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Global Partage

Je participerai, cette semaine à l’Université du Québec à Chicoutimi, à l’Événement éco-conseil 2015 sur le thème « Nourrir le partage ».

Activité organisée chaque année par la cohorte des étudiantEs en éco-conseil, l’événement cherche à informer et à mobiliser le milieu (aussi bien étudiant que communautaire et même industriel) autour de questions touchant les questions d’environnement et de développement durable.

Cette invitation m’a permis de découvrir, avec beaucoup de curiosité et d’intérêt, un excellent documentaire dont je n’avais jamais entendu parler: Global Partage du réalisateur Dimitri Grimblat présenté en France sur la chaîne de télévision Canal+.

Ce film de 90 minutes propose un tour du monde des initiatives d’économie collaborative qui se sont développées à grande vitesse un peu partout sur la planète depuis que la technologie informatique est devenue largement accessible et que ses diverses applications pratiques se sont multipliées.

Je reprends ici la présentation de l’émission: « Les ressources de la planète qui s’épuisent, une crise économique qui devient une crise du système économique… Face à ce constat, des pionniers de plus en plus nombreux cherchent des pistes pour vivre mieux et de façon plus durable. C’est ainsi que l’idée du partage a fait son chemin jusqu’à devenir une petite révolution qui touche désormais toutes les activités. L’économie collaborative basée sur l’échange entre individus sans intermédiaires est en train de façonner un autre mode de consommation et de rapport aux autres. »

Et c’est vrai que ça touche tous les domaines de la vie: du transport (autos, vélos) au milieux de travail (bureaux pour travailleurs indépendants), de la nourriture (repas partagés) à l’alimentation (jardins collectifs urbains où chacun peut se servir), des cours universitaires gratuits aux échanges de livres, du logement à la revitalisation des quartiers par des petits entrepreneurs, des laboratoires d’exploration à la fabrication d’automobiles en modèle « open source », de l’agriculture aux banques alternatives, bref, il est peu de domaines où l’économie collaborative n’est pas en train de défricher de nouvelles façons d’être-au-monde.

Ce documentaire, très attrayant et facile d’accès au niveau de sa structure et de sa présentation visuelle, permet de découvrir un monde dont la plupart d’entre nous ne soupçonne même pas l’existence. Et le grand avantage du film, c’est de montrer que la plupart des idées qui sont défendues dans ce Carnet trouvent des applications pratiques qui sont vraiment expérimentées concrètement aussi bien au Nord qu’au Sud. Et de voir ces idées en action ne peut être que très stimulant!

C’est Antonin Léonard, l’un des principaux promoteurs de cette économie collaborative en France et fondateur de l’organisme « Oui share », qui nous sert de guide à la rencontre de très nombreux entrepreneurs sociaux à l’origine d’initiatives les plus diverses. Pour lui, nous assistons à une véritable « révolution en marche, qu’il nous faut maintenant encourager, accompagner et diffuser ».

Le film est aussi l’occasion de rencontrer et de découvrir tous ces innovateurs sociaux, hommes et femmes, de même que les organismes qu’ils ont fondés, les sites Internet qu’ils ont mis en ligne, les livres ou documents qu’ils ont produits, etc. Une vraie mine de renseignements précieux qui permettent de suivre chaque piste autant que l’on veut…

Je n’en dis pas plus: allez visionner le film qui est, heureusement, disponible en visionnement libre sur Internet (ce qui est, il faut l’avouer, en parfaite cohérence avec le discours de partage qui est au cœur du documentaire).

En terminant, je dois avouer que ce film m’a amené à reconsidérer sérieusement ma vision de la technologie numérique et des récents développements technologiques. Alors que jusqu’ici, j’en voyais surtout les conséquences potentiellement négatives (tout en admettant, bien sûr, qu’ils avaient aussi des côté positifs), je dois admettre que Global Partage m’a fait réaliser concrètement qu’une foule de ces initiatives nouvelles et potentiellement révolutionnaires (dans le sens d’une société plus participative et collaborative) n’ont pu naître qu’en raison même de ces technologies.

De même, l’un des grands reproches que je faisais aux ordinateurs et aux réseaux sociaux (celui d’isoler très souvent les individus dans un monde virtuel au détriment des rencontres réelles avec de vraies personnes autour d’eux) s’avère être aussi remis en question par le documentaire. Celui-ci montre en effet que la technologie, à travers ses moyens « virtuels », peut aussi contribuer directement à provoquer de nouvelles formes de rencontres « en personnes », inédites jusqu’ici et tout aussi riches que les anciennes. Les i-phones pour nous sortir de notre individualisme? Mettons que c’est tout nouveau pour moi! Et peut-être prometteur, qui sait?

