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Assez c’est assez

assezVoici la traduction d’un texte de Joshua Becker, fondateur du mouvement Becoming minimalist et principal animateur du blogue de même nom.

Publié en juillet 2014, ce texte résume bien ce qui est au cœur de la simplicité volontaire: la reconnaissance de la satiété, une denrée de plus en plus rare dans nos sociétés du « toujours plus » et de la fuite en avant…

La traduction est publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

« Rien n’est suffisant pour celui pour qui assez est trop peu. » (Épicure)

 

Assez est un concept libérateur et une réalité qui désencombre.

Ceux qui ont accumulé assez se retrouvent sans besoins. Il n’est plus nécessaire pour eux de chercher à avoir plus. Au contraire, ils vivent libres et contents.

La plupart d’entre nous sont mus par le désir de posséder assez de biens matériels. Cela est juste et bon : prendre soin de nous-mêmes et de notre famille est un but qui est justifiable.

À cause de ce désir, nous consacrons nos journées à obtenir plus de possessions terrestres, à la fois financières et matérielles.

Mais s’il n’y a rien de mal dans cette quête, je me demande si notre culture n’a pas, de manière involontaire, changé de cap, passant de la poursuite de l’assez à celle de l’excès. Car c’est un fait que la plupart d’entre nous possédons déjà assez :

Notre toit procure un abri à toute notre famille. Nos chambres sont meublées de manière à fournir de quoi s’asseoir et se coucher. Nos tiroirs sont remplis de vêtements. Nos armoires contiennent tout ce qu’il faut de serviettes et de draps. Nos garde-manger et nos congélateurs sont pleins de nourriture. Nos coffres à jouets sont remplis.

Nous avons déjà assez.

Malheureusement, nous vivons dans un monde qui redéfinit constamment cette notion du assez :

  • Il y a 50 ans, une maison de 1000 pieds carrés était considérée comme assez. Aujourd’hui, la moyenne des nouvelles maisons compte 2,300 pieds carrés; et malgré cela, 10% d’entre nous louons en plus de l’espace d’entreposage extérieur.
  • Il y a 30 ans, 1½ télévision par maison était considérée comme assez. Aujourd’hui, la moyenne des maisons américaines contient plus de télévisions qu’il y a de personnes. Et quand chaque pièce en contient une, l’industrie commence à redéfinir assez en termes de grandeur de l’écran et de qualité de l’image.
  • Il y a 15 ans, moins de la moitié des Américains adultes possédaient un téléphone cellulaire. Aujourd’hui, plus de 90% des adultes américains en possèdent un, et 70% des jeunes de plus de 12 ans.

Les publicitaires travaillent sans relâche à redéfinir ce qu’est assez. Dans une société basée sur la consommation, ils sont obligés de le faire.

Le but de la publicité est de remuer en nous l’idée que nous ne possédons pas encore assez. Les publicitaires travaillent pour modifier nos attitudes à l’égard de leurs produits ou services, les faisant passer de « c’est extravagant » à « je le désire », puis à « j’en ai besoin ».

Une fois qu’ils nous ont convaincus que nous en avons besoin, notre achat n’est qu’une question de temps. S’ils peuvent nous faire croire que nous n’aurons pas assez tant que nous ne posséderons pas leur produit, ils savent que nous allons nécessairement chercher à le posséder.

Notre définition du assez a été artificiellement modifiée par des groupes qui y ont intérêt. Et parce que notre nouvelle définition du assez demeure inassouvie, notre capacité de profiter de la liberté qu’assez procure est perdue.

Encore une fois, nous sommes maintenus esclaves de sa poursuite. Nous consacrons toujours plus de nos journées à gagner l’argent nécessaire à financer cette poursuite de toujours plus de biens matériels. Et tout ça, dans le but d’atteindre finalement cet assez.

Mais nous avons déjà assez. Une fois que nous nous sommes entraînés à reconnaître cette vérité, nous devenons libérés de cette poursuite du toujours plus, nous sommes affranchis des liens du mécontentement, et nous commençons à expérimenter la liberté véritable dans notre vie

Mieux encore, quand nous réalisons que nous avons déjà assez, nous devenons libres d’entreprendre des projets plus valables que l’accumulation de l’excès.

