Archives du mot-clé après-croissance

Trouver la beauté malgré tout

Réflexion 18

Trouver de la beauté dans un monde brisé, c’est créer de la beauté dans le monde que nous trouvons.

Terry Tempest Williams

Dans un environnement en déclin, il est parfois difficile de trouver la beauté, en particulier dans les zones où existe beaucoup de dévastation ou de décomposition. Une grande partie de la nature a été ravagée par les humains ou les changements climatiques causés par l’homme. Selon l’endroit où l’on vit, il peut être difficile d’accéder à la beauté naturelle. Alors que dans le passé nous avons peut-être compté sur des promenades en forêt pour nous imprégner de beauté naturelle, ces forêts peuvent maintenant avoir disparu ou être gravement altérées. Nous sommes peut-être habitués à une chaîne sonore mélodieuse ou à une sortie régulière à des concerts symphoniques pour profiter d’une magnifique musique, ce qui ne sera pas possible à l’avenir. Films, pièces de théâtre et galeries d’art pourraient ne plus être accessibles dans un monde transformé. Nous ne pourrons plus compter sur la technologie pour accéder à la beauté.

Par conséquent, si nous voulons trouver et créer de la beauté, nous devrons abaisser nos attentes techno-enrichies et retourner à la façon la plus simple de le faire, des façons avec lesquelles nos ancêtres étaient intimement familiers. La recherche et la création de beauté peuvent être aussi simples que d’observer un brin d’herbe qui a percé le béton ou de regarder un moineau picorer minutieusement les morceaux de pain que nous avons lancés. Ou nous pouvons tenter l’expérience d’évider une branche ou une tige dans laquelle nous découperons des trous pour obtenir une flûte. La musique de merveilleux carillons à vent peut facilement être obtenue en fouillant toutes sortes de matériaux qui traînent simplement dans des tas de décombres.

À mesure que le monde devient plus hideux et encore plus brutal, savourer et créer de la beauté devient un acte sacré. Ce faisant, nous affirmons que les aspects les plus déplaisants de notre espèce et du monde extérieur n’ont pas le dernier mot, qu’une autre chose qui irradie davantage dans l’âme humaine prévaut toujours. Ce « quelque chose » est la capacité de révérer la beauté, naturelle ou autre. Une autre phrase de Terry Tempest Williams souligne encore notre relation avec la beauté et la relation de la beauté avec notre univers sacré : « Le monde est sacré. Nous sommes sacrés. Toute vie est sacrée. Les prières quotidiennes sont prononcées par les lèvres des vagues déferlantes, les murmures des graminées, le scintillement des feuilles. »


Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées sous la rubrique Carolyn Baker à raison d’une par semaine.


Vous pouvez vous procurer L’effondrement de Carolyn Baker, Éditions Écosociété dans toutes les bonnes librairies, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de

Fondation Écho-logie
7011, ave Champagneur
Montréal (QC) H3N 2J6

S’éveiller à la réalité de l’effondrement

Réflexion 15

 

Je ne me souviens pas m’être jamais sentie aussi éveillée.

Thelma dans le film Thelma et Louise

 

Un de ses élèves demanda au Bouddha :

— Êtes-vous le Messie ?

— Non, répondit le Bouddha.

— Donc vous êtes un guérisseur ?

— Non, répondit le Bouddha.

— Donc vous êtes un enseignant ? continua l’élève.

— Non, je ne suis pas un enseignant.

— Alors qu’êtes-vous ? demanda l’étudiant exaspéré.

— Je suis éveillé, répondit le Bouddha.

Y a-t-il vraiment une différence entre Thelma et le Bouddha ? Un homme du nom de Siddhartha grandit dans la caste des guerriers de son pays et renonce à tout privilège, choisissant plutôt de devenir moine et de consacrer sa vie à mettre fin à la souffrance. Une femme respectueuse de la loi et soumise devient involontairement empêtrée dans un tourbillon de crime. Elle se retrouve assise dans une voiture à côté de sa complice par une nuit étoilée, déclarant qu’elle avait franchi une ligne et qu’elle ne retournerait jamais à son ancienne vie. Tous deux, l’homme Siddhartha et la femme Thelma, déclarent qu’ils sont éveillés.