Enfin, l’une des découvertes les plus fascinantes, pour moi, de ce documentaire est la remise en question de la notion même de « propriété » que cette économie collaborative est en train d’amorcer. Non pas que tout soit gratuit dans cet univers virtuel, bien qu’énormément de choses le soit encore, comme le voulait la dynamique d’origine de l’Internet. Mais la vraie remise en question de la « propriété » semble venir plutôt de la conjonction de deux facteurs économiques fondamentaux:

  • une crise systémique de la mondialisation capitaliste, créée à la fois par les crises économiques successives, par l’accroissement des inégalités, par les culs-de-sac de la croissance illimitée et par les déceptions apportées par l’abondance matérielle;
  • les possibilités de collaboration jusqu’ici inaccessibles engendrées par la révolution technologique et informatique des 20 dernières années.

Et la conjonction de ces deux facteurs rend non seulement possible un nouveau modèle de collaboration (par opposition à la compétition favorisée par la propriété privée des connaissances, des produits et des moyens de production), mais le développement des outils informatiques (et la culture qui s’en dégage) semble favoriser le partage (le plus souvent gratuit) des savoirs (voir tout le développement et la culture des logiciel livres, des codes « open source », des outils collaboratifs « wiki », etc.).

Regardez le film: vous ne le regretterez pas! Et j’aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé… Et si vous trouvez que mes impressions sont trop optimistes…

 

 

 

 

 

Gagner sa vie dans la nouvelle réalité postindustrielle

Suite de notre série de réflexions sur la préparation émotionnelle aux changements qui nous attendent, une adaptation du travail de l’auteure américaine Carolyn Baker.

L’effondrement de la civilisation industrielle implique forcément que le travail et les façons de gagner sa vie telles que nous les connaissons actuellement n’existeront plus ou seront très différentes. On peut anticiper que l’économie informelle et souterraine connaîtra un grand essor. Très peu de personnes auront un emploi au sens où nous l’entendons aujourd’hui et survivre, pour la plupart des gens, sera un défi de chaque instant.

La pyramide de Maslow

D’après le travail de Maslow, dans la hiérarchie des besoins, la fondation de la pyramide est constituée des besoins de base, ceux qui nous permettent de survivre physiquement. En revanche, des besoins au sommet de la pyramide comme celui de trouver un sens à ce que l’on fait, ou faire quelque chose qui nous motive, ne peuvent être comblés qu’après avoir assuré la fondation, celle des besoins physiques immédiats.

Dans un environnement postindustriel, arriverons-nous jamais à dépasser la couche de fondation de la pyramide pour se hisser vers les niveaux supérieurs? Ma conviction est que nous consacrerons certes beaucoup d’efforts à notre survie, mais les questions de signification et de vocation ne seront pas pour autant hors-sujet. Par conséquent, on peut dès maintenant commencer à réfléchir au sens que l’on trouve à effectuer son travail actuel, car cette réflexion pourra être utile par la suite.

Pour autant, il ne faut pas s’imaginer pouvoir forcément exercer un métier qui réponde à nos aspirations; la résilience et la flexibilité seront les maîtres mots de la survie humaine dans le futur. Il faut donc s’atteler à acquérir un large éventail de compétences dès à présent : ainsi, on peut chercher à accomplir sa vocation tout en apprenant des compétences qui nous plaisent peu, mais s’avèreront utiles par la suite.

Gagner sa vie pour soi et sa communauté

Comment s’engager sur ce chemin? Plusieurs options existent, dont voici quelques exemples :

Dans ma ville de Boulder dans le Colorado, un groupe appelé Liberation Economics propose le concept de “communautés catalytiques”, de petits groupes dont les membres travaillent ensemble à apprendre les uns des autres pour mieux réaliser leur potentiel. En allant plus loin, on peut envisager que des groupes de personnes se préparant aux bouleversements à venir et partageant des intérêts communs s’unissent pour lancer des petites entreprises dont les biens et les services seront nécessaires dans une société post-industrielle.

