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Être le sage ou être le chef?

Un aîné assis à l’arrière de la pièce d’un groupe du conseil autochtone des États-Unis détient une autorité. Non pas parce qu’il est titulaire d’un grade supérieur, mais parce qu’il a certaines valeurs.

James Hillman
Nos ancêtres étaient des populations tribales, ce qui, par définition, signifie que leur structure était plutôt communautaire que hiérarchique. De nombreuses tribus étaient des sociétés matriarcales dans lesquelles les matrones ou les mères du clan détenaient l’autorité ultime. Par exemple, parmi la Confédération iroquoise au début de l’Amérique du Nord, les hommes devaient obtenir la permission des mères du clan pour aller à la guerre.
Pour la plupart des anciens, le chemin de vie de quelqu’un était orienté vers l’accession ultime au statut d’aîné de la tribu. L’accès à ce statut n’était pas fondé sur l’autorité politique, mais sur la profondeur de la sagesse de la personne. Aujourd’hui, nous nous étouffons avec l’information, mais demeurons sur notre faim quant à la sagesse. Pour les anciens, la sagesse signifiait, comme l’affirme Michael Meade, d’apprendre à extraire un savoir vivant à partir des luttes de la vie qui ont toutes contribué à développer une profonde compréhension de leurs propres vies. En d’autres termes, une descente dans les profondeurs de la vie est nécessaire afin de développer la sagesse. Les aînés authentiques agissent comme un pont entre ce monde et l’autre monde. Selon Meade, le mot bizarre était synonyme d’aîné dans certaines sociétés antiques. Bizarre signifiait simplement avoir un pied dans chaque monde. La bizarrerie et la sagesse étaient étroitement liées.
Comme nous aspirons à être des aînés dans une culture en déclin et un monde en décomposition, il est crucial d’avoir un pied dans ce monde et un pied dans l’autre. Bien que cela puisse paraître étrange à un grand nombre de nos pairs, c’est ce qui nous appelle en ce moment. Nous devons avoir un pied solidement sur le sol de la survie et l’autre dans le domaine de l’âme, du soi sacré. Cette position peut être ressentie comme une bizarrerie plus dérangeante pour nous que pour n’importe qui d’autre, mais c’est seulement cette position qui nous qualifie pour le statut d’aîné et nous donne ainsi les moyens pour prendre soin du monde avec beaucoup d’autorité (relié au mot authentique) intérieure, un monde dans lequel les structures non authentiques de l’ego humain agonisent dans une décomposition abjecte.</p>
<p>Sommes-nous disposés à persévérer dans cette descente afin d’acquérir la capacité d’accéder à la sagesse plus profonde qui résulte de la recherche de l’or au centre de l’âme ?

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Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées sous la rubrique Carolyn Baker sur ce blogue.

Vous pouvez vous procurer L’effondrement de Carolyn Baker, Éditions Écosociété dans toutes les bonnes librairies, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de

Fondation Écho-logie
7011, ave Champagneur
Montréal (QC) H3N 2J6

Se conformer et souffrir?

Réflexion 17

Ce n’est pas un signe de santé que d’être bien adapté à une société profondément malade.

Jiddu Krishnamurti

Combien d’années avez-vous passées à ne pas vous adapter à la civilisation industrielle ? Peut-être ne saviez-vous pas que c’était ce que vous faisiez et peut-être ne pouviez-vous pas nommer la façon dont vous choisissiez de vivre votre vie. Mais au fur et à mesure que la crise mondiale s’est aggravée, la conscience que vous ne vous conformiez pas au paradigme de la croissance infinie, à l’utilisation insensée de l’énergie et à l’extinction de masse de toutes les espèces causée par l’humanité, y compris l’espèce humaine, tout cela vous a peut-être révélé à quel point le monde où vous viviez était devenu malade.

Ou bien, peut-être n’avez-vous pas remis en question les valeurs de votre société avant d’avoir perdu un emploi, une maison, un fonds de retraite, une assurance maladie ou autre chose que vous aviez cru ne jamais voir disparaître. À ce moment-là, vous avez peut-être commencé à regarder votre société avec un regard neuf et, en reliant les points, vous avez peut-être découvert la maladie qui s’y cachait.

Quelle que soit votre histoire d’éveil, il se peut que vous compreniez maintenant que dans la prochaine culture « l’ajustement » doit être remplacé par la responsabilité et « la conformité » par une véritable communauté. Dans ce nouveau milieu, on devrait voir favorablement les humains qui ne souhaitent pas s’ajuster et la communauté devrait être disposée à écouter et à dialoguer avec tous ceux qui la contestent. Dans le creuset qu’est la communauté, utiliser les outils de la communication consciente nous offre la possibilité de faire et de refaire la prochaine culture. En outre, je crois que l’angoisse même de l’effondrement facilitera ce processus. Car il se peut bien que plus la souffrance sera profonde, plus nous serons déterminés à créer des sociétés holistiques composées d’êtres humains entiers.

