (si nous acceptons enfin d’agir avec audace et célérité), c’est de limiter l’ampleur de ces changements, et donc des conséquences auxquelles il faudra faire face.

Mais il y a aussi une deuxième raison importante d’agir dès maintenant : nous préparer aux conséquences maintenant inévitables de ces changements climatiques, pour en minimiser l’impact aussi bien pour nous que pour l’ensemble des populations terriennes. Car plus nous serons prêts, mieux nous pourrons affronter les défis considérables auxquels nous serons confrontés.

Et comme la volonté politique des États de la planète semble encore bien en deçà de ce qui serait nécessaire et urgent (voir les résultats très décevants des conférences internationales consacrées à la lutte contre les changements climatiques), ce qui constituait le « Plan A », il nous faut maintenant nous rabattre sur le « Plan B », celui qui dépend davantage de nous sans attendre que les États prennent enfin leurs responsabilités.

C’est l’objet du nouveau livre de Steven Guilbeault et de François Tanguay. Prenant acte de la situation internationale, qu’ils connaissent mieux que personne pour avoir régulièrement suivi et participé à ces conférences mondiales sur le climat, ils font œuvre de pédagogie mobilisatrice en nous offrant un portrait particulièrement vulgarisé et dynamique de l’ensemble du dossier :

  • l’état actuel des changements climatiques
  • l’état actuel des négociations internationales
  • l’état actuel des politiques canadienne et québécoise en matière de changements climatiques
  • les défis que nous devons relever dès maintenant en matière d’énergie
  • les changements que nous pouvons (et devons) collectivement faire, sans attendre après nos gouvernements : le fameux « Plan B »
  • de nombreuses expériences concrètes qui se font déjà en ce sens (aussi bien ici qu’ailleurs dans le monde)
  • etc.

Ce qui est remarquable dans ce livre et qui, à mon avis, le démarque de la plupart des autres livres sur le sujet, c’est le ton simple et familier avec lequel les auteurs réussissent à nous faire partager leurs connaissances et leurs expériences : ce qui le rend particulièrement accessible et intéressant à lire (ce n’est quand même pas un roman… mais presque aussi captivant!).

En effet, que ce soit les fameuses rencontres internationales sur le climat, les expériences d’efficacité énergétique à l’échelle d’une municipalité entière ou les réactions aux augmentations des tarifs d’Hydro-Québec, c’est à travers leurs propres expériences concrètes de ces sujets que Steven et François nous en font découvrir les dessous et les enjeux qui s’y cachent. C’est ainsi que des sujets potentiellement arides ou abstraits deviennent au contraire concrets, simples, voire parfois palpitants!

Le défi des changements climatiques, au niveau planétaire, demeurera évidemment toujours considérable. Mais la lecture du Prochain virage, elle, non seulement vous aidera à mieux comprendre les véritables enjeux qui s’y jouent, mais surtout, elle vous redonnera espoir dans cet avenir immédiat qui est le nôtre : il y a déjà plein de choses intéressantes et positives que nous pouvons réaliser dans nos vies, nos quartiers et nos villes, dont plusieurs sont déjà expérimentées ici ou là. À nous d’y participer, de les proposer autour de nous et d’en faire, peu à peu, des priorités pour nos communautés.

Un peu à la manière des Villes, villages ou communautés en transition : faisons nous-mêmes, graduellement, individuellement et collectivement, la vie comme nous souhaitons (et que nous avons besoin) qu’elle soit…

Merci, Steven et François, de nous permettre d’y croire encore et d’y participer concrètement.

[1] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat composé de représentantEs de presque tous les pays membres de l’ONU. Leur cinquième rapport, en trois parties, a été rendu public le 27 septembre 2013 (premier volet), le 31 mars 2014 (deuxième volet) et le 13 avril 2014 (troisième volet).

Pour une indépendance envers les placements sales!

En cette période électorale, il existe certains paradoxes qu’il serait intéressant d’examiner. Il y a souvent un tel gouffre entre ce qu’on nous affirme et la réalité qu’on peut se questionner sur le véritable sens des mots que certains de nos représentants utilisent. La semaine dernière, « la chef péquiste Pauline Marois a évoqué l’indépendance du Québec [….] comme seul moyen pour garantir que le projet d’oléoduc d’Enbridge respectera les exigences de son gouvernement. »[1] Pourtant, la situation n’est pas aussi simple que Mme Marois voudrait nous le faire croire.

Ce que Mme Marois semble avoir oublié, c’est que la Caisse de Dépôt et Placement du Québec, notre bas de laine collectif, « contrôle virtuellement près de 20 % des actions de l’entreprise de transport de pétrole des sables bitumineux Enbridge. » [2] Il me semble que la détention d’un tel pourcentage des actions d’Enbridge devrait donner au gouvernement québécois le pouvoir et le droit d’exiger que l’entreprise considère sérieusement certaines de nos demandes. Mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que nos dirigeants n’utiliseront pas ce levier pour défendre notre droit à un environnement sain. Nos représentants politiques semblent préférer nous rouler dans la farine plutôt que de cesser d’encourager l’extraction et le transport des énergies sales à même notre fond souverain.

L’Institut de Recherche en Économie Contemporaine (IREC) nous informait en février 2012 que« parmi les dix premiers placements en actions de la Caisse, quatre sont faits dans des entreprises au cœur du secteur des sables bitumineux, dont Enbridge Inc, Enbridge LLP (une filiale de la précédente), Suncor et finalement Canadian Natural Resources. Cela représente un placement total de près de quatre milliards $ (3 995 millions $) dans trois entreprises. À lui seul, le placement direct dans Enbridge représente 2,7 milliards $. »[3] Les gens qui décident de nos politiques d’investissement, malgré ce qu’ils prétendent, continuent de nourrir une passion enflammée pour les énergies fossiles. « Au 3 août 2011, les placements directs de la CDP en actions dans des entreprises cotées en bourse et actives dans le secteur des sables bitumineux représentaient un investissement de 5,425 milliards $, soit plus de 14 % du portefeuille de la CDP en actions d’entreprises cotées en bourse.»

La politique de placement de la CDPQ ne semble pas avoir subie de changements majeurs depuis la parution de cette étude de l’IREC en 2012. La CDPQ qui avait pour mandat, lors de sa création, d’assurer la souveraineté économique du Québec nous maintient maintenant dans la dépendance envers un modèle économique éculé qui exige de détruire notre environnement physique pour créer de la richesse en papier. Cette institution, qui a comme mission de « recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital de ses déposants,»[4] a perdu près de 40 milliards $ en 2008 lors de la crise des Papiers Commerciaux Adossés à des Actifs (PCAA).

