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Global Partage

Je participerai, cette semaine à l’Université du Québec à Chicoutimi, à l’Événement éco-conseil 2015 sur le thème « Nourrir le partage ».

Activité organisée chaque année par la cohorte des étudiantEs en éco-conseil, l’événement cherche à informer et à mobiliser le milieu (aussi bien étudiant que communautaire et même industriel) autour de questions touchant les questions d’environnement et de développement durable.

Cette invitation m’a permis de découvrir, avec beaucoup de curiosité et d’intérêt, un excellent documentaire dont je n’avais jamais entendu parler: Global Partage du réalisateur Dimitri Grimblat présenté en France sur la chaîne de télévision Canal+.

Ce film de 90 minutes propose un tour du monde des initiatives d’économie collaborative qui se sont développées à grande vitesse un peu partout sur la planète depuis que la technologie informatique est devenue largement accessible et que ses diverses applications pratiques se sont multipliées.

Je reprends ici la présentation de l’émission: « Les ressources de la planète qui s’épuisent, une crise économique qui devient une crise du système économique… Face à ce constat, des pionniers de plus en plus nombreux cherchent des pistes pour vivre mieux et de façon plus durable. C’est ainsi que l’idée du partage a fait son chemin jusqu’à devenir une petite révolution qui touche désormais toutes les activités. L’économie collaborative basée sur l’échange entre individus sans intermédiaires est en train de façonner un autre mode de consommation et de rapport aux autres. »

Et c’est vrai que ça touche tous les domaines de la vie: du transport (autos, vélos) au milieux de travail (bureaux pour travailleurs indépendants), de la nourriture (repas partagés) à l’alimentation (jardins collectifs urbains où chacun peut se servir), des cours universitaires gratuits aux échanges de livres, du logement à la revitalisation des quartiers par des petits entrepreneurs, des laboratoires d’exploration à la fabrication d’automobiles en modèle « open source », de l’agriculture aux banques alternatives, bref, il est peu de domaines où l’économie collaborative n’est pas en train de défricher de nouvelles façons d’être-au-monde.

Ce documentaire, très attrayant et facile d’accès au niveau de sa structure et de sa présentation visuelle, permet de découvrir un monde dont la plupart d’entre nous ne soupçonne même pas l’existence. Et le grand avantage du film, c’est de montrer que la plupart des idées qui sont défendues dans ce Carnet trouvent des applications pratiques qui sont vraiment expérimentées concrètement aussi bien au Nord qu’au Sud. Et de voir ces idées en action ne peut être que très stimulant!

C’est Antonin Léonard, l’un des principaux promoteurs de cette économie collaborative en France et fondateur de l’organisme « Oui share », qui nous sert de guide à la rencontre de très nombreux entrepreneurs sociaux à l’origine d’initiatives les plus diverses. Pour lui, nous assistons à une véritable « révolution en marche, qu’il nous faut maintenant encourager, accompagner et diffuser ».

Le film est aussi l’occasion de rencontrer et de découvrir tous ces innovateurs sociaux, hommes et femmes, de même que les organismes qu’ils ont fondés, les sites Internet qu’ils ont mis en ligne, les livres ou documents qu’ils ont produits, etc. Une vraie mine de renseignements précieux qui permettent de suivre chaque piste autant que l’on veut…

Je n’en dis pas plus: allez visionner le film qui est, heureusement, disponible en visionnement libre sur Internet (ce qui est, il faut l’avouer, en parfaite cohérence avec le discours de partage qui est au cœur du documentaire).

En terminant, je dois avouer que ce film m’a amené à reconsidérer sérieusement ma vision de la technologie numérique et des récents développements technologiques. Alors que jusqu’ici, j’en voyais surtout les conséquences potentiellement négatives (tout en admettant, bien sûr, qu’ils avaient aussi des côté positifs), je dois admettre que Global Partage m’a fait réaliser concrètement qu’une foule de ces initiatives nouvelles et potentiellement révolutionnaires (dans le sens d’une société plus participative et collaborative) n’ont pu naître qu’en raison même de ces technologies.

De même, l’un des grands reproches que je faisais aux ordinateurs et aux réseaux sociaux (celui d’isoler très souvent les individus dans un monde virtuel au détriment des rencontres réelles avec de vraies personnes autour d’eux) s’avère être aussi remis en question par le documentaire. Celui-ci montre en effet que la technologie, à travers ses moyens « virtuels », peut aussi contribuer directement à provoquer de nouvelles formes de rencontres « en personnes », inédites jusqu’ici et tout aussi riches que les anciennes. Les i-phones pour nous sortir de notre individualisme? Mettons que c’est tout nouveau pour moi! Et peut-être prometteur, qui sait?

Enfin, l’une des découvertes les plus fascinantes, pour moi, de ce documentaire est la remise en question de la notion même de « propriété » que cette économie collaborative est en train d’amorcer. Non pas que tout soit gratuit dans cet univers virtuel, bien qu’énormément de choses le soit encore, comme le voulait la dynamique d’origine de l’Internet. Mais la vraie remise en question de la « propriété » semble venir plutôt de la conjonction de deux facteurs économiques fondamentaux:

  • une crise systémique de la mondialisation capitaliste, créée à la fois par les crises économiques successives, par l’accroissement des inégalités, par les culs-de-sac de la croissance illimitée et par les déceptions apportées par l’abondance matérielle;
  • les possibilités de collaboration jusqu’ici inaccessibles engendrées par la révolution technologique et informatique des 20 dernières années.

Et la conjonction de ces deux facteurs rend non seulement possible un nouveau modèle de collaboration (par opposition à la compétition favorisée par la propriété privée des connaissances, des produits et des moyens de production), mais le développement des outils informatiques (et la culture qui s’en dégage) semble favoriser le partage (le plus souvent gratuit) des savoirs (voir tout le développement et la culture des logiciel livres, des codes « open source », des outils collaboratifs « wiki », etc.).

Regardez le film: vous ne le regretterez pas! Et j’aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé… Et si vous trouvez que mes impressions sont trop optimistes…

 

 

 

 

 

Faire germer le champ des possibles!

et par Baptiste Sureau –

La plus ancienne photographie de la Terre vue de l’espace date de 1966. Depuis cette époque nous pouvons prendre conscience de la beauté et en même temps de la finitude de la planète Terre.

Notre modèle économique, basé sur la croissance et nos modes de vie énergivores, est aujourd’hui clairement identifié comme prédateur pour le système écologique qui nous permet de vivre. Et puis même pour sortir du chômage de masse, il faut renoncer à compter sur la croissance. Cela fait trente ans qu’on s’y essaye sans succès, et la croissance ne cesse de s’amenuiser. Et pourtant les élites politiques et économiques s’obstinent à poursuivre sur la même voie.