En tout état de cause, la prochaine culture ne doit pas imposer un paradigme dominant auquel chacun doit se conformer ; il faut une culture forgée par des personnes qui comprennent la valeur des idées et des talents de chacun. En d’autres termes, ce qui doit être prisé n’est pas la conformité, mais la créativité.

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Le livre L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, publié par les éditions Écosociété, est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle sont quant à elles publiées régulièrement sur ce site; elles constituent la deuxième partie de la version originale en anglais du livre Collapsing Consciously.

Vous pouvez vous procurer le livre de Carolyn Baker intitulé L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, Éditions Écosociété en librairie, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de Fondation Écho-logie, 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6.

Chaque séparation est un lien

Réflexion 13

Deux prisonniers dont les cellules sont adjacentes communiquent l’un avec l’autre en cognant sur le mur. Le mur est la chose qui les sépare, mais il est également leur moyen de communication. C’est la même chose avec nous et Dieu. Chaque séparation est un lien.

Simone Weil, militante de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale

Nous avons atteint une époque dans l’histoire humaine où chaque personne, chaque événement, chaque expérience nous oblige à enfin comprendre pleinement que la séparation entre nous-mêmes et les autres n’existe pas. Même les murs que nous construisons entre nous et les autres, les ressentiments, les peurs, les jalousies et toutes nos défenses, nous gardent connectés, quoique de façon déformée, mais reliés tout de même à ceux que nous cherchons à repousser.

La connectivité intrinsèque est peut-être la leçon primordiale que l’humanité est priée d’apprendre en cette période de bouleversements. Nous ne pouvons mettre un terme à notre relation avec quelqu’un ou quelque chose, même dans la mort. Cette connaissance peut être extrêmement utile dans les situations où il n’est pas possible de se connecter directement à quelqu’un, par exemple si la personne nous a expulsé de sa vie ou s’il est survenu une autre rupture entre nous. En fait, nous pouvons nous asseoir tranquillement, entrer dans un lieu de profonde quiétude à l’intérieur de soi et permettre à notre Soi sacré d’échanger en silence avec celui de l’autre personne. Nous ne le faisons pas pour nous justifier ou nous expliquer, mais pour reconnaître notre unité infinie et éternelle avec cette personne. Dans cette sphère de la reconnaissance de notre unité avec l’autre dans un calme profond, des miracles se produisent souvent. Écrire dans un journal ou rédiger des lettres que nous n’enverrons pas est également utile dans certaines situations, parce que cela ouvre nos cœurs et permet à une compréhension inconnue de remonter à la surface.

Des liens réels et concrets avec des proches, des amis ou des ennemis ne sont peut-être pas possibles sur le champ, mais il n’y a pas non plus de déconnexion psychique complète. Chaque séparation est un lien.

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Le livre L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, publié par les éditions Écosociété, est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle  sont quant à elles publiées sur ce site à raison d’une par semaine; elles constituent la deuxième partie de la version originale en anglais du livre Collapsing Consciously.

Vous pouvez vous procurer le livre de Carolyn Baker intitulé L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, Éditions Écosociété en librairie, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de Fondation Écho-logie, 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6.

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Suivre le fil, malgré tout

Réflexion 7

Il y a un fil que vous suivez. Il traverse les choses qui changent. Mais lui ne change pas.

William Stafford

Peut-être que rien dans ces temps troublés n’est plus urgent que d’être conscients que le fil vit en nous et de ressentir sa présence dans nos vies. Pendant les périodes de changements vertigineux et effrayants, le fil demeure, toujours là, prêt à être touché et à nous entraîner. Ce faisant, nous ressentons notre connexion avec les ancêtres, la sagesse ancienne, la vérité intemporelle et les restes éternels du sacré.

Notre travail n’est pas seulement de rester en contact avec le fil, mais de l’utiliser pour retisser et refaire notre monde avec les fibres effilochées d’un vêtement que nous avons hérité des Lumières, un vêtement qui a fini par devenir un poids étouffant sur nos âmes, une couverture séduisante, mais triste.

Stafford nous assure que tant que nous tiendrons le fil nous ne pourrons nous perdre. Tout s’effondre ; les gens remettent nos choix en question, concluent peut-être même que nous sommes fous. Pourtant, nous tenons à notre fil et aidons nos congénères humains à trouver le leur. Quand nous nous sentons dépassés, nous nous accrochons au fil et lorsque notre voisin est près de succomber à la folie, nous lui offrons un poème, une chanson, une histoire, ou une autre belle chose pour apaiser et adoucir sa terreur, quelque chose qui lui rappellera le fil qu’il n’a pas retrouvé, mais n’a jamais perdu. En chérissant le fil, nous comprenons de mieux en mieux combien nous sommes tous reliés intimement ensemble dans un vêtement qui s’appelle la vie. En fait, c’est ce que des périodes turbulentes ont toujours enseigné aux humains.