En continuant de placer notre argent dans des entreprises qui détruisent nos écosystèmes et en continuant de ne définir un rendement optimal qu’en terme monétaire, la CDPQ nous prépare des lendemains explosifs. Nous serons perdants de toutes les manières. À quoi bon des rendements financiers élevés si notre eau devient imbuvable, notre climat de plus en plus instable, nos terres agricoles contaminées et nos communautés endeuillées? Et qui peut nous assurer que les rendements attendus seront encore au rendez-vous dans quelques années? Ces placements sont aussi risqués que les fameux PCAA. « Si l’on met en place les mesures nécessaires pour rester en-deçà de 2°C de réchauffement, l’essentiel des réserves fossiles d’énergie devra rester sous terre. Ces réserves risquent par conséquent de perdre leur valeur écon1omique, tout comme, bien entendu, les compagnies qui les possèdent et les exploitent.[5]»

Les changements climatiques ou les déversements toxiques n’arrêteront pas à la frontière du Québec, qu’il soit souverain-associé ou pas. Nous avons, avec la CDPQ, une institution déjà souveraine qui pourrait nous servir à entreprendre la transition vers un monde moins énergivore. Personnellement, le fait de savoir qu’une partie de mes cotisations à la Régie des Rentes du Québec sert à entretenir une entreprise comme Enbridge m’indigne énormément. Qu’on ne m’offre pas le choix de pouvoir retirer ces cotisations et de placer cet argent dans des véhicules de placement ou des entreprises qui respectent mes valeurs m’indigne encore plus.

Un programme d’efficacité énergétique qui nous permettrait de diminuer notre facture d’électricité, ne serait-ce pas un rendement optimal ça aussi? Parce qu’enfin, entre quelques dollars de plus par mois dans nos poches ou la possibilité d’être au chaud ou au frais pour longtemps à coût réduit, il me semble que le choix devrait être évident. Développer l’auto-partage et les alternatives à la voiture solo sur l’ensemble du territoire, lutter contre les îlots de chaleur ou aménager des centres de partage d’outils, ce ne sont pas les projets inspirants qui manquent. Financer la transition vers une agriculture biologique à petite échelle qui nous permettrait d’atteindre une certaine autonomie alimentaire pourrait développer notre goût pour l’indépendance. Une indépendance qu’on pourrait savourer sans amertume dans un pays qui sentirait bon les effluves de la liberté.

Mme Marois nous a amplement démontré, depuis septembre 2012, que nous n’avions nul besoin de Stephen Harper pour nous maintenir dans la dépendance toxique aux hydrocarbures et  aux investissements douteux. Elle semble parfaitement capable de nous garder elle-même dans le marasme le plus total. Le Québec qu’elle nous propose ne ressemble en rien au Québec que nous voulons. Nous devons exiger que la CDPQ cesse d’investir l’argent de nos retraites dans les énergies sales. Nous devons aussi exiger que nos gouvernements cessent de dilapider l’argent public en subvention pour explorer le « potentiel » pétrolier d’un joyau comme l’île d’Anticosti.

Nous voulons un Québec libre de pétrole. En quelle langue nous faut-il le dire pour que vous nous compreniez ?



Vacances 2014

Déjà le temps de penser aux vacances d’été? Eh oui, c’est avec la tuque sur les oreilles que nous commençons déjà à rêver d’un été ensoleillé. Ah, les vacances! Pouvoir s’évader de la prison du métro-boulot-dodo! Mais OÙ aller, cette fois-ci??

Peut-être en profiter pour relocaliser ce long congé? Il arrive que ce que nous appelons « Les vacances » consiste davantage à vouloir vivre sans sa montre pour réapprendre à voir et ressentir pleinement la poésie du moment présent qu’à ressentir le besoin de se déplacer « pour changer d’air ».

Aller moins loin, voire même s’organiser pour « voyager » en  revenant chaque soir dormir chez soi après de petites pérégrinations? À chaque jour des vacances, prendre le temps de goûter la poésie des petits riens, et redécouvrir ce qu’on ne voyait plus, à cause du stress ambiant?

Je connais un Montréalais qui a déjà passé son mois de juillet à « découvrir » sa ville, Montréal, ses différents quartiers, l’architecture de ses lieux, marchés publics, bibliothèques, jardins, Maisons de la culture, cinémas, etc. Il s’est même payé une visite guidée en compagnie de touristes américains et a trouvé l’expérience très enrichissante. 

On peut aussi sortir ses pinceaux et son aquarelle, son fusain et sa tablette, son crayon et son efface. Garanti qu’à chaque nouveau pas, la perspective sera différente et offrira un « dépaysement » certain. Même expérience à tenter avec son appareil-photos…

Promenades à vélo? Se lever tôt et partir avant que la ville s’éveille. Sentir l’aube et la rosée. Admirer les premières lueurs. Rouler ainsi pendant des heures. Dîner sur un promontoire et observer la ville qui grouille en bas. Revenir chez soi, une douche, un roman et une bière sur le balcon.

Promenades à pied? Expérience toute autre. On a alors le temps de voir les détails, de s’attarder pour parler aux passants, de prendre quelques notes dans un carnet. De fureter un peu partout : entrer dans une galerie d’arts, visiter un musée, flatter un chat, fredonner un air (et prendre la résolution d’en chercher les paroles exactes en revenant à la maison). Décider sur un coup de tête de changer de direction pour aller visiter une copine.

Organiser une chasse aux trésors avec des enfants. En ville, les initier au transport en commun. Étonner des ados par des circuits thématiques de son cru: Aller saluer les aînés de sa petite localité, trouver les noms des fleurs sauvages, visiter l’Hôtel de Ville, suivre le parcours journalier d’un jardinier-maraîcher. Partir en excursion familiale et dormir à la belle étoile. Monter sur le toit de la maison pour admirer « les Pleurs de Saint-Laurent » quand, au mois d’août, il y a affluence d’étoiles filantes.

S’offrir un point de vue panoramique avec des amis pour observer un coucher de soleil et y rester jusqu’à l’aube pour admirer le lever du soleil, puis aller déjeuner copieusement.

Passer son mois de juillet à prendre amoureusement soin d’un carré de jardin. Apprendre à cultiver la patience. Bénir le ciel quand le soleil brille et aussi quand il pleut. Comprendre la nécessité de retourner à la terre les pelures de patates, les herbes flétries, les feuilles mortes. Dire merci à la Terre si généreuse. Se concocter des salades de laitues croustillantes avec des fines herbes fraîchement coupées.

