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Notre essence quotidienne

Ce texte est d’abord paru dans L’Intérêt public, no 8, avril 2013.

Dans le règne animal, manger est toujours la préoccupation principale. Dans l’histoire humaine, ce fut longtemps aussi le cas et ce l’est encore pour une bonne partie des habitants de notre planète. À l’époque où nous étions des chasseurs-cueilleurs, toute la vie était orientée vers la quête de nourriture. S’il n’en avait pas été ainsi, la survie aurait été compromise. Avec la sédentarisation, les humains ont trouvé les moyens de contrôler la production de nourriture ; certains d’entre eux ont développé des techniques et des habiletés particulières pour le faire, si bien que progressivement, la majorité de la population est passée à d’autres activités. Surtout dans les pays occidentaux industrialisés, l’alimentation a suivi le modèle dominant et a été confiée à des entreprises de plus en plus gigantesques dans la production, la transformation et l’approvisionnement. Si bien que dans nos cités modernes, le lien est totalement brisé avec la nature, d’où proviennent nos aliments. Les gens ne savent plus comment est produit ce qu’ils mangent, par qui, dans quelles conditions ; de toute façon, ce qu’ils consomment s’éloigne de plus en plus de sa forme originelle, transformé par de multiples procédés physiques et chimiques.

Pour beaucoup de gens, l’alimentation est devenue une routine aussi nécessaire que le plein d’essence pour l’automobiliste. Manger est consommer des calories, du carburant qui nous permet de continuer à vivre et surtout à travailler. La médecine n’est pas étrangère à cette situation, elle qui décortique les aliments en divers nutriments qu’il faut consommer en doses bien mesurées.

Dans l’histoire humaine, manger a toujours été une fête, un moment de reconnaissance et de réjouissance, une occasion de partage et de rencontre. Aujourd’hui, ce n’est plus que dans de rares occasions qu’il en est encore ainsi. Nous vivons à l’ère des repas tout préparés en portions individuelles, avec les fours à micro-ondes qui permettent de les réchauffer à toute heure du jour. Finis les repas familiaux, les rencontres quotidiennes animées. On mange parce qu’il le faut, des aliments qui répondent plus aux impératifs de profit de ceux qui nous les vendent qu’à nos besoins nutritionnels, et qui en conséquence sont souvent loin de la diversité requise pour une saine alimentation, mais « enrichis » d’une foule de substances qui n’ont rien à voir avec nos besoins véritables.

Chez une marge croissante de la population, on sent un besoin de retrouver le vrai sens de l’alimentation. Établir un lien direct avec la nature en faisant pousser soi-même ses fruits et légumes, se rapprocher de celles et de ceux qui produisent nos aliments grâce aux marchés locaux ou à l’agriculture soutenue par la communauté (les paniers hebdomadaires), refuser les aliments dénaturés par les manipulations génétiques ou la chimie, s’inquiéter des conditions dans lesquelles travaillent celles et ceux qui produisent les aliments. Mais aussi retrouver la joie du partage, en multipliant les « pot lucks », les repas familiaux, les fêtes.

Il me semble que c’est là une façon de redonner un sens à nos communautés et de redécouvrir la vraie joie de vivre dont on s’est éloignés dans la frénésie de notre société de surconsommation.

Global Partage

Je participerai, cette semaine à l’Université du Québec à Chicoutimi, à l’Événement éco-conseil 2015 sur le thème « Nourrir le partage ».

Activité organisée chaque année par la cohorte des étudiantEs en éco-conseil, l’événement cherche à informer et à mobiliser le milieu (aussi bien étudiant que communautaire et même industriel) autour de questions touchant les questions d’environnement et de développement durable.

Cette invitation m’a permis de découvrir, avec beaucoup de curiosité et d’intérêt, un excellent documentaire dont je n’avais jamais entendu parler: Global Partage du réalisateur Dimitri Grimblat présenté en France sur la chaîne de télévision Canal+.

Ce film de 90 minutes propose un tour du monde des initiatives d’économie collaborative qui se sont développées à grande vitesse un peu partout sur la planète depuis que la technologie informatique est devenue largement accessible et que ses diverses applications pratiques se sont multipliées.

Je reprends ici la présentation de l’émission: « Les ressources de la planète qui s’épuisent, une crise économique qui devient une crise du système économique… Face à ce constat, des pionniers de plus en plus nombreux cherchent des pistes pour vivre mieux et de façon plus durable. C’est ainsi que l’idée du partage a fait son chemin jusqu’à devenir une petite révolution qui touche désormais toutes les activités. L’économie collaborative basée sur l’échange entre individus sans intermédiaires est en train de façonner un autre mode de consommation et de rapport aux autres. »

Et c’est vrai que ça touche tous les domaines de la vie: du transport (autos, vélos) au milieux de travail (bureaux pour travailleurs indépendants), de la nourriture (repas partagés) à l’alimentation (jardins collectifs urbains où chacun peut se servir), des cours universitaires gratuits aux échanges de livres, du logement à la revitalisation des quartiers par des petits entrepreneurs, des laboratoires d’exploration à la fabrication d’automobiles en modèle « open source », de l’agriculture aux banques alternatives, bref, il est peu de domaines où l’économie collaborative n’est pas en train de défricher de nouvelles façons d’être-au-monde.

Ce documentaire, très attrayant et facile d’accès au niveau de sa structure et de sa présentation visuelle, permet de découvrir un monde dont la plupart d’entre nous ne soupçonne même pas l’existence. Et le grand avantage du film, c’est de montrer que la plupart des idées qui sont défendues dans ce Carnet trouvent des applications pratiques qui sont vraiment expérimentées concrètement aussi bien au Nord qu’au Sud. Et de voir ces idées en action ne peut être que très stimulant!

