Archives du mot-clé investissements

Les menteries de Magnola

et par Sylvie Berthaud

(Note de l’équipe du blogue: cet article porte sur l’ancienne usine de production de magnésium Métallurgie Magnola)

Sous son nom de presque fleur et ses chapelets de promesses pour mieux séduire, il est temps de tirer le bilan de cette amère expérience.

Il était dit au début que le coût de l’usine Magnola devait être de 900 millions alors que ça a explosé à 1 milliard 300 millions. Là-dessus, c’est plus de 300 millions d’argent public qui ont été engloutis par la défunte SGF, ce bas de laine des Québécois (toujours pas reprisé : aux retraités de se serrer la ceinture !).

Il était dit que plusieurs centaines d’emplois seraient créés par Magnola alors que la grande majorité de la main-d’œuvre, nécessitant d’être spécialisée, a été importée.

Il était dit que Magnola avait mis au point une technologie ultra performante et fiable alors que l’usine n’a jamais réussi à fonctionner à plus de 50% de sa capacité malgré 2 ans d’essais. Lors d’une visite de l’usine, moins de 3 mois avant sa fermeture (en compagnie de Roméo Bouchard et Maxime Laplante de l’Union Paysanne), il nous a été avoué que « de fines particules bloquent le système ». C’est d’ailleurs la raison majeure de la fermeture de Magnola : ça n’a jamais vraiment marché.

Il nous avait été dit et redit qu’il n’y aurait pas de pollution et c’est là le plus terrible : une fromagère de St Rémi de Tingwick (sous les vents) nous a signalé que L’UPA avait décelé des Polluants Organiques Persistants (POP) dans son lait. Parmi les échantillons prélevés sur les chevreuils chassés aux alentours de Magnola, certains étaient déjà très contaminés, comme le laissait craindre le BAPE. Ces poisons de type BPC, dioxines, furannes font partie des « douze dégueulasses », les pires substances toxiques créées par les humains, que le Canada s’était engagé à éliminer. Ces POP sont des imposteurs hormonaux : ils nuisent aux systèmes nerveux, immunitaires et reproducteurs de plusieurs générations.

Il y en aurait long à signaler encore sur l’incroyable corrosion à l’intérieur de ce monstre, sur les innombrables alarmes d’incendie, sur l’endettement légué à Asbestos ou sur les clauses secrètes concernant la santé des travailleurs…

Et on voudrait nous faire payer pour un autre Magnola (1), la pseudo fleur tout autant venimeuse que vlimeuse… Il n’a pourtant pas été dit que les Québécois devaient être pris pour des valises !

Sylvie Berthaud, EEN, sentinelle de l’environnement.

(1) On fait allusion ici à un nouveau projet de production de magnésium à Asbestos, voir par exemple cet article.

Protéger les terres de la spéculation – une rencontre ce jeudi

Rencontre exploratoire sur les fiducies foncières 

Un problème

      En milieu rural, le prix des bonnes terres augmente constamment ; les jeunes qui voudraient se lancer en agriculture ne peuvent que difficilement avoir accès à une terre.

      En milieu périurbain, les terres sont achetées par des spéculateurs, qui veulent les consacrer au développement domiciliaire.

      En ville, les terrains sont tellement coûteux qu’ils rendent inaccessible la propriété à un fort pourcentage de la population.

 

Une solution?

Les fiducies foncières permettent de retirer des terres de la spéculation foncière, en les retirant définitivement du marché et en les consacrant à une vocation déterminée. La formule est encore peu répandue au Québec ; ne serait-il pas temps de s’organiser pour le faire?

 

Une rencontre exploratoire

Si l’idée vous intéresse, nous vous invitons à une rencontre sur le sujet.

Date: Jeudi 6 février à 19h

Lieu: Salle Esdras-Minville, au 4ème étage, du nouvel édifice des HEC (3000 Chemin de la Côte-Sainte-Catherine). Métro Université de Montréal.

Programme :

1) le problème des fermes péri ou intra urbaines:
Brèves présentations de Benoît Girard, ferme du Bord-du-Lac, à l’ïle Bizard;
et de Ramzy Kassouf, ferme des Jardins Carya à Senneville
2) présentation sommaire de la formule des fiducies foncières (Serge Mongeau)
3) discussion sur les moyens de faire avancer le dossier localement.