Retrouvons le sens des limites!

Nous sous-estimons grandement les difficultés qui nous attendent dans notre transition vers un mode de vie plus soutenable. Nous n’avons présentement aucun substitut potentiel qui pourrait remplacer la concentration énergétique et la facilité d’entreposage et de transport d’un produit comme le pétrole. Et il n’est pas vraiment souhaitable de continuer à chercher un tel substitut. L’effet multiplicateur des carburants fossiles sur notre force de travail et l’accroissement démesuré de  la productivité qui en a résulté est responsable de l’impasse où nous sommes englués.  Nous ne pouvons pas continuer nos extractions actuelles et le pelletage de  notre dette sur l’avenir de nos enfants.

Selon Chris Martenson, auteur du « Crash Course », nous « savons que l’énergie est à l’origine de toute croissance et de toute complexification. »[1] Dans les civilisations anciennes, c’étaient les esclaves qui fournissaient la force de travail. Dans le courant du XIXe siècle, nous avons remplacé l’énergie des esclaves humains par les esclaves énergétiques que sont nos machines alimentées au charbon, au gaz et au pétrole. Selon Jean-Marc Jancovici, ces énergies « ont permis aux hommes de multiplier par plusieurs centaines leur action sur l’environnement, en ordre de grandeur et en moyenne. »[2] Il estimait que cette multiplication était de l’ordre de 200 pour l’ensemble de la planète et de 500 pour la France. De quoi doper fortement les performances économiques et nous aveugler sur les « mérites » des interventions de nos gouvernements et de leurs experts économiques.

Toujours selon les définitions données par Chris Martenson, l’argent est une créance sur le travail humain et la dette est une consommation future réalisée aujourd’hui, donc une créance sur de l’argent futur ou du travail futur. S’endetter, c’est faire le pari que l’avenir sera plus grand que le présent, « que nous ferons de plus en plus d’argent, nous produirons et consommerons de plus en plus de choses et [que] le bassin de consommateurs augmentera sans arrêt. »[3] Cette gageure,  qui a semblé bien fonctionner  pendant l’époque des Trente Glorieuses, ne peut nous servir de modèle pour l’avenir. Fondée sur un pétrole abondant et bon marché, la croissance effrénée de cette période nous a laissé des montagnes de déchets à gérer,  des ressources renouvelables comme la morue en forte diminution,  des écosystèmes épuisés et un climat de plus en plus instable.

Cette période faste correspond aussi plus ou moins à la naissance de l’état-providence. En prenant en charge la satisfaction de certains besoins autrefois assumés tant bien que mal par la communauté, nos gouvernements nous ont libérés de certaines contraintes sociales lourdes pour mieux nous enchainer à des marchandises que nous sommes invités à considérer comme indispensables. En plus de nous inciter à nous penser en tant que consommateurs, on nous incite à nous penser en tant que prestataires de services tellement essentiels que nous sommes prêts à abdiquer toute autonomie pour en bénéficier. Nous avons maintenant besoin de l’aide de l’état pour nous soigner, nous éduquer, nous déplacer, nous nourrir, nous défendre, nous protéger, nous employer, nous divertir et plus encore. Et ce, à un moment de l’histoire où de nombreux facteurs jouent en notre défaveur.

Avec des énergies fossiles plus difficiles à aller extraire et ce à des prix fluctuants qui rendent les investissements risqués, les revenus de l’état deviendront de plus en plus aléatoires. La seule croissance qui risque d’être au rendez-vous est celle des inégalités de revenus. Et ce, non en raison de l’avidité de quelques-uns, mais par la magie d’une  croissance exponentielle qui fait que si le PIB augmente régulièrement de 3%9 à titre d’exemple),  les revenus doubleront en 23 ans, ainsi que l’écart qui les sépare. C’est ce que nous oublions souvent. L’écart aussi double. Et nous ne parlons que des revenus de travail. Comme Thomas Piketty l’a constaté dans son livre « Le capital au XXIe siècle », la rente a crût plus vite que les revenus de travail. La croissance, loin d’être une solution, fait partie du problème.