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Le livre L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, publié par les éditions Écosociété, est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle  sont quant à elles publiées sur ce site à raison d’une par semaine; elles constituent la deuxième partie de la version originale en anglais du livre Collapsing Consciously.

Vous pouvez vous procurer le livre de Carolyn Baker intitulé L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, Éditions Écosociété en librairie, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de Fondation Écho-logie, 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6.

De la liberté et de la communauté

Réflexion 6

La liberté est l’ultime désir spirituel d’un être humain, mais la liberté est seulement appréciée quand elle se situe à l’intérieur des paramètres d’un sentiment d’appartenance plus large.

David Whyte

Avec l’écroulement de la société et de la culture, on peut éprouver plusieurs menaces réelles ou imaginaires pour notre liberté. Les lois et leur application peuvent se dégrader. Les systèmes peuvent se désintégrer et devenir des tas de cendres de l’ancienne modernité. Des gouvernements aux soins intensifs qui tentent de maintenir leur contrôle et leur légitimité pourraient devenir de plus en plus autoritaires. Ou dans des zones plus reculées, où le long bras de la loi pourrait avoir été considérablement raccourci par l’effondrement économique, certains individus pourraient usurper le pouvoir dans des tentatives opportunistes de renforcer leurs propres possibilités de survie. D’autre part, l’effondrement des grands systèmes pourrait apporter plus de liberté que beaucoup d’entre nous n’auraient pu imaginer, du moins pour un certain temps. Mais la nature a horreur du vide, et l’absence de structure civique pourrait à la fin aboutir à une sévère répression.

Quelle que soit la liberté dont nous jouissons, ou pas, il est bon de se rappeler les paroles de David Whyte concernant les paramètres d’un sentiment d’appartenance plus large. La civilisation industrielle a poussé beaucoup d’entre nous à l’exil, un exil de nous-mêmes, de la communauté et de la nature. Nous avons maintenant l’occasion et, je crois, l’obligation de découvrir ce que signifie d’appartenir. Sans communauté, nous ne pourrons survivre en ces temps troublés. Avec une communauté, il est possible d’expérimenter un nouveau niveau de sécurité, de soutien et de prospérité au-delà de la simple survie. Pour plusieurs, ce sera leur première expérience d’appartenance depuis l’enfance ou, peut-être, la première tout court.

Peut-être n’aimons-nous pas tout le monde dans notre communauté ou ne raffolons-nous pas dans leur camaraderie, mais l’appartenance est un besoin humain qui doit être satisfait dans les temps difficiles si nous voulons naviguer parmi les écueils de l’effondrement et valoriser notre existence dans les ruines désordonnées de ce qui était autrefois une civilisation florissante. Lorsque nous faisons l’expérience de paramètres sains d’appartenance, nous sommes vraiment libres. L’ancien paradigme soutient que c’est seulement l’esprit libre indépendant qui est pleinement libre d’être lui-même. Est-il nécessaire de chercher plus loin pour voir où cette vieille histoire nous a menés ?

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Le livre L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, publié par les éditions Écosociété, est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle  sont quant à elles publiées sur ce site à raison d’une par semaine; elles constituent la deuxième partie de la version originale en anglais du livre Collapsing Consciously.

Vous pouvez vous procurer le livre de Carolyn Baker intitulé L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, Éditions Écosociété en librairie, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de Fondation Écho-logie, 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6.

Notre essence quotidienne

Ce texte est d’abord paru dans L’Intérêt public, no 8, avril 2013.

Dans le règne animal, manger est toujours la préoccupation principale. Dans l’histoire humaine, ce fut longtemps aussi le cas et ce l’est encore pour une bonne partie des habitants de notre planète. À l’époque où nous étions des chasseurs-cueilleurs, toute la vie était orientée vers la quête de nourriture. S’il n’en avait pas été ainsi, la survie aurait été compromise. Avec la sédentarisation, les humains ont trouvé les moyens de contrôler la production de nourriture ; certains d’entre eux ont développé des techniques et des habiletés particulières pour le faire, si bien que progressivement, la majorité de la population est passée à d’autres activités. Surtout dans les pays occidentaux industrialisés, l’alimentation a suivi le modèle dominant et a été confiée à des entreprises de plus en plus gigantesques dans la production, la transformation et l’approvisionnement. Si bien que dans nos cités modernes, le lien est totalement brisé avec la nature, d’où proviennent nos aliments. Les gens ne savent plus comment est produit ce qu’ils mangent, par qui, dans quelles conditions ; de toute façon, ce qu’ils consomment s’éloigne de plus en plus de sa forme originelle, transformé par de multiples procédés physiques et chimiques.