Pourquoi vous parler ainsi des vacances dans Wô les Moteurs? Eh bien, c’est parce que nous vivons à une époque de consommation effrénée qui nous mène tout droit vers des catastrophes horrifiantes : dérèglement climatique, fin du pétrole à bon marché (donc, augmentation du coût de l’essence, des médicaments, des aliments, etc.). Restreindre sa consommation de pétrole en réduisant les distances à parcourir pendant les vacances fait partie de ces milliers de petits gestes qui, lorsqu’ils sont multipliés par X milliers de personnes permettent de repousser l’arrivée des catastrophes et d’expérimenter des alternatives fort agréables.

Nous sommes des milliers et des milliers de personnes engagées dans une transition vers un monde moins dépendant des énergies fossiles. Nous cheminons vers une vie plus simple, plus dégagée du fla-fla inutile. Nous avons décidé d’accorder plus d’importance, au quotidien, à notre milieu de vie immédiat en encourageant les commerces de notre localité, en établissant des liens avec les fermiers des alentours et en prenant des vacances inoubliables… à proximité.

 

Comment offrir une vie digne à nos aînés, dans un monde en bouleversement? (partie II)

Ce texte est une version courte d’une conférence donnée à Montréal lors du colloque sur la Décroissance dans les Amériques en mai 2012. La première partie a été publiée la semaine dernière sur ce blogue.

Une alternative possible : les Villes en Transition et autres mouvements citoyens locaux

Qu’est-ce qu’une fin de vie digne?

Beaucoup de personnes âgées dans les pays industrialisés bénéficient de soins dernier cri qui leur permettent de prolonger leur existence de manière impressionnante, avec ou sans qualité de vie. Il existe maintenant des professionnels des soins au troisième âge et les maisons de retraite ont du personnel s’assurant de la santé et du bien-être des pensionnaires. Mais ce déploiement de moyens est-il pour autant ce que l’on peut faire de mieux pour nos aînés?

On peut en douter. En effet, si l’on prend l’exemple des maisons de retraite, c’est un défi que d’apporter un soutien personnalisé et respectueux de l’individu dans une institution. Le fait que beaucoup de personnes dépendantes soient concentrées dans le même endroit favorise le nivellement des approches : ainsi, on mettra parfois des protections à tous, même à ceux qui sont encore autonomes, par manque de temps pour emmener chacun aux toilettes. On observe souvent des soins impersonnels, voire des situations où le personnel discute devant les pensionnaires tout en les soignant, comme s’ils n’existaient pas. Il s’agit là non seulement d’un impératif de gestion, mais aussi d’une manière pour les employés de gérer la difficulté de côtoyer la mort tous les jours[1].

Que pourrait désirer chacun de nous, hormis la santé, pour ses vieux jours? Sans doute de ne pas être isolé de ceux qui sont « encore dans la vie »; se sentir utile également. Être considéré comme un individu à part entière, un citoyen, une personne qui a un passé, a eu des bonheurs, des malheurs, des amours et des défis professionnels, même si elle dépend maintenant de l’aide des autres. Être écouté aussi, et non vu comme un(e) éternel(le) radoteur(se). En fait, le mieux que l’on puisse souhaiter, c’est que les autres continuent à voir ce que nous sommes, plutôt que de s’arrêter aux apparences qui nous trahissent et se dégradent. En résumé, ce serait de continuer à faire partie, de plein droit, de la communauté.

Retrouver le sens de la communauté

Même si la décroissance signifiera la perte matérielle de nombreuses possibilités (comme les soins de haute technologie), elle pourrait aussi être l’occasion de revoir la place des personnes âgées dans nos sociétés industrielles, et ce pour le meilleur.

Face aux défis présents, de nombreux groupes essaient de favoriser une vie communautaire plus riche. Et si, plutôt que de cantonner nos aînés dans l’attente de la fin, ou bien leur rôle de consommateurs, les citoyens redonnaient aux aînés leur rôle de sages? Le mouvement des Villes en Transition par exemple, qui vise à améliorer la résilience d’une ville, d’un village ou d’un quartier, fait de « Honorer les aînés » l’une de ses douze étapes clés[2].

Comme on l’a vu, le fait que les plus vieux d’entre nous soient déjà passés par beaucoup d’épreuves peut être une source d’inspiration dans le futur. Il ne faut pas sous-estimer le profond impact qu’auront les bouleversements économiques et écologiques sur la psyché des individus : avant ils pensaient faire partie de sociétés fortes et riches – et en l’espace de quelques années des institutions clés se délitent, font faillite, et bien souvent les personnes se retrouvent livrées à elles-mêmes, car plus grand-chose ne fonctionne…

La communauté, et notamment l’apport des personnes âgées, seront déterminants pour traverser ces temps difficiles, même s’il faut se garder de donner au passé une image trop romantique et idéalisée. Les aînés ont beaucoup à nous apprendre sur des méthodes et des façons de voir qui aideront les jeunes générations et toute la collectivité à traverser les épreuves. Ainsi certains s’appliquent déjà à transmettre leur savoir faire à des artisan-e-s (tonnelier, souffleur de verre, dentellière)[3]. Beaucoup d’aînés peuvent aider d’autres personnes à apprendre des gestes simples, mais que nos sociétés ont en partie délaissés, les confiant à des professionnels : la cuisine, la couture, le bricolage, le jardinage. Mais essayer à tout prix de trouver une « utilité » aux plus vieux, n’est-ce pas retomber dans le piège actuel de la société consumériste et gestionnaire?

Face aux crises, la meilleure réponse est peut-être une inclusion totale des âges de la vie au sein de la communauté afin que personne n’ait à justifier de son existence. Cette inclusion peut se faire par le partage de l’expérience, des valeurs et des savoir-faire, l’échange de services… ou tout simplement par la présence de chacun, car une collectivité se bâtit grâce aux citoyens, quel que soit leur âge.

Accueil et soins aux personnes âgées

Plutôt que d’accueillir les aînés à contrecœur au sein des familles en dernier recours face aux difficultés financières ou de santé, pourquoi ne pas envisager des projets de vie intergénérationnels? De tels lieux permettraient aux générations de se côtoyer naturellement, alors qu’actuellement elles se retrouvent souvent séparées par leurs activités et par une conception des logements ne favorisant pas l’échange.

