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L’antiproductivisme, pour « chanter au présent » sans attendre demain

Cet article passe en revue l’ouvrage collectif L’Antiproductivisme. Un défi pour la gauche?

Le socialisme s’oppose au capitalisme ; mais au vu des problèmes environnementaux croissants, il doit aussi lutter contre le productivisme. Il ne s’agit pas seulement de mieux partager la richesse, il faut aussi s’interroger sur ce que l’on produit, sur la façon de le faire et sur les conséquences de cette production. Les nombreux auteurs de ce livre réfléchissent là-dessus. Je retiens la position de Paul Ariès, bien connu pour son engagement dans le mouvement de la décroissance, qui a publié en 2012 un livre intitulé Le socialisme gourmand (La Découverte), dans lequel il montrait comment la décroissance n’est pas synonyme de tristesse et de privation, bien au contraire. Il reprend ici ce thème :

Cette foi dans la naissance d’une nouvelle gauche antiproductiviste enfin optimiste, dans une objection de croissance amoureuse du « bien vivre » est fondée sur une bonne nouvelle : la planète est bien assez riche pour permettre à plus de sept milliards d’humains d’accéder, dès maintenant, au bien vivre.
[…] Il faut en finir à gauche avec toute idée de sacrifice, avec toute idée d’ascèse, de restriction, de punition. Nous devons laisser cela à la droite, à la gauche productiviste et à la décroissance bigote. Qui dit sacrifice dit en effet nécessairement appareil (idéologique et répressif) pour gérer ce sacrifice.
[…] Je ne crois plus aux lendemains qui chantent, car je veux chanter au présent.

Le livre est divisé en trois parties :
1. L’antiproductivisme en dépit du productivisme!
2. Radicalité de l’antiproductivisme?
3. Les horizons d’espérance de l’antiproductivisme.

Dans cette troisième partie, on présente des alternatives concrètes qui existent déjà : « Ce sont des chantiers pour déconstruire tous les murs qui aujourd’hui nous enferment dans le labyrinthe du productivisme. Ils ne ‘préfigurent’ pas l’avenir, ils le rendent simplement possible, ils créent des ‘situations’, ils favorisent une ‘architecture des choix’. » La présentation d’une de ces initiatives m’a particulièrement intéressé : « Les ‘Jeudis Veggies’ en Belgique : une inspiration pour nos projets antiproductivistes? », par Élodie Vieille-Blanchard.

Sa présentation commence par un encadré :

Quelques chiffres sur l’impact écologique de la production de viande

– Sur Terre, l’élevage est responsable de 18 pourcents des émissions de gaz à effet de serre, soit davantage que le secteur des transports (FAO 2006). Diminuer la production et la consommation de viande bovine permettrait de réduire les émissions de méthane, ce qui aurait un effet rapide en matière d’effet de serre, puisque ce gaz, au fort potentiel réchauffant, séjourne seulement 4 ans dans l’atmosphère (contre 15 à 200 ans pour le dioxyde de carbone).
– L’élevage mobilise 70 pourcents des surfaces agricoles sur Terre, pour la production d’aliments pour les animaux et pour le pâturage. Près de 40 pourcents des céréales produites sur Terre sont consommées par les animaux (FAO, 2006).
– La croissance de la consommation de viande implique une expansion rapide de la production de soja, principalement en Amérique du Sud. En Amazonie, l’élevage est responsable à 80 pourcents de la déforestation, à travers la production de soja et la mise en pâturage de zones forestières (Greenpeace, 2009).
– La production de viande est très consommatrice d’eau. On estime que la production d’un kilogramme de viande de bœuf nécessite 15 000 litres d’eau (Site Water-Footprint).

Mme Vieille-Blanchard raconte ensuite l’histoire de ces Jeudis-Veggies. Le tout a commencé par une conférence qu’a donnée le président du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) dans la ville de Gand (240 000 habitants) en août 2008, « dans laquelle il a fait valoir qu’en matière de lutte contre le changement climatique, il paraissait très pertinent d’agir sur les émissions de méthane, un gaz de réchauffement potentiellement 23 fois supérieur au dioxyde de carbone ». Après cette conférence, le mouvement EVA (Ethisch Vegetarisch Alternatief), qui fait la promotion de la diète Vegan, a convaincu un échevin de la ville de déclarer les jeudis « journées végétariennes ».

« Dans un premier temps, l’initiative était basée sur l’engagement personnel : six cents personnes sont venues au marché aux légumes signifier leur promesse de manger végétarien au moins une fois par semaine. Elles pouvaient s’appuyer sur une offre locale conséquente, préparée en amont par EVA : ce jour-là, 100 000 cartes végétariennes de la ville ont été distribuées par le biais d’un journal local, indiquant une centaine de restaurants offrant des options satisfaisantes. En octobre, la campagne s’est poursuivie dans les cantines scolaires, qui ont alors commencé à proposer des menus végétariens le jeudi… »

Cette dernière initiative a été accompagnée d’une intense campagne de sensibilisation et d’information des parents sur les effets du végétarisme sur la santé.
Les Jeudis ont connu un tel succès que le gouvernement de Belgique a décidé de financer le mouvement EVA, pour en étendre l’idée à tout le pays.

Voilà une manière d’agir concrète et facilement acceptable par la population, qui ne peut qu’avoir des effets positifs.

L’Antiproductivisme. Un défi pour la gauche? Ouvrage collectif sous la coordination de Michel Lepesant, Éd. Parangon, Lyon 2013

Mark Boyle: L’homme sans argent

L'homme sans argentEn fouillant à la bibliothèque, ce titre m’a accroché. Et comme on indiquait « récit », j’ai pensé que j’aurais droit aux (més)aventures d’un autre simplicitaire expérimental : une année « débranché », une année avec le minimum d’impact écologique, une année sans achat de rien de neuf, une année avec le minimum de déchets, etc. Bref, une autre expérience plus ou moins radicale remplie d’anecdotes et qui débouche sur un livre…

Je m’étais trompé. J’y ai trouvé cela, mais tellement plus que cela : une véritable réflexion sur notre société et son fonctionnement monétaire, une philosophie de vie axée sur la conservation des ressources et une économie du don, des outils qui ont fait leur preuves quant à l’intérêt pour les échanges en tous genres (autant de biens matériels que de connaissances et de savoir faire), etc. Et oui, aussi, des exemples concrets qui ne peuvent manquer de nous questionner!

J’ai déjà parlé en bien du livre de Denis Blondin, La mort de l’argent. Cet essai d’anthropologie naïve, selon le mot de l’auteur québécois, montre bien, dans sa perspective propre, comment l’argent est une construction non nécessaire, utile mais aussi néfaste, et comment il a été possible par le passé (et il le serait encore maintenant) de vivre autrement que sous le règne de l’argent. Un livre de 2003 plus que jamais d’actualité en 2015.

Le livre de Mark Boyle, lui, nous permet de confronter les idées de Denis Blondin, inspirées de cultures et de peuples différents, avec la dure réalité de nos sociétés hyper capitalistes et matérialistes du troisième millénaire : la Grande Bretagne de 2008-2009. Est-il effectivement possible de vivre sans argent dans nos sociétés « avancées »?

