Bilan 2014 de la simplicité volontaire

La « simplicité volontaire » n’existe pas comme entité aux contours bien définis : il est donc impossible d’en faire un bilan véritable! C’est une philosophie, une attitude face à la vie, un mouvement d’idées, un éclairage pour nos choix, voire un courant social. Difficile donc à mesurer pour en tracer un portrait ou en tirer des conclusions.

Mais essayons-nous quand même, de manière forcément personnelle et subjective. Chacun et chacune pourra ensuite y apporter ses nuances ou exprimer ses désaccords et ses propres évaluations.

 

Un peu d’histoire pour situer le contexte

La notion de « simplicité volontaire » a vraiment connu son essor au Québec à la fin des années 90, suite à la publication de La simplicité volontaire… plus que jamais! de Serge Mongeau. Succès de librairie, le livre a propulsé et l’auteur et l’expression elle-même sur les tribunes et dans les médias. Si bien que la simplicité volontaire a fait son nid dans le dictionnaire de l’Office québécois de la langue française, que le terme « simplicitaires » pour désigner ceux et celles qui pratiquent la simplicité volontaire s’est graduellement imposé, et que le courant d’idée a peu à peu migré dans la francophonie à partir du Québec.

À partir de l’année 2000, diverses organisations ont cherché à diffuser la simplicité volontaire : au Québec, ce furent principalement le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) et le Groupe de simplicité volontaire de Québec (GSVQ). En Belgique, la diffusion s’est faite surtout par l’intermédiaire des Amis de la Terre. En France, de manière plus diffuse à travers des revues ou journaux comme Silence et La décroissance. Et un peu partout ailleurs en Europe, à travers divers groupes et publications dont nous avons présenté un survol dans le bulletin du RQSV Simpli-Cité de l’hiver 2007 sur le thème « Sommes-nous seulEs sur la planète simplicité volontaire? ».

 

Et en 2014?

Depuis quelques années, la « mode simplicité volontaire » semble devenue moins populaire : on en parle moins, les organisations (québécoises du moins) sont moins nombreuses ou actives, etc.

Pourtant, si l’effet de nouveauté est clairement passé, la réalité elle-même de la simplicité volontaire (sous cette appellation ou sous d’autres noms) s’est nettement enracinée à la fois dans la culture québécoises et dans la pratique de très nombreuses personnes de milieux très divers. Un relevé de l’utilisation de l’expression (ou de ses parents proches) dans les diverses publications (aussi bien dans les médias que dans les livres ou les films, les thèses universitaires, les discours politiques, etc.) suffirait à montrer l’influence durable qu’elle continue de développer. Car la simplicité volontaire est inséparable d’un certain nombre d’autres idées ou expressions qui font elles aussi leur chemin : décroissance, villes ou village en transition, remise en question de la société marchande, alternatives aux énergies fossiles, préoccupations écologiques, commerce équitable et local, alimentation biologique, préoccupations pour la ruralité et l’occupation du territoire, développer un autre rapport au temps ou à la productivité, ralentir ou le mouvement « slow », etc.

Dans cette « mouvance de la simplicité volontaire », 2014 aura été surtout marquée, pour moi, par les débats de plus en plus vigoureux autour de l’utilisation des énergies fossiles (pétrole surtout, à la fois celui des sables bitumineux et celui des gaz de schiste). Tant au Canada qu’au Québec, une véritable bataille de titans s’est engagée entre les populations et leurs gouvernements quant aux priorités du développement pour l’avenir. Si la majorité des gouvernements ont tendance à favoriser carrément le pétrole (Fédéral, Alberta, Saskatchewan), ou du moins à ne pas s’y objecter (Québec, Ontario, Maritimes), essentiellement pour des raisons économiques, les populations sont de plus en plus nombreuses, un peu partout, à s’opposer à ce développement irresponsable des énergies fossiles dans le contexte des changements climatiques. L’affrontement social qui a déjà commencé autour des grands projets de pipelines n’est qu’un début, tout comme le débat autour de l’exploitation éventuelle des ressources pétrolières sur l’île d’Anticosti ou dans le Golfe du St-Laurent.

L’autre enjeu majeur qui commence à faire son chemin dans l’espace public, c’est celui de la « décroissance » qui contient aussi, intrinsèquement, celui du rapport à la consommation. Le credo de la croissance illimitée est de plus en plus remis en question, même dans les facultés universitaires d’économie et de commerce. De toquade marginale d’écologistes ou d’intellectuels, la décroissance est peu à peu devenue un sujet légitime d’études et de débats même parmi les économistes classiques. En témoigne, parmi d’autres exemples, le grand débat public organisé par la Maison du développement durable le 21 octobre dernier, La croissance : solution ou problème, animée par le journaliste économique de Radio-Canada, M. Gérald Fillion et auquel participait l’ancien premier ministre du Québec, M. Bernard Landry.

Et même si mon dernier exemple vient plutôt des États-Unis, il me semble pourtant très significatif puisqu’il vient du cœur même de l’économie marchande, du capitalisme et de la libéralisation économique mondialisée. Joshua Becker, ancien pasteur qui a découvert la simplicité volontaire (qu’il appelle le « minimalisme ») en 2008 et qui n’a cessé depuis de faire connaître les richesses de sa découverte, d’abord sur son blogue (Becoming minimalist), puis à travers une lettre bimensuelle du même nom, se consacre maintenant à cette tâche à plein temps depuis un peu plus d’un an. Il faisait récemment le bilan de son année 2014 et la croissance d’intérêt pour le minimalisme est ici évidente et… chiffrée! Les visiteurs de son site Internet sont passés de 350,000 par mois à plus d’un million par mois; ses amis Facebook sont passés de 90,000 à plus de 200,000; ceux qui le suivent sur Twitter sont passés de 15,000 à 25,700; et il compte maintenant 14,000 abonnés (gratuits) à sa Newsletter bimensuelle. De deux choses l’une : ou bien il est un redoutable « vendeur », ou bien la simplicité volontaire (ou le « minimalisme ») correspondent de plus en plus à un besoin important.

Souhaitons que 2015 démontre, encore plus clairement, que la seconde option est bien la bonne.

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