À l’échelle de la société, on pourrait imaginer une assurance-vieillesse garantissant, plutôt qu’un certain montant en argent, un toit et la nourriture, ainsi qu’un minimum de soins. Ce système pourrait s’appuyer sur les projets intergénérationnels pour prendre soin des aînés dans des structures à échelle humaine. Il serait possible de convertir des ensembles de maisons, ou des immeubles de condos, en habitats abritant plusieurs générations s’entraidant pour les activités de la vie quotidienne. Ce ne seraient pas forcément les personnes d’une même famille qui y vivraient : on pourrait concevoir ces habitats comme autant de mini communautés intentionnelles, des sortes de familles élargies choisies.

Alors qu’aujourd’hui on reconnaît que la médicalisation et la professionnalisation des soins aux personnes âgées induisent plusieurs travers, le retour de la communauté auprès de nos aînés pourrait ramener une humanité que les structures d’accueil institutionnelles peinent à créer. On pourrait ainsi imaginer que les équipes soignantes partagent leur savoir-faire, afin qu’une plus grande partie de la population soit mieux équipée pour faire face aux défis de la dernière partie de la vie.

L’auteur Jan Lundberg évoque d’ailleurs la possibilité de « tribus de soins »[4]. Cet Américain imagine des groupes de personnes qui se promettent de prendre soin les unes des autres lorsque viendra le temps de la dépendance. Ainsi ceux qui sont encore valides, voire travaillent encore, dédient une partie de leur temps libre à s’occuper du jardin de leur voisin, faire des courses pour lui, lui tenir compagnie… Avec l’attente que lorsque leur tour viendra, une nouvelle génération de « membres de la tribu » sera disponible pour prendre soin d’eux. Par ailleurs, une telle approche n’interdit pas d’avoir une couverture santé complémentaire pour les soins que ne peut assurer la tribu.

Dans une société en décroissance, on peut supposer que l’accès à l’hôpital deviendra plus limité. Ainsi, alors qu’aujourd’hui de nombreuses personnes y décèdent, peut-être que dans le futur on mourra davantage à la maison, entouré d’êtres et d’objets familiers. Jusqu’au 18e siècle environ, on mourait un peu à tous les âges. Aujourd’hui, les progrès de la médecine, de l’alimentation et de l’hygiène ont permis de réduire les décès prématurés et la vieillesse, assimilée à l’âge de la mort, a été reléguée en marge. Si les personnes âgées reviennent constituer une tranche à part entière de la société au sein de projets intergénérationnels ou de tribus de soins, on pourra se réhabituer à côtoyer l’ultime étape de la vie. Et ce pourrait être l’un des plus grands progrès amenés par un monde en décroissance.

Aller plus loin

Les initiatives citoyennes décrites plus haut visent à créer un monde meilleur dans les collectivités sans attendre que des lois soient votées dans ce sens. Toutefois, pour des sujets aussi fondamentaux qu’un vieillissement digne au sein de la société, il est nécessaire de soutenir les activités citoyennes par une réforme de notre projet de société appuyée par l’action politique. Pensons par exemple à l’instauration possible d’un revenu maximal – de quoi peut-on avoir besoin (vraiment besoin) au-delà d’un certain revenu, si la société assure la sécurité, les soins de santé et l’éducation de tous? Il est également indispensable de préserver, voire de bonifier, les programmes publics de revenu de la vieillesse. On mettra de cette façon moins d’emphase sur le placement individuel et davantage sur la répartition des richesses collectives.

De nombreuses autres mesures pourraient être mises de l’avant. Les citoyens-électeurs doivent se rendre compte des défis qui les attendent demain; ceci ira à l’encontre du discours rassurant prévoyant une croissance se poursuivant indéfiniment. Ils pourront ainsi exercer leur pouvoir démocratique pour exiger qu’une vision plus réaliste de l’avenir serve de base aux décisions importantes d’aujourd’hui.

 

Si tu ne sais plus où tu vas, regarde d’où tu viens.

Ce proverbe sénégalais est fort à propos: il appelle à recourir à la sagesse et l’expérience de ceux qui nous ont précédés dans une époque qui nous déconcerte. Même si les changements amenés par la fin du modèle économique et social que nous connaissons semblent intimidants et sombres, d’autres avant nous ont vécu des périodes de défis (guerres, crises économiques, grandes luttes sociales); ils y ont survécu et peuvent nous aider à replacer les événements dans leur perspective historique.

Cet article ne vise pas à couvrir l’intégralité d’un sujet si riche. Il se veut un point de départ, un ensemble de pistes qu’il nous faut, en tant que société, étoffer et explorer au plus vite. Sinon, l’enchaînement des événements se chargera de nous donner une réponse par défaut à la question du vieillissement – et nous risquons de ne pas l’aimer.

Remerciements : merci à Michel Durand, Diane Gariépy, Dominique Laroche, Pierre-Eric Leblanc, Pascal Lombart et Serge Mongeau pour leurs précieuses contributions à cet article.


[1] Le droit de vieillir –  Bernadette Puijalon et Jacqueline Trincaz – 2000

[2] Manuel de Transition , De la dépendance au pétrole à la résilience locale – Rob Hopkins – 2010

[3] Métiers et Traditions – www.vieuxmetiers.ca

[4] Elder Care “insurance”, Health Care Tribe – Jan Lundberg, www.culturechange.org – 2002

Comment offrir une vie digne à nos aînés, dans un monde en bouleversement? (partie I)

Ce texte est une version courte d’une conférence donnée à Montréal lors du colloque sur la Décroissance dans les Amériques en mai 2012.

Les pays industrialisés semblent arrivés à la croisée des chemins à bien des égards : fragilité économique persistante, poids écrasant des dettes, consommation de ressources insoutenable, globalisation faisant des difficultés de certains pays les problèmes de tous… Il semble inévitable que le monde entame une décroissance économique prochainement. Que réserve ce futur à certains des plus fragiles d’entre nous, à savoir les personnes âgées?

Que recèle le futur pour les personnes âgées ?

L’image des personnes âgées dans la société.