Et s’il faut être prêt à en « payer le prix », en temps particulièrement, Boyle montre que c’est non seulement possible pour un individu, mais que c’est également possible collectivement. Et pour le démontrer de manière spectaculaire, il relève brillamment le défi (en apparence totalement délirant) d’inaugurer son année sans argent en organisant, toujours sans un seul penny rappelons-le, un grand banquet végétarien totalement gratuit pour 150 personnes; et il remet ça, de manière encore plus étonnante, en célébrant la fin de son année par un festival d’une journée complète, toujours gratuitement et sans argent, qui nourrira 1000 personnes et en rassemblera 3,500 autour du thème de la « freeconomy »!

C’est que Boyle n’est pas qu’un militant radical et utopiste (formé en économie, d’ailleurs). Il est surtout un visionnaire qui a su percevoir un besoin et des attentes partagés par de plus en plus de jeunes dans nos sociétés riches et gaspilleuses : le besoin de sortir des rapports marchands (où tout s’achète, même les sentiments comme la sécurité) pour retrouver la gratuité du partage et du don sans contrepartie.

Cette intuition de Boyle, qu’une société où tout se donne et se partage va nécessairement induire ses retombées positives (en particulier par l’idée popularisée par l’expression « donner au suivant » ou « pay it forward » en anglais), y compris pour l’initiateur de la chaîne de don, il lui a donné un nom (« freeconomy ») et une forme concrète (la plate-forme internet correspondante) qui se sont rapidement répandus en Angleterre sous divers noms et formes. Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire à quelques reprises, on récolte toujours plus en semant généreusement qu’en engrangeant soigneusement. C’est la version laïque ou séculière du message de Jésus qui invite à donner pour recevoir au centuple.

La grande question qui se pose chaque fois que quelqu’un se lance dans une aventure semblable (« une année d’expérimentation de quelque chose »), c’est : est-ce que cette pratique peut être durable ou non? Que va faire la personne à la fin de son année? Retourner (enfin et avec soulagement!) à sa vie d’avant l’expérience? Ou celle-ci a-t-elle été suffisamment intéressante et concluante pour qu’il en reste des traces, plus ou moins importantes selon les cas, à long terme?

Déjà Colin Beavan, l’auteur américain de No Impact Man qui avait relevé le défi, avec sa femme journaliste dans une revue prestigieuse, sa petite fille et leur chien, de vivre une année complète à New York avec le strict minimum d’empreinte écologique au milieu des années 2000, en avait retiré un tel profit familial que cette expérience avait transformé durablement leur vie et marqué un tournant définitif dans sa carrière professionnelle.

Pour Mark Boyle, l’expérience encore beaucoup plus radicale (les « règles d’engagement » qu’il s’était imposées étaient, à mon avis, exceptionnellement sévères, de manière à tester son intuition de départ jusqu’au bout, sans facilité ni concession) laissait penser qu’une fois l’année terminée (et sa démonstration faite de manière concluante), il allait retourner à « la vie avec argent », même si c’était avec plus de modération que par le passé. Il s’est effectivement posé la question très sérieusement au cours des dernières semaines de son « année sans argent ». Et contre toute attente, il semble en avoir éprouvé de tels bienfaits qu’il a décidé de poursuivre cette vie sans argent à plus long terme (en fait pendant presque trois années).

Mais plus fondamentalement, Mark Boyle continue de se consacrer, avec le maximum de cohérence possible, à répandre l’idée et la pratique de la « freeconomy », donnant par exemple la totalité des droits d’auteurs de son premier livre (celui qui vient d’être traduit en français en 2014) à une Fondation consacrée au projet d’un lieu où une communauté entière pourrait vivre selon les principes de la « freeconomy ». En rendant son second livre (The Moneyless Manifesto » disponible gratuitement sur internet parallèlement à la version papier qu’on peut acheter en librairie. Ou en acceptant de fusionner son réseau de « freeconomy community », pourtant plus ancien et plus nombreux, avec celui de Streetbank afin de permettre une plus grande efficacité à l’économie de partage.

Bref, derrière ce récit d’une année sans argent, j’ai eu la chance de découvrir un courant social beaucoup plus important et novateur que je l’avais d’abord cru. C’est souvent le bonheur qu’on trouve à prendre des risques et à dépasser les apparences. Comme quand j’avais lu « Votre vie ou votre argent? » de Vicki Robin et Joe Dominguez, malgré la page couverture et l’approche américaine qui ne m’en donnaient aucunement le goût.

Allez lire ou écouter Mark Boyle : vous y trouverez de quoi brasser votre façon de voir l’économie et redonner espoir dans un monde différent!

Et il n’est pas le seul : pour avoir un aperçu de d’autres expériences actuelles de vie sans argent, consultez le blogue d’Anne-Sophie Novel sur le site du journal Le Monde.

Global Partage

Je participerai, cette semaine à l’Université du Québec à Chicoutimi, à l’Événement éco-conseil 2015 sur le thème « Nourrir le partage ».

Activité organisée chaque année par la cohorte des étudiantEs en éco-conseil, l’événement cherche à informer et à mobiliser le milieu (aussi bien étudiant que communautaire et même industriel) autour de questions touchant les questions d’environnement et de développement durable.

Cette invitation m’a permis de découvrir, avec beaucoup de curiosité et d’intérêt, un excellent documentaire dont je n’avais jamais entendu parler: Global Partage du réalisateur Dimitri Grimblat présenté en France sur la chaîne de télévision Canal+.

Ce film de 90 minutes propose un tour du monde des initiatives d’économie collaborative qui se sont développées à grande vitesse un peu partout sur la planète depuis que la technologie informatique est devenue largement accessible et que ses diverses applications pratiques se sont multipliées.

Je reprends ici la présentation de l’émission: « Les ressources de la planète qui s’épuisent, une crise économique qui devient une crise du système économique… Face à ce constat, des pionniers de plus en plus nombreux cherchent des pistes pour vivre mieux et de façon plus durable. C’est ainsi que l’idée du partage a fait son chemin jusqu’à devenir une petite révolution qui touche désormais toutes les activités. L’économie collaborative basée sur l’échange entre individus sans intermédiaires est en train de façonner un autre mode de consommation et de rapport aux autres. »

Et c’est vrai que ça touche tous les domaines de la vie: du transport (autos, vélos) au milieux de travail (bureaux pour travailleurs indépendants), de la nourriture (repas partagés) à l’alimentation (jardins collectifs urbains où chacun peut se servir), des cours universitaires gratuits aux échanges de livres, du logement à la revitalisation des quartiers par des petits entrepreneurs, des laboratoires d’exploration à la fabrication d’automobiles en modèle « open source », de l’agriculture aux banques alternatives, bref, il est peu de domaines où l’économie collaborative n’est pas en train de défricher de nouvelles façons d’être-au-monde.