Si vous connaissez des personnes possiblement intéressées, n’hésitez pas à leur communiquer l’information.

 Yves-Marie Abraham, John Burcombe, Serge Mongeau

Le monorail à moteur-roue: écologique?

Incompréhension et déni

Par Harvey L. Mead http://www.harveymead.org

Monorail à moteur-roue

Le pic du pétrole, la hausse du prix des ressources énergétiques et minérales tout comme un déclin constant et de longue date de l’activité économique dans les pays riches sont en train de définir les paramètres des défis écologiques de notre époque. Avec une empreinte écologique dans ces mêmes pays riches bien au-delà de la capacité de support de la planète et la volonté dans les pays émergents de nous imiter dans cet excès, des changements de paradigme s’imposent. Il faut que les pays riches baissent leur niveau de consommation de façon dramatique et que les pays pauvres changent de modèle pour un autre dont on n’a presque pas d’idée des grandes lignes.

C’est dans ce contexte global, qu’il ne reconnaît pas, que l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) a lancé une campagne de promotion d’une nouvelle politique industrielle pour le Québec, dont le monorail à moteur-roue constitue l’élément fondamental.[1]

Le monorail lui-même

Chez nous, l’importante infrastructure routière dédiée au transport personnel et commercial fournit le contexte local pour une telle initiative, peu importe que cette infrastructure représente plutôt des erreurs de notre développement passé. Il y a des travaux en cours et prévus pour la prochaine décennie pour combler le « déficit d’entretien » associé à une négligence depuis de nombreuses années  à l’égard de cette infrastructure; ils comportent un coût qui frôlera probablement les 30 G$. Personne ne propose de laisser dégénérer cette infrastructure, mais son maintien comporte des contraintes, et ici encore, l’IRÉC ne reconnaît pas la situation dans laquelle sa proposition s’insère. 

Les promoteurs du monorail le voient implanté entre les voies de ces autoroutes remises en état qui desservent les principales villes de la province. Réduire l’achalandage pour lesquels cette infrastructure a été créée réduit en même temps sa valeur, celle d’un actif du gouvernement et représenterait un coût dont il faudrait tenir compte. En plus, le monorail servirait à dédoubler, selon un scénario probable, des véhicules électriques (incluant les hybrides branchables) et des camions arrivant d’ailleurs avec leurs charges et partiellement électrifiés. Tout cela pour sauver un peu de temps dans les déplacements interurbains, alors que la population perd un temps fou dans la congestion en ville.

Finalement, en ciblant le transport interurbain, le monorail ne répond même pas à une priorité en matière de transport, où les énormes défis dans les villes l’emportent et de loin. Là, l’électrification des véhicules interviendra face à une flotte en augmentation quant à la taille des véhicules et à leur nombre; l’objectif sera de renverser ces deux tendances à même le processus d’électrification. Un recours accru au transport en commun fera sûrement partie des solutions, tout comme la conversion d’une partie de la flotte de véhicules personnels en infrastructure communautaire.

Le monorail comme fondement d’une nouvelle politique industrielle

De toute façon, la motivation profonde de l’initiative de l’IRÉC n’est même pas de répondre à un défi et un besoin en matière de transport. C’est bien plutôt la volonté d’établir un nouveau secteur manufacturier, une « grappe de la mobilité durable » pour la production des équipements de transports, entre autres ceux ayant recours à la technologie du moteur-roue. Selon ses promoteurs, sa mise en place permettrait une « reconversion écologique de l’économie » et aiderait à combler les vides laissés par la disparition d’autres secteurs économiques.

La construction des premiers équipements du monorail, pour un Québec qui n’en a pas besoin, établirait les bases de la nouvelle industrie, qui se veut exportatrice. Malheureusement, l’intervention maintient les failles inhérentes dans l’adoption par l’IRÉC du discours de l’économie verte[2]. L’accent presque exclusif sur le choc pétrolier et sur la réduction des émissions de GES pour justifier l’appellation « écologique » est trop réducteur par rapport à l’ensemble des défis environnementaux et sociaux de la planète, qui constituent le contexte global pour toute politique industrielle contemporaine.