Beaucoup a été dit et écrit sur la « vague grise » qui commence à déferler sur les sociétés industrielles. Au Canada par exemple, les 65 ans et plus représentaient 13% de la population en 2005, et on estime que cette proportion passera à 25% ou plus en 2036[1]. Et pourtant…

Performance, vitesse, apparence représentent ce qui est important aujourd’hui dans nos sociétés de l’image. On a parlé de jeunisme, avec des produits, des messages marketing et un air du temps essentiellement dirigés vers les jeunes adultes, voire les adolescents – les autres générations étant invitées à vouloir les mêmes choses et à se rapprocher autant que possible d’une apparence jeune afin de rester « dans le coup ». Et comme les produits, les gens ont maintenant une date de péremption. En sont témoins les difficultés rencontrées par de nombreux travailleurs cherchant un emploi après 50 ans. Que dire alors de ceux, plus âgés, qui souhaitent ou doivent maintenir une activité professionnelle alors qu’ils sont censés se retirer du marché du travail! On les pense dépassés, on ne veut pas payer cher leurs compétences amassées au cours des années, ou on pense leur productivité insuffisante.

Si les aînés ont réussi à trouver grâce aux yeux du reste de la société, c’est bien souvent comme… consommateurs. Ainsi les Baby Boomers, qui seront peut être parmi les seuls ayant profité d’une retraite relativement dorée, sont vus comme une mine de revenus potentiels : loisirs, voyages, soins, cadeaux, nombreuses sont les façons de dépenser l’argent des plans publics ou privés de retraite. Bien entendu, ceci n’est pas à la portée de tous, et les seniors aux revenus les plus modestes ne peuvent se conformer à cette injonction qui leur redonnerait un peu de légitimité.

Beaucoup de sociétés non-occidentales font pourtant une meilleure place aux aînés, qui sont vus comme les dépositaires de la connaissance et de la sagesse. L’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ constatait : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Dans le monde industrialisé, nous semblons avoir perdu de vue cette précieuse ressource, occupés que nous sommes à s’adapter aux incessantes nouveautés. Dans un tel contexte, l’expérience de toute une vie, dont l’essentiel a été passé sans même connaître Internet, paraît peu pertinente. Ainsi, « lieu de toutes les ignorances, elle (la vieillesse) est le seul temps de la vie pour lequel les images négatives dominent. »[2]

Dans un monde en décroissance, il est probable que ce rythme insensé ralentisse. La plupart des citoyens se démèneront sans doute plus pour survivre que pour se payer le dernier gadget à la mode. Confrontés à des événements d’une ampleur sans précédent, les plus jeunes pourront demander à leurs grands-parents comment ils faisaient sans certains des conforts modernes – situations qui pourraient se produire à cause de la dislocation des réseaux d’échange et de financement habituels. Il faut espérer que l’on redécouvrira le respect à apporter à ceux qui ont été résilients par le passé, et ont survécu jusqu’à présent.

Il se pourrait donc que la décroissance imposée redore le blason des plus vieux, ceux que nous avons laissés sur le bord de la route car ils ne pouvaient plus suivre.

Le rôle des personnes âgées – repos ou travail?

Le 20ème siècle a vu la mise en place de systèmes publics de retraite dans de nombreux pays industrialisés, permettant aux retraités de vivre dignement leurs 5 ou 10 dernières années[3]. Aujourd’hui, avec le vieillissement d’une plus grande partie de la population, l’allongement de la durée de vie et la récente période d’instabilité financière, beaucoup de programmes de retraite se retrouvent dans une situation précaire. Ainsi, on peut se demander si le modèle actuel va perdurer longtemps : faut-il dire adieu à la retraite à 60 ou 65 ans.

Cette idée fait déjà son chemin: selon un sondage récent, seuls un tiers des Canadiens pensent ne plus travailler après 65 ans. S’agit-il d’un choix? En fait, 61% de ceux qui se voient continuer à travailler disent qu’ils le feraient par obligation, et cette proportion atteint 73% chez ceux qui gagnent moins de $50,000 par an[4]. La situation financière de bien des retraités n’est pas enviable. Alors qu’on pourrait penser que la vieillesse est un temps où l’on a fini de payer ses dettes, on constate que la proportion des aînés endettés a plus que doublé depuis 1993. Et malheureusement de plus en plus d’entre eux recourent à la faillite[5]. Dans ce contexte, la favorisation de l’épargne privée pour les vieux jours (tendance par exemple observée depuis les années 1980 au Canada) ne peut constituer une solution satisfaisante pour les nombreux citoyens ayant déjà à peine les moyens de vivre durant leurs années d’activité professionnelle.

Qu’en sera-t-il à la fin de l’ère de la croissance économique au long cours? Ce qui constitue la base des régimes de retraite privés (soit les placements en actions et obligations) sera gravement compromis par les difficultés économiques. Par ailleurs, les plans publics de retraite prélèvent des cotisations sur les actifs actuels pour les verser aux retraités actuels. Dans un contexte de crises et de hausse du chômage, cette source de financement sera elle aussi mise à mal. Par conséquent, il est probable qu’une partie des revenus sur lesquels comptent les travailleurs d’aujourd’hui ne se matérialise jamais.

Travailler dans ses dernières années d’accord, mais est-ce que ce sera faisable? La préservation de la santé physique et mentale sera, on le voit, plus importante que jamais. Par ailleurs, les aînés auront-ils des occasions d’emploi? Certes, on parle de pénurie possible de main-d’œuvre due au départ à la retraite des baby-boomers; mais c’est ignorer les effets de la décélération de l’activité économique. Dans les secteurs qui pourraient embaucher, comme l’agriculture par exemple à cause de la difficulté de maintenir le taux de mécanisation actuel (carburants bien plus chers), il sera plus difficile aux aînés de faire valoir leur apport car ils seront en concurrence avec des travailleurs plus vigoureux.

Il pourrait toutefois être trompeur d’analyser les perspectives économiques futures des plus âgés en utilisant la conception actuelle de ce qu’est le travail. Alors que la machine économique s’effritera ou s’effondrera, l’économie informelle devrait connaître un bel essor. Petits boulots, micro-entreprises, réseaux d’entraide et monnaies alternatives pourraient foisonner; l’économie domestique prendra une nouvelle importance. On essaiera de subvenir davantage à ses besoins par le jardinage, l’offre de petits services… et les aînés pourraient trouver là une foule de choses à faire pour se rendre « utiles ». Après tout, par le passé les personnes âgées résidaient avec les plus jeunes et rendaient de nombreux services qui aidaient à faire tourner la maisonnée.

On peut voir des prémisses de cette nouvelle cohabitation des générations depuis la crise de 2008. Aux États-Unis, les statistiques[6] suggèrent que les difficultés financières ont amené de plus en plus de familles à se « tasser » ensemble. Ainsi le foyer du futur pourrait être un composite intergénérationnel où chacun contribue à sa façon à la survie du groupe, malgré les défis.