Notre modèle de société occidental est fini, il est dans une impasse. Il subsiste pour l’instant, sous perfusion, grâce à l’exploitation forcenée des énergies fossiles, des métaux rares et de millions de travailleurs. Il est clair qu’il va finir à courte échéance et ça dépend de nous de savoir si il va finir dans des explosions sociales et le chaos, ou de façon plus noble et raisonnable.

Récemment des concepts tels que la simplicité volontaire, la décroissance, la sobriété heureuse,… sont parvenus jusqu’aux oreilles du grand public. Ils sont bien bien souvent remplis d’a priori, d’idées reçues et de préjugés. Cependant leur importance et leur diffusion ne se démentent pas. À mes yeux, peu importe le terme utilisé et les querelles de spécialistes autour de ces concepts, l’important est d’y voir le champ des possibles immense qui s’ouvre à nous. Ces concepts aujourd’hui bien théorisés par des scientifiques tels que Nicholas Georgescu Roegen, Ivan Illich, Serge Latouche, Pierre Rabhi,… sont rendus vivants par des citoyens de plus en plus nombreux qui façonnent les alternatives de demain. C’est un motif d’espoir extrêmement important car la société civile, si on lui en laisse l’opportunité, peut être très créatrice.

Pendant des millénaires l‘Humanité a survécu et s’est même développée en manquant de tout et risque aujourd’hui de disparaître dans l’abondance la plus totale! C’est un paradoxe dont il faut tirer les conclusions le plus rapidement possible.  Notre modèle de société basé sur l’accumulation est morbide et aliénante. Avec l’humanitaire et les ONG qui se développent de façon toujours plus importante, nous sommes dans le modèle du pompier pyromane.  Nous avons l’humanitaire qui est un palliatif à notre manque d’humanisme. Même si dans les situations d’urgences, il est indispensable et constitue un bel exemple de la générosité et de l’amour que les Hommes peuvent avoir.

Montrer les coûts humains et écologiques réels de notre consommation est un moyen, non pas de culpabiliser, mais de prendre conscience que notre sacro-sainte liberté d’acheter, de voyager,… nous mène à notre perte et nous amène bien souvent qu’un bonheur limité et artificiel. « La joie ne s’achète pas, il faut la construire » Pierre Rabhi.

L’idée est de développer la responsabilité individuelle et collective. Nous sommes sur une planète limitée, il faut dont s’éduquer dès le plus jeune âge à l’auto-limitation et cela doit imprégner toutes les structures de nos sociétés. L’idée n’est pas de retourner à la bougie bien entendu mais de nous orienter vers un style de vie qui « accorde aux choses matérielles leur place propre et légitime, c’est-à-dire la seconde place et non la première » Ernst Friedrich Shumacher. L’enjeu n’est pas de fuir le plaisir ou la satisfaction ou de créer de la frustration mais de s’épanouir pleinement sans passer par les voies de la société de consommation. Un changement de paradigme est nécessaire, il faut changer radicalement sa vision de la réalité car le modèle n’est pas aménageable. Se mettre sur la voie du changement le plus vite possible est essentiel – il faut retrouver de la diversité culturelle, sociale, économique…

Par ailleurs, les alternatives doivent être accompagnées d’un changement de conscience individuelle et collective. C’est un point crucial car comme le dit Pierre Rabhi, « on peut manger bio, se chauffer aux panneaux solaires, se déplacer en vélo,… et exploiter son voisin ». Nos sociétés créent de l’insatisfaction artificielle, il nous faut donc combler un vide  et cela doit bien entendu passer par la consommation. Mais c’est un « puits sans fond si l’on ne travaille pas sur notre intériorité » et sur ce qui nous est vraiment nécessaire dans la vie.

Par ailleurs, pour accompagner la mise en place d’alternatives dans tous les domaines, il peut être intéressant de s’appuyer sur deux démarches qui serviront de détonateur:

– La réduction et le partage du temps de travail

– Mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence ou revenu de base

Cela permet de nous libérer du travail contraint pour participer à la transformation de la société. Selon un nombre croissant de scientifiques, c’est une question de volonté politique et non pas d’ordre comptable. Je renvoie sur ce point au reportage sur le revenu de base qui donne des explications sur la manière de financer un tel projet.

Pour Vincent Liegey, porte-parole du parti pour la décroissance,  » La première décroissance à réaliser est celle des inégalités. Les études sur les indicateurs subjectifs de bien-être montrent que le plus important n’est pas le niveau de confort matériel en lui-même mais le niveau des inégalités : plus les inégalités sont fortes, plus le sentiment de mal-être sera fort. Aller vers des sociétés matériellement frugales, écologiquement soutenables, cela ne veut pas dire revenir à la bougie. L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Retrouver aussi ce qui a été détruit : convivialité, solidarité, générosité ou encore le « buen vivir », ce concept de la « vie bonne » développé en Amérique latine. »

J’aime à imaginer le monde de demain et ses différentes communautés comme de gigantesques auberges espagnoles, où chacun apportera ses expériences, son vécu, où les concessions seront nécessaires mais où la joie apportée par le vivre ensemble dépassera l’égoïsme de chacun. Je suis persuadé que la complémentarité vaut mieux que la compétition et la concurrence. Et pour favoriser cela, l’éducation qui joue un rôle crucial doit revoir en profondeur ses méthodes d’enseignements.  Ces concepts et mouvements sont une invitation à aller plus loin dans les questionnements et à ouvrir des possibles pour sortir de la croissance. De nombreuses personnes ne se définissent pas comme décroissants mais partagent un certain nombre de valeurs, et tentent dans leur quotidien d’avoir un autre rapport à la consommation, au travail, un autre rythme de vie. Relier les initiatives et les citoyens qui ont décidé de construire autre chose, comme peuvent le faire en France le « Mouvement des Colibris » ou les « Artisans du changement » au Québec est un premier pas important.

Chacun de nous peut inventer le monde de demain et une civilisation plus humaine. Cela passe par des mesures concrètes mais doit impérativement être accompagné par un renouvellement philosophique et un changement en profondeur de notre rapport à notre environnement naturel et social. Cela commence par se changer soi même. Le dilemme actuel est que ces processus demandent du temps et que nous en avons de moins en moins.

Pour lire d’autres articles de Baptiste: http://perspectives21.wordpress.com/

OUI, il est possible d’agir sur les changements climatiques!

ProchainVirageAvec les rapports du GIEC [1] qui s’accumulent, chaque fois plus alarmants sur les conséquences terribles qui attendent l’humanité si nous n’arrivons pas à maîtriser les changements climatiques, bien des gens ont développé l’une des deux attitudes suivantes : un sentiment d’impuissance devant des enjeux qui nous dépassent; ou bien carrément l’inconscience qui préfère s’enfouir la tête dans le sable!