Il y a autant de façons de s’éveiller qu’il existe d’êtres humains sur la Terre, et il n’y a pas une seule bonne façon. Certains d’entre nous s’éveillent tôt dans la vie et d’autres tard, peut-être trop tard pour survivre à une époque turbulente. Dans un monde chaotique, nous sommes entourés de personnes qui en sont à divers stades d’éveil et de confusion. Bien qu’il ne soit jamais trop tard pour s’éveiller, il peut être trop tard pour apporter les changements que nous aurions aimé faire dans nos vies et dans notre monde. Néanmoins, je dirais qu’il vaut mieux s’éveiller trop tard que pas du tout.

Nous ne pouvons nous éveiller et simplement savourer notre éveil. L’action est un résultat inévitable du fait de devenir conscients. Si vous vous sentez éveillé, à quoi votre éveil vous appelle-t-il ? Pour Thelma, l’éveil l’a finalement poussée à sa mort. Pour Bouddha, l’appel de l’éveil était de mettre fin à la souffrance. Prenez le temps de contempler et de savourer votre processus d’éveil. Vous êtes-vous engagé à poursuivre ce processus ? Dans l’affirmative, comment ? Et quelle action est issue de votre réveil ? Quelles autres actions pourraient être gestantes et en attente d’émerger, au moment même où vous lisez ces mots ?

———————-

Le livre L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, publié par les éditions Écosociété, est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle sont quant à elles publiées régulièrement sur ce site; elles constituent la deuxième partie de la version originale en anglais du livre Collapsing Consciously.

Vous pouvez vous procurer le livre de Carolyn Baker intitulé L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, Éditions Écosociété en librairie, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de Fondation Écho-logie, 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6.

Être dans le déni, ou faire face à ce qui est

Réflexion 14

Vous n’êtes pas appelé à voter sur ce qui est. Avez-vous remarqué ?

Byron Katie

Au cours des bonnes années de prospérité économique, il était plus facile de vivre dans le déni. Après tout, il suffisait de prendre de l’alcool, de la bouffe, la carte de crédit ou de passer à la flamme amoureuse suivante et, pendant un certain temps, tout souci disparaissait. Lorsque les temps sont difficiles, lorsque nous ne sommes peut-être même pas sûrs d’où viendra le prochain repas, nous sommes obligés d’encaisser ce qui est. Ou nous choisissons de prendre encore un autre soporifique ou bien nous restons paisiblement assis à regarder ce qui est.

Le refus de faire face à ce qui est se révèle intimement lié au fait de vivre ailleurs que dans le moment présent. Peut-être que si je peux être ailleurs, je peux échapper à ce qui est. Pourtant, comme le dit l’adage, où que vous alliez, vous y êtes.

Malgré toute la mauvaise presse sur le déni, il possède une fonction de survie dans la psyché humaine. Sans déni, nous serions tous devenus fous il y a longtemps. Mais la plupart des gens n’ont pas réussi à le voir comme un mécanisme de défense et ont plutôt choisi de l’utiliser comme première réaction à la moindre chose désagréable survenue dans leur monde. Le matérialisme, la dépendance à la technologie et une mentalité d’ayants droit sont excellents pour nous encourager à faire exactement cela. Et nous embrassons habituellement le déni parce qu’il nous manque les outils qui nous permettraient de faire face à ce qui est.

Quelle que soit votre situation en ce moment, vous ne pouvez échapper à qui est. C’est peut-être l’une des bénédictions cachées dans l’effondrement de la civilisation industrielle. Tant de choses que nous avons utilisées dans le passé pour atténuer et créer une certaine distance par rapport à ce qui est seront moins disponibles ou, peut-être, ne seront pas disponibles du tout. Le déni est un état infantile dans lequel nous refusons de grandir et de devenir des adultes mûrs capables de faire face à ce qui est. Ces temps troublés ne nous incitent pas seulement à évoluer, mais, dans certains cas, nous donnent des coups de pied au derrière pour nous forcer à abandonner le déni et à nous dire à nous-mêmes ainsi qu’au monde entier la vérité sur le sort de notre planète.