Le mouvement de la Transition (réseau mondial, réseau québécois), lui, se concentre entre autres sur le réapprentissage de savoirs qui ont été oubliés lors du développement de la civilisation industrielle, mais qui pourraient redevenir nécessaires pour passer au travers de sa phase de déclin. Ainsi, des groupes de Transition à travers le monde offrent régulièrement des ateliers en permaculture[1], jardinage biologique, conservation et entreposage de nourriture, cueillette de plantes sauvages comestibles, phytothérapie, construction à base de paille, compostage, aide d’urgence, etc.

Un autre mécanisme qui connaîtra sans aucun doute un grand succès est celui des banques d’échange de temps. Quand on y pense, il s’agit là d’une forme de monnaie alternative; dans la plupart des cas, une heure du temps de chacun équivaut à une heure du temps de toute autre personne, quelle que soit l’activité. C’est un mécanisme simple mais fort utile pour chaque individu et pour sa communauté.

Quelques pistes pour poursuivre votre réflexion:

  • Quel travail exercez-vous actuellement? Est-ce ce à quoi vous vous sentez appelé-e à faire? Si oui, pourquoi? Si non, quelle est votre vraie vocation?
  • Comment vous préparez-vous à un monde dans lequel l’emploi, tel qu’on le connaît maintenant, pourrait ne plus exister? Quelles compétences avez-vous à offrir dans un monde postindustriel?
  • À quelles personnes rendez-vous service dans votre communauté? De quelles façons travaillez-vous à améliorer, soigner, embellir ou protéger celle-ci? Quels besoins de votre communauté vous appellent à vous impliquer pour les combler?

Adaptation et traduction du premier chapitre du livre Navigating the Coming Chaos, réalisée par Sylvie Robert du Réseau Transition Québec.

À propos de l’auteure: Carolyn Baker est psychothérapeute de formation et a pratiqué ce métier durant plusieurs années; elle a également été professeure d’histoire et de psychologie. Elle anime des ateliers de préparation spirituelle aux défis du futur, et est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Sacred Demise: Walking The Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse (2009), Navigating the Coming Chaos: a Handbook for Inner Transition (2011) et le plus récent Collapsing Consciously : Transformative Truths for Turbulent Times (2013). Elle tient un blogue et propose une revue de presse commentée, Speaking Truth to Power à www.carolynbaker.net. Merci à Carolyn de nous avoir permis de publier ici ses réflexions!


[1] La permaculture est une approche permettant de concevoir des habitats humains et des systèmes agricoles qui imitent les relations présentes dans l’écologie naturelle. Sur Ékopédia: lien.

Plaidoyer pour une nourriture locale (partie 2)

Cet article est la traduction d’un essai de Helena Norberg-Hodge et Steven Gorelick. Après une entrée en matière qui nous présentait les nombreux avantages de la nourriture locale, nous regardons à présent les aspects pratiques d’un changement de notre système alimentaire, pour le rendre plus local et juste.

Comment passer à une échelle locale?

Les systèmes alimentaires locaux ont d’énormes avantages, mais la plupart des décideurs, croyant que davantage de commerce est toujours meilleur, soutiennent systématiquement une mondialisation accrue de la nourriture. Par conséquent, des produits identiques parcourent le monde en tous sens, sans autre but que d’enrichir les intermédiaires corporatifs qui contrôlent l’approvisionnement mondial en nourriture.

Une première étape immédiate consisterait à faire pression pour que des changements de règles assurent que des produits identiques ne puissent à la fois être exportés et importés. Si nous éliminons les échanges commerciaux inutiles de toutes sortes de produits depuis le blé, le lait et les pommes de terre jusqu’au jus de pomme et au bétail vivant, la réduction des flux de transport amènerait à elle seule des bénéfices instantanés. De plus, si on permettait aux gens du monde entier de manger leur propre pain et de boire leur propre lait, les méga-entreprises ne feraient pas des profits à chaque fois que nous nous mettons à table.

Un tel changement exigerait de repenser le dogme du « libre échange ». Les traités commerciaux doivent être réécrits afin de rétablir les droits des citoyens à protéger leur économie et leurs ressources des prédateurs corporatifs.

Dans le même temps, les subventions qui soutiennent actuellement le système alimentaire mondialisé doivent être redirigées vers des systèmes plus locaux. Les gouvernements ont dépensé d’énormes sommes provenant des contribuables pour soutenir un système alimentaire coûteux qui prétend fournir de la nourriture ‘à bas coût’. Si même une partie de ces sommes était plutôt dédiée au soutien de systèmes alimentaires locaux, le coût de la nourriture local diminuerait de façon importante, et sa disponibilité augmenterait rapidement.