Il est vrai que ce dossier n’est pas facile à saisir pour bien des gens. Comment croire à un réchauffement de la planète après l’hiver glacial et interminable que nous venons de connaître? Comment imaginer les conséquences concrètes d’un tel réchauffement sur l’alimentation, l’accès à l’eau potable, les tensions militaires entre pays, la survie des populations habitant au niveau de la mer? Pourquoi considérer comme urgents des problèmes dont les conséquences catastrophiques ne se manifesteront que dans 10, 25 ou 100 ans? Et pourquoi payer maintenant pour des bienfaits possibles qui ne seront accessibles que plus tard, pour nos enfants ou nos petits-enfants (le contraire absolu de notre mode de vie actuel : « profitez maintenant, payez plus tard! »)?

Pourtant, toutes les études arrivent maintenant aux mêmes conclusions que le rapport Stern (octobre 2006) qui concluait que les conséquences économiques de notre inaction pour contrer les changements climatiques seront infiniment plus coûteuses (dans un rapport de 20 pour 1 au moins) que les investissements importants qu’il faudrait accepter d’y consacrer dès maintenant. Plus nous tardons, et pires seront les conséquences et les efforts qu’il faudra consentir pour les minimiser!

Faut-il pour autant baisser les bras? Ce n’est certainement pas l’avis de Steven Guilbeault et de François Tanguay qui viennent tout juste de publier Le prochain virage, Propulser le Québec vers un avenir équitable et durable (Éditions Druide, 304 pages, mars 2014).

J’ai lu bien des livres et des articles traitant d’environnement, de développement durable, d’énergies et de changements climatiques. Et je me demandais, sans doute comme bien d’autres : pourquoi un nouveau livre?

Si j’ai choisi de vous en parler aujourd’hui, c’est parce que ce livre me semble particulièrement important et utile à ce moment précis des changements climatiques!

En effet, nous savons maintenant de façon certaine que nous n’éviterons pas les changements climatiques (pour y arriver, il aurait fallu agir beaucoup plus tôt et beaucoup plus radicalement que nos gouvernements ne l’ont fait) : ces changements sont déjà en cours (on le voit bien avec la fonte des glaces dans l’Arctique et l’Antarctique) et le mieux que nous pourrons maintenant faire (si nous acceptons enfin d’agir avec audace et célérité), c’est de limiter l’ampleur de ces changements, et donc des conséquences auxquelles il faudra faire face.

Mais il y a aussi une deuxième raison importante d’agir dès maintenant : nous préparer aux conséquences maintenant inévitables de ces changements climatiques, pour en minimiser l’impact aussi bien pour nous que pour l’ensemble des populations terriennes. Car plus nous serons prêts, mieux nous pourrons affronter les défis considérables auxquels nous serons confrontés.

Et comme la volonté politique des États de la planète semble encore bien en deçà de ce qui serait nécessaire et urgent (voir les résultats très décevants des conférences internationales consacrées à la lutte contre les changements climatiques), ce qui constituait le « Plan A », il nous faut maintenant nous rabattre sur le « Plan B », celui qui dépend davantage de nous sans attendre que les États prennent enfin leurs responsabilités.

C’est l’objet du nouveau livre de Steven Guilbeault et de François Tanguay. Prenant acte de la situation internationale, qu’ils connaissent mieux que personne pour avoir régulièrement suivi et participé à ces conférences mondiales sur le climat, ils font œuvre de pédagogie mobilisatrice en nous offrant un portrait particulièrement vulgarisé et dynamique de l’ensemble du dossier :

  • l’état actuel des changements climatiques
  • l’état actuel des négociations internationales
  • l’état actuel des politiques canadienne et québécoise en matière de changements climatiques
  • les défis que nous devons relever dès maintenant en matière d’énergie
  • les changements que nous pouvons (et devons) collectivement faire, sans attendre après nos gouvernements : le fameux « Plan B »
  • de nombreuses expériences concrètes qui se font déjà en ce sens (aussi bien ici qu’ailleurs dans le monde)
  • etc.

Ce qui est remarquable dans ce livre et qui, à mon avis, le démarque de la plupart des autres livres sur le sujet, c’est le ton simple et familier avec lequel les auteurs réussissent à nous faire partager leurs connaissances et leurs expériences : ce qui le rend particulièrement accessible et intéressant à lire (ce n’est quand même pas un roman… mais presque aussi captivant!).

En effet, que ce soit les fameuses rencontres internationales sur le climat, les expériences d’efficacité énergétique à l’échelle d’une municipalité entière ou les réactions aux augmentations des tarifs d’Hydro-Québec, c’est à travers leurs propres expériences concrètes de ces sujets que Steven et François nous en font découvrir les dessous et les enjeux qui s’y cachent. C’est ainsi que des sujets potentiellement arides ou abstraits deviennent au contraire concrets, simples, voire parfois palpitants!

Le défi des changements climatiques, au niveau planétaire, demeurera évidemment toujours considérable. Mais la lecture du Prochain virage, elle, non seulement vous aidera à mieux comprendre les véritables enjeux qui s’y jouent, mais surtout, elle vous redonnera espoir dans cet avenir immédiat qui est le nôtre : il y a déjà plein de choses intéressantes et positives que nous pouvons réaliser dans nos vies, nos quartiers et nos villes, dont plusieurs sont déjà expérimentées ici ou là. À nous d’y participer, de les proposer autour de nous et d’en faire, peu à peu, des priorités pour nos communautés.

Un peu à la manière des Villes, villages ou communautés en transition : faisons nous-mêmes, graduellement, individuellement et collectivement, la vie comme nous souhaitons (et que nous avons besoin) qu’elle soit…

Merci, Steven et François, de nous permettre d’y croire encore et d’y participer concrètement.

[1] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat composé de représentantEs de presque tous les pays membres de l’ONU. Leur cinquième rapport, en trois parties, a été rendu public le 27 septembre 2013 (premier volet), le 31 mars 2014 (deuxième volet) et le 13 avril 2014 (troisième volet).

Protéger les terres de la spéculation – une rencontre ce jeudi

Rencontre exploratoire sur les fiducies foncières 

Un problème

      En milieu rural, le prix des bonnes terres augmente constamment ; les jeunes qui voudraient se lancer en agriculture ne peuvent que difficilement avoir accès à une terre.

      En milieu périurbain, les terres sont achetées par des spéculateurs, qui veulent les consacrer au développement domiciliaire.

      En ville, les terrains sont tellement coûteux qu’ils rendent inaccessible la propriété à un fort pourcentage de la population.

 

Une solution?

Les fiducies foncières permettent de retirer des terres de la spéculation foncière, en les retirant définitivement du marché et en les consacrant à une vocation déterminée. La formule est encore peu répandue au Québec ; ne serait-il pas temps de s’organiser pour le faire?

 

Une rencontre exploratoire

Si l’idée vous intéresse, nous vous invitons à une rencontre sur le sujet.

Date: Jeudi 6 février à 19h

Lieu: Salle Esdras-Minville, au 4ème étage, du nouvel édifice des HEC (3000 Chemin de la Côte-Sainte-Catherine). Métro Université de Montréal.