C’est Antonin Léonard, l’un des principaux promoteurs de cette économie collaborative en France et fondateur de l’organisme « Oui share », qui nous sert de guide à la rencontre de très nombreux entrepreneurs sociaux à l’origine d’initiatives les plus diverses. Pour lui, nous assistons à une véritable « révolution en marche, qu’il nous faut maintenant encourager, accompagner et diffuser ».

Le film est aussi l’occasion de rencontrer et de découvrir tous ces innovateurs sociaux, hommes et femmes, de même que les organismes qu’ils ont fondés, les sites Internet qu’ils ont mis en ligne, les livres ou documents qu’ils ont produits, etc. Une vraie mine de renseignements précieux qui permettent de suivre chaque piste autant que l’on veut…

Je n’en dis pas plus: allez visionner le film qui est, heureusement, disponible en visionnement libre sur Internet (ce qui est, il faut l’avouer, en parfaite cohérence avec le discours de partage qui est au cœur du documentaire).

En terminant, je dois avouer que ce film m’a amené à reconsidérer sérieusement ma vision de la technologie numérique et des récents développements technologiques. Alors que jusqu’ici, j’en voyais surtout les conséquences potentiellement négatives (tout en admettant, bien sûr, qu’ils avaient aussi des côté positifs), je dois admettre que Global Partage m’a fait réaliser concrètement qu’une foule de ces initiatives nouvelles et potentiellement révolutionnaires (dans le sens d’une société plus participative et collaborative) n’ont pu naître qu’en raison même de ces technologies.

De même, l’un des grands reproches que je faisais aux ordinateurs et aux réseaux sociaux (celui d’isoler très souvent les individus dans un monde virtuel au détriment des rencontres réelles avec de vraies personnes autour d’eux) s’avère être aussi remis en question par le documentaire. Celui-ci montre en effet que la technologie, à travers ses moyens « virtuels », peut aussi contribuer directement à provoquer de nouvelles formes de rencontres « en personnes », inédites jusqu’ici et tout aussi riches que les anciennes. Les i-phones pour nous sortir de notre individualisme? Mettons que c’est tout nouveau pour moi! Et peut-être prometteur, qui sait?

Enfin, l’une des découvertes les plus fascinantes, pour moi, de ce documentaire est la remise en question de la notion même de « propriété » que cette économie collaborative est en train d’amorcer. Non pas que tout soit gratuit dans cet univers virtuel, bien qu’énormément de choses le soit encore, comme le voulait la dynamique d’origine de l’Internet. Mais la vraie remise en question de la « propriété » semble venir plutôt de la conjonction de deux facteurs économiques fondamentaux:

  • une crise systémique de la mondialisation capitaliste, créée à la fois par les crises économiques successives, par l’accroissement des inégalités, par les culs-de-sac de la croissance illimitée et par les déceptions apportées par l’abondance matérielle;
  • les possibilités de collaboration jusqu’ici inaccessibles engendrées par la révolution technologique et informatique des 20 dernières années.

Et la conjonction de ces deux facteurs rend non seulement possible un nouveau modèle de collaboration (par opposition à la compétition favorisée par la propriété privée des connaissances, des produits et des moyens de production), mais le développement des outils informatiques (et la culture qui s’en dégage) semble favoriser le partage (le plus souvent gratuit) des savoirs (voir tout le développement et la culture des logiciel livres, des codes « open source », des outils collaboratifs « wiki », etc.).

Regardez le film: vous ne le regretterez pas! Et j’aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé… Et si vous trouvez que mes impressions sont trop optimistes…

 

 

 

 

 

Ce bon vieux Père Noël, parlons-en donc!

Il y a des parents qui boycottent toute idée de Père Noël. Je fus de ce nombre. Est-ce que c’était ce qu’il fallait faire? Je ne le sais pas encore. Faudrait que je consulte mes deux grands. 

Il y a aussi (il y en a beaucoup!) de ces parents qui se font un plaisir énorme à  reconstituer les étapes classiques, ces démarches obligatoires pour satisfaire aux exigences du Père Noël : 1.- Être sage 2.- Mettre biscuit et verre de lait sur la table 3.- Dormir comme à l’habitude 4.- Au lever : Découvrir le verre vide, le biscuit croqué, … et beaucoup de cadeaux sous le sapin. Et tous les adultes de la parenté, amusés, de se faire des clins d’œil complices. Et ce qui fait  le plus plaisir à observer, c’est le comportement des plus vieux, les enfants de 4-5 ans qui commencent à se douter de quelque chose mais qui inventent des réponses abracadabrantes aux problèmes existentiels que leur pose ce Père Noël qui ressemble tellement à oncle François, Bertrand, ou Jean-Pierre. 

Puis, il y a les parents (et adultes en général) qui n’ont jamais vraiment arrêté de croire au Père Noël.  Vous ne me croyez pas?

Je vous parle de ceux-là qui croient que s’ils se lavent bien les dents à tous les jours, sortent le bac vert à chaque semaine, gèrent  leur budget efficacement, qui croient que ça suffira pour que le Père Noël de la prospérité, de la paix, de la démocratie, débarque chez eux. Oui, ces adultes qui n’ont jamais le temps de s’impliquer socialement croient dur comme fer que le Père Noël fera quand même tomber sur leur petite famille sécurité sociale, assurance-maladie, assurance-emploi, pensions fédérale et provinciale, CSST, Assurance- automobile, bon fonctionnement de tous les Ministères et de tous les services gouvernementaux, du municipal au fédéral. 

Pour ces gens apolitiques, le Père Noël s’appelle « Yvon ». Le système de santé va mal? « Yvon » s’en occuper! Rien de va plus en Éducation? « Yvon » s’en occuper! Nous devenons trop obèses? « Yvon » trouver une solution! 