Pour beaucoup de gens, l’alimentation est devenue une routine aussi nécessaire que le plein d’essence pour l’automobiliste. Manger est consommer des calories, du carburant qui nous permet de continuer à vivre et surtout à travailler. La médecine n’est pas étrangère à cette situation, elle qui décortique les aliments en divers nutriments qu’il faut consommer en doses bien mesurées.

Dans l’histoire humaine, manger a toujours été une fête, un moment de reconnaissance et de réjouissance, une occasion de partage et de rencontre. Aujourd’hui, ce n’est plus que dans de rares occasions qu’il en est encore ainsi. Nous vivons à l’ère des repas tout préparés en portions individuelles, avec les fours à micro-ondes qui permettent de les réchauffer à toute heure du jour. Finis les repas familiaux, les rencontres quotidiennes animées. On mange parce qu’il le faut, des aliments qui répondent plus aux impératifs de profit de ceux qui nous les vendent qu’à nos besoins nutritionnels, et qui en conséquence sont souvent loin de la diversité requise pour une saine alimentation, mais « enrichis » d’une foule de substances qui n’ont rien à voir avec nos besoins véritables.

Chez une marge croissante de la population, on sent un besoin de retrouver le vrai sens de l’alimentation. Établir un lien direct avec la nature en faisant pousser soi-même ses fruits et légumes, se rapprocher de celles et de ceux qui produisent nos aliments grâce aux marchés locaux ou à l’agriculture soutenue par la communauté (les paniers hebdomadaires), refuser les aliments dénaturés par les manipulations génétiques ou la chimie, s’inquiéter des conditions dans lesquelles travaillent celles et ceux qui produisent les aliments. Mais aussi retrouver la joie du partage, en multipliant les « pot lucks », les repas familiaux, les fêtes.

Il me semble que c’est là une façon de redonner un sens à nos communautés et de redécouvrir la vraie joie de vivre dont on s’est éloignés dans la frénésie de notre société de surconsommation.

Global Partage

Je participerai, cette semaine à l’Université du Québec à Chicoutimi, à l’Événement éco-conseil 2015 sur le thème « Nourrir le partage ».

Activité organisée chaque année par la cohorte des étudiantEs en éco-conseil, l’événement cherche à informer et à mobiliser le milieu (aussi bien étudiant que communautaire et même industriel) autour de questions touchant les questions d’environnement et de développement durable.

Cette invitation m’a permis de découvrir, avec beaucoup de curiosité et d’intérêt, un excellent documentaire dont je n’avais jamais entendu parler: Global Partage du réalisateur Dimitri Grimblat présenté en France sur la chaîne de télévision Canal+.

Ce film de 90 minutes propose un tour du monde des initiatives d’économie collaborative qui se sont développées à grande vitesse un peu partout sur la planète depuis que la technologie informatique est devenue largement accessible et que ses diverses applications pratiques se sont multipliées.

Je reprends ici la présentation de l’émission: « Les ressources de la planète qui s’épuisent, une crise économique qui devient une crise du système économique… Face à ce constat, des pionniers de plus en plus nombreux cherchent des pistes pour vivre mieux et de façon plus durable. C’est ainsi que l’idée du partage a fait son chemin jusqu’à devenir une petite révolution qui touche désormais toutes les activités. L’économie collaborative basée sur l’échange entre individus sans intermédiaires est en train de façonner un autre mode de consommation et de rapport aux autres. »

Et c’est vrai que ça touche tous les domaines de la vie: du transport (autos, vélos) au milieux de travail (bureaux pour travailleurs indépendants), de la nourriture (repas partagés) à l’alimentation (jardins collectifs urbains où chacun peut se servir), des cours universitaires gratuits aux échanges de livres, du logement à la revitalisation des quartiers par des petits entrepreneurs, des laboratoires d’exploration à la fabrication d’automobiles en modèle « open source », de l’agriculture aux banques alternatives, bref, il est peu de domaines où l’économie collaborative n’est pas en train de défricher de nouvelles façons d’être-au-monde.

Ce documentaire, très attrayant et facile d’accès au niveau de sa structure et de sa présentation visuelle, permet de découvrir un monde dont la plupart d’entre nous ne soupçonne même pas l’existence. Et le grand avantage du film, c’est de montrer que la plupart des idées qui sont défendues dans ce Carnet trouvent des applications pratiques qui sont vraiment expérimentées concrètement aussi bien au Nord qu’au Sud. Et de voir ces idées en action ne peut être que très stimulant!

C’est Antonin Léonard, l’un des principaux promoteurs de cette économie collaborative en France et fondateur de l’organisme « Oui share », qui nous sert de guide à la rencontre de très nombreux entrepreneurs sociaux à l’origine d’initiatives les plus diverses. Pour lui, nous assistons à une véritable « révolution en marche, qu’il nous faut maintenant encourager, accompagner et diffuser ».