Ce documentaire, très attrayant et facile d’accès au niveau de sa structure et de sa présentation visuelle, permet de découvrir un monde dont la plupart d’entre nous ne soupçonne même pas l’existence. Et le grand avantage du film, c’est de montrer que la plupart des idées qui sont défendues dans ce Carnet trouvent des applications pratiques qui sont vraiment expérimentées concrètement aussi bien au Nord qu’au Sud. Et de voir ces idées en action ne peut être que très stimulant!

C’est Antonin Léonard, l’un des principaux promoteurs de cette économie collaborative en France et fondateur de l’organisme « Oui share », qui nous sert de guide à la rencontre de très nombreux entrepreneurs sociaux à l’origine d’initiatives les plus diverses. Pour lui, nous assistons à une véritable « révolution en marche, qu’il nous faut maintenant encourager, accompagner et diffuser ».

Le film est aussi l’occasion de rencontrer et de découvrir tous ces innovateurs sociaux, hommes et femmes, de même que les organismes qu’ils ont fondés, les sites Internet qu’ils ont mis en ligne, les livres ou documents qu’ils ont produits, etc. Une vraie mine de renseignements précieux qui permettent de suivre chaque piste autant que l’on veut…

Je n’en dis pas plus: allez visionner le film qui est, heureusement, disponible en visionnement libre sur Internet (ce qui est, il faut l’avouer, en parfaite cohérence avec le discours de partage qui est au cœur du documentaire).

En terminant, je dois avouer que ce film m’a amené à reconsidérer sérieusement ma vision de la technologie numérique et des récents développements technologiques. Alors que jusqu’ici, j’en voyais surtout les conséquences potentiellement négatives (tout en admettant, bien sûr, qu’ils avaient aussi des côté positifs), je dois admettre que Global Partage m’a fait réaliser concrètement qu’une foule de ces initiatives nouvelles et potentiellement révolutionnaires (dans le sens d’une société plus participative et collaborative) n’ont pu naître qu’en raison même de ces technologies.

De même, l’un des grands reproches que je faisais aux ordinateurs et aux réseaux sociaux (celui d’isoler très souvent les individus dans un monde virtuel au détriment des rencontres réelles avec de vraies personnes autour d’eux) s’avère être aussi remis en question par le documentaire. Celui-ci montre en effet que la technologie, à travers ses moyens « virtuels », peut aussi contribuer directement à provoquer de nouvelles formes de rencontres « en personnes », inédites jusqu’ici et tout aussi riches que les anciennes. Les i-phones pour nous sortir de notre individualisme? Mettons que c’est tout nouveau pour moi! Et peut-être prometteur, qui sait?

Enfin, l’une des découvertes les plus fascinantes, pour moi, de ce documentaire est la remise en question de la notion même de « propriété » que cette économie collaborative est en train d’amorcer. Non pas que tout soit gratuit dans cet univers virtuel, bien qu’énormément de choses le soit encore, comme le voulait la dynamique d’origine de l’Internet. Mais la vraie remise en question de la « propriété » semble venir plutôt de la conjonction de deux facteurs économiques fondamentaux:

  • une crise systémique de la mondialisation capitaliste, créée à la fois par les crises économiques successives, par l’accroissement des inégalités, par les culs-de-sac de la croissance illimitée et par les déceptions apportées par l’abondance matérielle;
  • les possibilités de collaboration jusqu’ici inaccessibles engendrées par la révolution technologique et informatique des 20 dernières années.

Et la conjonction de ces deux facteurs rend non seulement possible un nouveau modèle de collaboration (par opposition à la compétition favorisée par la propriété privée des connaissances, des produits et des moyens de production), mais le développement des outils informatiques (et la culture qui s’en dégage) semble favoriser le partage (le plus souvent gratuit) des savoirs (voir tout le développement et la culture des logiciel livres, des codes « open source », des outils collaboratifs « wiki », etc.).

Regardez le film: vous ne le regretterez pas! Et j’aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé… Et si vous trouvez que mes impressions sont trop optimistes…

 

 

 

 

 

Bilan 2014 de la simplicité volontaire

La « simplicité volontaire » n’existe pas comme entité aux contours bien définis : il est donc impossible d’en faire un bilan véritable! C’est une philosophie, une attitude face à la vie, un mouvement d’idées, un éclairage pour nos choix, voire un courant social. Difficile donc à mesurer pour en tracer un portrait ou en tirer des conclusions.

Mais essayons-nous quand même, de manière forcément personnelle et subjective. Chacun et chacune pourra ensuite y apporter ses nuances ou exprimer ses désaccords et ses propres évaluations.

 

Un peu d’histoire pour situer le contexte

La notion de « simplicité volontaire » a vraiment connu son essor au Québec à la fin des années 90, suite à la publication de La simplicité volontaire… plus que jamais! de Serge Mongeau. Succès de librairie, le livre a propulsé et l’auteur et l’expression elle-même sur les tribunes et dans les médias. Si bien que la simplicité volontaire a fait son nid dans le dictionnaire de l’Office québécois de la langue française, que le terme « simplicitaires » pour désigner ceux et celles qui pratiquent la simplicité volontaire s’est graduellement imposé, et que le courant d’idée a peu à peu migré dans la francophonie à partir du Québec.

À partir de l’année 2000, diverses organisations ont cherché à diffuser la simplicité volontaire : au Québec, ce furent principalement le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) et le Groupe de simplicité volontaire de Québec (GSVQ). En Belgique, la diffusion s’est faite surtout par l’intermédiaire des Amis de la Terre. En France, de manière plus diffuse à travers des revues ou journaux comme Silence et La décroissance. Et un peu partout ailleurs en Europe, à travers divers groupes et publications dont nous avons présenté un survol dans le bulletin du RQSV Simpli-Cité de l’hiver 2007 sur le thème « Sommes-nous seulEs sur la planète simplicité volontaire? ».

 

Et en 2014?

Depuis quelques années, la « mode simplicité volontaire » semble devenue moins populaire : on en parle moins, les organisations (québécoises du moins) sont moins nombreuses ou actives, etc.

Pourtant, si l’effet de nouveauté est clairement passé, la réalité elle-même de la simplicité volontaire (sous cette appellation ou sous d’autres noms) s’est nettement enracinée à la fois dans la culture québécoises et dans la pratique de très nombreuses personnes de milieux très divers. Un relevé de l’utilisation de l’expression (ou de ses parents proches) dans les diverses publications (aussi bien dans les médias que dans les livres ou les films, les thèses universitaires, les discours politiques, etc.) suffirait à montrer l’influence durable qu’elle continue de développer. Car la simplicité volontaire est inséparable d’un certain nombre d’autres idées ou expressions qui font elles aussi leur chemin : décroissance, villes ou village en transition, remise en question de la société marchande, alternatives aux énergies fossiles, préoccupations écologiques, commerce équitable et local, alimentation biologique, préoccupations pour la ruralité et l’occupation du territoire, développer un autre rapport au temps ou à la productivité, ralentir ou le mouvement « slow », etc.