Blague à part, j’observe que bien des gens se disent tout à fait impuissants devant les situations déplorables et complexes qui sont les nôtres aujourd’hui. Pourtant, une démocratie en santé suppose l’effort de tout un chacun. À sa mesure. Avec son jugement. Avec sa participation assidue à un parti politique, lors d’une consultation publique, au sein d’un groupe communautaire, etc. 

Et ça me fait penser aux Initiatives de Transition(…vers un monde moins dépendant du pétrole) où l’on invite les gens à s’investir en se donnant de tous petits objectifs concrets, faciles à réaliser, à la portée de tous : réparer les vélos, apprendre à cuisiner, partager ce que l’on sait, amuser des enfants, saluer ses voisins, jardiner avec les vieux, bref : reprendre pied dans son milieu, sa rue, son quartier. 

Je ne crois pas au Père Noël, mais j’aime bien l’idée de se fabriquer ensemble nos cadeaux de Noël. 

Diane Gariépy

 

 

 

Les fiducies foncières communautaires : parce que la terre n’est pas une marchandise!

La spéculation foncière a rendu l’accès à la propriété, au logement locatif et aux terres agricoles de plus en plus difficile ces dernières années. Certaines familles engloutissent plus de la moitié de leur revenus pour se loger pendant que  d’autres personnes qui  aimeraient pouvoir  se consacrer à l’agriculture biologique n’y parviennent pas en raison du coût excessif des fermes ou y arrivent au prix d’un endettement important. Pendant que certaines personnes collectionnent les maisons de ville, les maisons de campagne, les chalets ou les  propriétés à revenus,  d’autres n’ont nulle part où loger. Des quartiers entiers sont construits sur des terres agricoles parmi les plus fertiles du Québec parce qu’il est plus payant à court terme d’y construire des maisons que d’assurer notre sécurité alimentaire. Les petites fermes familiales sont rachetées par des grandes entreprises ou des institutions financières qui  accroissent la productivité et les rendements par l’utilisation massive d’engrais chimiques et de pesticides, et ce pour enrichir les actionnaires et les dirigeants au détriment de la biodiversité, de l’environnement et du climat.

À l’heure où nos gouvernements ne semblent plus avoir, comme projet de société, que l’austérité à nous proposer, il est difficile d’entrevoir comment ces tendances pourraient être inversées?  Un livre qui vient de paraître aux éditions Écosociété pourrait nous fournir un outil important pour nous aider à prendre la relève d’institutions depuis longtemps impuissantes à nous assurer un abri et de la nourriture saine. Ce modèle, la fiducie foncière communautaire (FFC), qui vise à soustraire le sol aux marchés et à la spéculation, nous vient des Etats-Unis et commence à gagner du terrain même en Europe. Le  « Manuel d’antispéculation immobilière », est constitué de textes de plusieurs auteurs tirés de la monumentale anthologie The Community Land Trust Reader, sous la direction de John Emmeus Davis. Quelques textes sur les expériences européennes et l’exemple de l’organisme Protec-Terre au Québec complètent ce guide pratique qui intéressera quiconque veut sortir des logiques destructrices actuelles.

Le livre commence par une présentation de la philosophie et des penseurs qui ont permis à ce modèle de s’enraciner chez nos voisins du sud. On y découvre une histoire riche et passionnante avec des précurseurs comme Henry Georges ou Ebenezer Howard qui comprennent, dès la fin du XIXe siècle, l’importance de la propriété foncière dans l’accumulation de la richesse. On y fait la rencontre de Ralph Borsodi qui fonda une communauté au nord de New York avec une trentaine de famille dès 1936. On y découvre aussi Bob Swann, un activiste pacifiste, qui s’allie à Slater King, très impliqué dans la lutte contre la ségrégation raciale, pour  trouver une solution au « vaste problème des noirs chassés de leurs terres »[1]. Ils fondèrent ensemble New Community Inc. « une organisation sans but lucratif qui détiendra des terres dans une fiducie à perpétuité pour l’usufruit permanent des communautés rurales ».[2]

C’est une histoire semée d’embûches que celle des fiducies foncières communautaires. Elles ont  fini par essaimer pendant les années 80, grâce aux efforts d’un grand nombre de personnes. Plusieurs organisations aidèrent à diffuser et promouvoir le modèle à l’aide de livres, films, trousses de formation et de documents-types. Ces organismes ont réussi à faire inclure dans une loi fédérale, en 1992, la définition d’une FFC, facilitant la dissémination du modèle et permettant l’utilisation de sommes versés par le gouvernement fédéral en soutien au logement abordable. On apprend, dans un chapitre ultérieur, que le modèle de FFC arrive à loger près de deux fois plus de gens que les subventions classiques d’aide à l’accession à la propriété.

Plusieurs pages sont consacrées à éclairer les différentes manières d’envisager l’intendance de la terre depuis l’émergence de l’agriculture. Une petite histoire de la propriété privée et publique, hier et aujourd’hui, rappelle que deux visions de la terre s’entrechoquent depuis les débuts de la civilisation. L’une de ces visions prédomine pour le moment. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, 75% des terres privées sont détenues par 5% de propriétaires fonciers. Cet accaparement est parfois le fait d’individus mais ce sont surtout des compagnies et des grandes entreprises qui achètent de larges portions du territoire.  Souvent éloignés ou absentes, ces entreprises privent les communautés du pouvoir de décision quant à l’usage qui est fait des territoires qu’elles habitent.