Le film est aussi l’occasion de rencontrer et de découvrir tous ces innovateurs sociaux, hommes et femmes, de même que les organismes qu’ils ont fondés, les sites Internet qu’ils ont mis en ligne, les livres ou documents qu’ils ont produits, etc. Une vraie mine de renseignements précieux qui permettent de suivre chaque piste autant que l’on veut…

Je n’en dis pas plus: allez visionner le film qui est, heureusement, disponible en visionnement libre sur Internet (ce qui est, il faut l’avouer, en parfaite cohérence avec le discours de partage qui est au cœur du documentaire).

En terminant, je dois avouer que ce film m’a amené à reconsidérer sérieusement ma vision de la technologie numérique et des récents développements technologiques. Alors que jusqu’ici, j’en voyais surtout les conséquences potentiellement négatives (tout en admettant, bien sûr, qu’ils avaient aussi des côté positifs), je dois admettre que Global Partage m’a fait réaliser concrètement qu’une foule de ces initiatives nouvelles et potentiellement révolutionnaires (dans le sens d’une société plus participative et collaborative) n’ont pu naître qu’en raison même de ces technologies.

De même, l’un des grands reproches que je faisais aux ordinateurs et aux réseaux sociaux (celui d’isoler très souvent les individus dans un monde virtuel au détriment des rencontres réelles avec de vraies personnes autour d’eux) s’avère être aussi remis en question par le documentaire. Celui-ci montre en effet que la technologie, à travers ses moyens « virtuels », peut aussi contribuer directement à provoquer de nouvelles formes de rencontres « en personnes », inédites jusqu’ici et tout aussi riches que les anciennes. Les i-phones pour nous sortir de notre individualisme? Mettons que c’est tout nouveau pour moi! Et peut-être prometteur, qui sait?

Enfin, l’une des découvertes les plus fascinantes, pour moi, de ce documentaire est la remise en question de la notion même de « propriété » que cette économie collaborative est en train d’amorcer. Non pas que tout soit gratuit dans cet univers virtuel, bien qu’énormément de choses le soit encore, comme le voulait la dynamique d’origine de l’Internet. Mais la vraie remise en question de la « propriété » semble venir plutôt de la conjonction de deux facteurs économiques fondamentaux:

  • une crise systémique de la mondialisation capitaliste, créée à la fois par les crises économiques successives, par l’accroissement des inégalités, par les culs-de-sac de la croissance illimitée et par les déceptions apportées par l’abondance matérielle;
  • les possibilités de collaboration jusqu’ici inaccessibles engendrées par la révolution technologique et informatique des 20 dernières années.

Et la conjonction de ces deux facteurs rend non seulement possible un nouveau modèle de collaboration (par opposition à la compétition favorisée par la propriété privée des connaissances, des produits et des moyens de production), mais le développement des outils informatiques (et la culture qui s’en dégage) semble favoriser le partage (le plus souvent gratuit) des savoirs (voir tout le développement et la culture des logiciel livres, des codes « open source », des outils collaboratifs « wiki », etc.).

Regardez le film: vous ne le regretterez pas! Et j’aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé… Et si vous trouvez que mes impressions sont trop optimistes…

 

 

 

 

 

Gagner sa vie dans la nouvelle réalité postindustrielle

Suite de notre série de réflexions sur la préparation émotionnelle aux changements qui nous attendent, une adaptation du travail de l’auteure américaine Carolyn Baker.

L’effondrement de la civilisation industrielle implique forcément que le travail et les façons de gagner sa vie telles que nous les connaissons actuellement n’existeront plus ou seront très différentes. On peut anticiper que l’économie informelle et souterraine connaîtra un grand essor. Très peu de personnes auront un emploi au sens où nous l’entendons aujourd’hui et survivre, pour la plupart des gens, sera un défi de chaque instant.

La pyramide de Maslow

D’après le travail de Maslow, dans la hiérarchie des besoins, la fondation de la pyramide est constituée des besoins de base, ceux qui nous permettent de survivre physiquement. En revanche, des besoins au sommet de la pyramide comme celui de trouver un sens à ce que l’on fait, ou faire quelque chose qui nous motive, ne peuvent être comblés qu’après avoir assuré la fondation, celle des besoins physiques immédiats.

Dans un environnement postindustriel, arriverons-nous jamais à dépasser la couche de fondation de la pyramide pour se hisser vers les niveaux supérieurs? Ma conviction est que nous consacrerons certes beaucoup d’efforts à notre survie, mais les questions de signification et de vocation ne seront pas pour autant hors-sujet. Par conséquent, on peut dès maintenant commencer à réfléchir au sens que l’on trouve à effectuer son travail actuel, car cette réflexion pourra être utile par la suite.

Pour autant, il ne faut pas s’imaginer pouvoir forcément exercer un métier qui réponde à nos aspirations; la résilience et la flexibilité seront les maîtres mots de la survie humaine dans le futur. Il faut donc s’atteler à acquérir un large éventail de compétences dès à présent : ainsi, on peut chercher à accomplir sa vocation tout en apprenant des compétences qui nous plaisent peu, mais s’avèreront utiles par la suite.