À court terme, nous avons encore quelques possibilités d’échapper à l’austérité. Nous pouvons exiger le démantèlement des paradis fiscaux, redonner à l’état le pouvoir de créer la monnaie et de se soustraire au paiement de l’intérêt, faire un audit sur la dette et en faire effacer la partie illégitime, imposer très fortement les hauts revenus ou instaurer un revenu maximum admissible et autres mesures qui pourraient nous aider pendant la phase d’installation d’une société plus soutenable. Nous devons aussi exiger des coupes drastiques dans les budgets destinés à l’armement et demander l’arrêt des subventions aux entreprises extractives. Mais si « la monnaie repose sur la croissance et la croissance sur l’énergie »[4] il reste qu’à long terme, nous devrons « faire petit »,[5] comme le propose Rob Hopkins.

En attendant de devenir plus sobre, il se peut que, à l’instar de Sao Paolo, nous n’échappions pas au rationnement[6]. La  grave sécheresse qui affecte le sud-est du Brésil  est peut-être représentative de l’avenir qui nous attend si nous ne retrouvons pas rapidement le sens des limites. Les vraies richesses sont inestimables.

Amitié, Entraide, Lucidité. C’est ce qu’il faut pour les temps agités qui s’annoncent. On ne laissera quand même pas le monopole d’un mot à quelqu’un qui s’en est servi en état d’ébriété pétrolière!



[1] Rob Hopkins, Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Éd. Écosociété, Montréal, 2010, p. 45 (on peut visionner ou lire le « crash course en suivant ce lien :

[3] Rob Hopkins, déjà cité, p. 46

[4] ibid p. 45

[5] Ibid, p.73

Échange courriel: Journaliste de La Presse et Réseau québ. pour la simplicité volontaire

Demande d’une journaliste de La Presse au Réseau québécois pour la simplicité volontaire 

Bonjour,

Nous avions été en contact il y a plus d’un an, alors que je cherchais des familles qui fêtaient Noël dans la simplicité, pour un reportage.

Je suis de nouveau à la recherche d’adeptes de la simplicité volontaire, plus précisément de gens qui ont volontairement réduit leurs revenus et réduit leur train de vie, par conviction. Le plus intéressant pour moi serait de trouver des personnes qui ont déjà eu des revenus élevés et participaient activement à la société de consommation, qui ont décidé de changer de mode de vie et qui pourraient nous expliquer leurs raisons et nous relater leur expérience.

Connaissez-vous des personnes correspondant à ce profil? N’hésitez pas à faire circuler ma demande et mes coordonnées dans vos réseaux.

Merci d’avance!

ISABELLE DUCAS  Journaliste, La Presse

 Réponse de Diane Gariépy (Réseau québécois pour la simplicité volontaire) 

Bonjour Madame Ducas,

Il semble bien que votre demande corresponde au grand rêve de bien des journalistes: organiser une entrevue avec un ou plusieurs individus ayant vécu une véritable conversion vers la simplicité volontaire avec un “avant” et un “après”.

Cette conversion spectaculaire existe probablement quelque part sur la planète puisque nous avons tous en tête le vécu de saint François d’Assise, de Gandhi, de Thoreau. Mais chez les simplicitaires du RQSV, nous observons davantage des changements continus, discrets, des processus menant à une évolution sur quelques années et même plus. À la racine de ces changements, les motivations sont diverses: des problèmes de santé, une perte d’emploi, et/ou une réflexion sur : “Est-ce que j’ai envie de vivre avec un collier d’esclave (perte de liberté de parole, de temps, de santé, de vie familiale) pour “jouir” d’une maison (trop grande), pour me complaire d’une image de réussite (faire plaisir aux parents) et me “rassurer” avec des assurances tous-risques qui ne m’empêcheront pas de mourir un jour?”

Le plus radical, se pourrait-il que ce ne soit pas le simplicitaire à conversion rapide, brutale, avec un “avant” et un “après” et qui vivrait comme un pauvre, dans sa bulle de pureté anti-consommation, mais celui-celle qui mettrait ses priorités à vivre le partage de façon communautaire, solidaire,  engagée? Car, enfin, nous sommes grégaires: nous avons besoin les uns des autres pour vivre ensemble. En ces années de capitalisme exacerbé, nous l’avons presque oublié. À force de consommer, nous croyons que nous pouvons vivre chacun pour soi en jouant des coudes pour gagner la compétition.