Programme :

1) le problème des fermes péri ou intra urbaines:
Brèves présentations de Benoît Girard, ferme du Bord-du-Lac, à l’ïle Bizard;
et de Ramzy Kassouf, ferme des Jardins Carya à Senneville
2) présentation sommaire de la formule des fiducies foncières (Serge Mongeau)
3) discussion sur les moyens de faire avancer le dossier localement.

Si vous connaissez des personnes possiblement intéressées, n’hésitez pas à leur communiquer l’information.

 Yves-Marie Abraham, John Burcombe, Serge Mongeau

Comment offrir une vie digne à nos aînés, dans un monde en bouleversement? (partie II)

Ce texte est une version courte d’une conférence donnée à Montréal lors du colloque sur la Décroissance dans les Amériques en mai 2012. La première partie a été publiée la semaine dernière sur ce blogue.

Une alternative possible : les Villes en Transition et autres mouvements citoyens locaux

Qu’est-ce qu’une fin de vie digne?

Beaucoup de personnes âgées dans les pays industrialisés bénéficient de soins dernier cri qui leur permettent de prolonger leur existence de manière impressionnante, avec ou sans qualité de vie. Il existe maintenant des professionnels des soins au troisième âge et les maisons de retraite ont du personnel s’assurant de la santé et du bien-être des pensionnaires. Mais ce déploiement de moyens est-il pour autant ce que l’on peut faire de mieux pour nos aînés?

On peut en douter. En effet, si l’on prend l’exemple des maisons de retraite, c’est un défi que d’apporter un soutien personnalisé et respectueux de l’individu dans une institution. Le fait que beaucoup de personnes dépendantes soient concentrées dans le même endroit favorise le nivellement des approches : ainsi, on mettra parfois des protections à tous, même à ceux qui sont encore autonomes, par manque de temps pour emmener chacun aux toilettes. On observe souvent des soins impersonnels, voire des situations où le personnel discute devant les pensionnaires tout en les soignant, comme s’ils n’existaient pas. Il s’agit là non seulement d’un impératif de gestion, mais aussi d’une manière pour les employés de gérer la difficulté de côtoyer la mort tous les jours[1].

Que pourrait désirer chacun de nous, hormis la santé, pour ses vieux jours? Sans doute de ne pas être isolé de ceux qui sont « encore dans la vie »; se sentir utile également. Être considéré comme un individu à part entière, un citoyen, une personne qui a un passé, a eu des bonheurs, des malheurs, des amours et des défis professionnels, même si elle dépend maintenant de l’aide des autres. Être écouté aussi, et non vu comme un(e) éternel(le) radoteur(se). En fait, le mieux que l’on puisse souhaiter, c’est que les autres continuent à voir ce que nous sommes, plutôt que de s’arrêter aux apparences qui nous trahissent et se dégradent. En résumé, ce serait de continuer à faire partie, de plein droit, de la communauté.

Retrouver le sens de la communauté

Même si la décroissance signifiera la perte matérielle de nombreuses possibilités (comme les soins de haute technologie), elle pourrait aussi être l’occasion de revoir la place des personnes âgées dans nos sociétés industrielles, et ce pour le meilleur.

Face aux défis présents, de nombreux groupes essaient de favoriser une vie communautaire plus riche. Et si, plutôt que de cantonner nos aînés dans l’attente de la fin, ou bien leur rôle de consommateurs, les citoyens redonnaient aux aînés leur rôle de sages? Le mouvement des Villes en Transition par exemple, qui vise à améliorer la résilience d’une ville, d’un village ou d’un quartier, fait de « Honorer les aînés » l’une de ses douze étapes clés[2].

Comme on l’a vu, le fait que les plus vieux d’entre nous soient déjà passés par beaucoup d’épreuves peut être une source d’inspiration dans le futur. Il ne faut pas sous-estimer le profond impact qu’auront les bouleversements économiques et écologiques sur la psyché des individus : avant ils pensaient faire partie de sociétés fortes et riches – et en l’espace de quelques années des institutions clés se délitent, font faillite, et bien souvent les personnes se retrouvent livrées à elles-mêmes, car plus grand-chose ne fonctionne…

La communauté, et notamment l’apport des personnes âgées, seront déterminants pour traverser ces temps difficiles, même s’il faut se garder de donner au passé une image trop romantique et idéalisée. Les aînés ont beaucoup à nous apprendre sur des méthodes et des façons de voir qui aideront les jeunes générations et toute la collectivité à traverser les épreuves. Ainsi certains s’appliquent déjà à transmettre leur savoir faire à des artisan-e-s (tonnelier, souffleur de verre, dentellière)[3]. Beaucoup d’aînés peuvent aider d’autres personnes à apprendre des gestes simples, mais que nos sociétés ont en partie délaissés, les confiant à des professionnels : la cuisine, la couture, le bricolage, le jardinage. Mais essayer à tout prix de trouver une « utilité » aux plus vieux, n’est-ce pas retomber dans le piège actuel de la société consumériste et gestionnaire?

Face aux crises, la meilleure réponse est peut-être une inclusion totale des âges de la vie au sein de la communauté afin que personne n’ait à justifier de son existence. Cette inclusion peut se faire par le partage de l’expérience, des valeurs et des savoir-faire, l’échange de services… ou tout simplement par la présence de chacun, car une collectivité se bâtit grâce aux citoyens, quel que soit leur âge.

Accueil et soins aux personnes âgées

Plutôt que d’accueillir les aînés à contrecœur au sein des familles en dernier recours face aux difficultés financières ou de santé, pourquoi ne pas envisager des projets de vie intergénérationnels? De tels lieux permettraient aux générations de se côtoyer naturellement, alors qu’actuellement elles se retrouvent souvent séparées par leurs activités et par une conception des logements ne favorisant pas l’échange.

À l’échelle de la société, on pourrait imaginer une assurance-vieillesse garantissant, plutôt qu’un certain montant en argent, un toit et la nourriture, ainsi qu’un minimum de soins. Ce système pourrait s’appuyer sur les projets intergénérationnels pour prendre soin des aînés dans des structures à échelle humaine. Il serait possible de convertir des ensembles de maisons, ou des immeubles de condos, en habitats abritant plusieurs générations s’entraidant pour les activités de la vie quotidienne. Ce ne seraient pas forcément les personnes d’une même famille qui y vivraient : on pourrait concevoir ces habitats comme autant de mini communautés intentionnelles, des sortes de familles élargies choisies.

Alors qu’aujourd’hui on reconnaît que la médicalisation et la professionnalisation des soins aux personnes âgées induisent plusieurs travers, le retour de la communauté auprès de nos aînés pourrait ramener une humanité que les structures d’accueil institutionnelles peinent à créer. On pourrait ainsi imaginer que les équipes soignantes partagent leur savoir-faire, afin qu’une plus grande partie de la population soit mieux équipée pour faire face aux défis de la dernière partie de la vie.