La FFC vise à résoudre ces problèmes en détenant « des terres et des terrains au bénéfice d’une communauté et des individus qui la composent. »[3] En plus de retirer les terres et les terrains du marché, la FFC  met l’accent sur l’autonomisation des communautés et  l’apprentissage d’un usage respectueux de la terre. La structure démocratique des FFC et la composition particulière du conseil des fiduciaires distingue celle-ci des autres types de fiducies. En assoyant ensemble « des personnes qui résident sur le terrain détenu par la FFC, de personnes qui résident à l’extérieur de la FFC, mais dans la communauté environnante, et de personnes représentant l’intérêt public », [4] la FFC n’est ni une commune, ni une enclave.

 

La partie suivante nous présente les principes tels que la redistribution de la plus-value et les différentes manières dont on peut les appliquer.  Le partage des responsabilités et des risques, la protection de la qualité des habitations ou des sols, l’importance d’éduquer les membres à la bonne intendance sont d’autres considérations détaillées dans ces chapitres. On nous y relate aussi le développement de deux fiducies agricoles, soit la ferme Caretaker au Massachusetts et la ferme Cadet-Roussel à Mont-Saint-Grégoire. On y comprend l’importance de préserver les fermes pour les fermiers plutôt que pour la construction de nouveaux quartiers ou pour les besoins des villégiateurs. Les difficultés et les défis de la perpétuité ainsi que les échecs, rare mais jamais impossible, évitent de donner l’illusion que la FFC est une solution magique et facile à implanter.  La dernière partie dresse une esquisse des Community Land Trust en Belgique et en France.

Le  « Manuel d’antispéculation immobilière » est un guide qui donne de l’espoir. Il nous démontre que la résistance aux sirènes de la marchandise peut porter fruit. En mettant un terme à la spéculation et en empêchant les sols d’être revendus, les FFC peuvent offrir une alternative à long terme au problème de l’accaparement des « Communs » par quelques-uns. Ce qui  nous a été enlevé, nous pouvons le reprendre. Que ce soit l’usage respectueux de la terre, la réappropriation de notre droit de parole ou celui d’être responsable envers les générations futures. Ce livre est décidément à lire.

 

P.S. : Le GRIP-UQAM et  Aliments d’ici, en collaboration avec Protec-Terre,  tiendra une journée d’information sur les fiducies foncières communautaires le 30 novembre 2014 à la salle de la Chaufferie de l’UQAM au 145 avenue du Président Kennedy à Montréal. L’événement débutera à 12h00 pour se terminer vers 17h00. Plus d’infos en suivant ce lien :

 

http://alimentsdici.info/fiducies30nov

 

 

 

 

 

 

 



[1] John Emmeus Davis et autres, Manueld’antispéculation immobilière, Une introduction aux fiducies foncières communautaires, Editions Écosociété, Montréal, 2014. P. 31

[2] P. 34

[3] P.77

[4] Idem p.77

Vive les moches!

Vive les mochesJ’ai le goût d’une chronique plus légère et plus optimiste, pour une fois :-) !

Et c’est un ami qui m’en a donné l’idée (merci Raoul!) dans un récent courriel (moi qui peste tellement souvent contre ces innombrables courriels: comme quoi on n’échappe pas à ses contradictions ;-)

Je veux donc juste partager l’excellente idée qu’a eue la chaîne Intermarché, bientôt suivie par d’autres gros joueurs de la distribution alimentaire française comme Auchan et Monoprix: revaloriser et rendre disponibles les fruits et légumes « hors calibre ».

Comme on sait, ces fruits et légumes, écartés par les producteurs eux-mêmes parce qu’aucun distributeur (et supposément aucun consommateur) n’est intéressé par autre chose que des « parfaits », représentent plus de 30% du gaspillage alimentaire annuel: trop gros, trop petits, tachés, difformes, etc.

Encore une fois, il suffisait non seulement d’y penser (car les bonnes idées manquent rarement) mais surtout de trouver la volonté politique, sociale ou commerciale pour oser prendre l’initiative.

Au Québec, on en a des exemples récents et remarquables: le tournant pris, à l’initiative de la chaîne d’alimentation Métro, vers l’utilisation systématique de sacs de provisions réutilisables. Cette habitude, déjà bien implantée dans plusieurs pays, n’arrivait pas à faire sa place ici: on en parlait depuis des années, un député provincial en avait même fait sa campagne personnelle, tout le monde préférait s’en remettre à la sensibilisation des consommateurs et aux choix individuels de ceux-ci. Jusqu’à ce que Métro décide de plonger sans plus attendre en fabricant ses propres sacs réutilisables (excellente idée de marketing: pourquoi pas joindre l’agréable à l’utile?) et en fasse systématiquement la promotion. Moins d’un an après, toutes les grandes chaînes d’alimentation avaient emboîté le pas (concurrence, quand tu nous tiens! Mais pour une fois, pour la bonne cause!) et il reste maintenant très peu de sacs en plastique qui ne soient pas devenus au moins « biodégradables » à des degrés divers.

Autre exemple: la décision audacieuse des autorités de l’Université de Sherbrooke de décréter unilatéralement (et de défrayer elles-mêmes) la gratuité du transport en commun pour tous leurs étudiants et leurs personnels. J’en ai parlé brièvement dans un blogue portant sur le leadership, c’est-à-dire la capacité de « voir demain dès aujourd’hui »: non seulement cette audace s’est révélée avantageuse pour l’Université même sur le plan financier (elle qui déboursait pourtant près d’un million par année pour offrir ce service qu’elle n’était en rien obligé d’offrir), mais elle a également eu pour conséquence de contribuer indirectement de manière significative à la revitalisation du centre-ville de Sherbrooke.