Dans cette « mouvance de la simplicité volontaire », 2014 aura été surtout marquée, pour moi, par les débats de plus en plus vigoureux autour de l’utilisation des énergies fossiles (pétrole surtout, à la fois celui des sables bitumineux et celui des gaz de schiste). Tant au Canada qu’au Québec, une véritable bataille de titans s’est engagée entre les populations et leurs gouvernements quant aux priorités du développement pour l’avenir. Si la majorité des gouvernements ont tendance à favoriser carrément le pétrole (Fédéral, Alberta, Saskatchewan), ou du moins à ne pas s’y objecter (Québec, Ontario, Maritimes), essentiellement pour des raisons économiques, les populations sont de plus en plus nombreuses, un peu partout, à s’opposer à ce développement irresponsable des énergies fossiles dans le contexte des changements climatiques. L’affrontement social qui a déjà commencé autour des grands projets de pipelines n’est qu’un début, tout comme le débat autour de l’exploitation éventuelle des ressources pétrolières sur l’île d’Anticosti ou dans le Golfe du St-Laurent.

L’autre enjeu majeur qui commence à faire son chemin dans l’espace public, c’est celui de la « décroissance » qui contient aussi, intrinsèquement, celui du rapport à la consommation. Le credo de la croissance illimitée est de plus en plus remis en question, même dans les facultés universitaires d’économie et de commerce. De toquade marginale d’écologistes ou d’intellectuels, la décroissance est peu à peu devenue un sujet légitime d’études et de débats même parmi les économistes classiques. En témoigne, parmi d’autres exemples, le grand débat public organisé par la Maison du développement durable le 21 octobre dernier, La croissance : solution ou problème, animée par le journaliste économique de Radio-Canada, M. Gérald Fillion et auquel participait l’ancien premier ministre du Québec, M. Bernard Landry.

Et même si mon dernier exemple vient plutôt des États-Unis, il me semble pourtant très significatif puisqu’il vient du cœur même de l’économie marchande, du capitalisme et de la libéralisation économique mondialisée. Joshua Becker, ancien pasteur qui a découvert la simplicité volontaire (qu’il appelle le « minimalisme ») en 2008 et qui n’a cessé depuis de faire connaître les richesses de sa découverte, d’abord sur son blogue (Becoming minimalist), puis à travers une lettre bimensuelle du même nom, se consacre maintenant à cette tâche à plein temps depuis un peu plus d’un an. Il faisait récemment le bilan de son année 2014 et la croissance d’intérêt pour le minimalisme est ici évidente et… chiffrée! Les visiteurs de son site Internet sont passés de 350,000 par mois à plus d’un million par mois; ses amis Facebook sont passés de 90,000 à plus de 200,000; ceux qui le suivent sur Twitter sont passés de 15,000 à 25,700; et il compte maintenant 14,000 abonnés (gratuits) à sa Newsletter bimensuelle. De deux choses l’une : ou bien il est un redoutable « vendeur », ou bien la simplicité volontaire (ou le « minimalisme ») correspondent de plus en plus à un besoin important.

Souhaitons que 2015 démontre, encore plus clairement, que la seconde option est bien la bonne.

Sur le chemin de la frugalité

Cet article concerne l’ouvrage en anglais « Muddling Toward Frugality. A New Social Logic for a Sustainable World », de Warren Johnson (Easton Studio Press réédition 2010 (1978))

La thèse principale de ce livre est que notre mode de consommation actuel est incompatible avec la survie de l’humanité à long terme. Ou nous opérons des changements majeurs dans nos façons de vivre, ou nous attendons les catastrophes qui nous y obligeront. L’auteur croit en la première alternative, en faisant l’hypothèse que nous y parviendrons petit à petit, en changeant lentement nos façons de faire, en rampant, « muddling ». Mais pour ce faire, nous avons besoin de temps. Et selon lui, c’est possible  ; son livre est donc fondamentalement optimiste, et irréaliste par moments  ; car depuis la première version du livre, nous voyons que le problème du réchauffement climatique est beaucoup mieux documenté et que ses effets négatifs s’accélèrent  ; or Johnson compte beaucoup sur le charbon pour faire la transition énergétique, et les technologies actuelles ne nous permettent pas encore d’utiliser cette énergie sans production importante de gaz à effet de serre.

Tout de même, le livre ne manque pas d’intérêt. La société vers laquelle il faudrait aller serait fort décentralisée et plus frugale. Selon l’auteur, les gens prudents devraient déjà faire des choix qui vont dans ce sens :

—   si possible, aller vers des emplois dans des entreprises qui ne sont pas dépendantes de beaucoup d’énergie et de matières premières  ;

—   apprendre à travailler de ses mains, à bricoler, à faire soi-même ses réparations  ;

—   prendre des mesures pour diminuer sa consommation et ses dépenses, comme mieux isoler sa maison, avoir une plus petite auto, demeurer proche de son emploi et des services… Donc, remettre en question la vie en banlieue.

Comme il prévoit la fermeture de nombreuses entreprises et donc la raréfaction des emplois, Johnson croit qu’«à partir de maintenant, toute personne qui laisse un emploi régulier pour un autre qui le retire du marché du travail fera un cadeau à la société ».

Ce livre est très américanocentriste  ; mais il reconnaît en même temps la responsabilité des Etats-Unis et des autres puissances occidentales dans la crise environnementale et dans les inégalités du monde actuel. En particulier, il s’interroge sur les effets qu’ont pu avoir la diffusion de nos systèmes d’éducation ainsi que la mondialisation du commerce. Sa vision de l’avenir du tiers monde est très pessimiste  ; il va même jusqu’à écrire que « aussi cruel cela puisse-t-il sembler, la chose la plus souhaitable (‘merciful’) qui puisse arriver pourrait être une quelconque catastrophe qui surgirait rapidement dans la demi-douzaine et quelque de pays qui sont désespérément surpeuplés, une catastrophe qui diminuerait leur population sous leur niveau actuel, rendrait plus facile les choses aux survivants et encouragerait les gens à changer d’attitude vis-à-vis des familles nombreuses. » Petite consolation, Johnson reconnaît que nous aurions beaucoup à apprendre des pays « sous-développés » :

—   Leur économie fonctionne à partir de ressources locales. Et ils ont beaucoup moins besoin d’énergies fossiles pour répondre à leurs besoins.

—   Ils sont bien adaptés à leur environnement. Par exemple, même après des siècles d’exploitation de leurs terres, celles-ci conservent le plus souvent leur fertilité.

—   Ils sont décentralisés et fonctionnent souvent à petite échelle. (Il faut ici noter que ce modèle est en train de changer rapidement, avec l’évolution vers l’agriculture d’exportation et la migration des paysans vers les grandes villes.)