Gagner sa vie pour soi et sa communauté

Comment s’engager sur ce chemin? Plusieurs options existent, dont voici quelques exemples :

Dans ma ville de Boulder dans le Colorado, un groupe appelé Liberation Economics propose le concept de “communautés catalytiques”, de petits groupes dont les membres travaillent ensemble à apprendre les uns des autres pour mieux réaliser leur potentiel. En allant plus loin, on peut envisager que des groupes de personnes se préparant aux bouleversements à venir et partageant des intérêts communs s’unissent pour lancer des petites entreprises dont les biens et les services seront nécessaires dans une société post-industrielle.

Le mouvement de la Transition (réseau mondial, réseau québécois), lui, se concentre entre autres sur le réapprentissage de savoirs qui ont été oubliés lors du développement de la civilisation industrielle, mais qui pourraient redevenir nécessaires pour passer au travers de sa phase de déclin. Ainsi, des groupes de Transition à travers le monde offrent régulièrement des ateliers en permaculture[1], jardinage biologique, conservation et entreposage de nourriture, cueillette de plantes sauvages comestibles, phytothérapie, construction à base de paille, compostage, aide d’urgence, etc.

Un autre mécanisme qui connaîtra sans aucun doute un grand succès est celui des banques d’échange de temps. Quand on y pense, il s’agit là d’une forme de monnaie alternative; dans la plupart des cas, une heure du temps de chacun équivaut à une heure du temps de toute autre personne, quelle que soit l’activité. C’est un mécanisme simple mais fort utile pour chaque individu et pour sa communauté.

Quelques pistes pour poursuivre votre réflexion:

  • Quel travail exercez-vous actuellement? Est-ce ce à quoi vous vous sentez appelé-e à faire? Si oui, pourquoi? Si non, quelle est votre vraie vocation?
  • Comment vous préparez-vous à un monde dans lequel l’emploi, tel qu’on le connaît maintenant, pourrait ne plus exister? Quelles compétences avez-vous à offrir dans un monde postindustriel?
  • À quelles personnes rendez-vous service dans votre communauté? De quelles façons travaillez-vous à améliorer, soigner, embellir ou protéger celle-ci? Quels besoins de votre communauté vous appellent à vous impliquer pour les combler?

Adaptation et traduction du premier chapitre du livre Navigating the Coming Chaos, réalisée par Sylvie Robert du Réseau Transition Québec.

À propos de l’auteure: Carolyn Baker est psychothérapeute de formation et a pratiqué ce métier durant plusieurs années; elle a également été professeure d’histoire et de psychologie. Elle anime des ateliers de préparation spirituelle aux défis du futur, et est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Sacred Demise: Walking The Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse (2009), Navigating the Coming Chaos: a Handbook for Inner Transition (2011) et le plus récent Collapsing Consciously : Transformative Truths for Turbulent Times (2013). Elle tient un blogue et propose une revue de presse commentée, Speaking Truth to Power à www.carolynbaker.net. Merci à Carolyn de nous avoir permis de publier ici ses réflexions!


[1] La permaculture est une approche permettant de concevoir des habitats humains et des systèmes agricoles qui imitent les relations présentes dans l’écologie naturelle. Sur Ékopédia: lien.

Comment cultiver sa vie intérieure pour mieux faire face aux défis du futur?

Nous continuons cette série de réflexions sur la préparation émotionnelle aux changements qui nous attendent, une adaptation du travail de l’auteure américaine Carolyn Baker.

Depuis la sédentarisation des humains jusqu’à l’avènement de la civilisation industrielle, la connexion de chacun avec son monde intérieur, sa communauté et le monde naturel a été importante. Toutefois on assista ensuite à ce que l’on pourrait appeler le Premier Grand Virage

[1] : celui-ci emmena les individus loin de leur intériorité et les incita à trouver inspiration et énergie dans le monde extérieur.

Mais cette déconnexion du monde intérieur, si elle a permis de grands progrès scientifiques et technologiques, nous sépare de ce qui est le plus important dans le monde qui nous entoure : les autres êtres vivants et la planète elle-même. Il ne faut pas croire qu’une préoccupation pour ce qui se produit en nous conduit à l’inaction parce qu’on se regarde le nombril; au contraire, une telle préoccupation influence et enrichit notre relation avec l’extérieur. Elle nous permet de différencier ce qui a une valeur intrinsèque de ce qui est destructeur.

Il n’est pas surprenant que la plupart des citoyens de la civilisation dite moderne soient non seulement peu en contact avec leur monde intérieur, mais en plus soient mal à l’aise avec lui ou même en aient peur. Notre monde a une dépendance au bruit, aux activités sans but ni sens, et aux relations superficielles avec les autres êtres humains.