J’ai l’impression que la plupart des gens qui lisent ces mots le font parce qu’ils ont pris conscience depuis longtemps du fait qu’ils ne sont pas appelés à voter sur ce qui est, même s’ils sont toujours engagés dans une lutte acharnée contre le déni. Aucun d’entre nous, peu importe son degré d’information ou d’évolution, n’est jamais totalement libre de déni. Où sont les derniers vestiges du déni en vous ? De quelles subtiles manières pourriez-vous être en train d’essayer de voter sur ce qui est ?

——————

Le livre L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, publié par les éditions Écosociété, est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle sont quant à elles publiées sur ce site à raison d’une par semaine; elles constituent la deuxième partie de la version originale en anglais du livre Collapsing Consciously.

Vous pouvez vous procurer le livre de Carolyn Baker intitulé L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, Éditions Écosociété en librairie, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de Fondation Écho-logie, 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6.

La fin et le commencement

Réflexion 5

Lorsque les périodes sombres s’approchent et que la fin semble à nouveau proche, il devient plus essentiel pour une personne d’apprendre et de vivre l’histoire que l’âme porte depuis avant la naissance.

Michael Meade, The World Behind the World

Un moyen de se connecter à l’autre monde, intérieur et caché, est à travers l’histoire que l’âme transporte. En méditant sur ce récit, l’histoire de nos vies, ses nombreux tours et détours du destin ainsi que les parties qui restent à jouer, tout cela offre des indices à propos de notre sort et de notre destin qui révèlent ce que nous sommes venus faire ici.

Je remarque dans la déclaration de Michael Meade les mots « lorsque… la fin semble à nouveau proche ». Cela signifie que nous avons connu de nombreux achèvements auparavant, tout comme le monde a connu de nombreuses fins dans le passé. Nous avons tous subi des centaines, sinon des milliers, de petits décès dans notre vie. Mais une fin est toujours le début de quelque chose, même s’il est parfois difficile de discerner où une chose s’achève et une autre commence.

La fin de la civilisation industrielle est aussi le début de ce que certains ont appelé la prochaine culture. Ainsi, nous faisons tous partie non seulement de cette fin, mais d’un nouveau début, la nouvelle culture qui tente d’émerger. Pourtant, elle n’émergera pas toute seule ; elle a besoin de sages-femmes et d’architectes humains. L’histoire de la civilisation industrielle tire rapidement à sa fin et la prochaine culture a désespérément besoin de nouvelles histoires. Paradoxalement, cependant, ces nouvelles histoires doivent être écrites en retournant aux histoires anciennes des peuples autochtones avant l’avènement de la civilisation industrielle.

Les mots culture et cultiver ont une racine commune. Vivre avec des histoires anciennes, des mythes et des contes de fées parallèlement à un décodage conscient et spirituel de notre histoire personnelle est l’un des meilleurs moyens de cultiver une riche vie intérieure et de créer une nouvelle culture. Les époques turbulentes sont des périodes idéales pour découvrir le synchronisme entre les deux. Une occasion extraordinaire de découvrir le monde caché derrière le monde, un monde qui ne finit jamais, qui informe toutes les extrémités et tous les débuts du monde chaotique et troublé dans lequel nous vivons en ce moment.

——————

Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées ici à raison d’une par semaine.

Vous pouvez vous procurer le livre de Carolyn Baker intitulé L’effondrement. Petit guide de résilience en temps de crise, Éditions Écosociété en librairie, ou en le commandant par la poste en envoyant un chèque de 14$ au nom de Fondation Écho-logie, 7011 ave Champagneur, Montréal, H3N 2J6.