Au total, l’auteur est optimiste. Nous pouvons, si nous le voulons vraiment, nous ménager un futur meilleur. « Par-dessus tout,  cela peut être une bonne vie. En effet, nous échangerons les grandes réalisations d’une société technologique à grande échelle pour des modes de fonctionnement à une échelle plus humaine. Une fois encore nous participerons à la grande aventure humaine, au lieu d’en être séparés et de chercher à la manipuler comme si nous étions des dieux de la technologie. Nous regagnerons un degré de stabilité qui permettra l’approfondissement de la culture et l’enrichissement de vies vécues simplement. Par-dessus tout, nous aurons l’assurance de savoir que notre relation avec l’environnement est soutenable, et que la Terre est une vraie demeure pour nous. »

André Gorz et l’écosocialisme

Je lis beaucoup. C’est un bonheur qui n’est pas donné à tout le monde. Et cependant je me dis souvent, au fil de mes lectures, combien il serait important que plus de gens fassent les mêmes découvertes que moi. C’est pourquoi j’ai décidé de partager avec les personnes qui fréquentent le site Wo les moteurs les extraits les plus inspirants de mes lectures.

Et je commence avec un livre de  Françoise Gollain publié aux éditions le passager clandestin, André Gorz, pour une pensée de l’écosocialisme. Cet ouvrage s’inscrit dans la collection Les précurseurs de la décroissance, qui a pour ambition  de donner une visibilité au « travail de recherche collectif portant tout autant sur l’économie que sur la philosophie, l’histoire ou la sociologie, des intellectuels et des universitaires un peu partout dans le monde (qui) entreprennent de mettre au jour les principes et les contours de la société d’abondance frugale qu’ils appellent de leurs vœux ».

 

Sur la technologie, Gorz écrit :

« L’informatisation généralisée n’abolit pas simplement le travail (au sens de poièsis), l’intelligence des mains et du corps. Elle abolit le monde sensible, voue les facultés sensorielles au désoeuvrement, leur dénie la capacité de juger du vrai et du faux, du bon et du mauvais. Elle disqualifie les sens, retire à la perception ses certitudes, vous dérobe le sol sous vos pieds. Des prothèses de plus en plus performantes remplacent les organes des sens […] En disqualifiant l’intelligence manuelle et le travail des sens, la technoscience abolit et disqualifie ‘l’humanité de l’humanité’. »

Aussi en arrive-t-il à la conclusion que « Sans la lutte pour des technologies différentes, la lutte pour une société différente est vaine : les institutions et les structures de l’État sont, dans une large mesure, déterminées par la nature et le poids des techniques. » Comme Gollain le note, « Les techniques doivent être respectueuses du milieu de vie et contrôlables par les producteurs et consommateurs associés au local du quartier, de la commune, de la région. »

 

Gorz a beaucoup réfléchi sur le salariat :

pour lui, explique Gollain, «Critique du dogme de la croissance et appel à l’abolition du salariat sont solidaires. Dès lors il n’y a qu’une seule issue possible, avec laquelle seraient en tout point d’accord les militants d’une société de décroissance : sortir du salariat comme mode d’organisation sociale, promouvoir un libre épanouissement des individualités grâce à la libération du temps — c’est-à-dire la diminution du temps passé à un travail hétéronome — et le développement des activités de nature autodéterminée. […] L’autonomie n’est pas seulement un besoin privé, elle doit être pensée comme un but collectif : produire des communautés dans lesquelles le lien social n’est pas de manière prédominante un lien marchand. »

Concrètement, Gollain identifie les trois types de mesures prônées par Gorz :

« 1) la mise en œuvre d’une réduction massive du temps de travail passé à la fourniture d’un travail macrosocial

2)    assortie de la garantie d’un revenu suffisant et accompagnée d’une véritable politique de l’espace et du temps, de l’urbanisme, de l’équipement et de la culture ; ceci de manière à construire un environnement social et culturel offrant à tous de plus amples occasions d’échanger et de poursuivre, individuellement ou en association, sous de multiples formes, des activités productives de richesse et non de valeur marchande ;

3)    enfin, […] donner les moyens de l’accès à l’autonomie ; ceux-ci sont la condition pour que l’espace du hors-travail ne soit pas celui de l’isolement et du désoeuvrement et/ou de la consommation ; en d’autres termes, que se construise une société du temps libéré et non du loisir. »

 

Sur l’écologie, Gorz est catégorique :

« Ne répondez surtout pas que […) l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre dans ‘un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition’ (Illich)? » Je ne puis m’empêcher de mettre en parallèle le titre d’un article de Réginald Harvey, dans Le Devoir du 18 juin dernier : « Le défi de l’INIS (Institut national de l’image et du son) : former des gens capables de se modeler au changement ».

Gorz redoute la force du capitalisme, qui, « s’il est contraint de prendre en compte les coûts écologiques sans qu’une attaque politique, lancée à tous les niveaux, lui arrache la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation », pourrait instaurer un système  où « les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches ».

Ce texte date de 1974 ; comme on peut le constater, c’est bien la voie qu’emprunte le capitalisme.

C’est une toute autre voie que nous indique Gorz : il faut rompre avec l’idéologie de la croissance : « seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres. » Il nous invite ensuite à imaginer le type de société qu’un tel état d’esprit nous permettrait ; utopie, demande-t-il? Non, « ce peut être un programme… »

Faire germer le champ des possibles!

et par Baptiste Sureau –

La plus ancienne photographie de la Terre vue de l’espace date de 1966. Depuis cette époque nous pouvons prendre conscience de la beauté et en même temps de la finitude de la planète Terre.

Notre modèle économique, basé sur la croissance et nos modes de vie énergivores, est aujourd’hui clairement identifié comme prédateur pour le système écologique qui nous permet de vivre. Et puis même pour sortir du chômage de masse, il faut renoncer à compter sur la croissance. Cela fait trente ans qu’on s’y essaye sans succès, et la croissance ne cesse de s’amenuiser. Et pourtant les élites politiques et économiques s’obstinent à poursuivre sur la même voie.

Notre modèle de société occidental est fini, il est dans une impasse. Il subsiste pour l’instant, sous perfusion, grâce à l’exploitation forcenée des énergies fossiles, des métaux rares et de millions de travailleurs. Il est clair qu’il va finir à courte échéance et ça dépend de nous de savoir si il va finir dans des explosions sociales et le chaos, ou de façon plus noble et raisonnable.

Récemment des concepts tels que la simplicité volontaire, la décroissance, la sobriété heureuse,… sont parvenus jusqu’aux oreilles du grand public. Ils sont bien bien souvent remplis d’a priori, d’idées reçues et de préjugés. Cependant leur importance et leur diffusion ne se démentent pas. À mes yeux, peu importe le terme utilisé et les querelles de spécialistes autour de ces concepts, l’important est d’y voir le champ des possibles immense qui s’ouvre à nous. Ces concepts aujourd’hui bien théorisés par des scientifiques tels que Nicholas Georgescu Roegen, Ivan Illich, Serge Latouche, Pierre Rabhi,… sont rendus vivants par des citoyens de plus en plus nombreux qui façonnent les alternatives de demain. C’est un motif d’espoir extrêmement important car la société civile, si on lui en laisse l’opportunité, peut être très créatrice.

Pendant des millénaires l‘Humanité a survécu et s’est même développée en manquant de tout et risque aujourd’hui de disparaître dans l’abondance la plus totale! C’est un paradoxe dont il faut tirer les conclusions le plus rapidement possible.  Notre modèle de société basé sur l’accumulation est morbide et aliénante. Avec l’humanitaire et les ONG qui se développent de façon toujours plus importante, nous sommes dans le modèle du pompier pyromane.  Nous avons l’humanitaire qui est un palliatif à notre manque d’humanisme. Même si dans les situations d’urgences, il est indispensable et constitue un bel exemple de la générosité et de l’amour que les Hommes peuvent avoir.

