Sur le chemin de la frugalité

Cet article concerne l’ouvrage en anglais « Muddling Toward Frugality. A New Social Logic for a Sustainable World », de Warren Johnson (Easton Studio Press réédition 2010 (1978))

La thèse principale de ce livre est que notre mode de consommation actuel est incompatible avec la survie de l’humanité à long terme. Ou nous opérons des changements majeurs dans nos façons de vivre, ou nous attendons les catastrophes qui nous y obligeront. L’auteur croit en la première alternative, en faisant l’hypothèse que nous y parviendrons petit à petit, en changeant lentement nos façons de faire, en rampant, « muddling ». Mais pour ce faire, nous avons besoin de temps. Et selon lui, c’est possible  ; son livre est donc fondamentalement optimiste, et irréaliste par moments  ; car depuis la première version du livre, nous voyons que le problème du réchauffement climatique est beaucoup mieux documenté et que ses effets négatifs s’accélèrent  ; or Johnson compte beaucoup sur le charbon pour faire la transition énergétique, et les technologies actuelles ne nous permettent pas encore d’utiliser cette énergie sans production importante de gaz à effet de serre.

Tout de même, le livre ne manque pas d’intérêt. La société vers laquelle il faudrait aller serait fort décentralisée et plus frugale. Selon l’auteur, les gens prudents devraient déjà faire des choix qui vont dans ce sens :

—   si possible, aller vers des emplois dans des entreprises qui ne sont pas dépendantes de beaucoup d’énergie et de matières premières  ;

—   apprendre à travailler de ses mains, à bricoler, à faire soi-même ses réparations  ;

—   prendre des mesures pour diminuer sa consommation et ses dépenses, comme mieux isoler sa maison, avoir une plus petite auto, demeurer proche de son emploi et des services… Donc, remettre en question la vie en banlieue.

Comme il prévoit la fermeture de nombreuses entreprises et donc la raréfaction des emplois, Johnson croit qu’«à partir de maintenant, toute personne qui laisse un emploi régulier pour un autre qui le retire du marché du travail fera un cadeau à la société ».

Ce livre est très américanocentriste  ; mais il reconnaît en même temps la responsabilité des Etats-Unis et des autres puissances occidentales dans la crise environnementale et dans les inégalités du monde actuel. En particulier, il s’interroge sur les effets qu’ont pu avoir la diffusion de nos systèmes d’éducation ainsi que la mondialisation du commerce. Sa vision de l’avenir du tiers monde est très pessimiste  ; il va même jusqu’à écrire que « aussi cruel cela puisse-t-il sembler, la chose la plus souhaitable (‘merciful’) qui puisse arriver pourrait être une quelconque catastrophe qui surgirait rapidement dans la demi-douzaine et quelque de pays qui sont désespérément surpeuplés, une catastrophe qui diminuerait leur population sous leur niveau actuel, rendrait plus facile les choses aux survivants et encouragerait les gens à changer d’attitude vis-à-vis des familles nombreuses. » Petite consolation, Johnson reconnaît que nous aurions beaucoup à apprendre des pays « sous-développés » :

—   Leur économie fonctionne à partir de ressources locales. Et ils ont beaucoup moins besoin d’énergies fossiles pour répondre à leurs besoins.

—   Ils sont bien adaptés à leur environnement. Par exemple, même après des siècles d’exploitation de leurs terres, celles-ci conservent le plus souvent leur fertilité.

—   Ils sont décentralisés et fonctionnent souvent à petite échelle. (Il faut ici noter que ce modèle est en train de changer rapidement, avec l’évolution vers l’agriculture d’exportation et la migration des paysans vers les grandes villes.)

Au total, l’auteur est optimiste. Nous pouvons, si nous le voulons vraiment, nous ménager un futur meilleur. « Par-dessus tout,  cela peut être une bonne vie. En effet, nous échangerons les grandes réalisations d’une société technologique à grande échelle pour des modes de fonctionnement à une échelle plus humaine. Une fois encore nous participerons à la grande aventure humaine, au lieu d’en être séparés et de chercher à la manipuler comme si nous étions des dieux de la technologie. Nous regagnerons un degré de stabilité qui permettra l’approfondissement de la culture et l’enrichissement de vies vécues simplement. Par-dessus tout, nous aurons l’assurance de savoir que notre relation avec l’environnement est soutenable, et que la Terre est une vraie demeure pour nous. »

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