Le déni de l’effondrement et notre peur de la mort

Être dans un corps, c’est entendre les battements de cœur de la mort à chaque instant.

Andrew Harvey

Tout autour de nous, la mort. Personnes mourantes, systèmes mourants, nature mourante, modes de vie mourants, rêves mourants. Comment persévérer ? Ces rappels constants de notre propre mortalité suscitent la question : combien de temps me reste-t-il ?

Pourquoi le dalaï-lama passe-t-il une heure par jour à contempler sa propre mort ? Pourquoi certains moines bouddhistes passent-ils des heures à regarder des cadavres ? Le poète Rumi nous dit de mourir avant de mourir. Mais qu’est-ce que cela signifie ?

Pendant plusieurs années, j’ai inclus dans mes ateliers un exercice qui menait les participants à imaginer, de façon très imagée, leur propre mort. Je sais que d’autres animateurs d’ateliers ont utilisé des processus similaires. J’ai rarement fait savoir à l’avance aux participants que nous ferions cet exercice. Cependant, presque sans exception, après l’avoir vécu, les gens me disent que ce seul exercice valait le coût de l’inscription.

Une raison d’inclure ce processus est qu’il sert à aborder directement la peur de la mort qui se cache derrière notre déni de l’effondrement, notre conviction que la civilisation n’est pas vraiment en train de s’effondrer ou que, si elle le fait, un million de merveilleuses possibilités émergeront pour que le jeu en vaille la chandelle. Une fois que nous aurons notre peur de la mort bien en vue et non plus dans l’ombre, une fois confrontés consciemment et sans équivoque à la réalité de notre propre mort en compagnie d’autres personnes dans un groupe, un profond changement survient et nous pouvons arrêter de nier l’effondrement ou n’importe quelle déchéance dans l’expérience humaine.

Contempler notre mortalité sur une base quotidienne, voire horaire, est une pratique très utile, autant en périodes troublées qu’en périodes plus calmes. Non seulement cette contemplation provoque-t-elle un réaménagement de nos priorités, elle nous rappelle aussi que nous ne sommes pas l’ego. Le moi profond, notre véritable essence, est éternel et immuable. Une chanson des Beatles des années 1960 chantée par John Lennon dit que rien ne changera mon monde (Nothin’s gonna change my world). Lennon ne signifie pas par là que le monde extérieur ne changerait pas, mais que le moi sacré est constant, éternel, épargné par le monde relatif de l’ego et à l’abri des formes de pensées. Écoutez régulièrement le battement de cœur de la mort.

Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées ici à raison d’une par semaine.

La gratitude malgré la noirceur

Être vivant dans ce magnifique univers auto organisé, participer à la danse de la vie avec les sens pour la percevoir, des poumons qui la respirent, des organes qui s’en nourrissent, c’est une merveille au-delà des mots.

Joanna Macy

Peu importe combien redoutable peut vous sembler votre vie en ce moment, ces mots ne sont pas moins vrais que si vous étiez dans un état d’extase. Pour de nombreuses personnes qui passent à travers des pertes incalculables, cette phrase est peut-être tout ce à quoi ils doivent s’accrocher à certains moments de leurs tourments.

Malgré tout ce que nous n’avons pas en ce moment, nous avons notre corps. Peut-être que notre corps n’est pas aussi sain qu’il pourrait l’être, qu’il aurait même besoin de soins de santé que nous ne pouvons pas nous permettre, mais les systèmes de notre corps continuent à fonctionner. Si vous êtes en train de lire ces mots, vous avez encore des poumons qui respirent et des organes qui fonctionnent, deux miracles sur lesquels vous pouvez vous pencher dès maintenant afin de les contempler.

Si vous êtes en mesure de marcher dans la nature, je suggère une randonnée ou une promenade de gratitude. Cela devrait être fait en silence, pendant que vous réfléchissez lentement et profondément à tout ce que vous rencontrez et pour quoi vous êtes reconnaissant. Quels cadeaux, surprises, idées, joies ou défis s’offrent-ils à vous pendant cette excursion ?