Montrer les coûts humains et écologiques réels de notre consommation est un moyen, non pas de culpabiliser, mais de prendre conscience que notre sacro-sainte liberté d’acheter, de voyager,… nous mène à notre perte et nous amène bien souvent qu’un bonheur limité et artificiel. « La joie ne s’achète pas, il faut la construire » Pierre Rabhi.

L’idée est de développer la responsabilité individuelle et collective. Nous sommes sur une planète limitée, il faut dont s’éduquer dès le plus jeune âge à l’auto-limitation et cela doit imprégner toutes les structures de nos sociétés. L’idée n’est pas de retourner à la bougie bien entendu mais de nous orienter vers un style de vie qui « accorde aux choses matérielles leur place propre et légitime, c’est-à-dire la seconde place et non la première » Ernst Friedrich Shumacher. L’enjeu n’est pas de fuir le plaisir ou la satisfaction ou de créer de la frustration mais de s’épanouir pleinement sans passer par les voies de la société de consommation. Un changement de paradigme est nécessaire, il faut changer radicalement sa vision de la réalité car le modèle n’est pas aménageable. Se mettre sur la voie du changement le plus vite possible est essentiel – il faut retrouver de la diversité culturelle, sociale, économique…

Par ailleurs, les alternatives doivent être accompagnées d’un changement de conscience individuelle et collective. C’est un point crucial car comme le dit Pierre Rabhi, « on peut manger bio, se chauffer aux panneaux solaires, se déplacer en vélo,… et exploiter son voisin ». Nos sociétés créent de l’insatisfaction artificielle, il nous faut donc combler un vide  et cela doit bien entendu passer par la consommation. Mais c’est un « puits sans fond si l’on ne travaille pas sur notre intériorité » et sur ce qui nous est vraiment nécessaire dans la vie.

Par ailleurs, pour accompagner la mise en place d’alternatives dans tous les domaines, il peut être intéressant de s’appuyer sur deux démarches qui serviront de détonateur:

– La réduction et le partage du temps de travail

– Mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence ou revenu de base

Cela permet de nous libérer du travail contraint pour participer à la transformation de la société. Selon un nombre croissant de scientifiques, c’est une question de volonté politique et non pas d’ordre comptable. Je renvoie sur ce point au reportage sur le revenu de base qui donne des explications sur la manière de financer un tel projet.

Pour Vincent Liegey, porte-parole du parti pour la décroissance,  » La première décroissance à réaliser est celle des inégalités. Les études sur les indicateurs subjectifs de bien-être montrent que le plus important n’est pas le niveau de confort matériel en lui-même mais le niveau des inégalités : plus les inégalités sont fortes, plus le sentiment de mal-être sera fort. Aller vers des sociétés matériellement frugales, écologiquement soutenables, cela ne veut pas dire revenir à la bougie. L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Retrouver aussi ce qui a été détruit : convivialité, solidarité, générosité ou encore le « buen vivir », ce concept de la « vie bonne » développé en Amérique latine. »

J’aime à imaginer le monde de demain et ses différentes communautés comme de gigantesques auberges espagnoles, où chacun apportera ses expériences, son vécu, où les concessions seront nécessaires mais où la joie apportée par le vivre ensemble dépassera l’égoïsme de chacun. Je suis persuadé que la complémentarité vaut mieux que la compétition et la concurrence. Et pour favoriser cela, l’éducation qui joue un rôle crucial doit revoir en profondeur ses méthodes d’enseignements.  Ces concepts et mouvements sont une invitation à aller plus loin dans les questionnements et à ouvrir des possibles pour sortir de la croissance. De nombreuses personnes ne se définissent pas comme décroissants mais partagent un certain nombre de valeurs, et tentent dans leur quotidien d’avoir un autre rapport à la consommation, au travail, un autre rythme de vie. Relier les initiatives et les citoyens qui ont décidé de construire autre chose, comme peuvent le faire en France le « Mouvement des Colibris » ou les « Artisans du changement » au Québec est un premier pas important.

Chacun de nous peut inventer le monde de demain et une civilisation plus humaine. Cela passe par des mesures concrètes mais doit impérativement être accompagné par un renouvellement philosophique et un changement en profondeur de notre rapport à notre environnement naturel et social. Cela commence par se changer soi même. Le dilemme actuel est que ces processus demandent du temps et que nous en avons de moins en moins.

Pour lire d’autres articles de Baptiste: http://perspectives21.wordpress.com/

NON

et par Catherine Beau-Ferron.

 

L’enfant dit NON

C’est une phase qu’on dit, ça va passer

Ça a une fin la phase du NON,

Le deuxième pouvoir après le caca

Ça va lui passer, son power-trip

Il va devenir obéissant, apathique, il va même arrêter de demander pourquoi

Vous inquiétez pas, il va le lâcher son power

Il va oublier qu’il l’a jamais eu

 

Ben moi, du haut de mes 32 tours du soleil,

J’dis NON

J’VEUX PAS

J’arrête de suivre

J’en veux pas de votre monde

Ça pue, c’est dégueu

J’en veux un autre, plusse beau, plusse meilleur

 

On le voit venir celui-là, cet assassin de beauté

Qui pompe ses dernières gouttes de dollars noirs

Son maquillage coule, les bulles pètent

Son visage vorace se dévoile sans pudeur,

Sa trompe qui pompe et pompe et pompe et recrache du mépris et de l’eau sale,

De l’air sale, de la terre morte

J’dis NON parce que je veux simplement vivre

Vivre dans ce vaisseau qui est encore trop beau pour le laisser couler

Me faire l’alliée de sa beauté, son amie

Pouvoir juste me coucher dedans, la créer encore et encore

 

C’est ben négatif dire non

Mais pas du tout messieurs-dames, bien au contraire

Tout est dans tout

Le oui dans le non

Le ying dans le yang

L’arbre est dans ses feuilles

La vie dans la mort !

Je jouis en disant non… NOOOOOON.

Quand je serai petite je veux devenir pirate

Naviguer sur des mers Rebelles

                                       Lumineuses

                                       Vastes

Crier FUCK OFF à 360 degrés

J’vous jure, ça va être un beau party.

Des gens raisonnables

C’était jour de budget hier à Québec. Ce moment où les gestionnaires du capital que sont nos politiciens nous font la démonstration de la grande imagination qui les anime quand vient le temps d’articuler les grandes lignes du vivre-ensemble. Les chiffres et les phrases creuses se succèdent alors pour nous donner l’illusion que bientôt  nous serons « maîtres et prospères chez nous », alors que nous savons bien que l’exercice vise principalement à faire les yeux doux aux agences de notation et autres « sages » de l’économie triomphante. Un triste spectacle s’il en est.