Revenons donc à nos « moches » de départ: oser distribuer des fruits et légumes qui devraient, a priori, être boudés par les consommateurs. Même si l’idée était pleine de « bon sens » au niveau de l’écologie, il fallait quand même le faire au niveau commercial!

Comment? Comme dans tellement d’autres domaines, en décolonisant nos esprits de consommateurs. Si nous avons « appris », à travers les années (et les campagnes de marketing!), que seuls les fruits et légumes parfaits étaient désirables, voire même mangeables (comme on a très longtemps « appris » que fumer était désirable et souhaitable), alors il est également possible d' »apprendre » autre chose. Et entre autres, que « les moches » sont non seulement mangeables, mais qu’ils peuvent même devenir désirables (le prix moins élevé jouant ici son rôle). Et ça a marché!

Les promoteurs de la campagne ont même poussé la chose un peu plus loin en développant carrément un logo commercial pour l’ensemble de ses produits non conformes. S’appuyant sur l’important symbole que représentent en France les « gueules cassées » (les militaires de la première Guerre mondiale défigurés au combat), ils ont créé le logo « Quoi, ma gueule? » qui, bien sûr, peut être compris de plusieurs manières, mais qui ont toutes en commun de questionner nos habitudes et nos préjugés spontanés.

Ce qui peut éventuellement être utiles à bien d’autres qu’aux pommes ou aux carottes atypiques!!!

Bref, décolonisons nos esprits et osons! Les domaines d’application de ces deux consignes sont proprement illimités!

 

Faut-il pleurer, faut-il en rire?

Au moment où les forages ont commencé à Anticosti et où « un premier convoi ferroviaire de pétrole lourd »[1] a circulé le 19 juillet 2014 sur le chemin de fer de la rive-sud en direction de Sorel-Tracy, d’où on l’expédiera peut-être outre-mer par cargo, une « bonne nouvelle » **sarcasme** nous est enfin parvenue.  Notre eau potable sera « protégée affirme le gouvernement du Québec  dans son « nouveau règlement sur la « protection » des sources d’eau potable présenté [hier] par le ministre Heurtel. » [2] [version administrative du règlement – PDF]

Alors que certaines municipalités se battaient pour qu’il n’y ait pas de forages pétroliers à moins de deux kilomètres d’une source d’eau potable, notre hilarant gouvernement libéral nous informe que 500 mètres, c’est bien suffisant comme protection pour une ressource qui est encore loin d’être rare. On aimerait bien que ce soit une blague, vu que l’annonce nous est parvenue quelques jours avant la fin du « Festival Juste pour rire », mais il semble que ce « règlement » ne faisait pas partie de la programmation de cet événement estival.

Pourtant! Un adulte est composé à 65% d’eau.  Et la quantité d’eau totale qu’on retrouve sur la terre est restée inchangée depuis son apparition il y a quatre milliard d’années. Les molécules d’eau que nous buvons présentement sont en grande partie les mêmes que celles que buvaient les dinosaures il y a plusieurs millions d’années. Ces molécules ont parcouru les mers, les lacs, les rivières, les nappes phréatiques.  Elles ont pris la forme de glaciers, de givre, de brouillard, de gouttes de rosée ou celle de certains de nos ancêtres, de plantes, de forêts ou d’animaux qui y vivaient. Comme l’écrit Mike Nickerson dans son livre « Life, money and illusion », « vous avez peut-être partagé votre breuvage avec chaque forme de vie ayant vécu sur Terre. »[3]

Qui peut ainsi traiter l’eau de manière aussi désinvolte ? Notre eau est déjà passablement contaminée par toutes sortes de polluants organiques persistants qui s’accumulent dans nos graisses corporelles et qui mettent en danger notre santé et celle des espèces qui partagent cette planète avec nous. Faut-il en plus que nous prenions le risque d’y retrouver les nombreux produits chimiques qui composent la recette secrète utilisée par l’industrie pétrolière lors de la fracturation hydraulique ?

Comment comprendre qu’une partie de la population se laisse traiter comme si elle était un dépotoir ? Car c’est bien une forme d’automutilation que nous pratiquons lorsque nous laissons les sociétés extractives déverser des produits toxiques dans notre environnement. Certaines cellules dans notre corps se renouvellent à un rythme plus ou moins rapide, dont une partie de l’eau qui nous constitue. Quand nous laissons l’eau être maltraité, c’est nous-mêmes que nous maltraitons. Un individu qui afficherait de telles tendances suicidaires se retrouverait rapidement ligoté dans une camisole de force chimique ou traditionnelle. Mais lorsque nous avons affaire à des « personnes morales » immorales, la liberté d’entreprendre et les promesses de création de richesse ou d’emplois temporaires semblent suffire pour accorder une absolution inconditionnelle à ces virtuoses de l’hypnose collective.

Pour ajouter à l’humour, au début de juillet, le Réseau Environnement suggérait « de limiter les douches à cinq minutes et de ne pas faire couler l’eau du robinet lorsqu’on se brosse les dents. »[4] Je suis, quand ceux-ci sont conséquents, une partisane enthousiaste des petits gestes. J’ai déjà récupéré mes eaux grises pour faire fonctionner ma toilette la nuit. C’était avant la ruée vers les pétroles non-conventionnels comme les pétroles de schistes et les sables bitumineux.

Entre gaspiller l’eau et l’empoisonner, il y a plus qu’une marge, il y a plusieurs bassins de décantation où la colère en train d’exploser le dispute aux résidus toxiques.  La présente politique de « protection » de l’eau du gouvernement du Québec  est parfaitement ridicule et inconséquente. Je recommencerai à économiser l’eau quand nos dirigeants cesseront de prendre le risque de la laisser contaminer par leur soif de richesse et d’or noir. Les petits gestes doivent être appuyés par des politiques cohérentes!