Si vous ne pouvez marcher, regardez alors autour et contemplez profondément les bienfaits qui vous entourent. Lesquels n’aviez-vous pas encore remarqués ? Lesquels sont les plus chers et les plus précieux ? Pourquoi ?

Ainsi que le note le frère David Steindl-Rast dans son merveilleux livre Gratefulness, the Heart of Prayer, peu importe ce qu’est notre chemin spirituel et même si nous n’en avons pas, lorsque nous exprimons notre gratitude, nous reconnaissons soit les forces humaines ou la puissance de quelque chose de plus grand, ou les deux. Nous pouvons « tenir quelque chose pour acquis » sans nous rendre compte que, dans les faits, il a été accordé. Par conséquent, ressentir consciemment ou exprimer de la gratitude pousse à l’humilité, ce qui explique peut-être pourquoi certains individus le font rarement. Néanmoins, c’est précisément dans cette humilité que se cachent une libération et une vitalité inimaginables.

La dépression peut être endémique autour de nous, mais il est impossible de se sentir déprimé en même temps que l’on ressent de la gratitude. Les humeurs vont et viennent, et nous avons peut-être peu de contrôle émotionnel ou chimique sur elles, mais ressentir et exprimer sa gratitude sont des choix qui peuvent ponctuer et tempérer des états émotionnels sombres.

Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées ici à raison d’une par semaine.

Être « présents à la présence »

Ce que nous avons maintenant 

N’est pas imaginaire.

Ce n’est ni le chagrin ni la joie.

Pas un état de jugement

Ni une exaltation

Ni la tristesse.

Ceux-là vont et viennent.

Mais pas la présence.

Rumi

Quelle est cette présence dont parle Rumi ? Les mots sacré, esprit et transcendant sont parfois utilisés comme synonymes. Tous trois indiquent la proximité de quelque chose de plus grand que le mental rationnel et l’ego humain. Dans cet extrait de l’un des plus longs poèmes de Rumi, il nous assure que la présence est éternelle, ne flanche jamais et ne disparaît jamais. Peu importe comment nous nous sentons, ce qui nous préoccupe mentalement ou dans quel état est notre condition physique, que nous soyons conscients de la présence ou pas, elle reste. La présence est toujours avec nous, même dans le contexte actuel de dépérissement et même si nous ne sommes qu’à l’occasion avec elle.

Nous pouvons connecter consciemment avec la présence par la méditation, par une relation intentionnelle avec la nature ou en nous laissant faire l’expérience de la beauté à travers l’art, la musique, la poésie ou d’autres formes d’expression créatrice qui permettent à la beauté de nous toucher et de nous inspirer. Nous ne pouvons pas contrôler notre expérience de la présence, mais nous pouvons lui demander de nous rendre visite et nous pouvons nous ouvrir à toutes les façons dont elle se manifeste. Comme le Jacob de la Bible qui, en se débattant avec un ange cria : « Je ne te laisserai pas aller, jusqu’à ce que tu me bénisses », nous devons être prêts à être présent à la présence. En étant pleinement ouverts, nous pourrions être étonnés par le cadeau de la présence, un cadeau qui nous imprègne de gratitude et d’humilité.

Allez-vous prendre le temps aujourd’hui d’être présents à la présence ? Tout le reste va et vient, mais pas la présence.

Cette série de réflexions est la deuxième partie du livre L’effondrement publié par les éditions Écosociété. Ce livre est la traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre sont publiées ici à raison d’une par semaine.

L’effondrement, de Carolyn Baker

Introduction aux réflexions hebdomadaires de Carolyn Baker

Les éditions Écosociété ont publié une traduction de la première partie de Collapsing Consciously écrit par Carolyn Baker sous le titre L’effondrement. Les 52 réflexions hebdomadaires sur l’effondrement de la civilisation industrielle qui constituent la deuxième partie de la version originale du livre seront publiées ici à raison d’une par semaine.
Carolyn Baker a aussi écrit Navigating the Coming Chaos: A Handbook for Inner Transition et Sacred Demise: Walking the Spiritual Path of Industrial Civilization’s Collapse.