Bien entendu, tout cela est orchestré sous couvert de réalisme et, surtout, de « responsabilité ». C’est que la Dame de fer nous l’avait bien dit : « il n’y a pas d’alternative ». Et parler de décroissance, ce n’est tout simplement pas à propos. « Completely irrelevant », comme disent les Anglais. Utopique de penser qu’il soit possible de concevoir un monde libéré des dogmes du libre-marché et de la croissance infinie. Et ne parlons même pas ici de l’instauration d’une quelconque forme de revenu de citoyenneté ou de plafonnement de l’appétit boulimique de la ploutocratie dirigeante.

C’est ce qu’on pouvait d’ailleurs entendre sur les ondes de Radio-Canada lors d’une chronique du journaliste Jean-Philippe Cipriani portant sur la décroissance dans les livres, où il était entre autres question de l’ouvrage Un projet de décroissance, paru en début d’année aux Éditions Écosociété. Manifeste faisant la promotion de la mise en place d’une Dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA) couplée à l’instauration d’un Revenu maximal autorisé (RMA), la proposition lui a valu d’être taxée d’utopique par le critique musical Claude Gingras – et sous un ton qui laissait bien comprendre tout le ridicule qu’il pensait de cette idée.

Or, au risque de se répéter jusqu’à s’en lasser, c’est bien davantage le fait de croire qu’une croissance infinie dans un monde fini soit possible qui relève de l’utopie. De même que de croire que l’on puisse poursuivre dans la voie qui est la nôtre depuis l’essor du capitalisme. Désolé de casser le party comme on dit, mais il nous faudra bien finir par admettre ce postulat, aussi inconfortable puisse celui-ci nous rendre. Un pas qu’il nous faudra franchir rapidement. Car, pour citer Mark Twain, « lorsque l’on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme de clous ». Et notre marteau, aujourd’hui, c’est l’économie.

La nécessité de changer de paradigme est donc impérative. D’autant plus que les fondations de l’économie dite libérale reposent sur des paramètres artificiels. Dans un échange très évocateur, l’économiste Herman Daly a d’ailleurs réussi à faire admettre à ses confrères Joseph Stiglitz et Robert Solow que leur modèle croissanciste était basé sur un horizon d’une cinquantaine d’années, tout au plus, et qu’il n’était ainsi aucunement généralisable sur le long terme. Et au diable, donc, pour ceux qui suivront…

Réaliser la supercherie de l’économie triomphante demeure donc un des impératifs de notre temps et en faire prendre conscience nos concitoyens l’une des tâches à laquelle les objecteurs et objectrices de croissance doivent s’atteler. Car qu’ils soient les théoriciens de la naturalisation de l’économie ou les simples courtiers du capital en leur qualité de politiciens, tous ont le même regard temporel sur notre monde que les actionnaires de la haute finance, soit le prochain trimestre.

C’est vision à courte vue qui nous permet de se faire accroire que l’on peut polluer et détruire tout en économisant et conservant la nature. C’est la fuite en avant par laquelle on se conforte que demain, on trouvera bien le moyen de fusionner le rêve et le réel. Les récentes annonces concernant l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti illustre bien cette mentalité qui se drape de nos jours sous les oripeaux du capitalisme vert. Or, quiconque fait preuve du moindre sérieux sera à même de réaliser la supercherie de cette prétendue ruée vers l’or noir. À lire d’ailleurs à ce propos l’excellente analyse de Renaud Gignac de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

***

Mais bon, paraitrait que nous n’avons plus les moyens de nos ambitions. Lesquelles? On l’ignore, mais voilà, nous sommes dans le rouge, sous respirateur artificiel et au bord de l’abîme. Effectivement, je crains parfois la catastrophe, mais pas cependant pour les mêmes raisons que les représentants du patronat et les chercheurs « indépendants » qui font office de nouveaux conseilleurs du prince. Car ce n’est pas de la dette ou du vieillissement de la population que nous vient le danger qui nous guette, mais bien du saccage des conditions matérielles qui permettent la vie et du rouleau compresseur d’un modèle économique qui pense pouvoir se passer des limites physiques de notre monde.

Mais de cela, vous n’en entendrez point parler dans le cadre de la campagne électorale qui sera bientôt à l’affiche dans une province près de chez vous. Même que lorsque j’entends une minière venir nous dire que le « climat d’affaire est bon au Québec », que je vois le Comité de l’évaluation environnementale stratégique (ÉES) sur le gaz de schiste conclure que le développement de cette filière n’apparait pas intéressant actuellement pour cause de rendements économiques trop hypothétiques (et non par sur le plan d’un mauvais choix pour l’environnement) et que je vois la Pauline arborer son sourire espiègle en annonçant son soutien aux pétrolières, je n’ai pu m’empêcher de penser à ces paroles de Louis-Jean Cormier en prévision du prochain spectacle électoral. Soyez prêts, comme disait l’autre !

Des phrases creuses à la pelle / À la une des nouvelles / Des messages à deux faces / Une pour le cash / L’autre pour les flashes / Toujours la même cassette / Toujours la même cassette

 

 

Pour un projet de décroissance et une sortie de l’économisme

Le 13 janvier dernier, les Éditions Écosociété faisait paraître un ouvrage fort intéressant écrit par des membres du Parti pour la décroissance en France. Intitulé Pour un projet de décroissance, le livre se présente sous la forme d’un manifeste proposant la mise en place d’une dotation inconditionnelle d’autonomie qui, couplée à l’instauration d’un revenu maximal autorisé, pourrait s’avérer un programme de transition pertinent et stimulant. À tout le moins, voilà une proposition sur laquelle les objecteurs et objectrices de croissance devraient se pencher. En guise de mise en appétit, voici le mot de l’éditeur accompagnant le livre.

Mot de l’éditeur

Depuis plus d’une décennie, les rapports se succèdent soulignant la précarité de la situation planétaire: les dommages environnementaux causés par l’activité humaine menacent désormais l’équilibre écologique. Comme l’a bien résumé le journaliste Hervé Kempf, la crise environnementale que nous traversons se décline en trois volets: l’hypothèse d’une irréversibilité possible du changement climatique, l’érosion de la biodiversité engendrée par ce que les spécialistes appellent la « sixième crise d’extinction » et, finalement, la contamination chimique de notre environnement[1]. Sans compter que nous hypothéquons le capital naturel de la planète par une empreinte écologique qui dépasse son niveau soutenable.

Cette crise environnementale résulte de la véritable dévotion que vouent nos sociétés aux vertus du capitalisme et du libre marché – pour plusieurs, les seuls moyens d’atteindre l’allocation optimale des ressources – doublée d’une soumission au productivisme et à la croissance.