L’auteur Jan Lundberg évoque d’ailleurs la possibilité de « tribus de soins »[4]. Cet Américain imagine des groupes de personnes qui se promettent de prendre soin les unes des autres lorsque viendra le temps de la dépendance. Ainsi ceux qui sont encore valides, voire travaillent encore, dédient une partie de leur temps libre à s’occuper du jardin de leur voisin, faire des courses pour lui, lui tenir compagnie… Avec l’attente que lorsque leur tour viendra, une nouvelle génération de « membres de la tribu » sera disponible pour prendre soin d’eux. Par ailleurs, une telle approche n’interdit pas d’avoir une couverture santé complémentaire pour les soins que ne peut assurer la tribu.

Dans une société en décroissance, on peut supposer que l’accès à l’hôpital deviendra plus limité. Ainsi, alors qu’aujourd’hui de nombreuses personnes y décèdent, peut-être que dans le futur on mourra davantage à la maison, entouré d’êtres et d’objets familiers. Jusqu’au 18e siècle environ, on mourait un peu à tous les âges. Aujourd’hui, les progrès de la médecine, de l’alimentation et de l’hygiène ont permis de réduire les décès prématurés et la vieillesse, assimilée à l’âge de la mort, a été reléguée en marge. Si les personnes âgées reviennent constituer une tranche à part entière de la société au sein de projets intergénérationnels ou de tribus de soins, on pourra se réhabituer à côtoyer l’ultime étape de la vie. Et ce pourrait être l’un des plus grands progrès amenés par un monde en décroissance.

Aller plus loin

Les initiatives citoyennes décrites plus haut visent à créer un monde meilleur dans les collectivités sans attendre que des lois soient votées dans ce sens. Toutefois, pour des sujets aussi fondamentaux qu’un vieillissement digne au sein de la société, il est nécessaire de soutenir les activités citoyennes par une réforme de notre projet de société appuyée par l’action politique. Pensons par exemple à l’instauration possible d’un revenu maximal – de quoi peut-on avoir besoin (vraiment besoin) au-delà d’un certain revenu, si la société assure la sécurité, les soins de santé et l’éducation de tous? Il est également indispensable de préserver, voire de bonifier, les programmes publics de revenu de la vieillesse. On mettra de cette façon moins d’emphase sur le placement individuel et davantage sur la répartition des richesses collectives.

De nombreuses autres mesures pourraient être mises de l’avant. Les citoyens-électeurs doivent se rendre compte des défis qui les attendent demain; ceci ira à l’encontre du discours rassurant prévoyant une croissance se poursuivant indéfiniment. Ils pourront ainsi exercer leur pouvoir démocratique pour exiger qu’une vision plus réaliste de l’avenir serve de base aux décisions importantes d’aujourd’hui.

 

Si tu ne sais plus où tu vas, regarde d’où tu viens.

Ce proverbe sénégalais est fort à propos: il appelle à recourir à la sagesse et l’expérience de ceux qui nous ont précédés dans une époque qui nous déconcerte. Même si les changements amenés par la fin du modèle économique et social que nous connaissons semblent intimidants et sombres, d’autres avant nous ont vécu des périodes de défis (guerres, crises économiques, grandes luttes sociales); ils y ont survécu et peuvent nous aider à replacer les événements dans leur perspective historique.

Cet article ne vise pas à couvrir l’intégralité d’un sujet si riche. Il se veut un point de départ, un ensemble de pistes qu’il nous faut, en tant que société, étoffer et explorer au plus vite. Sinon, l’enchaînement des événements se chargera de nous donner une réponse par défaut à la question du vieillissement – et nous risquons de ne pas l’aimer.

Remerciements : merci à Michel Durand, Diane Gariépy, Dominique Laroche, Pierre-Eric Leblanc, Pascal Lombart et Serge Mongeau pour leurs précieuses contributions à cet article.


[1] Le droit de vieillir –  Bernadette Puijalon et Jacqueline Trincaz – 2000

[2] Manuel de Transition , De la dépendance au pétrole à la résilience locale – Rob Hopkins – 2010

[3] Métiers et Traditions – www.vieuxmetiers.ca

[4] Elder Care “insurance”, Health Care Tribe – Jan Lundberg, www.culturechange.org – 2002

Comment offrir une vie digne à nos aînés, dans un monde en bouleversement? (partie I)

Ce texte est une version courte d’une conférence donnée à Montréal lors du colloque sur la Décroissance dans les Amériques en mai 2012.

Les pays industrialisés semblent arrivés à la croisée des chemins à bien des égards : fragilité économique persistante, poids écrasant des dettes, consommation de ressources insoutenable, globalisation faisant des difficultés de certains pays les problèmes de tous… Il semble inévitable que le monde entame une décroissance économique prochainement. Que réserve ce futur à certains des plus fragiles d’entre nous, à savoir les personnes âgées?

Que recèle le futur pour les personnes âgées ?

L’image des personnes âgées dans la société.

Beaucoup a été dit et écrit sur la « vague grise » qui commence à déferler sur les sociétés industrielles. Au Canada par exemple, les 65 ans et plus représentaient 13% de la population en 2005, et on estime que cette proportion passera à 25% ou plus en 2036[1]. Et pourtant…

Performance, vitesse, apparence représentent ce qui est important aujourd’hui dans nos sociétés de l’image. On a parlé de jeunisme, avec des produits, des messages marketing et un air du temps essentiellement dirigés vers les jeunes adultes, voire les adolescents – les autres générations étant invitées à vouloir les mêmes choses et à se rapprocher autant que possible d’une apparence jeune afin de rester « dans le coup ». Et comme les produits, les gens ont maintenant une date de péremption. En sont témoins les difficultés rencontrées par de nombreux travailleurs cherchant un emploi après 50 ans. Que dire alors de ceux, plus âgés, qui souhaitent ou doivent maintenir une activité professionnelle alors qu’ils sont censés se retirer du marché du travail! On les pense dépassés, on ne veut pas payer cher leurs compétences amassées au cours des années, ou on pense leur productivité insuffisante.

Si les aînés ont réussi à trouver grâce aux yeux du reste de la société, c’est bien souvent comme… consommateurs. Ainsi les Baby Boomers, qui seront peut être parmi les seuls ayant profité d’une retraite relativement dorée, sont vus comme une mine de revenus potentiels : loisirs, voyages, soins, cadeaux, nombreuses sont les façons de dépenser l’argent des plans publics ou privés de retraite. Bien entendu, ceci n’est pas à la portée de tous, et les seniors aux revenus les plus modestes ne peuvent se conformer à cette injonction qui leur redonnerait un peu de légitimité.