Il ne faut pas avoir une vision idyllique d’une telle évolution. Veut-on devoir vivre avec ses parents ou beaux-parents, voire ses grands-parents? Au-delà des enjeux de la promiscuité, les plus jeunes pourraient reprocher aux aînés dans leur ensemble d’avoir perdu l’occasion de redresser la situation économique et environnementale à temps. Les générations X et suivantes, élevées dans une culture très individualiste, trouveront-elles même naturel de prendre soin de leurs parents? On estimait à la fin des années 1990 que 7% des personnes âgées vivant à domicile étaient victimes de maltraitance[7] – qu’en sera-t-il demain?

La question des soins dans une société vivant selon ses moyens

Dans une société en décroissance, les rentrées fiscales des gouvernements seront sans doute à la baisse, à la suite de la fermeture de nombreuses entreprises et de l’augmentation du chômage. Il faudra donc faire des choix déchirants, entre services gouvernementaux, infrastructures, éducation, … et aussi santé.

Les personnes âgées sont de grandes consommatrices de services de santé. Ainsi au Canada les dépenses totales de santé des personnes de 75 à 84 ans sont 6 fois plus élevées que celles des 45 ans et moins. On a par conséquent estimé que dans ce pays les dépenses de santé entre 2005 et 2026 augmenteront trois fois plus vite que la population totale, soit de 55%[8]. Une étude réalisée en France montre que si l’espérance de vie totale augmente, l’espérance de vie sans incapacité, elle, diminue, ce qui signifie que davantage d’années sont passées avec un handicap[9].

Ressources publiques en diminution, besoins en explosion: voilà un cocktail posant de très grands défis. Des questions fondamentales vont se poser – et se posent sans doute déjà parfois: à qui dédier les budgets de santé limités? Doit-on opérer une personne âgée, alors qu’avec le même équipement et personnel on peut soigner une plus jeune personne? Où tracer la limite entre ce que la société accepte de financer et ce qu’elle laisse à chacun le soin de payer? Pourra-t-on accepter qu’un patient refuse un traitement qui diminuera sa qualité de vie, mais lui permettra de ne plus recourir aux services hospitaliers?

Personne ne souhaite répondre à de telles questions. Selon les politiques futures des gouvernements, plusieurs scénarios sont possibles. Imaginons l’option « par défaut ». On accueillera les personnes âgées dans les hôpitaux, et le plus tôt possible on les dirigera vers leur domicile pour qu’elles terminent leur convalescence; plusieurs pourraient alors souffrir de complications qui ne seront pas correctement traitées. Les temps d’attente dans les urgences atteindront des proportions insupportables, et des patients pourraient mourir faute de soins rapides. Aura-t-on seulement les moyens de maintenir un service d’ambulances efficace? Peut-être que la privatisation des soins prendra une place très grande, face aux difficultés des autorités de financer des installations hospitalières modernes. Peut-être aura-t-on accès assez facilement à une première ligne de soins, mais pour avoir droit à certains examens et opérations plus coûteux, il faudra attendre fort longtemps, peut-être plusieurs années. On pourrait devoir prioriser les patients selon leur utilité perçue pour la société. Il est imaginable que plusieurs seniors préfèrent mettre fin à leurs jours plutôt que de faire un parcours du combattant épuisant pour accéder aux soins.

Par petites touches, ce futur peu enviable existe déjà, au Canada par exemple. Ce qui vient d’être décrit ne fait qu’envisager la continuation des tendances actuelles. Il y a fort à parier, en tout cas, que les réseaux de soutien alternatifs seront mis à forte contribution. Ainsi, les aidants naturels prendront une place encore plus importante. Tel que mentionné plus haut, on réintégrera peut-être les personnes âgées dans la jeune famille parents-enfants pour des raisons de santé et / ou d’économies.

En tout cas, on peut faire l’hypothèse suivante : celle que la génération qui a actuellement 40-50 ans soit l’une des premières de l’époque moderne qui voit son espérance de vie diminuer plutôt qu’augmenter.

La semaine prochaine, nous envisagerons quelques pistes possibles pour permettre aux citoyens de vieillir dignement malgré les difficultés auxquelles notre société sera confrontée.


[1] Pour bien communiquer avec les aînés : Faits, conseils et idées – Agence de la Santé Publique du Canada – 2010
[2] Le droit de vieillir, Bernadette Puijalon et Jacqueline Trincaz, 2000
[3] Doit-on réformer le régime de la Sécurité de la vieillesse? – Cyberpresse –01/02/2012
[4] Plus de cheveux blancs sur le marché du travail – Stéphanie Grammond, La Presse.ca – 22/02/2012
[5] La situation financière des aîné-e-s – IRIS –10/2011. 27% des aînés étaient endettés en 1993, contre 58% en 2010.
[6] More families, friends move in together –Lisa W. Buser, USA Today – 12/2010
[7] Plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2010-2015 – Gouvernement du Québec
[8] The effects of the changing age structure on Households and Families to 2026 – Institut Vanier de la Famille – 2006
[9] Les Français vivent plus longtemps… mais en moins bonne santé – La Tribune – 19/04/2012

Pour faire avancer l’agriculture urbaine

À Montréal, et certainement dans plusieurs autres villes, on s’intéresse de plus en plus à l’agriculture urbaine sous ses diverses formes. Les raisons de cet intérêt sont multiples :

1) au plan environnemental, la production plus près de la consommation diminue les besoins en transport, alors que la multiplication des aires de culture contribue à diminuer les îlots de chaleur ;

2) au plan de la santé, l’implication dans le jardinage contribue à rendre plus active une population qui bouge de moins en moins, avec comme conséquence une augmentation des problèmes d’obésité. La consommation accrue de fruits et légumes plus frais constitue sans doute aussi un apport positif ;

3) au plan socio-économique, beaucoup de programmes d’agriculture urbaine permettent à des personnes économiquement défavorisées d’avoir accès à une plus grande quantité d’aliments sains.

C’est l’ensemble de ces motifs qui amène les diverses Initiatives de Transition à porter tant d’intérêt au développement de l’agriculture urbaine. Elles y trouvent en même temps un excellent moyen de stimuler l’esprit communautaire, qui est l’élément essentiel permettant de renforcer la capacité de résilience de la ville ou du quartier.