Des vérités transformatrices pour une époque tumultueuse

Quand l’horreur s’éloigne et que le monde reprend une apparence normale, vous ne pouvez l’oublier. Vous avez vu ce qu’il est réellement là, l’horreur creuse qui existe quand l’illusion réconfortante de notre expérience ordinaire est arrachée, de sorte que vous ne pouvez plus réagir au monde exactement comme avant.
Karen Armstrong

Nous vivons une époque radicale, encerclés par des tâches qui semblent impossibles. Notre destin collectif est devenu celui de vivre à une époque de grandes tragédies, de vivre dans une période de désastres insurmontables et de nous tenir sur le bord d’énormes changements. La rivière de la vie déborde devant nous emportant une marée de poisons qui trouble l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons en plus de ternir les rêves de ceux qui sont encore jeunes et toujours innocents. Les effets de cette morsure de serpent se sont déjà propagés dans le corps collectif.
Cependant, c’est dans les périodes troublées où il devient le plus important de nous souvenir que le miracle de la vie place les remèdes de l’âme tout près de l’endroit d’où suinte le poison. Les cadeaux sont toujours près des blessures, les remèdes sont souvent préparés à partir de substances qui empoisonnent et l’amour apparaît souvent là où l’on reconnaît de profondes pertes. Sur l’arc de guérison des blessures et des empoisonnements de la vie sont créées les occasions parfaites pour faire surgir les remèdes et remettre à nouveau les choses à leur place.
Michael Meade, Fate and Destiny

La première réflexion sera publiée ici la semaine prochaine !

Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire

Un essai de Jean Gadrey (Éd. Les Petits matins, 2012)

 

Jean Gadrey est un économiste de gauche bien connu en France. C’est un critique constructif du concept de décroissance. La quatrième de couverture présente ainsi son livre :

« La croissance : un remède à tous les maux! Tel est le discours martelé par nos dirigeants depuis des décennies, qu’il s’agisse de réduire le chômage, de régler le problème des retraites, de résorber les inégalités ou de surmonter la crise écologique.

Et si la croissance n’était pas la solution mais le problème? […] Faut-il pour autant ‘décroître’ à tout prix et nous résoudre à une austérité punitive? Le débat est mal posé. Il s’agit de dire adieu au culte de la croissance quantitative, et bienvenue à d’innombrables innovations douces avec la nature comme avec les humains. »

Voilà une belle réflexion qui devrait intéresser tous nos lecteurs.

Dans la première partie, Gadrey explique ce qu’est la croissance : qu’y compte-t-on et qu’y oublie-t-on? On vise des quantités, sans se préoccuper de la qualité ; et pourtant, comme il le montre bien, le mieux-être est déconnecté du « plus avoir ». Pour l’environnement en particulier, la croissance est source de destruction de la nature ; dans une brève annexe au chapitre 3, Gadrey dispose brillamment des arguments des climato-sceptiques. Et dans le chapitre suivant, il montre comment la croissance verte ne peut être qu’une utopie.

Tout cela, la plupart d’entre nous le savions déjà ; le grand intérêt du livre est dans la suite, alors que l’auteur explore cette société post-croissance que nous pourrions nous donner, avec tous les avantages qu’elle comporte. En cessant la course à la productivité et en prenant comme autre objectif la durabilité, ce qui amènerait la création de multitudes de nouveaux emplois ; encore une annexe intéressante, cette fois sur les conséquences du bio généralisé (des milliers d’emplois de plus, et pas tellement plus cher). Puis ensuite un tableau fort inspirant , « Prospective de l’emploi par secteurs », dans tous les domaines, de l’agriculture aux transports, en passant par le commerce, la réparation, les services…Celles et ceux qui prédisent un chômage massif si la croissance ralentit en prendront pour leur rhume…

