Pour une indépendance envers les placements sales!

En cette période électorale, il existe certains paradoxes qu’il serait intéressant d’examiner. Il y a souvent un tel gouffre entre ce qu’on nous affirme et la réalité qu’on peut se questionner sur le véritable sens des mots que certains de nos représentants utilisent. La semaine dernière, « la chef péquiste Pauline Marois a évoqué l’indépendance du Québec [….] comme seul moyen pour garantir que le projet d’oléoduc d’Enbridge respectera les exigences de son gouvernement. »[1] Pourtant, la situation n’est pas aussi simple que Mme Marois voudrait nous le faire croire.

Ce que Mme Marois semble avoir oublié, c’est que la Caisse de Dépôt et Placement du Québec, notre bas de laine collectif, « contrôle virtuellement près de 20 % des actions de l’entreprise de transport de pétrole des sables bitumineux Enbridge. » [2] Il me semble que la détention d’un tel pourcentage des actions d’Enbridge devrait donner au gouvernement québécois le pouvoir et le droit d’exiger que l’entreprise considère sérieusement certaines de nos demandes. Mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que nos dirigeants n’utiliseront pas ce levier pour défendre notre droit à un environnement sain. Nos représentants politiques semblent préférer nous rouler dans la farine plutôt que de cesser d’encourager l’extraction et le transport des énergies sales à même notre fond souverain.

L’Institut de Recherche en Économie Contemporaine (IREC) nous informait en février 2012 que« parmi les dix premiers placements en actions de la Caisse, quatre sont faits dans des entreprises au cœur du secteur des sables bitumineux, dont Enbridge Inc, Enbridge LLP (une filiale de la précédente), Suncor et finalement Canadian Natural Resources. Cela représente un placement total de près de quatre milliards $ (3 995 millions $) dans trois entreprises. À lui seul, le placement direct dans Enbridge représente 2,7 milliards $. »[3] Les gens qui décident de nos politiques d’investissement, malgré ce qu’ils prétendent, continuent de nourrir une passion enflammée pour les énergies fossiles. « Au 3 août 2011, les placements directs de la CDP en actions dans des entreprises cotées en bourse et actives dans le secteur des sables bitumineux représentaient un investissement de 5,425 milliards $, soit plus de 14 % du portefeuille de la CDP en actions d’entreprises cotées en bourse.»

La politique de placement de la CDPQ ne semble pas avoir subie de changements majeurs depuis la parution de cette étude de l’IREC en 2012. La CDPQ qui avait pour mandat, lors de sa création, d’assurer la souveraineté économique du Québec nous maintient maintenant dans la dépendance envers un modèle économique éculé qui exige de détruire notre environnement physique pour créer de la richesse en papier. Cette institution, qui a comme mission de « recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital de ses déposants,»[4] a perdu près de 40 milliards $ en 2008 lors de la crise des Papiers Commerciaux Adossés à des Actifs (PCAA).

En continuant de placer notre argent dans des entreprises qui détruisent nos écosystèmes et en continuant de ne définir un rendement optimal qu’en terme monétaire, la CDPQ nous prépare des lendemains explosifs. Nous serons perdants de toutes les manières. À quoi bon des rendements financiers élevés si notre eau devient imbuvable, notre climat de plus en plus instable, nos terres agricoles contaminées et nos communautés endeuillées? Et qui peut nous assurer que les rendements attendus seront encore au rendez-vous dans quelques années? Ces placements sont aussi risqués que les fameux PCAA. « Si l’on met en place les mesures nécessaires pour rester en-deçà de 2°C de réchauffement, l’essentiel des réserves fossiles d’énergie devra rester sous terre. Ces réserves risquent par conséquent de perdre leur valeur écon1omique, tout comme, bien entendu, les compagnies qui les possèdent et les exploitent.[5]»

Les changements climatiques ou les déversements toxiques n’arrêteront pas à la frontière du Québec, qu’il soit souverain-associé ou pas. Nous avons, avec la CDPQ, une institution déjà souveraine qui pourrait nous servir à entreprendre la transition vers un monde moins énergivore. Personnellement, le fait de savoir qu’une partie de mes cotisations à la Régie des Rentes du Québec sert à entretenir une entreprise comme Enbridge m’indigne énormément. Qu’on ne m’offre pas le choix de pouvoir retirer ces cotisations et de placer cet argent dans des véhicules de placement ou des entreprises qui respectent mes valeurs m’indigne encore plus.

Un programme d’efficacité énergétique qui nous permettrait de diminuer notre facture d’électricité, ne serait-ce pas un rendement optimal ça aussi? Parce qu’enfin, entre quelques dollars de plus par mois dans nos poches ou la possibilité d’être au chaud ou au frais pour longtemps à coût réduit, il me semble que le choix devrait être évident. Développer l’auto-partage et les alternatives à la voiture solo sur l’ensemble du territoire, lutter contre les îlots de chaleur ou aménager des centres de partage d’outils, ce ne sont pas les projets inspirants qui manquent. Financer la transition vers une agriculture biologique à petite échelle qui nous permettrait d’atteindre une certaine autonomie alimentaire pourrait développer notre goût pour l’indépendance. Une indépendance qu’on pourrait savourer sans amertume dans un pays qui sentirait bon les effluves de la liberté.

Mme Marois nous a amplement démontré, depuis septembre 2012, que nous n’avions nul besoin de Stephen Harper pour nous maintenir dans la dépendance toxique aux hydrocarbures et  aux investissements douteux. Elle semble parfaitement capable de nous garder elle-même dans le marasme le plus total. Le Québec qu’elle nous propose ne ressemble en rien au Québec que nous voulons. Nous devons exiger que la CDPQ cesse d’investir l’argent de nos retraites dans les énergies sales. Nous devons aussi exiger que nos gouvernements cessent de dilapider l’argent public en subvention pour explorer le « potentiel » pétrolier d’un joyau comme l’île d’Anticosti.

Nous voulons un Québec libre de pétrole. En quelle langue nous faut-il le dire pour que vous nous compreniez ?



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Une réflexion au sujet de « Pour une indépendance envers les placements sales! »

  1. Serge Mongeau

    À quand des politiciens qui nous écoutent? Il y a bien Québec solidaire, mais le parti progresse si lentement. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, parce que ce qu’il propose a tellement de bon sens. Mais évidemment, son message ne passe pas beaucoup à la télé.
    Serge Mongeau

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