Un dernier tour de piste

Très bientôt, de rutilants bolides tourneront en rond, se poursuivant sur le circuit de l’île Notre-Dame, leurs vrombissements réjouissant les spectateurs avides de pétaradantes accélérations, d’effluves d’essence et de pulpeuses hôtesses.
Vitesse, puissance, richesse et vedettes attireront encore une foule rêveuse se donnant l’illusion que, l’espace d’une fin de semaine, Montréal est « sur la carte » du jet set international.  Leurs tours de piste terminés, les multimillionnaires de la F1 remballeront leurs gros chars et partiront présenter leur cirque ailleurs, après bien sûr avoir empoché de somptueux bénéfices en bonne partie gracieuseté de fonds publics.

Le bruit et la vitesse étourdiront-ils le spectateur au point de lui faire oublier que cette grande kermesse célèbre un objet qui ne devrait pourtant plus mériter son adoration, considérant les dommages qu’il cause à notre environnement ?   Dans un monde où le climat change dangereusement, où les ressources s’épuisent, où la modération constitue désormais la seule voie viable, il apparaît absurde de se prosterner devant le moteur à essence et ses grands prêtres.

L’argent, l’énergie et l’ingéniosité consacrés à aller toujours plus vite devraient plutôt servir à développer et mettre en place des moyens de transport plus frugaux, car la course n’est non seulement plus soutenable, elle est devenue une néfaste aberration.

Il est grand temps que les spectateurs qui prendront place dans les gradins du circuit Gilles Villeneuve réalisent qu’ils assistent à une course de dinosaures.  L’ère du pétrole tire à sa fin ; nous devons en précipiter le terme, à défaut de quoi nous pourrions connaître le même sort que les géants du Crétacé.

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2 réflexions au sujet de « Un dernier tour de piste »

  1. Serge Mongeau

    Les promoteurs du Grand Prix nous disent qu’au total, avec le petit nombre de voitures qui participent à la course, il n’y a pas tant d’essence de brûlée; c’est bien vrai, mais là n’est pas la raison principale de l’opposition au Grand Prix; quoique si l’on entre dans le calcul la dépense énergétique de toutes celles et ceux qui viennent assister à ce spectacle souvent de loin (en auto ou en avion)…
    Non, ce qu’il faut dénoncer, c’est cette culture du risque inutile, du plaisir égoïste (oui je sais bien qu’on pollue, mais je m’en fiche, c’est mon plaisir qui est important, quelles que soient les conséquences); cette culture qu’on transpose ensuite dans sa façon de conduire: regardez les publicités des autos à la télé, on nous fait voir de la conduite Grand Prix en ville ou en campagne…

    Avec le Grand Prix, on s’amuse en grand, et on peut oublier que notre planète court à la catastrophe; mais qu’importe, ce sont les autres qui souffriront…

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  2. ¸Jean-François Boisvert

    Un Grand Prix et les activités connexes (transports des voitures, du matériel et du personnel, génératrices et équipements divers) émet environ 10 000 tonnes de CO2. Les 20 courses annuelles émettent donc autour de 200 000 tonnes de CO2, soit autant que 50 000 voitures compactes parcourant 20 000 km !
    Il faut aussi tenir compte des émissions reliées aux déplacements des spectateurs, qui seraient selon les estimations 1 à 1.5 fois celles de l’événement.
    Mais au-delà de cela, je suis totalement d’accord avec Serge, c’est la « culture » du char qu’il faut remettre en question.

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