Des changements dans la politique énergétique sont extrêmement importants – celle-ci subventionne actuellement lourdement des systèmes énergétiques centralisés et à grande échelle nécessaires au commerce mondial et au « développement » industriel de tout poil. Dans le Sud, où l’infrastructure énergétique est encore en cours de construction, une réorientation vers une énergie renouvelable et décentralisée pourrait facilement être faite moyennant une petite partie du coût financier et des bouleversements humains entraînés par les énormes barrages, le nucléaire et les énergies fossiles.

Nous devons également reconnaître l’importance du savoir local dans la conservation des systèmes alimentaires locaux et récupérer les savoirs qui ont été en grande partie perdus. De nos jours, un modèle éducatif universel est imposé de par le monde, ce qui élimine beaucoup du savoir et des compétences dont les gens ont besoin pour subsister à partir de leurs ressources propres, là où ils habitent.

Des changements de législation fiscale aideraient également à soutenir la relocalisation alimentaire. Des crédits d’impôts pour les technologies gourmandes en capital et en énergie favorisent actuellement les producteurs les plus gros et les plus mondialisés. Dans le même temps les méthodes demandant beaucoup de main d’œuvre des producteurs diversifiés à petite échelle sont pénalisées par les impôts sur le revenu, les charges sociales et les autres taxes pesant sur le travail.

La re-réglementation du commerce mondial et la déréglementation du commerce local

Comme nous l’avons vu, la dérégulation continue du commerce et de la finance mondiaux a amené à l’émergence d’entreprises géantes dont les activités causent beaucoup de pollution et d’exploitation sociale. Ceci a amené un besoin grandissant de règlementations sociales et environnementales ainsi que d’une énorme bureaucratie pour gérer ces règlements. Cette bureaucratie étouffe les petites entreprises par la paperasse, les inspections, les amendes, et le coût des technologies obligatoires. Le fardeau réglementaire est trop lourd pour les petits, alors que les gros paient facilement et grossissent encore à mesure que leurs petits concurrents disparaissent. Combien de laiteries ont mis la clé sous la porte parce qu’elles se devaient d’avoir des éviers en acier inoxydable, alors que ceux en porcelaine les avaient bien servies pendant des générations?

Il y a actuellement un besoin urgent de re-réglementer le commerce mondial en permettant aux gouvernements nationaux et régionaux de contrôler les activités des compagnies transnationales. Il est tout aussi urgent de déréglementer le commerce local, qui de par sa nature est beaucoup moins susceptible de nuire à la santé humaine et à l’environnement.

Inverser la tendance

Ces changements de politique et de réglementation ouvriraient un espace pour que des milliers d’initiatives portées par les collectivités – dont beaucoup existent déjà – puissent s’épanouir. De l’agriculture soutenue par la communauté et des livraisons de paniers aux marchés fermiers, coops alimentaires et campagnes pour l’achat local, les gens ont déjà commencé le travail de terrain nécessaire à la reconstruction de leurs systèmes alimentaires locaux. Mais ces efforts ne suffiront pas si les politiques publiques continuent à favoriser les gros et ceux qui opèrent au niveau mondial.

Lorsque les ministres promeuvent aveuglément le commerce pour le commerce tout en discutant de réductions d’émissions de CO2, il peut sembler peu probable que des changements significatifs aient lieu. Et tel sera en effet le cas si les activistes et les citoyens ne s’unissent pas derrière des bannières anti-mondialisation et pro-locales, et s’ils n’exercent pas une forte pression de la base. Des alliances inusitées ont d’ores et déjà vu le jour. Des environnementalistes et des syndicalistes, des fermiers et des tenants de l’écologie profonde, des gens du Nord et du Sud – se donnant la main pour refuser le rouleau compresseur qui détruit les emplois aussi vite que les espèces, et menace le gagne-pain des fermiers tout en faisant monter le prix de la nourriture saine sur le marché.

Il faut toutefois faire encore davantage de travail, y compris par des campagnes d’éducation révélant les liens entre les nombreuses crises que nous vivons, pour dire haut et fort la vérité sur le commerce et la façon dont nous mesurons le progrès, et pour décrire de façon saisissante les bénéfices écologiques, sociaux, psychologiques et économiques de la relocalisation et de la décentralisation de nos économies.