Dans un bref chapitre, Gadrey nous dit pourquoi il n’aime pas le terme de décroissance, tout en reconnaissant le bien-fondé du concept. « En résumé, écrit-il, défendre le projet d’une société soutenable de sobriété et de plein-emploi, débarrassée de l’obligation de croissance et impliquant une forte réduction des inégalités, c’est sans doute moins radical que de parler de décroissance. Mais l’attente des citoyens porte désormais sur la question : ‘Comment réorienter et avec quels effets sur nos vies?’ C’est à répondre à cette interrogation qu’il s’attaque dans la troisième partie du livre, avec les chapitres suivants :

  • Pour « sauver la planète » : l’égalité des droits au bien-vivre!
  • Les « plus » d’une société du bien-vivre
  • Pauvreté, bien-vivre et croissance
  • Retraite et société soutenable.

Comment tout cela arrivera-t-il? Il écarte en 9 arguments fort convaincants une réforme du capitalisme. C’est par la société civile que tout doit se passer, par le réveil et la prise en charge d’elle-même de la population, qui doit forcer les divers gouvernements à mettre en marche les changements qui s’imposent. Et qu’on ne vienne pas nous dire que nous n’avons pas les moyens de les faire; quand on y regarde bien, de multiples ressources existent, comme dans nos systèmes de taxation qui devraient décourager les comportements nocifs pour l’environnement.

Dans sa conclusion, Gadrey réfléchit sur les scénarios redoutables et sur ceux qui sont désirables. Et il écrit : « La crise, si douloureuse soit-elle pour beaucoup, attire l’attention sur ces idées et ces alternatives. Il n’existe pas d’autre issue que l’action collective coordonnée de toutes ces composantes de la société civile mondiale, qui placent au premier plan, du local à l’international, la solidarité et la justice, la démocratie et le souci de la préservation des multiples patrimoines naturels et sociaux d’une bonne société. »

Un ouvrage à méditer.

Global Partage

Je participerai, cette semaine à l’Université du Québec à Chicoutimi, à l’Événement éco-conseil 2015 sur le thème « Nourrir le partage ».

Activité organisée chaque année par la cohorte des étudiantEs en éco-conseil, l’événement cherche à informer et à mobiliser le milieu (aussi bien étudiant que communautaire et même industriel) autour de questions touchant les questions d’environnement et de développement durable.

Cette invitation m’a permis de découvrir, avec beaucoup de curiosité et d’intérêt, un excellent documentaire dont je n’avais jamais entendu parler: Global Partage du réalisateur Dimitri Grimblat présenté en France sur la chaîne de télévision Canal+.

Ce film de 90 minutes propose un tour du monde des initiatives d’économie collaborative qui se sont développées à grande vitesse un peu partout sur la planète depuis que la technologie informatique est devenue largement accessible et que ses diverses applications pratiques se sont multipliées.

Je reprends ici la présentation de l’émission: « Les ressources de la planète qui s’épuisent, une crise économique qui devient une crise du système économique… Face à ce constat, des pionniers de plus en plus nombreux cherchent des pistes pour vivre mieux et de façon plus durable. C’est ainsi que l’idée du partage a fait son chemin jusqu’à devenir une petite révolution qui touche désormais toutes les activités. L’économie collaborative basée sur l’échange entre individus sans intermédiaires est en train de façonner un autre mode de consommation et de rapport aux autres. »

Et c’est vrai que ça touche tous les domaines de la vie: du transport (autos, vélos) au milieux de travail (bureaux pour travailleurs indépendants), de la nourriture (repas partagés) à l’alimentation (jardins collectifs urbains où chacun peut se servir), des cours universitaires gratuits aux échanges de livres, du logement à la revitalisation des quartiers par des petits entrepreneurs, des laboratoires d’exploration à la fabrication d’automobiles en modèle « open source », de l’agriculture aux banques alternatives, bref, il est peu de domaines où l’économie collaborative n’est pas en train de défricher de nouvelles façons d’être-au-monde.