Alors que la désintégration de notre civilisation s’accentuera, que les emplois traditionnels se feront plus rares, que le bruit cèdera la place au silence et la lumière à l’obscurité, nous serons tous confrontés à notre monde intérieur à une échelle sans précédent. Ce processus aura un prix émotionnel très élevé. Cultiver sa vie intérieure veut dire que l’on est prêt à explorer ce territoire psychique inconscient, et même à utiliser ses ressources en préparation pour le futur.

Mais comment peut-on cultiver sa vie intérieure? Il existe de nombreux moyens, comme par exemple le fait de tenir un journal, afin d’extérioriser les mots qui nous viennent à l’esprit; la poésie, qui peut réoccuper la partie de notre imaginaire actuellement colonisée par la publicité et le marketing; la méditation, qui nous aidera à rester calmes durant la période d’effondrement; la création, qui nous permet de retrouver la capacité à s’émerveiller, sans laquelle nous sommes vulnérables aux messages de terreur véhiculés par notre société; l’observation de la nature, qui nous montre ce qui fonctionne – sinon cela aurait disparu; et enfin les rêves, dont l’interprétation peut nous renseigner sur notre état psychique.

Voici quelques questions pour vous permettre de poursuivre la réflexion:

  • Cultivez-vous une vie intérieure, et si oui comment? Si vous pensez ne pas en avoir, écrivez sur ce sujet; remarquez-vous un besoin d’avoir une telle vie?
  • Quels outils décrits ici pour développer une vie intérieure utilisez-vous actuellement? Quelle a été votre expérience avec chacun d’eux? Que faudrait-il pour encore mieux utiliser ces outils?
  • Quelles formes de beauté appréciez-vous? Décrivez l’effet de votre appréciation de la beauté sur votre vie.
  • De quelles façons créez-vous de la beauté, et quel en est l’effet sur votre vie et celle des autres? Votre processus de création dépend-il de la technologie? Cela vous arrive-t-il de créer sans recours à la technologie?

Adaptation et traduction du premier chapitre du livre Navigating the Coming Chaos, réalisée par Sylvie Robert du Réseau Transition Québec.

À propos de l’auteure: Carolyn Baker est psychothérapeute de formation et a pratiqué ce métier durant plusieurs années; elle a également été professeure d’histoire et de psychologie. Elle anime des ateliers de préparation spirituelle aux défis du futur, et est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Sacred Demise: Walking The Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse (2009), Navigating the Coming Chaos: a Handbook for Inner Transition (2011) et le plus récent Collapsing Consciously : Transformative Truths for Turbulent Times (2013). Elle tient un blogue et propose une revue de presse commentée, Speaking Truth to Power àwww.carolynbaker.net. Merci à Carolyn de nous avoir permis de publier ici ses réflexions!



[1] The Great Turning, en référence aux travaux de David Korten et Joanna Macy

Faire germer le champ des possibles!

et par Baptiste Sureau –

La plus ancienne photographie de la Terre vue de l’espace date de 1966. Depuis cette époque nous pouvons prendre conscience de la beauté et en même temps de la finitude de la planète Terre.

Notre modèle économique, basé sur la croissance et nos modes de vie énergivores, est aujourd’hui clairement identifié comme prédateur pour le système écologique qui nous permet de vivre. Et puis même pour sortir du chômage de masse, il faut renoncer à compter sur la croissance. Cela fait trente ans qu’on s’y essaye sans succès, et la croissance ne cesse de s’amenuiser. Et pourtant les élites politiques et économiques s’obstinent à poursuivre sur la même voie.

Notre modèle de société occidental est fini, il est dans une impasse. Il subsiste pour l’instant, sous perfusion, grâce à l’exploitation forcenée des énergies fossiles, des métaux rares et de millions de travailleurs. Il est clair qu’il va finir à courte échéance et ça dépend de nous de savoir si il va finir dans des explosions sociales et le chaos, ou de façon plus noble et raisonnable.

Récemment des concepts tels que la simplicité volontaire, la décroissance, la sobriété heureuse,… sont parvenus jusqu’aux oreilles du grand public. Ils sont bien bien souvent remplis d’a priori, d’idées reçues et de préjugés. Cependant leur importance et leur diffusion ne se démentent pas. À mes yeux, peu importe le terme utilisé et les querelles de spécialistes autour de ces concepts, l’important est d’y voir le champ des possibles immense qui s’ouvre à nous. Ces concepts aujourd’hui bien théorisés par des scientifiques tels que Nicholas Georgescu Roegen, Ivan Illich, Serge Latouche, Pierre Rabhi,… sont rendus vivants par des citoyens de plus en plus nombreux qui façonnent les alternatives de demain. C’est un motif d’espoir extrêmement important car la société civile, si on lui en laisse l’opportunité, peut être très créatrice.