Raccourcir les liens entre fermiers et consommateurs pourrait être l’une des façons les plus stratégiques et agréables d’amener des changements profonds qui vont dans le bon sens. Quelle satisfaction de savoir qu’en faisant quelque chose d’aussi positif pour nous-mêmes et nos familles, nous apportons également une contribution bien réelle à la préservation de la diversité, la protection des emplois, des moyens d’existence ruraux et de l’environnement, partout dans le monde

Helena Norberg-Hodge est une militante écologiste britannique, fondatrice de l’International Society for Ecology and Culture (ISEC), dont l’un des projets est le film Economics of Happiness (L’économie pour le bonheur). Steven Gorelick est directeur des programmes à l’ISEC et co-réalisateur de Economics of Happiness. Merci à tous deux de nous avoir permis d’utiliser cet essai!

Traduit de l’anglais par Sylvie Robert, membre du Réseau Transition Québec.

L’article original peut être trouvé sur le site l’International Society for Ecology and Culture.

Plaidoyer pour une nourriture locale (partie 1)

Cet article est une traduction d’un essai de Helena Norberg-Hodge et Steven Gorelick. La deuxième partie sera publiée dans quelques jours.

Les crises sociales et écologiques actuelles qui vont en s’accentuant exigent des réponses étendues, approfondies et stratégiques. Lorsque l’on prend en compte la destruction généralisée amenée par la globalisation, il apparaît évident que les solutions ayant le plus d’effets impliqueront un changement fondamental de direction – vers une localisation plutôt qu’une mondialisation de l’activité économique. D’ailleurs, agir au niveau local pourrait être ce que nous pouvons faire de plus efficace.

Beaucoup trouveront que cet argument est exagéré et manque de réalisme. Mais demandons-nous s’il est réaliste de continuer à tirer l’ensemble de la population mondiale vers une seule économie, une économie dans laquelle une petite portion de la population utilise déjà la majeure partie des ressources mondiales. De nos jours, environ la moitié de la population du globe, pour l’essentiel située au Sud, répond encore à ses besoins par le biais des économies locales. Croyons-nous réellement que la vie de ces gens sera améliorée si nous détruisons ces économies ? Qu’est-ce que la mondialisation peut offrir à la majorité des personnes, si ce n’est des promesses irréalistes ? Une vie à échelle locale entraînerait bien moins de perturbations sociales et environnementales, et en fait serait bien moins coûteuse à mettre en œuvre.

D’ailleurs, chaque pas vers un monde plus local, que ce soit dans les politiques publiques ou au sein de nos communautés, aurait de nombreux avantages.

La vie à échelle locale est avant tout un processus de décentralisation – plaçant l’activité économique dans les mains de millions de petites et moyennes entreprises, au lieu de la concentrer dans des méga-compagnies dont le nombre se réduit sans cesse. Vivre localement ne veut pas dire que chaque collectivité serait entièrement auto-suffisante ; cela signifie tout simplement de trouver un équilibre entre le commerce (avec d’autres régions) et la production locale en diversifiant l’activité économique et en réduisant la distance entre producteurs et consommateurs partout où cela est possible.

Dans quel domaine peut-on commencer à cheminer vers une vie plus locale? Étant donné que la nourriture est un besoin de tous, partout, tous les jours, passer d’un système alimentaire mondialisé à un système local aurait l’effet le plus important.

Qu’est-ce que la “nourriture mondialisée » ?

La nourriture mondialisée repose sur une théorie économique: plutôt que de produire des cultures vivrières variées, chaque pays et région devraient se spécialiser dans la production d’un ou deux produits de base commercialisés sur le marché mondial et qu’ils peuvent produire à un coût assez bas pour pouvoir rivaliser avec tout autre producteur. Les revenus de ces exportations sont ensuite utilisés pour acheter la nourriture dont la population locale a besoin. Selon cette théorie, tous bénéficient de ce système.

Il s’avère cependant que la théorie est fausse. Plutôt que d’amener des bénéfices pour tous, le système alimentaire mondialisé a été une cause importante de faim et de destruction environnementale de par le monde.

Les avantages du local

De plus en plus de gens prennent conscience du fait que la nourriture mondialisée est vraiment trop coûteuse – en termes sociaux, environnementaux, et même économiques. Ils commencent à rechercher de la nourriture locale, et tout un mouvement gagne du terrain.