Il y a des limites à rire des gens! Vivement la fin de ce délire pétrolifère!



[1] Début des convois de pétrole lourd sur le territoire de la MRC Marguerite-d’Youville – La Relève
[2] Eau potable et pétrole : l’équipe Couillard joue à la roulette russe avec la santé des Québécois – Greenpeace
[3] Mike Nickerson, Life, money and illusion, New Society publishers, Gabriola Island, 2009, p. 35 (traduction libre de : In fact, you may well have shared your drink with every form of life that has ever lived on Earth.)
[4] Les Québécois invités à économiser l’eau potable – La Presse

Un groupe de simplicité volontaire à découvrir!

Nous avions rêvé, en fondant le Réseau québécois pour la simplicité volontaire ou RQSV en avril 2000, que le Québec se couvrirait d’équipes locales ou régionales qui, chacune à leur façon, feraient la promotion de la simplicité volontaire.

Même si de nombreuses équipes ont vu le jour et fonctionné au fil des ans, un peu partout et plus ou moins longtemps selon le cas, force est de constater qu’il ne reste plus qu’un seul « irréductible village », à la manière des valeureux Gaulois d’Astérix: le Groupe de simplicité volontaire de Québec ou GSVQ!

Né en même temps que le Réseau et concentrant ses activités dans la grande région de Québec, le GSVQ a réussi, malgré des périodes plus difficiles, à maintenir un niveau d’activités et d’interventions tout à fait remarquable, grâce à la fois à un bon noyau de simplicitaires persévérants et à une capacité de recruter de nouveaux membres intéressés non seulement à « consommer de la simplicité volontaire » (!) mais à y prendre aussi des responsabilités.

Presque 15 ans plus tard, il est impressionnant de naviguer sur leur site Internet et d’y trouver autant de ressources variées: bulletin Simplement vôtre dont on vient tout juste de publier le 30e numéro; riche centre de documentation écrite et audio-visuelle (documents téléchargeables et bibliographie, ou textes et vidéos, parfois en traduction); ensemble d’interventions dans les médias; etc.

D’ailleurs le GSVQ, dont Pascal Grenier est depuis le début l’un des principaux piliers, a bien d’autres cordes à son arc (ou fleurons à son palmarès)! En plus des nombreux ateliers, séries de cours et conférences qu’il a organisés depuis sa fondation, on peut dire que le groupe de Québec a été le premier initiateur des « colloques annuels » qui ont été organisés, presque chaque année depuis 2000: le premier comme le dernier de la série ont justement été organisés par eux à l’Université Laval, en octobre 2001 et en novembre 2013.

De plus, le GSVQ a produit, pendant plusieurs années et encore en 2013-2014, une émission de radio hebdomadaire d’une heure (faut le faire!) à la radio communautaire CKRL, En toute simplicité, animée actuellement par Jean Cloutier qui agit aussi, depuis le début de 2014, comme nouveau coordonnateur du GSVQ.

Enfin, loin de se contenter de propager des idées (même quand elles sont excellentes!), le GSVQ a depuis toujours cherché à réaliser des projets concrets ou à proposer des outils pour changer les comportements: partenariats avec des universitaires pour orienter des recherches sur des problèmes liés à la simplicité, recyclage de tasses ou de chandails pour publiciser la simplicité volontaire, fabrication et vente d’objets écologiques »: sacs réutilisables pour faire son marché (avant que les chaînes d’alimentation proposent leurs propres sacs!) composteurs domestiques (avant que la Ville de Québec prenne en charge cette question), écobarils, etc.

Ce côté « entrepreneurship » de nos amiEs simplicitaires de Québec (qui, avouons-le, agaçait un peu les intellectuels puristes de la simplicité volontaire de Montréal :-) !) a quand même connu du succès et contribué à autofinancer largement le travail du GSVQ. Celui-ci n’a d’ailleurs jamais hésité à partager généreusement les fruits de ses efforts avec l’équipe montréalaise du RQSV!

Bref, chapeau et longue vie au Groupe de simplicité volontaire de Québec! Et n’hésitez pas à les visiter sur le web: vous ne regretterez pas le détour.

Vacances 2014

Déjà le temps de penser aux vacances d’été? Eh oui, c’est avec la tuque sur les oreilles que nous commençons déjà à rêver d’un été ensoleillé. Ah, les vacances! Pouvoir s’évader de la prison du métro-boulot-dodo! Mais OÙ aller, cette fois-ci??

Peut-être en profiter pour relocaliser ce long congé? Il arrive que ce que nous appelons « Les vacances » consiste davantage à vouloir vivre sans sa montre pour réapprendre à voir et ressentir pleinement la poésie du moment présent qu’à ressentir le besoin de se déplacer « pour changer d’air ».

Aller moins loin, voire même s’organiser pour « voyager » en  revenant chaque soir dormir chez soi après de petites pérégrinations? À chaque jour des vacances, prendre le temps de goûter la poésie des petits riens, et redécouvrir ce qu’on ne voyait plus, à cause du stress ambiant?

Je connais un Montréalais qui a déjà passé son mois de juillet à « découvrir » sa ville, Montréal, ses différents quartiers, l’architecture de ses lieux, marchés publics, bibliothèques, jardins, Maisons de la culture, cinémas, etc. Il s’est même payé une visite guidée en compagnie de touristes américains et a trouvé l’expérience très enrichissante. 

On peut aussi sortir ses pinceaux et son aquarelle, son fusain et sa tablette, son crayon et son efface. Garanti qu’à chaque nouveau pas, la perspective sera différente et offrira un « dépaysement » certain. Même expérience à tenter avec son appareil-photos…

Promenades à vélo? Se lever tôt et partir avant que la ville s’éveille. Sentir l’aube et la rosée. Admirer les premières lueurs. Rouler ainsi pendant des heures. Dîner sur un promontoire et observer la ville qui grouille en bas. Revenir chez soi, une douche, un roman et une bière sur le balcon.