On parle beaucoup d’agriculture urbaine, mais les actions suivent-elles? Ainsi, les gens qui désirent obtenir une parcelle dans un jardin communautaire doivent s’inscrire sur de longues listes d’attente; je l’ai fait il y a cinq ans et j’attends toujours… Certains quartiers manquent désespérément d’espaces verts. Les dernières terres agricoles périurbaines disparaissent peu à peu, au profit de projets d’habitation.

Deux facteurs me semblent expliquer la difficulté de développement de l’agriculture urbaine : la spéculation foncière et le financement des villes.

 

La spéculation foncière

Année après année, la valeur des terrains augmente. L’achat de terrains constitue donc un excellent placement pour les spéculateurs ; mais leur appétit insatiable contribue en même temps à activer le marché et à faire augmenter les prix. Quand les pouvoirs publics veulent répondre à la demande citoyenne et ouvrir un nouveau parc, agrandir un jardin communautaire ou construire un centre communautaire, ils doivent consacrer à l’achat du terrain choisi des montants de plus en plus considérables,  ce qui les amène à limiter leurs ambitions ; la capacité de payer des contribuables a des limites…

 

Le financement des villes 

La plus grosse part des revenus des villes provient de l’impôt foncier. À Montréal par exemple, le pourcentage des revenus attribuable à l’impôt foncier s’établit à 88,7%. Pour maintenir au plus bas niveau le taux de l’impôt foncier tout en bouclant un budget en constante augmentation, les administrations municipales essaient d’élargir l’assiette fiscale en favorisant tous les investissements privés qui feront croître la valeur des propriétés. Quand une propriété privée revient à la ville pour taxes impayées, par exemple, on se hâte de la vendre pour y installer un autre payeur d’impôts. Si des citoyens présentent un projet qui demande à rendre public un espace privé et que d’autre part un entrepreneur propose d’y construire un édifice à bureau, un commerce ou des condominiums, la tentation est grande pour la ville de favoriser le projet privé.

Dans une telle perspective, il faut comprendre que nos projets de jardins collectifs ou communautaires soient jugés comme absolument non rentables. Au plan strictement économique et quand on ne tient compte que du court terme et des éléments facilement comptabilisables, c’est bien vrai. Mais à partir d’une vision plus globale, on arrive à une réalité différente. Développer les aires de jardinage constitue certainement un moyen important de diminuer les migrations vers la banlieue. C’est aussi, comme nous l’avons noté plus haut, un moyen d’améliorer la santé d’une partie de la population. Bien sûr, ce bénéfice n’a pas d’impact direct sur les finances municipales, mais plutôt au niveau provincial, responsable des services de santé. Quant aux effets sur l’environnement de la multiplication des espaces de jardinage, tous en bénéficient.

 

Pour que nous puissions arriver à développer nos villes pour en faire des endroits plus agréables à vivre et en même temps plus respectueux de l’environnement, il faudrait leur donner d’autres moyens économiques que ceux dont elles disposent actuellement. En premier lieu, mettre en marche des mesures pour faire cesser la spéculation foncière ; la meilleure façon d’y arriver serait de former des fiducies foncières, qui retirent du marché des terrains pour les consacrer à des fonctions collectives (réserves écologiques, parcs, jardins collectifs, logements sociaux…) ou à fonction sociale (coopératives de logement, de production ou artistiques). Les terrains administrés par une fiducie foncière peuvent être loués pour des périodes infinies mais pour des fonctions spécifiques et ils ne se retrouvent plus sur le marché. Les villes pourraient facilement utiliser les propriétés qu’elles saisissent pour non paiement de taxes à cette fin.  La multiplication de logements sociaux et de coopératives mettrait rapidement un frein à la spéculation immobilière.

Se loger est un besoin essentiel pour tous. Les Canadiens doivent consacrer une part de plus en plus importante de leurs revenus à leur logement, souvent au détriment d’autres besoins essentiels comme l’alimentation. Nos gouvernements devraient subventionner de façon plus importante les villes pour qu’elles développent leur parc de logements sociaux. Plus les villes recevront de subsides provinciaux ou fédéraux, moins elles compteront sur les impôts fonciers pour s’acquitter de leurs obligations. Les gouvernements ont un pouvoir de taxation beaucoup plus étendu que les villes ; ils pourraient augmenter de façon importante la taxe sur l’essence, précédant de quelques années les hausses inévitables en ce domaine ; ils hâteraient ainsi la conversion nécessaire dans nos moyens de transport.

L’intérêt pour l’agriculture urbaine ne doit pas être une mode passagère. Il faut trouver les moyens d’en appuyer les diverses formes pour qu’elle puisse le plus rapidement possible s’implanter solidement et devenir partie intégrante de l’habitat urbain.

8 septembre prochain: rencontre annuelle du Réseau Transition Québec

Au Café l’Artère à Montréal

« Se mettre à jour et échanger »

Une Grande invitation!

Le Réseau Transition Québec a pour principale mission la circulation de l’information relative à la Transition au Québec, et l’organisation de rencontres où les initiatives de Transition peuvent échanger leurs expériences. Le 8 septembre aura lieu la rencontre que nous organisons annuellement. Elle s’adresse aux personnes ayant déjà une compréhension du modèle de Transition, et qui font partie d’une initiative de Transition existante ou souhaitent en démarrer une dans leur communauté. Si vous ne possédez pas les notions de base nécessaires à cette rencontre mais aimeriez y participer, communiquez avec nous pour connaître les ressources disponibles pour vous mettre à niveau.

Considérations pratiques

• La rencontre se tiendra au Café l’Artère, 7000, avenue du Parc (métro Parc), à Montréal.

• Le café-brioche (déjeuner),  le repas du midi (végétarien) et une pause café sont inclus dans le coût de 30 $.

• Indiquez tout de suite votre intérêt à participer par un courriel à info@quebecentransition.org

Avant le 23 août postez votre chèque au nom de la Fondation Écho-Logie, à l’adresse suivante : 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6. N’oubliez pas de faire votre choix de 2 ateliers sur 4 (cf. pièce jointe pour le déroulement et le formulaire d’inscription). Nous tâcherons d’accommoder tout le monde.

 
Une autre grande invitation!

Afin de célébrer ses 2 ans d’existence, Villeray en transition invite tout le mouvement (et le reste du monde!) à une fête qui aura lieu le 7 septembre, de midi à 16h, au Parc du Patro le Prévost, 7355, av Christophe-Colomb  (à l’intérieur en cas de pluie) à Montréal. Une table est prévue pour les initiatives en dehors de Villeray qui souhaiteraient montrer leurs activités passées ou en cours.