Même pour la question des changements climatiques, il est loin d’être évident qu’une manufacture d’équipements lourds de transport constitue une amélioration nette du bilan. Le monorail entre les voies des autoroutes ne représente pas un gain par rapport aux véhicules électriques qui pourraient y circuler et sa construction – ce qui est souhaité par ses promoteurs – comporterait une augmentation de notre empreinte. Et alors qu’un intérêt pour le monorail au Québec proviendrait du fait qu’il serait à base hydroélectrique, presque partout ailleurs dans le monde où les équipements seraient exportés, le monorail serait mu par une électricité produite à partir du charbon ou du gaz.

Par ailleurs, le calcul de l’empreinte écologique ne tient même pas compte de l’utilisation des ressources non renouvelables, et devant un secteur minier qui entre probablement dans « la deuxième moitié de l’ère des métaux »[3], la proposition de l’IRÉC pour ce nouveau secteur industriel est davantage compromise. Il y a lieu de croire que la hausse prévisible et continue du prix du pétrole, jumelée à une hausse du prix des métaux, imposera des contraintes importantes aux industries de l’avenir.

Le pic du pétrole amène des défis, non parce qu’il n’y aura plus de pétrole dans l’immédiat – il y a suffisamment de réserves pour causer un emballement du climat – , mais parce que la hausse de son prix va occasionner des perturbations partout dans la société : l’argent nécessaire pour l’énergie est retiré d’autres activités. Les hausses de prix dans le passé des dernières décennies sont en corrélation directe avec des récessions, et l’équivalent d’une récession permanente risque de dominer les décisions à l’avenir, cela dans un contexte de contraintes budgétaires permanentes.[4]

Les combustibles fossiles non conventionnels, dont l’exploitation coûteuse est rendue possible justement en raison de la hausse du prix, ne feront que perdurer cette situation.[5] Ce qui est nécessaire, en dépit des contraintes et des obstacles esquissés ici, c’est la mise en œuvre d’une transition beaucoup moins dramatique que l’initiative de l’IRÉC inscrite dans le modèle économique actuel. Il s’agit d’interventions possibles depuis des années, voire des décennies, et qui ne nécessitent pas l’ensemble de la « corvée transport » mise de l’avant par l’IRÉC, cela jumelées à l’électrification des transports urbains.

Monorail à moteur-roue

Bien que la volonté d’une croissance économique soit presque universelle chez les économistes, il semble une évidence pour les non économistes qu’il y a d’énormes problèmes inhérents dans la croissance, dans sa compréhension, dans l’absence de toute prise en compte d’externalités dans son calcul, etc. Le « développement économique » des pays riches depuis soixante ans, fondé sur cette croissance, nous lègue manifestement un ensemble de crises que les économistes semblent presque incapables d’intégrer dans leurs analyses et dans leurs raisonnements.[6]  Le projet du monorail constitue un bel exemple d’une vision complètement dépassée.

——————-

Docteur en philosophie des sciences, Harvey L. Mead est un acteur et un leader des milieux de l’environnement et du développement depuis plus de 40 ans au Québec, au Canada et à l’échelle internationale. Il a servi comme premier sous-ministre adjoint au Développement durable du Québec en 1990-1991 et comme premier Commissaire au développement durable du Québec (2007-2008), postes qu’il a occupés à des moments charnières comme précurseur. Il a travaillé plusieurs années sur l’Indice de progrès véritable, auquel il a consacré un livre en 2011.

Parallèlement, il a mené de façon indépendante une carrière dans l’enseignement où il a contribué à former de jeunes adultes à une pensée critique des paradigmes de pensée et d’action, tout en les connaissant et en les respectant.


 

[2] Voir le texte de l’auteur sur la question : http://www.economieautrement.org/spip.php?article207

[4] Pour l’ensemble de la question, voir Tim Morgan, The Perfect Storm (2013): http://ftalphaville.ft.com/files/2013/01/Perfect-Storm-LR.pdf

[5] Voir David Hughes, Drill, Baby, Drill (Post-Carbon Institute, 2013) pour un bon portrait de la situation – http://shalebubble.org/drill-baby-drill/

[6] Voir le texte de l’auteur sur cette question : « Les crises financière et économique : La pointe de l’iceberg ». http://www.economieautrement.org/spip.php?article118