Promenades à pied? Expérience toute autre. On a alors le temps de voir les détails, de s’attarder pour parler aux passants, de prendre quelques notes dans un carnet. De fureter un peu partout : entrer dans une galerie d’arts, visiter un musée, flatter un chat, fredonner un air (et prendre la résolution d’en chercher les paroles exactes en revenant à la maison). Décider sur un coup de tête de changer de direction pour aller visiter une copine.

Organiser une chasse aux trésors avec des enfants. En ville, les initier au transport en commun. Étonner des ados par des circuits thématiques de son cru: Aller saluer les aînés de sa petite localité, trouver les noms des fleurs sauvages, visiter l’Hôtel de Ville, suivre le parcours journalier d’un jardinier-maraîcher. Partir en excursion familiale et dormir à la belle étoile. Monter sur le toit de la maison pour admirer « les Pleurs de Saint-Laurent » quand, au mois d’août, il y a affluence d’étoiles filantes.

S’offrir un point de vue panoramique avec des amis pour observer un coucher de soleil et y rester jusqu’à l’aube pour admirer le lever du soleil, puis aller déjeuner copieusement.

Passer son mois de juillet à prendre amoureusement soin d’un carré de jardin. Apprendre à cultiver la patience. Bénir le ciel quand le soleil brille et aussi quand il pleut. Comprendre la nécessité de retourner à la terre les pelures de patates, les herbes flétries, les feuilles mortes. Dire merci à la Terre si généreuse. Se concocter des salades de laitues croustillantes avec des fines herbes fraîchement coupées.

Pourquoi vous parler ainsi des vacances dans Wô les Moteurs? Eh bien, c’est parce que nous vivons à une époque de consommation effrénée qui nous mène tout droit vers des catastrophes horrifiantes : dérèglement climatique, fin du pétrole à bon marché (donc, augmentation du coût de l’essence, des médicaments, des aliments, etc.). Restreindre sa consommation de pétrole en réduisant les distances à parcourir pendant les vacances fait partie de ces milliers de petits gestes qui, lorsqu’ils sont multipliés par X milliers de personnes permettent de repousser l’arrivée des catastrophes et d’expérimenter des alternatives fort agréables.

Nous sommes des milliers et des milliers de personnes engagées dans une transition vers un monde moins dépendant des énergies fossiles. Nous cheminons vers une vie plus simple, plus dégagée du fla-fla inutile. Nous avons décidé d’accorder plus d’importance, au quotidien, à notre milieu de vie immédiat en encourageant les commerces de notre localité, en établissant des liens avec les fermiers des alentours et en prenant des vacances inoubliables… à proximité.

 

La simplicité volontaire, ce n’est pas niaiseux!

Un petit bijou, cet article du périodique français La décroissance (- Page 7- No 101- Juillet-août- 2013). Le titre : Éloge de la simplicité. L’auteur: Pierre Thiesset.  Avions demandé la permission de reproduire l’article mais cela nous a été refusé : La revue tient à vendre sa production. Les bonnes revues ont peine à se financer. Alors, je me contenterai ici d’en commenter certains extraits. Dont l’introduction :

La rubrique simplicité volontaire est sans aucun doute l’une des plus appréciées du journal. De nombreux lecteurs la lisent en priorité et disent s’inspirer de ces parcours singuliers. D’autres, politiques « sérieux », raillent volontiers ces démarches jugées individuelles, culpabilisantes, insignifiantes. Et pourtant, il y a bien plus de subversion dans le choix de « dépenser le moins d’argent possible pour ne pas avoir à en gagner » que dans tous les discours réunis des candidats aux dernières présidentielles.

Et Vlan sur la noix!  Je suis bien d’accord avec l’auteur. Le capitalisme se nourrit de notre consommation de plus en plus… ostentatoire. « Achète, jette, et rachète encore! ». C’est ce que nous semblons avoir si bien intériorisé.

Dans une société qui fait de l’expansion son unique finalité, chacun doit se mobiliser pour absorber la surproduction croissante. C’est le seul moyen de ne pas faire fléchir la sainte courbe du PIB. Les discours politiques dominants ne font que rejoindre l’injonction des publicitaires. « Nous avons changé d’heure… Mais avez-vous changé de montre? »,  bande de ringards qui ne renouvellent pas deux fois par an leurs menues menottes?  Changez de vie, changez de voiture, quitte à vous endetter ».

On croit entendre le Moïse de l’Ancien Testament qui redescend du Sinaï, indigné au possible par les comportements de son peuple. D’où l’expression « Faire une sainte colère ».

Ne me libère pas, je m’en charge

À l’opposé de cette vision cauchemardesque de l’homme réduit à l’état unidimensionnel d’outil et de tube digestif, de travailleur et de consommateur, de rouage vide tout entier dévolu à une méga machine qui nous dévore tel un Moloch, quelques dissidents osent dire stop. La vie est ailleurs. 

Et comment! Oui,  la vie est ailleurs. Ça me rappelle Félix Leclerc : « Dans l’ train pour Sainte-Adèle Y avait un homme qui voulait débarquer Mais allez donc débarquer Quand le train file cinquante milles à l’heure Et qu’en plus vous êtes conducteur! »

Refuser de se soumettre aux sommations à la consommation, c’est s’offrir un temps autonome, hors marché. Un temps pour créer, cultiver son jardin, réparer son vélo, autoproduire, récupérer, lire, rencontrer, discuter, contempler… 

Attention : Il ne s’agit cependant pas de se limiter à « ça ». Il faut parfois se mobiliser à plusieurs et s’indigner, revendiquer, en subir les contrecoups comme Gandhi et Mandela…

Pour une société alternative, il faut du miel (vivre déjà le but que l’on poursuit) et malheureusement aussi  il faut bien vivre aussi avec le fiel des batailles sociales. Rien n’est vraiment donné.