Beaucoup de sociétés non-occidentales font pourtant une meilleure place aux aînés, qui sont vus comme les dépositaires de la connaissance et de la sagesse. L’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ constatait : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Dans le monde industrialisé, nous semblons avoir perdu de vue cette précieuse ressource, occupés que nous sommes à s’adapter aux incessantes nouveautés. Dans un tel contexte, l’expérience de toute une vie, dont l’essentiel a été passé sans même connaître Internet, paraît peu pertinente. Ainsi, « lieu de toutes les ignorances, elle (la vieillesse) est le seul temps de la vie pour lequel les images négatives dominent. »[2]

Dans un monde en décroissance, il est probable que ce rythme insensé ralentisse. La plupart des citoyens se démèneront sans doute plus pour survivre que pour se payer le dernier gadget à la mode. Confrontés à des événements d’une ampleur sans précédent, les plus jeunes pourront demander à leurs grands-parents comment ils faisaient sans certains des conforts modernes – situations qui pourraient se produire à cause de la dislocation des réseaux d’échange et de financement habituels. Il faut espérer que l’on redécouvrira le respect à apporter à ceux qui ont été résilients par le passé, et ont survécu jusqu’à présent.

Il se pourrait donc que la décroissance imposée redore le blason des plus vieux, ceux que nous avons laissés sur le bord de la route car ils ne pouvaient plus suivre.

Le rôle des personnes âgées – repos ou travail?

Le 20ème siècle a vu la mise en place de systèmes publics de retraite dans de nombreux pays industrialisés, permettant aux retraités de vivre dignement leurs 5 ou 10 dernières années[3]. Aujourd’hui, avec le vieillissement d’une plus grande partie de la population, l’allongement de la durée de vie et la récente période d’instabilité financière, beaucoup de programmes de retraite se retrouvent dans une situation précaire. Ainsi, on peut se demander si le modèle actuel va perdurer longtemps : faut-il dire adieu à la retraite à 60 ou 65 ans.

Cette idée fait déjà son chemin: selon un sondage récent, seuls un tiers des Canadiens pensent ne plus travailler après 65 ans. S’agit-il d’un choix? En fait, 61% de ceux qui se voient continuer à travailler disent qu’ils le feraient par obligation, et cette proportion atteint 73% chez ceux qui gagnent moins de $50,000 par an[4]. La situation financière de bien des retraités n’est pas enviable. Alors qu’on pourrait penser que la vieillesse est un temps où l’on a fini de payer ses dettes, on constate que la proportion des aînés endettés a plus que doublé depuis 1993. Et malheureusement de plus en plus d’entre eux recourent à la faillite[5]. Dans ce contexte, la favorisation de l’épargne privée pour les vieux jours (tendance par exemple observée depuis les années 1980 au Canada) ne peut constituer une solution satisfaisante pour les nombreux citoyens ayant déjà à peine les moyens de vivre durant leurs années d’activité professionnelle.

Qu’en sera-t-il à la fin de l’ère de la croissance économique au long cours? Ce qui constitue la base des régimes de retraite privés (soit les placements en actions et obligations) sera gravement compromis par les difficultés économiques. Par ailleurs, les plans publics de retraite prélèvent des cotisations sur les actifs actuels pour les verser aux retraités actuels. Dans un contexte de crises et de hausse du chômage, cette source de financement sera elle aussi mise à mal. Par conséquent, il est probable qu’une partie des revenus sur lesquels comptent les travailleurs d’aujourd’hui ne se matérialise jamais.

Travailler dans ses dernières années d’accord, mais est-ce que ce sera faisable? La préservation de la santé physique et mentale sera, on le voit, plus importante que jamais. Par ailleurs, les aînés auront-ils des occasions d’emploi? Certes, on parle de pénurie possible de main-d’œuvre due au départ à la retraite des baby-boomers; mais c’est ignorer les effets de la décélération de l’activité économique. Dans les secteurs qui pourraient embaucher, comme l’agriculture par exemple à cause de la difficulté de maintenir le taux de mécanisation actuel (carburants bien plus chers), il sera plus difficile aux aînés de faire valoir leur apport car ils seront en concurrence avec des travailleurs plus vigoureux.

Il pourrait toutefois être trompeur d’analyser les perspectives économiques futures des plus âgés en utilisant la conception actuelle de ce qu’est le travail. Alors que la machine économique s’effritera ou s’effondrera, l’économie informelle devrait connaître un bel essor. Petits boulots, micro-entreprises, réseaux d’entraide et monnaies alternatives pourraient foisonner; l’économie domestique prendra une nouvelle importance. On essaiera de subvenir davantage à ses besoins par le jardinage, l’offre de petits services… et les aînés pourraient trouver là une foule de choses à faire pour se rendre « utiles ». Après tout, par le passé les personnes âgées résidaient avec les plus jeunes et rendaient de nombreux services qui aidaient à faire tourner la maisonnée.

On peut voir des prémisses de cette nouvelle cohabitation des générations depuis la crise de 2008. Aux États-Unis, les statistiques[6] suggèrent que les difficultés financières ont amené de plus en plus de familles à se « tasser » ensemble. Ainsi le foyer du futur pourrait être un composite intergénérationnel où chacun contribue à sa façon à la survie du groupe, malgré les défis.

Il ne faut pas avoir une vision idyllique d’une telle évolution. Veut-on devoir vivre avec ses parents ou beaux-parents, voire ses grands-parents? Au-delà des enjeux de la promiscuité, les plus jeunes pourraient reprocher aux aînés dans leur ensemble d’avoir perdu l’occasion de redresser la situation économique et environnementale à temps. Les générations X et suivantes, élevées dans une culture très individualiste, trouveront-elles même naturel de prendre soin de leurs parents? On estimait à la fin des années 1990 que 7% des personnes âgées vivant à domicile étaient victimes de maltraitance[7] – qu’en sera-t-il demain?

La question des soins dans une société vivant selon ses moyens

Dans une société en décroissance, les rentrées fiscales des gouvernements seront sans doute à la baisse, à la suite de la fermeture de nombreuses entreprises et de l’augmentation du chômage. Il faudra donc faire des choix déchirants, entre services gouvernementaux, infrastructures, éducation, … et aussi santé.

Les personnes âgées sont de grandes consommatrices de services de santé. Ainsi au Canada les dépenses totales de santé des personnes de 75 à 84 ans sont 6 fois plus élevées que celles des 45 ans et moins. On a par conséquent estimé que dans ce pays les dépenses de santé entre 2005 et 2026 augmenteront trois fois plus vite que la population totale, soit de 55%[8]. Une étude réalisée en France montre que si l’espérance de vie totale augmente, l’espérance de vie sans incapacité, elle, diminue, ce qui signifie que davantage d’années sont passées avec un handicap[9].

Ressources publiques en diminution, besoins en explosion: voilà un cocktail posant de très grands défis. Des questions fondamentales vont se poser – et se posent sans doute déjà parfois: à qui dédier les budgets de santé limités? Doit-on opérer une personne âgée, alors qu’avec le même équipement et personnel on peut soigner une plus jeune personne? Où tracer la limite entre ce que la société accepte de financer et ce qu’elle laisse à chacun le soin de payer? Pourra-t-on accepter qu’un patient refuse un traitement qui diminuera sa qualité de vie, mais lui permettra de ne plus recourir aux services hospitaliers?