Le goût de modifier un peu votre recherche en ce sens?

Diane Gariépy

 

Bilan 2014 de la simplicité volontaire

La « simplicité volontaire » n’existe pas comme entité aux contours bien définis : il est donc impossible d’en faire un bilan véritable! C’est une philosophie, une attitude face à la vie, un mouvement d’idées, un éclairage pour nos choix, voire un courant social. Difficile donc à mesurer pour en tracer un portrait ou en tirer des conclusions.

Mais essayons-nous quand même, de manière forcément personnelle et subjective. Chacun et chacune pourra ensuite y apporter ses nuances ou exprimer ses désaccords et ses propres évaluations.

 

Un peu d’histoire pour situer le contexte

La notion de « simplicité volontaire » a vraiment connu son essor au Québec à la fin des années 90, suite à la publication de La simplicité volontaire… plus que jamais! de Serge Mongeau. Succès de librairie, le livre a propulsé et l’auteur et l’expression elle-même sur les tribunes et dans les médias. Si bien que la simplicité volontaire a fait son nid dans le dictionnaire de l’Office québécois de la langue française, que le terme « simplicitaires » pour désigner ceux et celles qui pratiquent la simplicité volontaire s’est graduellement imposé, et que le courant d’idée a peu à peu migré dans la francophonie à partir du Québec.

À partir de l’année 2000, diverses organisations ont cherché à diffuser la simplicité volontaire : au Québec, ce furent principalement le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) et le Groupe de simplicité volontaire de Québec (GSVQ). En Belgique, la diffusion s’est faite surtout par l’intermédiaire des Amis de la Terre. En France, de manière plus diffuse à travers des revues ou journaux comme Silence et La décroissance. Et un peu partout ailleurs en Europe, à travers divers groupes et publications dont nous avons présenté un survol dans le bulletin du RQSV Simpli-Cité de l’hiver 2007 sur le thème « Sommes-nous seulEs sur la planète simplicité volontaire? ».

 

Et en 2014?

Depuis quelques années, la « mode simplicité volontaire » semble devenue moins populaire : on en parle moins, les organisations (québécoises du moins) sont moins nombreuses ou actives, etc.

Pourtant, si l’effet de nouveauté est clairement passé, la réalité elle-même de la simplicité volontaire (sous cette appellation ou sous d’autres noms) s’est nettement enracinée à la fois dans la culture québécoises et dans la pratique de très nombreuses personnes de milieux très divers. Un relevé de l’utilisation de l’expression (ou de ses parents proches) dans les diverses publications (aussi bien dans les médias que dans les livres ou les films, les thèses universitaires, les discours politiques, etc.) suffirait à montrer l’influence durable qu’elle continue de développer. Car la simplicité volontaire est inséparable d’un certain nombre d’autres idées ou expressions qui font elles aussi leur chemin : décroissance, villes ou village en transition, remise en question de la société marchande, alternatives aux énergies fossiles, préoccupations écologiques, commerce équitable et local, alimentation biologique, préoccupations pour la ruralité et l’occupation du territoire, développer un autre rapport au temps ou à la productivité, ralentir ou le mouvement « slow », etc.

Dans cette « mouvance de la simplicité volontaire », 2014 aura été surtout marquée, pour moi, par les débats de plus en plus vigoureux autour de l’utilisation des énergies fossiles (pétrole surtout, à la fois celui des sables bitumineux et celui des gaz de schiste). Tant au Canada qu’au Québec, une véritable bataille de titans s’est engagée entre les populations et leurs gouvernements quant aux priorités du développement pour l’avenir. Si la majorité des gouvernements ont tendance à favoriser carrément le pétrole (Fédéral, Alberta, Saskatchewan), ou du moins à ne pas s’y objecter (Québec, Ontario, Maritimes), essentiellement pour des raisons économiques, les populations sont de plus en plus nombreuses, un peu partout, à s’opposer à ce développement irresponsable des énergies fossiles dans le contexte des changements climatiques. L’affrontement social qui a déjà commencé autour des grands projets de pipelines n’est qu’un début, tout comme le débat autour de l’exploitation éventuelle des ressources pétrolières sur l’île d’Anticosti ou dans le Golfe du St-Laurent.