Mais que sont exactement les « systèmes alimentaires locaux » ? Si l’expression la plus aboutie du système mondialisé est une grosse tranche de malbouffe hautement transformée et emballée dans du plastique, ayant été transportée sur des milliers de kilomètres, l’archétype d’un produit alimentaire local est de la nourriture fraîche provenant de fermes des environs et vendue sur des marchés fermiers et dans des magasins locaux indépendants.

La nourriture locale est tout simplement de la nourriture produite pour être consommée localement et régionalement. C’est pourquoi ses « kilomètres alimentaires » sont assez faibles, ce qui réduit de manière significative l’utilisation de carburants fossiles et la pollution. Il y a aussi d’autres avantages environnementaux. Alors que les marchés mondialisés exigent une production issue de monocultures – ce qui élimine de façon systématique tout ce qui n’est pas une culture de rapport – les marchés locaux incitent les producteurs à se diversifier, ce qui crée de nombreuses niches [écologiques] sur les fermes pour les plantes et animaux sauvages. De plus, les fermes à la production diversifiée ne peuvent s’adapter à l’équipement lourd utilisé dans les monocultures, ce qui élimine ainsi l’une des principales causes d’érosion du sol. La diversification se prête aussi aux méthodes de culture biologique, puisque les cultures sont bien moins vulnérables aux invasions d’insectes nuisibles.

Les systèmes alimentaires locaux ont également des avantages économiques, puisque la majeure partie de l’argent dépensé pour la nourriture retourne au producteur, et non à des entreprises intermédiaires. Juan Moreno, un fermier dans la région espagnole d’Andalousie, nous a dit, « Lorsque nous vendions nos légumes aux supermarchés on nous payait presque rien. À présent, par la coop locale, nous recevons beaucoup plus – jusqu’au triple pour certains légumes. »

Les petites fermes diversifiées peuvent aider à revitaliser des économies rurales entières, car elles emploient bien plus de personnes par acre que les grandes monocultures. Au Royaume-Uni, les fermes de moins de 100 acres fournissent cinq fois plus d’emplois par acre que celles de plus de 500 acres. En outre, les salaires payés aux employés profitent aux économies et collectivités locales bien plus que l’argent nécessaire à l’équipement lourd et au carburant qui le fait tourner : dans le deuxième cas, l’argent est englouti presque instantanément par les fabricants d’équipement et les compagnies pétrolières, alors que les salaires des employés sont dépensés localement.

La qualité de la nourriture

La nourriture locale est en général bien plus fraîche – et par conséquent plus nutritive – que la nourriture mondialisée. Elle demande aussi moins d’agents de conservation et d’autres additifs, et les méthodes biologiques peuvent éliminer les résidus de pesticides. Les fermiers peuvent faire pousser des variétés qui sont les mieux adaptées au climat et aux sols locaux, ce qui permet de faire passer le goût et le contenu nutritionnel avant la facilité de transport, la durée de vie sur les tablettes des magasins et les désidérata des marchés mondiaux. L’élevage peut être intégré à la production agricole, ce qui permet d’élever des animaux dans des conditions plus acceptables et saines, et fournit une source non chimique de fertilisants.

Même la sécurité alimentaire (c’est à dire l’accès de tous à une alimentation suffisante et de qualité, NdT) serait améliorée si les gens dépendaient davantage d’une nourriture locale. Au lieu d’être concentré dans les mains de quelques grandes entreprises, le contrôle de la nourriture serait dispersé et décentralisé. Et si les pays du Sud étaient incités à utiliser leur force de travail et leurs meilleures terres agricoles pour leurs besoins locaux plutôt que pour faire pousser des cultures de luxe pour les marchés du Nord, le taux de faim endémique diminuerait également.

Pourtant, même parmi ceux qui reconnaissent les effets négatifs du système alimentaire mondialisé, beaucoup ont été amenés à croire que ce système est nécessaire car il produit davantage de nourriture et ce, à un prix inférieur. Toutefois la réalité est qu’il n’est ni plus productif ni véritablement meilleur marché que les systèmes locaux. Des études menées dans le monde entier montrent que des fermes diversifiées de petite taille ont une production par unité de surface supérieure à celle des monocultures à grande échelle. D’ailleurs si la priorité est de nourrir ceux qui ont faim dans le monde, un passage à des systèmes alimentaires locaux devrait commencer tout de suite, puisqu’ils arrivent bien mieux à nourrir les gens.