Personne ne souhaite répondre à de telles questions. Selon les politiques futures des gouvernements, plusieurs scénarios sont possibles. Imaginons l’option « par défaut ». On accueillera les personnes âgées dans les hôpitaux, et le plus tôt possible on les dirigera vers leur domicile pour qu’elles terminent leur convalescence; plusieurs pourraient alors souffrir de complications qui ne seront pas correctement traitées. Les temps d’attente dans les urgences atteindront des proportions insupportables, et des patients pourraient mourir faute de soins rapides. Aura-t-on seulement les moyens de maintenir un service d’ambulances efficace? Peut-être que la privatisation des soins prendra une place très grande, face aux difficultés des autorités de financer des installations hospitalières modernes. Peut-être aura-t-on accès assez facilement à une première ligne de soins, mais pour avoir droit à certains examens et opérations plus coûteux, il faudra attendre fort longtemps, peut-être plusieurs années. On pourrait devoir prioriser les patients selon leur utilité perçue pour la société. Il est imaginable que plusieurs seniors préfèrent mettre fin à leurs jours plutôt que de faire un parcours du combattant épuisant pour accéder aux soins.

Par petites touches, ce futur peu enviable existe déjà, au Canada par exemple. Ce qui vient d’être décrit ne fait qu’envisager la continuation des tendances actuelles. Il y a fort à parier, en tout cas, que les réseaux de soutien alternatifs seront mis à forte contribution. Ainsi, les aidants naturels prendront une place encore plus importante. Tel que mentionné plus haut, on réintégrera peut-être les personnes âgées dans la jeune famille parents-enfants pour des raisons de santé et / ou d’économies.

En tout cas, on peut faire l’hypothèse suivante : celle que la génération qui a actuellement 40-50 ans soit l’une des premières de l’époque moderne qui voit son espérance de vie diminuer plutôt qu’augmenter.

La semaine prochaine, nous envisagerons quelques pistes possibles pour permettre aux citoyens de vieillir dignement malgré les difficultés auxquelles notre société sera confrontée.


[1] Pour bien communiquer avec les aînés : Faits, conseils et idées – Agence de la Santé Publique du Canada – 2010
[2] Le droit de vieillir, Bernadette Puijalon et Jacqueline Trincaz, 2000
[3] Doit-on réformer le régime de la Sécurité de la vieillesse? – Cyberpresse –01/02/2012
[4] Plus de cheveux blancs sur le marché du travail – Stéphanie Grammond, La Presse.ca – 22/02/2012
[5] La situation financière des aîné-e-s – IRIS –10/2011. 27% des aînés étaient endettés en 1993, contre 58% en 2010.
[6] More families, friends move in together –Lisa W. Buser, USA Today – 12/2010
[7] Plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2010-2015 – Gouvernement du Québec
[8] The effects of the changing age structure on Households and Families to 2026 – Institut Vanier de la Famille – 2006
[9] Les Français vivent plus longtemps… mais en moins bonne santé – La Tribune – 19/04/2012

Élever un enfant: Cher ou pas cher?

Cher ou pas cher, élever un enfant? Semblerait qu’il y a trop de militants, de journalistes et de travailleurs sociaux qui se plaignent pour rien. C’est ce que nous révèle l’Institut Fraser dans un avis publié hier[1]. Il tranche : Non, élever un enfant pourrait coûter aussi peu que 3 000$ par année.

Bien évidemment, cette question intéresse au plus haut point les tenants de la simplicité volontaire.  J’ai souvent entendu lors des colloques du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) : « Élever des enfants, ça ne coûte pas si cher que ça !».

RQSV et Institut Fraser : même combat? Loin de là. Si les affirmations des simplicitaires et celles de l’Institut Fraser semblent aller dans le même sens aujourd’hui, nous devons ici préciser que ces deux groupes ne s’adressent pas tout à fait au même public et que, plus fondamentalement, ils ne partagent pas le même rêve sociétal.

Le RQSV  interpelle particulièrement la classe moyenne qui s’est développée dans les suites de la Révolution tranquille et qui commence à s’effriter depuis la première crise du pétrole (1979), la hausse des taux d’intérêt des années 1980 et de la délocalisation des emplois post ALENA 1994.  La classe moyenne, c’est bien connu, dépense beaucoup trop pour des biens de consommation loin d’être toujours essentiels. Nous sommes devenus, au siècle dernier, cinq fois plus riches qu’en l’année 1900 mais sommes-nous devenus cinq fois plus heureux? Nous nous sentons dispersés, stressés, angoissés; nous mangeons trop et devenons facilement compulsifs dans un tas d’autres domaines. Et quand un couple décide de fonder une famille, il n’est pas rare de le voir se mettre à exagérer en choix d’auto(s), en grandeur de maison, en jouets, en cours parascolaires, etc., et ce, au détriment des prochaines générations de parents.

Aussi, la simplicité volontaire vient rappeler aux jeunes parents qu’ils doivent recentrer leurs choix de vie sur l’essentiel, c’est-à-dire leurs enfants et non les modes, gadgets et fausses sécurités de tous genres.

Quant à lui, l’Institut Fraser s’adresse, particulièrement dans cet avis, à deux publics différents : il « sermonne » d’abord tous ceux et celles qui, selon eux, se trompent dans leurs estimés sur le coût pour élever un enfant. « The social welfare community, a broad coalition of public service workers, social activists, academics, and many journalists, is active in lobbying the state for more resources for families with children ».

Puis, il « encourage » les couples, même les moins fortunés, à faire des enfants. Témoignages à l’appui : “I never went hungry or cold, and am well edu­cated with a great career. Oh, and I grew up in a family of ten, with one work­ing parent. Adjusted expectations are perhaps in order. 

“Many of the GTA immigrants handle child care differently. One grandpar­ent or both look after the kids. They live together in one dwelling and save on housing costs and daycare.”

Et, finalement, la visée politique est clairement avouée :

This agenda, associated with left-liberal and social democratic positions, is part of a redistributionist perspective and it would be naive to ignore the influence it has on public policy.

“[…]Any evidence of suffering children is a powerful catalyst for public policy change. For this reason, it is important for researchers and policy makers to be particularly cautious with claims along these lines.”

Cette approche est très cohérente avec ce qu’est l’Institut Fraser :

« Une organisation à but pédagogique et de recherche internationale indépendante » qui envisage « un monde prospère et libre où les individus bénéficient d’un plus grand choix de marchés compétitifs, et de responsabilité personnelle ». Forbes a classé le think tank comme libertarien et le New York Times l’a décrit comme libertarien  et conservateur. »  [Wikipedia]

On le voit bien ici : le RQSV et l’Institut Fraser ne partagent vraiment pas le même rêve sociétal. Le rêve néolibéral (libertarien), c’est la loi de la jungle : les gros mangent les petits et tous les moyens sont bons pour y parvenir. Le rêve des tenants de la simplicité volontaire : une société basée sur la coopération, la confiance, la solidarité.