L’autre enjeu majeur qui commence à faire son chemin dans l’espace public, c’est celui de la « décroissance » qui contient aussi, intrinsèquement, celui du rapport à la consommation. Le credo de la croissance illimitée est de plus en plus remis en question, même dans les facultés universitaires d’économie et de commerce. De toquade marginale d’écologistes ou d’intellectuels, la décroissance est peu à peu devenue un sujet légitime d’études et de débats même parmi les économistes classiques. En témoigne, parmi d’autres exemples, le grand débat public organisé par la Maison du développement durable le 21 octobre dernier, La croissance : solution ou problème, animée par le journaliste économique de Radio-Canada, M. Gérald Fillion et auquel participait l’ancien premier ministre du Québec, M. Bernard Landry.

Et même si mon dernier exemple vient plutôt des États-Unis, il me semble pourtant très significatif puisqu’il vient du cœur même de l’économie marchande, du capitalisme et de la libéralisation économique mondialisée. Joshua Becker, ancien pasteur qui a découvert la simplicité volontaire (qu’il appelle le « minimalisme ») en 2008 et qui n’a cessé depuis de faire connaître les richesses de sa découverte, d’abord sur son blogue (Becoming minimalist), puis à travers une lettre bimensuelle du même nom, se consacre maintenant à cette tâche à plein temps depuis un peu plus d’un an. Il faisait récemment le bilan de son année 2014 et la croissance d’intérêt pour le minimalisme est ici évidente et… chiffrée! Les visiteurs de son site Internet sont passés de 350,000 par mois à plus d’un million par mois; ses amis Facebook sont passés de 90,000 à plus de 200,000; ceux qui le suivent sur Twitter sont passés de 15,000 à 25,700; et il compte maintenant 14,000 abonnés (gratuits) à sa Newsletter bimensuelle. De deux choses l’une : ou bien il est un redoutable « vendeur », ou bien la simplicité volontaire (ou le « minimalisme ») correspondent de plus en plus à un besoin important.

Souhaitons que 2015 démontre, encore plus clairement, que la seconde option est bien la bonne.

Ce bon vieux Père Noël, parlons-en donc!

Il y a des parents qui boycottent toute idée de Père Noël. Je fus de ce nombre. Est-ce que c’était ce qu’il fallait faire? Je ne le sais pas encore. Faudrait que je consulte mes deux grands. 

Il y a aussi (il y en a beaucoup!) de ces parents qui se font un plaisir énorme à  reconstituer les étapes classiques, ces démarches obligatoires pour satisfaire aux exigences du Père Noël : 1.- Être sage 2.- Mettre biscuit et verre de lait sur la table 3.- Dormir comme à l’habitude 4.- Au lever : Découvrir le verre vide, le biscuit croqué, … et beaucoup de cadeaux sous le sapin. Et tous les adultes de la parenté, amusés, de se faire des clins d’œil complices. Et ce qui fait  le plus plaisir à observer, c’est le comportement des plus vieux, les enfants de 4-5 ans qui commencent à se douter de quelque chose mais qui inventent des réponses abracadabrantes aux problèmes existentiels que leur pose ce Père Noël qui ressemble tellement à oncle François, Bertrand, ou Jean-Pierre. 

Puis, il y a les parents (et adultes en général) qui n’ont jamais vraiment arrêté de croire au Père Noël.  Vous ne me croyez pas?

Je vous parle de ceux-là qui croient que s’ils se lavent bien les dents à tous les jours, sortent le bac vert à chaque semaine, gèrent  leur budget efficacement, qui croient que ça suffira pour que le Père Noël de la prospérité, de la paix, de la démocratie, débarque chez eux. Oui, ces adultes qui n’ont jamais le temps de s’impliquer socialement croient dur comme fer que le Père Noël fera quand même tomber sur leur petite famille sécurité sociale, assurance-maladie, assurance-emploi, pensions fédérale et provinciale, CSST, Assurance- automobile, bon fonctionnement de tous les Ministères et de tous les services gouvernementaux, du municipal au fédéral. 

Pour ces gens apolitiques, le Père Noël s’appelle « Yvon ». Le système de santé va mal? « Yvon » s’en occuper! Rien de va plus en Éducation? « Yvon » s’en occuper! Nous devenons trop obèses? « Yvon » trouver une solution! 