Nous souhaitons nous servir de cet événement pour attirer les projecteurs sur la Transition en général, plus pertinente que jamais aux quatre coins du monde.

La participation du plus grand nombre à la fête du 7 septembre sera donc non seulement un grand plaisir, mais aussi une démonstration de l’enthousiasme qui entoure notre mouvement.

Vous pouvez obtenir plus d’informations sur la fête de Transition Villeray sur leur site web, sur Facebook ou en leur écrivant par courriel.

 

Le déroulement de la journée du 8 septembre et le formulaire d’inscription sont ici: Déroulement et inscription – 8 septembre 2013.
Au plaisir de vous de vous rencontrer tous et toutes le 7 et le 8 septembre!

Diane, Serge, Sylvie, Thérèse
Comité de coordination du Réseau Transition Québec

La faim au milieu de l’abondance

L’insécurité alimentaire est un thème dont on continue à entendre parler, même dans un riche pays comme le Canada. Mais que veut dire ce terme? Selon la définition de la Banque Mondiale, être en état de sécurité alimentaire signifie que tous ont accès à tout moment à une quantité suffisante de nourriture pour mener une vie saine et active. Cette définition en apparence simple recouvre de nombreux aspects auxquels il faudrait consacrer d’autres articles. Citons notamment :

– La « quantité suffisante » de nourriture n’est pas simplement une question de décompte de calories. Bien que la Révolution Verte ait permis de très grands progrès dans la production d’un petit nombre de cultures, surtout des céréales, elle a également eu pour effet un appauvrissement de la diversité du régime alimentaire dans de nombreux pays (les cultures se prêtant mal à la mécanisation ou pas assez rentables ont été éliminées, ou les produits chimiques utilisés ont tué les petits animaux sources de protéines pour les populations locales). On peut également penser au régime alimentaire nord-américain, très riche en gras, sucres, sel et produits transformés, qui est loin d’être optimal du point de vue de la santé.

– La question de l’accès recouvre la possibilité de pouvoir se nourrir même en cas de perturbations dans l’approvisionnement. Même si cela peut paraître secondaire, des milliers voire des millions de personnes sont concernées : les victimes de conflits ou encore les personnes déplacées par les catastrophes naturelles telles que les inondations dans la vallée du Richelieu ou l’ouragan Sandy, pour ne citer que celles-ci. On touche ici à la notion de résilience qui est importante pour des mouvements tels que la Transition.

– On doit pouvoir continuer d’avoir accès à cette nourriture de façon indéfinie, ce qui assure aux générations futures de pouvoir se nourrir convenablement tout comme les générations actuelles. Or plusieurs facteurs tels que les changements climatiques, la destruction des sols par les méthodes de culture « modernes », l’épuisement des sources d’eau douce ou encore l’accaparement des terres qui délogent les personnes qui en vivaient, remettent en question la pérennité de notre accès à la nourriture.

– Les déserts alimentaires(1) que l’on trouve notamment dans plusieurs quartiers des États-Unis et du Canada réduisent considérablement, pour les populations concernées, l’accès à des nourritures fraîches, saines et bon marché.

– La perte des connaissances relatives à la préparation de la nourriture peut elle aussi réduire les options des citoyens. Il a ainsi été remarqué que dans les banques alimentaires, les produits transformés étaient plus en demande que les produits de base, pourtant moins chers (2). C’est le cas par exemple de la farine, avec laquelle on peut pourtant préparer de nombreuses choses à prix modique. Beaucoup de citoyens ne connaissent plus les recettes de base et se reposent de plus en plus sur les produits transformés des industriels qui veulent leur « économiser du temps. »

– Il faut que l’accès à la nourriture soit socialement acceptable, ainsi qu’elle ne doive pas être volée ou obtenue par des moyens qui peuvent être mal vus par la société. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le recours aux banques alimentaires appartient en général à cette catégorie. En effet une étude de 2001 montre que les personnes en situation d’insécurité alimentaire préfèrent payer leurs factures en retard, emprunter de l’argent ou compromettre la qualité de leur alimentation plutôt que d’aller chercher de quoi manger dans les banques alimentaires.

 

Mais on ne parle ici que de pays ou de régions pauvres, n’est-ce pas? Il n’en est malheureusement rien. Près de 47 millions d’Américains reçoivent des Food Stamps, ces bons alimentaires leur permettant d’obtenir de la nourriture – un chiffre qui a progressé au rythme effarant de 12% par an depuis 2008.

Au Canada, grand producteur de nourriture au 8ème rang mondial pour les céréales, 10ème pour la viande et 19ème pour la pêche et l’aquaculture, pas moins de 9,2% des ménages, soit 2,7 millions de personnes, étaient en état d’insécurité alimentaire en 2004, soit avant le début de la crise financière de 2008. Bien que la plupart des groupes de populations soient représentés parmi ces ménages, on compte parmi ces personnes une plus forte proportion d’Aborigènes, de personnes souffrant de maladies chroniques ou de handicaps physiques, d’immigrants récents, de femmes et de jeunes.

En 2012 puis en 2013, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, a dressé un sombre tableau de l’état de la sécurité alimentaire au Canada, pointant du doigt de nombreux facteurs systémiques qui favorisent cet état de fait. Il se faisait ainsi l’écho de nombreuses analyses, études et signaux d’alarmes lancés par chercheurs, organismes et citoyens impliqués dans la lutte contre la faim au Canada. Quelles réponses a-t-il obtenues du gouvernement fédéral? Des railleries de Jason Kenney (ministre de l’Immigration) le qualifiant de « complètement ridicule » et suggérant que les Nations Unies devraient utiliser leur argent pour « aider les personnes affamées dans les pays en développement et non pour donner des leçons à des pays riches et développés comme le Canada », ainsi que des réponses offensées de la ministre de la Santé Leona Aglukkaq le disant « mal informé » et « un peu condescendant ».

Oui, il est sans doute vexant pour un « pays riche » de se faire dire que certains de ses enfants et citoyens ont faim. Mais ces réactions si peu constructives, et qui tentent d’évacuer le débat par des effets oratoires, augurent mal d’une mise en œuvre de mesures nécessaires pour s’attaquer de manière urgente à l’insécurité alimentaire au Canada.

 

(1)    Voir par exemple le documentaire Urban Roots, qui décrit le développement de l’agriculture urbaine dans la ville semi-désertée de Detroit.

(2)    Voir à ce sujet le livre A Nation of Farmers, de Sharon Astyk et Aaron Newton, publié chez New Society Publishers en 2009