La nourriture mondialisée est également très coûteuse, bien que la plupart des coûts en question ne se retrouvent pas dans le prix payé au supermarché. Au lieu de cela, une grande part de ce que nous payons pour la nourriture mondialisée provient de nos impôts – qui financent la recherche dans les domaines des pesticides et des biotechnologies, subventionnent les infrastructures de transport, d’énergie et de communications nécessaires au système, et paient l’aide internationale qui attire les économies du Tiers Monde dans le modèle mondialisé destructeur. Nous payons d’autres façons pour les coûts environnementaux de la nourriture mondialisée, qui endommagent la planète dont hériteront nos enfants.

Lorsque nous achetons de la nourriture locale, nous pouvons en fait payer moins car nous ne finançons pas un transport excessif, un emballage amenant au gâchis, la publicité et les additifs chimiques – nous payons seulement pour de la nourriture fraîche, saine et nutritive. L’essentiel de notre argent ne s’en va pas vers des entreprises agroalimentaires bouffies, mais vers des agriculteurs et de petits commerçants du coin, ce qui leur permet de faire payer un prix moindre tout en gagnant davantage que s’ils étaient liés au système mondialisé.

 

Helena Norberg-Hodge est une militante écologiste britannique, fondatrice de l’International Society for Ecology and Culture (ISEC), dont l’un des projets est le film Economics of Happiness (L’économie pour le bonheur). Steven Gorelick est directeur des programmes à l’ISEC et co-réalisateur de Economics of Happiness. Merci à tous deux de nous avoir permis d’utiliser cet essai!

Traduit de l’anglais par Sylvie Robert, membre du Réseau Transition Québec.

L’article original peut être trouvé sur le site l’International Society for Ecology and Culture.

Protéger les terres de la spéculation – une rencontre ce jeudi

Rencontre exploratoire sur les fiducies foncières 

Un problème

      En milieu rural, le prix des bonnes terres augmente constamment ; les jeunes qui voudraient se lancer en agriculture ne peuvent que difficilement avoir accès à une terre.

      En milieu périurbain, les terres sont achetées par des spéculateurs, qui veulent les consacrer au développement domiciliaire.

      En ville, les terrains sont tellement coûteux qu’ils rendent inaccessible la propriété à un fort pourcentage de la population.

 

Une solution?

Les fiducies foncières permettent de retirer des terres de la spéculation foncière, en les retirant définitivement du marché et en les consacrant à une vocation déterminée. La formule est encore peu répandue au Québec ; ne serait-il pas temps de s’organiser pour le faire?

 

Une rencontre exploratoire

Si l’idée vous intéresse, nous vous invitons à une rencontre sur le sujet.

Date: Jeudi 6 février à 19h

Lieu: Salle Esdras-Minville, au 4ème étage, du nouvel édifice des HEC (3000 Chemin de la Côte-Sainte-Catherine). Métro Université de Montréal.

Programme :

1) le problème des fermes péri ou intra urbaines:
Brèves présentations de Benoît Girard, ferme du Bord-du-Lac, à l’ïle Bizard;
et de Ramzy Kassouf, ferme des Jardins Carya à Senneville
2) présentation sommaire de la formule des fiducies foncières (Serge Mongeau)
3) discussion sur les moyens de faire avancer le dossier localement.

Si vous connaissez des personnes possiblement intéressées, n’hésitez pas à leur communiquer l’information.

 Yves-Marie Abraham, John Burcombe, Serge Mongeau

Peut-on déménager sans déchets?

déménagement imagesLe groupe Action RE-buts lance, pour une deuxième année, une campagne pour sensibiliser la population à tous les déchets inutiles qu’entraîne généralement la saison des déménagements et pour favoriser un plus grand réemploi de tout ce qu’on jette.

La campagne « Le réemploi, ça déménage! » a lieu du 29 juin au 1er juillet. Pour plus de détails consultez le Carnet des simplicitaires ou le site d’Action RE-buts.

Résister, proposer et agir en toute solidarité

 

Au cœur d’une crise sociale, environnementale et économique globale, où les écarts s’accentuent entre les citoyennes et citoyens les plus favorisés et ceux qui le sont moins, entre les régions prospères et celles dévitalisées, l’économie sociale, preuve d’innovation sociale communautaire, prouve à tous les jours qu’elle est une réelle alternative dans le contexte de la faillite du modèle économique néolibéral.
Ce matin, près de chez vous, des acteurs et des actrices de l’économie sociale agissent par le biais de milliers de pratiques solidaires revitalisant des villages et des villes!  Peut-être que vous ne les connaissez pas, mais elles sont là et améliorent notre qualité de vie.