Ce documentaire, très attrayant et facile d’accès au niveau de sa structure et de sa présentation visuelle, permet de découvrir un monde dont la plupart d’entre nous ne soupçonne même pas l’existence. Et le grand avantage du film, c’est de montrer que la plupart des idées qui sont défendues dans ce Carnet trouvent des applications pratiques qui sont vraiment expérimentées concrètement aussi bien au Nord qu’au Sud. Et de voir ces idées en action ne peut être que très stimulant!

C’est Antonin Léonard, l’un des principaux promoteurs de cette économie collaborative en France et fondateur de l’organisme « Oui share », qui nous sert de guide à la rencontre de très nombreux entrepreneurs sociaux à l’origine d’initiatives les plus diverses. Pour lui, nous assistons à une véritable « révolution en marche, qu’il nous faut maintenant encourager, accompagner et diffuser ».

Le film est aussi l’occasion de rencontrer et de découvrir tous ces innovateurs sociaux, hommes et femmes, de même que les organismes qu’ils ont fondés, les sites Internet qu’ils ont mis en ligne, les livres ou documents qu’ils ont produits, etc. Une vraie mine de renseignements précieux qui permettent de suivre chaque piste autant que l’on veut…

Je n’en dis pas plus: allez visionner le film qui est, heureusement, disponible en visionnement libre sur Internet (ce qui est, il faut l’avouer, en parfaite cohérence avec le discours de partage qui est au cœur du documentaire).

En terminant, je dois avouer que ce film m’a amené à reconsidérer sérieusement ma vision de la technologie numérique et des récents développements technologiques. Alors que jusqu’ici, j’en voyais surtout les conséquences potentiellement négatives (tout en admettant, bien sûr, qu’ils avaient aussi des côté positifs), je dois admettre que Global Partage m’a fait réaliser concrètement qu’une foule de ces initiatives nouvelles et potentiellement révolutionnaires (dans le sens d’une société plus participative et collaborative) n’ont pu naître qu’en raison même de ces technologies.

De même, l’un des grands reproches que je faisais aux ordinateurs et aux réseaux sociaux (celui d’isoler très souvent les individus dans un monde virtuel au détriment des rencontres réelles avec de vraies personnes autour d’eux) s’avère être aussi remis en question par le documentaire. Celui-ci montre en effet que la technologie, à travers ses moyens « virtuels », peut aussi contribuer directement à provoquer de nouvelles formes de rencontres « en personnes », inédites jusqu’ici et tout aussi riches que les anciennes. Les i-phones pour nous sortir de notre individualisme? Mettons que c’est tout nouveau pour moi! Et peut-être prometteur, qui sait?

Enfin, l’une des découvertes les plus fascinantes, pour moi, de ce documentaire est la remise en question de la notion même de « propriété » que cette économie collaborative est en train d’amorcer. Non pas que tout soit gratuit dans cet univers virtuel, bien qu’énormément de choses le soit encore, comme le voulait la dynamique d’origine de l’Internet. Mais la vraie remise en question de la « propriété » semble venir plutôt de la conjonction de deux facteurs économiques fondamentaux:

  • une crise systémique de la mondialisation capitaliste, créée à la fois par les crises économiques successives, par l’accroissement des inégalités, par les culs-de-sac de la croissance illimitée et par les déceptions apportées par l’abondance matérielle;
  • les possibilités de collaboration jusqu’ici inaccessibles engendrées par la révolution technologique et informatique des 20 dernières années.

Et la conjonction de ces deux facteurs rend non seulement possible un nouveau modèle de collaboration (par opposition à la compétition favorisée par la propriété privée des connaissances, des produits et des moyens de production), mais le développement des outils informatiques (et la culture qui s’en dégage) semble favoriser le partage (le plus souvent gratuit) des savoirs (voir tout le développement et la culture des logiciel livres, des codes « open source », des outils collaboratifs « wiki », etc.).

Regardez le film: vous ne le regretterez pas! Et j’aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé… Et si vous trouvez que mes impressions sont trop optimistes…