Pendant des millénaires l‘Humanité a survécu et s’est même développée en manquant de tout et risque aujourd’hui de disparaître dans l’abondance la plus totale! C’est un paradoxe dont il faut tirer les conclusions le plus rapidement possible.  Notre modèle de société basé sur l’accumulation est morbide et aliénante. Avec l’humanitaire et les ONG qui se développent de façon toujours plus importante, nous sommes dans le modèle du pompier pyromane.  Nous avons l’humanitaire qui est un palliatif à notre manque d’humanisme. Même si dans les situations d’urgences, il est indispensable et constitue un bel exemple de la générosité et de l’amour que les Hommes peuvent avoir.

Montrer les coûts humains et écologiques réels de notre consommation est un moyen, non pas de culpabiliser, mais de prendre conscience que notre sacro-sainte liberté d’acheter, de voyager,… nous mène à notre perte et nous amène bien souvent qu’un bonheur limité et artificiel. « La joie ne s’achète pas, il faut la construire » Pierre Rabhi.

L’idée est de développer la responsabilité individuelle et collective. Nous sommes sur une planète limitée, il faut dont s’éduquer dès le plus jeune âge à l’auto-limitation et cela doit imprégner toutes les structures de nos sociétés. L’idée n’est pas de retourner à la bougie bien entendu mais de nous orienter vers un style de vie qui « accorde aux choses matérielles leur place propre et légitime, c’est-à-dire la seconde place et non la première » Ernst Friedrich Shumacher. L’enjeu n’est pas de fuir le plaisir ou la satisfaction ou de créer de la frustration mais de s’épanouir pleinement sans passer par les voies de la société de consommation. Un changement de paradigme est nécessaire, il faut changer radicalement sa vision de la réalité car le modèle n’est pas aménageable. Se mettre sur la voie du changement le plus vite possible est essentiel – il faut retrouver de la diversité culturelle, sociale, économique…

Par ailleurs, les alternatives doivent être accompagnées d’un changement de conscience individuelle et collective. C’est un point crucial car comme le dit Pierre Rabhi, « on peut manger bio, se chauffer aux panneaux solaires, se déplacer en vélo,… et exploiter son voisin ». Nos sociétés créent de l’insatisfaction artificielle, il nous faut donc combler un vide  et cela doit bien entendu passer par la consommation. Mais c’est un « puits sans fond si l’on ne travaille pas sur notre intériorité » et sur ce qui nous est vraiment nécessaire dans la vie.

Par ailleurs, pour accompagner la mise en place d’alternatives dans tous les domaines, il peut être intéressant de s’appuyer sur deux démarches qui serviront de détonateur:

– La réduction et le partage du temps de travail

– Mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence ou revenu de base

Cela permet de nous libérer du travail contraint pour participer à la transformation de la société. Selon un nombre croissant de scientifiques, c’est une question de volonté politique et non pas d’ordre comptable. Je renvoie sur ce point au reportage sur le revenu de base qui donne des explications sur la manière de financer un tel projet.

Pour Vincent Liegey, porte-parole du parti pour la décroissance,  » La première décroissance à réaliser est celle des inégalités. Les études sur les indicateurs subjectifs de bien-être montrent que le plus important n’est pas le niveau de confort matériel en lui-même mais le niveau des inégalités : plus les inégalités sont fortes, plus le sentiment de mal-être sera fort. Aller vers des sociétés matériellement frugales, écologiquement soutenables, cela ne veut pas dire revenir à la bougie. L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Retrouver aussi ce qui a été détruit : convivialité, solidarité, générosité ou encore le « buen vivir », ce concept de la « vie bonne » développé en Amérique latine. »

J’aime à imaginer le monde de demain et ses différentes communautés comme de gigantesques auberges espagnoles, où chacun apportera ses expériences, son vécu, où les concessions seront nécessaires mais où la joie apportée par le vivre ensemble dépassera l’égoïsme de chacun. Je suis persuadé que la complémentarité vaut mieux que la compétition et la concurrence. Et pour favoriser cela, l’éducation qui joue un rôle crucial doit revoir en profondeur ses méthodes d’enseignements.  Ces concepts et mouvements sont une invitation à aller plus loin dans les questionnements et à ouvrir des possibles pour sortir de la croissance. De nombreuses personnes ne se définissent pas comme décroissants mais partagent un certain nombre de valeurs, et tentent dans leur quotidien d’avoir un autre rapport à la consommation, au travail, un autre rythme de vie. Relier les initiatives et les citoyens qui ont décidé de construire autre chose, comme peuvent le faire en France le « Mouvement des Colibris » ou les « Artisans du changement » au Québec est un premier pas important.

Chacun de nous peut inventer le monde de demain et une civilisation plus humaine. Cela passe par des mesures concrètes mais doit impérativement être accompagné par un renouvellement philosophique et un changement en profondeur de notre rapport à notre environnement naturel et social. Cela commence par se changer soi même. Le dilemme actuel est que ces processus demandent du temps et que nous en avons de moins en moins.

Pour lire d’autres articles de Baptiste: http://perspectives21.wordpress.com/