La vertu libératrice de la pauvreté est célébrée depuis les sagesses les plus ancestrales. Pour s’élever, il est nécessaire de se délester. Ainsi chez Platon : « Toute activité doit culminer dans le repos absolu de la contemplation », écrit Hannah Arendt.

Ici, la « pauvreté » n’équivaut pas à la « misère ». Les tenants de la simplicité la disent « volontaire » par opposition à la misère contre laquelle nous devons tous nous mobiliser. Et cette « pauvreté » volontaire n’a rien à voir avec le masochisme, ou l’avarice (notre Séraphin).

Aussi, nous observons une mutation : Du  choix de « x » personnes de classe moyenne qui optent pour vivre avec peu, nous passons tranquillement au choix d’une société de simplicité de plus en plus « obligée  par les circonstances ». Ces « circonstances », on les connaît bien: limite des ressources de notre planète, augmentation effrénée de notre soif de consommation (compulsion), effets de serre et donc changements climatiques, écarts toujours plus importants entre riches et pauvres, etc.  Devant ces constats, peut-on dire que nous pratiquons une simplicité…volontaire? En avons-nous encore le choix???

La lutte des déclassés

En définissant la vie bonne sur d’autres représentations et d’autres normes que celles de la classe dominante, la minorité qui renonce à la course à l’accumulation mène une bataille symbolique essentielle. […]

Un art de vivre fondé sur l’autolimitation coupe court au modèle de la petite bourgeoisie de venu hégémonique. Dans notre époque de pléthore, se contenter de peu exige un caractère fort, indépendant, capable de remise en question et de singularité. La masse est prompte à rappeler à l’ordre ceux qui échappent à sa nasse. Quand au détour d’une conversation, un interlocuteur apprend que l’on n’a ni téléviseur, ni automobile, ni portable, il est fréquent de devoir répondre à un regard ébahi de merlan frit et aux sempiternelles interrogations accusatoires du type : « Mais comment fais-tu pour vivre comme ça? » Justifie ton choix de ne pas revêtir la panoplie du conformisme!

De mon côté, j’ai commencé à me présenter comme quelqu’une qui vit dans la simplicité « obligée… par les circonstances ». Je compte bien y aller avec  plus de radicalité qu’à l’heure actuelle. Ce qui va, c’est certain, créer de petits remous tout autour…

Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux

[…]Le capitalisme n’est pas une simple organisation extérieure de banquiers et d’industriels, » écrivait Richard Gregg, disciple de Gandhi et précurseur de la simplicité volontaire aux États-Unis. « Il se compose d’un esprit, d’une attitude et d’actions habituelles, ancrés en nous ». […] 

Refuser de se plier aux offres de la marchandise, « les commandements d’aujourd’hui », c’est saboter l’édifice industriel. Saper l’imaginaire capitaliste. Déserter toute relance. Face à la fuite en avant perpétuelle qui nous est présentée comme unique horizon, une seule question suffit à bloquer l’engrenage : À quoi bon?  

C’est assez. On arrête tout, on réfléchit. En grève perpétuelle sur une grève ensoleillée, un peuple qui décide de freiner devient inarrêtable. 

Bon. Je ne crois pas qu’au Québec, nous puissions facilement envisager une  « grève perpétuelle sur une grève ensoleillée ». Mais décider de passer d’une Journée sans Achat à une Année de simplicité volontaire, ce serait déjà un bon début!

 

 

Échec à la guerre – rendez-vous le 11 novembre

Cette année encore, la cérémonie officielle de la Légion royale canadienne pour marquer le « Jour du Souvenir » à Montréal aura lieu sur les terrains de l’Université McGill, en présence de nombreux dignitaires et marquée par le traditionnel salut de 21 coups de canon…

Dans le but de donner une plus grande visibilité au courant d’opinion publique qui désapprouve le caractère étroit et militaire de ces cérémonies et la récupération qui en est faite pour promouvoir les politiques militaristes du gouvernement canadien, le Collectif Échec à la guerre organise lundi, le 11 novembre prochain, de 11 h 00 à 12 h 30, une action symbolique visant à donner un autre sens au Jour du Souvenir.

Rendez-vous, à 11 h, à l’intersection des rues

Sherbrooke et McGill College (métro McGill) à Montréal

Une vigile solennelle et silencieuse se tiendra à deux pas de la cérémonie militaire officielle. Nous nous tiendrons debout, en silence, en affichant deux bannières du  Collectif dont le libellé est « Échec à la guerre; place à la paix » ainsi qu’une troisième bannière qui dira simplement ceci : « À la mémoire de TOUTES les victimes de la guerre ». Des tracts expliquant notre position seront distribués à tous les passants et aux médias. Des coquelicots blancs seront également en vente.

Cette action vise à apporter plus d’attention médiatique à notre campagne annuelle du coquelicot blanc. Un communiqué de presse sera émis par le Collectif avant cette action. Le Collectif aura des porte-parole sur place et nous tenterons d’y associer des personnalités connues qui pourront aussi défendre l’orientation de notre campagne.

PLUS NOUS SERONS NOMBREUX ET NOMBREUSES, PLUS NOTRE PRÉSENCE SILENCIEUSE SERA FORTE

Nous vous invitons donc à partager ce message dans tous vos réseaux.

Solidairement !

Le Comité de suivi du Collectif Échec à la guerre