 

Mais de quoi parle-t-on ?  Nommons entre autres les services de proximité aux personnes (les centres de la petite enfance, l’aide domestique aux personnes âgées, le transport collectif, les coopératives funéraires), les entreprises qui permettent l’intégration en emploi des populations marginalisées (les centres de travail adapté ou les entreprises d’insertion), les initiatives de mise en valeur des ressources du milieu et le développement durable (les coopératives forestières, les ressourceries, les entreprises culturelles, le tourisme social, etc.) et les initiatives qui voient le jour pour répondre aux besoins sociaux et matériels d’une collectivité telles que les coopératives d’habitation, agricoles, scolaires, financières, de travail, etc.
Que cela soit les épiceries coopératives de proximité qui tissent des liens plus étroits entre les producteurs et productrices et les consommateurs et consommatrices ou des gens qui s’associent pour réaliser leur rêve collectif et ainsi répondre au besoin réel de leur communauté, des centaines de milliers de personnes d’ici, et même près d’un milliard à travers le monde, s’inscrivent dans cette solidarité grandissante.

 

De plus en plus, l’importance croissante de cette économie sociale est reconnue comme stratégie structurante de développement car elle crée de la richesse collective, elle soutient un développement local viable, elle lutte contre la pauvreté, elle incite à une consommation plus responsable et plus encore, elle aide à construire, ou à reconstruire un monde en santé.
La mise en place de politiques publiques, de programmes et de lois en faveur de son développement s’accélère au Québec, dans quelques régions canadiennes, en Amérique Latine, en Europe et en Afrique.  L’économie sociale et solidaire prend sa place dans les débats au sein d’instances internationales telles que l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation internationale du travail (OIT).
À mon avis, la force de la solidarité peut surmonter tous les défis – elle change notre monde – de là l’importance d’en faire la promotion!

 

LA DÉFINITION DE L’ÉCONOMIE SOCIALE AU QUÉBEC
Le domaine de l’économie sociale regroupe l’ensemble des activités et organismes, issus de l’entrepreneuriat collectif :

1. qui ont pour finalité de servir leurs membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et viser le rendement financier

2. qui ont une autonomie de gestion par rapport à l’État

3. qui intègrent dans leurs statuts et leurs façons de faire un processus de décision démocratique impliquant usagères et usagers, travailleuses et travailleurs

4. qui défendent la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition de leurs surplus et revenus

5. qui fondent leurs activités sur les principes de la participation, de la prise en charge et de la responsabilité individuelle et collective.

Source: Chantier de l’économie sociale

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Pour en savoir plus:
http://www.chantier.qc.ca  Chantier de l’économie sociale
http://economiesocialequebec.ca/ Portail de l’économie sociale
http://www.achetersolidaire.com/ Le grand catalogue des produits et des services de l’économie sociale
http://www.ripess.org/ Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire
http://www.ceesq.com/Centre d’entrepreneuriat​ en économie sociale du Québec
http://www.csmoesac.qc.ca/  Comité sectorial de main d’œuvre économie sociale – action communautaire
http://ccednet-rcdec.ca/fr Réseau canadien de développement économique communautaire

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Depuis une trentaine d’années, Ethel Côté s’engage en développement durable des communautés ce qui lui a valu de travailler avec des entreprises d’économie sociale, coopératives et associations communautaires, en milieu rural et urbain. Aussi a-t-elle acquis au fil des ans une expertise reconnue en financement diversifié, en gestion, en planification d’affaires, en mise en place de partenariats gagnants, en accompagnement de projets collectifs. À ce jour, plus d’une centaine d’organismes ou d’entreprises ont fait appel à ses services. En plus d’être formatrice certifiée du Mouvement en Transition, elle est présidente à Carrefour International, membre du Comité directeur du Forum pancanadien économique francophone, de la Table ronde de l’économie sociale en Ontario et du Réseau canadien en développement économique communautaire en plus de siéger aux conseils d’administration du Conseil de la coopération de l’Ontario. Ethel est récipiendaire du Grade de Chevalier de la Pléiade de l’Ordre de la francophonie, du Prix d’honneur coopératif  et du Mérite coopératif du Conseil de la coopération de l’Ontario ainsi que du Premier CIWARA en reconnaissance de l’excellence en développement en économie sociale et solidaire du Réseau National de Promotion de l’Économie Sociale et Solidaire du Mali.