Alors, c’est cher ou pas cher d’élever des enfants? Tout dépend de la société dans laquelle nous choisissons de les intégrer.

Se résigner à élever des enfants dans un environnement compétitif, du chacun pour soi, de priorité aux plus forts et aux plus riches ? Oui, ça risque de coûter cher, n’en déplaise à l’Institut Fraser.

Par contre, joindre les rangs de ceux et celles – de plus en plus nombreux- qui élèvent  leurs enfants au sein d’un réseau (famille, voisinage, commune, village, quartier) où la générosité, la confiance et le partage sont de mise? Oui, je pense que ça peut être moins lourd sur les épaules des parents.

Une suggestion : Et si nous revenions à la famille élargie? Pas seulement élargie aux liens de sang mais aussi aux voisins, aux grands-parents, mettant à contribution l’énergie des plus jeunes, remettant sur pied des garderies autogérées, et favorisant les échanges de services : salles communes, prêts d’outils, d’autos, de vélos, de livres, ouvrant des joujouthèques, faisant des assemblées de trocs, choisissant des piscines de rue ou de quartier (au lieu d’avoir chacun sa piscine dans sa cour), apprenant à travailler et à jardiner ensemble. La liste pourrait s’allonger encore… Je vous laisse y rêver.

P.S. : Et dans ce réseau auquel je souscris, on ne présume pas – comme semble le faire l’Institut- que les femmes doivent rester à la maison pour s’occuper des enfants : on se donne des mécanismes collectifs pour s’assurer que la garde des enfants devienne l’affaire de tous. Ne dit-on pas que ça prend un village tout entier pour élever un enfant?

 

 



[1]  The Cost of Raising Children, Christopher A. Sarlo, Fraser Institute

Résister, proposer et agir en toute solidarité

 

Au cœur d’une crise sociale, environnementale et économique globale, où les écarts s’accentuent entre les citoyennes et citoyens les plus favorisés et ceux qui le sont moins, entre les régions prospères et celles dévitalisées, l’économie sociale, preuve d’innovation sociale communautaire, prouve à tous les jours qu’elle est une réelle alternative dans le contexte de la faillite du modèle économique néolibéral.
Ce matin, près de chez vous, des acteurs et des actrices de l’économie sociale agissent par le biais de milliers de pratiques solidaires revitalisant des villages et des villes!  Peut-être que vous ne les connaissez pas, mais elles sont là et améliorent notre qualité de vie.

 

Mais de quoi parle-t-on ?  Nommons entre autres les services de proximité aux personnes (les centres de la petite enfance, l’aide domestique aux personnes âgées, le transport collectif, les coopératives funéraires), les entreprises qui permettent l’intégration en emploi des populations marginalisées (les centres de travail adapté ou les entreprises d’insertion), les initiatives de mise en valeur des ressources du milieu et le développement durable (les coopératives forestières, les ressourceries, les entreprises culturelles, le tourisme social, etc.) et les initiatives qui voient le jour pour répondre aux besoins sociaux et matériels d’une collectivité telles que les coopératives d’habitation, agricoles, scolaires, financières, de travail, etc.
Que cela soit les épiceries coopératives de proximité qui tissent des liens plus étroits entre les producteurs et productrices et les consommateurs et consommatrices ou des gens qui s’associent pour réaliser leur rêve collectif et ainsi répondre au besoin réel de leur communauté, des centaines de milliers de personnes d’ici, et même près d’un milliard à travers le monde, s’inscrivent dans cette solidarité grandissante.

 

De plus en plus, l’importance croissante de cette économie sociale est reconnue comme stratégie structurante de développement car elle crée de la richesse collective, elle soutient un développement local viable, elle lutte contre la pauvreté, elle incite à une consommation plus responsable et plus encore, elle aide à construire, ou à reconstruire un monde en santé.
La mise en place de politiques publiques, de programmes et de lois en faveur de son développement s’accélère au Québec, dans quelques régions canadiennes, en Amérique Latine, en Europe et en Afrique.  L’économie sociale et solidaire prend sa place dans les débats au sein d’instances internationales telles que l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation internationale du travail (OIT).
À mon avis, la force de la solidarité peut surmonter tous les défis – elle change notre monde – de là l’importance d’en faire la promotion!

 

LA DÉFINITION DE L’ÉCONOMIE SOCIALE AU QUÉBEC
Le domaine de l’économie sociale regroupe l’ensemble des activités et organismes, issus de l’entrepreneuriat collectif :

1. qui ont pour finalité de servir leurs membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et viser le rendement financier

2. qui ont une autonomie de gestion par rapport à l’État

3. qui intègrent dans leurs statuts et leurs façons de faire un processus de décision démocratique impliquant usagères et usagers, travailleuses et travailleurs

4. qui défendent la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition de leurs surplus et revenus

5. qui fondent leurs activités sur les principes de la participation, de la prise en charge et de la responsabilité individuelle et collective.

Source: Chantier de l’économie sociale

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Pour en savoir plus:
http://www.chantier.qc.ca  Chantier de l’économie sociale
http://economiesocialequebec.ca/ Portail de l’économie sociale
http://www.achetersolidaire.com/ Le grand catalogue des produits et des services de l’économie sociale
http://www.ripess.org/ Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire
http://www.ceesq.com/Centre d’entrepreneuriat​ en économie sociale du Québec
http://www.csmoesac.qc.ca/  Comité sectorial de main d’œuvre économie sociale – action communautaire
http://ccednet-rcdec.ca/fr Réseau canadien de développement économique communautaire

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Depuis une trentaine d’années, Ethel Côté s’engage en développement durable des communautés ce qui lui a valu de travailler avec des entreprises d’économie sociale, coopératives et associations communautaires, en milieu rural et urbain. Aussi a-t-elle acquis au fil des ans une expertise reconnue en financement diversifié, en gestion, en planification d’affaires, en mise en place de partenariats gagnants, en accompagnement de projets collectifs. À ce jour, plus d’une centaine d’organismes ou d’entreprises ont fait appel à ses services. En plus d’être formatrice certifiée du Mouvement en Transition, elle est présidente à Carrefour International, membre du Comité directeur du Forum pancanadien économique francophone, de la Table ronde de l’économie sociale en Ontario et du Réseau canadien en développement économique communautaire en plus de siéger aux conseils d’administration du Conseil de la coopération de l’Ontario. Ethel est récipiendaire du Grade de Chevalier de la Pléiade de l’Ordre de la francophonie, du Prix d’honneur coopératif  et du Mérite coopératif du Conseil de la coopération de l’Ontario ainsi que du Premier CIWARA en reconnaissance de l’excellence en développement en économie sociale et solidaire du Réseau National de Promotion de l’Économie Sociale et Solidaire du Mali.