Si ce système nous conduit à une impasse, c’est que la pensée économique dominante sur laquelle il repose continue de séparer l’humain de l’environnement terrestre. L’un ne va pourtant pas sans l’autre, l’évolution biologique étant en interaction constante avec les changements de l’environnement planétaire. En fonctionnant comme si l’économie évoluait en vase clos, on se bute rapidement à une réalité implacable: la consommation infinie des ressources n’est pas possible dans un contexte où les ressources sont limitées. Et comme nous l’expliquait Albert Jacquard, une croissance continue étant par nature exponentielle, « même une croissance fort modérée, disons de 2 % par an, conduit à une véritable explosion à moyen terme : doublement en 35 ans, multiplication par 8 en un siècle, par 64 en deux siècles[2]! ». Pour tenter d’échapper à cette fatalité, on espère, dans une sorte de fuite en avant, que les prochaines innovations technologiques sauront nous sauver du marasme. Or, la réalité nous rattrape avec ce qu’on appelle « les effets rebond » de l’écoefficience, une dynamique qu’a brillamment analysée le journaliste David Owen[3].

Entre en scène la décroissance, qui nous invite à dépasser les schèmes de pensée actuels et, surtout, cet oxymore qu’est le « développement durable ». Utilisée à toutes les sauces, l’expression est rapidement devenue une coquille vide pouvant tout au plus signifier qu’il faut faire durer le développement. C’est l’économiste Kenneth Boulding qui soulignait d’ailleurs avec humour: « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Il devient donc plus que jamais nécessaire de sortir de l’économisme et d’envisager sérieusement de nouvelles perspectives. Comme le souligne le politologue Paul Ariès, « il ne s’agit pas simplement de répartir autrement le gâteau mais d’en changer la recette[4] ». S’engager sur la voie de la décroissance pourrait ainsi nous permettre de retrouver cet équilibre que nous avons fragilisé dangereusement.

La décroissance doit être vue comme un changement de paradigme, un moyen plutôt qu’une fin, puisque prôner la décroissance infinie serait tout aussi absurde que de prôner la croissance infinie. Il s’agit avant tout d’imposer des limites, tant individuelles que collectives, à la démesure. Cela ne signifie donc pas une croissance négative, mais bien une « a-croissance », autrement dit une sortie de la religion du progrès et de la croissance. La décroissance se conçoit ainsi en nette rupture avec nos conceptions économiques actuelles.

Courant de pensée ayant bénéficié des réflexions de précurseurs tels que Nicholas Georgescu-Roegen, André Gorz, Ivan Illich et Jacques Ellul, l’idée de la décroissance fut réactualisée au tournant des années 2000 sous la plume d’auteurs comme Serge Latouche et Paul Ariès. À la fois slogan et « mot-obus », pour reprendre la formule d’Ariès, la décroissance est d’abord et avant tout une invitation à rompre avec la logique implacable de la « méga-machine capitaliste », suivant cette fois l’expression de Latouche.

Comment s’y prendre pour s’engager dans une telle voie? Si d’aucuns insistent régulièrement sur la nécessité de « décoloniser » notre imaginaire, d’autres rappellent la nécessaire sortie du carcan de la société de consommation, où les biens et services ne sont pas consommés pour leur fonction réelle, mais bien pour leur représentation symbolique. Pour opérer une refonte significative du système, c’est au niveau collectif que des changements structurels sont à mettre en œuvre : en considérant, par exemple, la relocalisation ou la circularité de l’économie, par laquelle les déchets des uns peuvent devenir les ressources des autres, ou en redéfinissant la richesse, grâce à de nouveaux indicateurs susceptibles de nous amener à poser des choix économiques constructifs. (Surtout quand on pense que chaque année 800 milliards de dollars sont investis dans l’armement, et entre 400 et 500 milliards dans la publicité… Autant d’argent venant gonfler le PIB et la sacro-sainte croissance économique.) La décroissance invite également à réapprendre la notion de gratuité et à revoir notre conception du travail, notamment à partir du constat selon lequel, en 200 ans, les gains de productivité ne se sont pas traduits par une réduction de la pénibilité du travail.

Pour les tenants et tenantes de la décroissance, ces changements doivent s’opérer à travers un processus démocratique, au sein duquel les expériences de démocratie directe et participative doivent être renforcées. En d’autres termes : une dynamique par laquelle renouer avec l’autonomie au sens où l’entendait le philosophe Cornelius Castoriadis, pour qui une société autonome est une « société capable de remettre en cause, explicitement et lucidement, ses propres institutions[5] ».

« Mais encore ! » diront certains. Justement : comment mettre en œuvre concrètement, au-delà des principes, une réelle transition pour opérer une sortie du système capitaliste et croissanciste ? C’est la question à laquelle se sont attaqués les auteur-e-s de ce livre, membres du Parti pour la décroissance (PPLD) en France. S’inspirant de la réflexion alternative sur les monnaies locales, l’extension des sphères de la gratuité ou le renchérissement du mésusage, Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Christophe Ondet et Anne-Isabelle Veillot y vont ici d’une proposition qui mérite que l’on s’y attarde sérieusement : l’adoption d’une Dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA) couplée à un Revenu maximum acceptable (RMA), soit un véritable train de mesures économiques et sociales susceptibles de réduire les inégalités et d’enclencher des cercles vertueux devant nous conduire vers une décroissance soutenable, sereine et conviviale.

Cherchant avant tout à ouvrir un débat constructif sur ce projet afin qu’il soit expérimenté et adapté de manière progressive en divers endroits, ces militants et militantes de la décroissance exposent ici les grands axes de leur proposition. Loin d’éluder les questions de stratégie, ils et elles cherchent par le fait même une manière concrète de repolitiser la société. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un outil « clé en main », cette DIA pourrait constituer un puissant levier pour nous sortir de l’impasse dans laquelle nous a menés la société de croissance.

Vaste programme que celui de la décroissance ! Elle suscite en effet une profonde réflexion sur notre rapport au monde, réflexion à laquelle les Éditions Écosociété prennent part depuis de nombreuses années[6]. C’est d’ailleurs dans le prolongement de cette démarche que nous présentons au public nord-américain ce projet de décroissance lancé par les quatre membres du PPLD. Puisse ce manifeste constituer l’une de ces pierres que l’on pose, ici et maintenant, pour refonder la société de demain et faire en sorte que les utopies d’aujourd’hui deviennent les normes de demain.

David Murray pour les Éditions Écosociété


[1] Voir Hervé Kempf, « Comment les riches détruisent le monde », disponible sur <www.monde-diplomatique.fr/mav/99/KEMPF/16157>.

[2] Nicolas Ridoux, La décroissance pour tous, Lyon, Parangon, 2006, p. 121.

[3] David Owen, Vert paradoxe. Le piège des solutions écoénergétiques, traduction de Geneviève Boulanger, Montréal, Écosociété, 2013.

[4] Paul Ariès, Décroissance ou barbarie, Villeurbanne, Golias, 2005, p. 8.

[5] Cité dans ibid., p. 143.

[6] Soulignons, entre autres titres parus au fil des ans chez Écosociété : Michel Bernard, Vincent Cheynet et Bruno Clémentin (dir.), Objectif décroissance. Vers une société viable ; Serge Mongeau (dir.), Objecteurs de croissance. Pour sortir de l’impasse : la décroissance ; Paul Ariès, Désobéir et grandir. Vers une société de décroissance ; et Yves-Marie Abraham, Hervé Philippe et Louis Marion (dir.), Décroissance versus développement durable. Débats pour la suite du monde.