Blague à part, j’observe que bien des gens se disent tout à fait impuissants devant les situations déplorables et complexes qui sont les nôtres aujourd’hui. Pourtant, une démocratie en santé suppose l’effort de tout un chacun. À sa mesure. Avec son jugement. Avec sa participation assidue à un parti politique, lors d’une consultation publique, au sein d’un groupe communautaire, etc. 

Et ça me fait penser aux Initiatives de Transition(…vers un monde moins dépendant du pétrole) où l’on invite les gens à s’investir en se donnant de tous petits objectifs concrets, faciles à réaliser, à la portée de tous : réparer les vélos, apprendre à cuisiner, partager ce que l’on sait, amuser des enfants, saluer ses voisins, jardiner avec les vieux, bref : reprendre pied dans son milieu, sa rue, son quartier. 

Je ne crois pas au Père Noël, mais j’aime bien l’idée de se fabriquer ensemble nos cadeaux de Noël. 

Diane Gariépy

 

 

 

Vive les moches!

Vive les mochesJ’ai le goût d’une chronique plus légère et plus optimiste, pour une fois :-) !

Et c’est un ami qui m’en a donné l’idée (merci Raoul!) dans un récent courriel (moi qui peste tellement souvent contre ces innombrables courriels: comme quoi on n’échappe pas à ses contradictions ;-)

Je veux donc juste partager l’excellente idée qu’a eue la chaîne Intermarché, bientôt suivie par d’autres gros joueurs de la distribution alimentaire française comme Auchan et Monoprix: revaloriser et rendre disponibles les fruits et légumes « hors calibre ».

Comme on sait, ces fruits et légumes, écartés par les producteurs eux-mêmes parce qu’aucun distributeur (et supposément aucun consommateur) n’est intéressé par autre chose que des « parfaits », représentent plus de 30% du gaspillage alimentaire annuel: trop gros, trop petits, tachés, difformes, etc.

Encore une fois, il suffisait non seulement d’y penser (car les bonnes idées manquent rarement) mais surtout de trouver la volonté politique, sociale ou commerciale pour oser prendre l’initiative.

Au Québec, on en a des exemples récents et remarquables: le tournant pris, à l’initiative de la chaîne d’alimentation Métro, vers l’utilisation systématique de sacs de provisions réutilisables. Cette habitude, déjà bien implantée dans plusieurs pays, n’arrivait pas à faire sa place ici: on en parlait depuis des années, un député provincial en avait même fait sa campagne personnelle, tout le monde préférait s’en remettre à la sensibilisation des consommateurs et aux choix individuels de ceux-ci. Jusqu’à ce que Métro décide de plonger sans plus attendre en fabricant ses propres sacs réutilisables (excellente idée de marketing: pourquoi pas joindre l’agréable à l’utile?) et en fasse systématiquement la promotion. Moins d’un an après, toutes les grandes chaînes d’alimentation avaient emboîté le pas (concurrence, quand tu nous tiens! Mais pour une fois, pour la bonne cause!) et il reste maintenant très peu de sacs en plastique qui ne soient pas devenus au moins « biodégradables » à des degrés divers.

Autre exemple: la décision audacieuse des autorités de l’Université de Sherbrooke de décréter unilatéralement (et de défrayer elles-mêmes) la gratuité du transport en commun pour tous leurs étudiants et leurs personnels. J’en ai parlé brièvement dans un blogue portant sur le leadership, c’est-à-dire la capacité de « voir demain dès aujourd’hui »: non seulement cette audace s’est révélée avantageuse pour l’Université même sur le plan financier (elle qui déboursait pourtant près d’un million par année pour offrir ce service qu’elle n’était en rien obligé d’offrir), mais elle a également eu pour conséquence de contribuer indirectement de manière significative à la revitalisation du centre-ville de Sherbrooke.

Revenons donc à nos « moches » de départ: oser distribuer des fruits et légumes qui devraient, a priori, être boudés par les consommateurs. Même si l’idée était pleine de « bon sens » au niveau de l’écologie, il fallait quand même le faire au niveau commercial!

Comment? Comme dans tellement d’autres domaines, en décolonisant nos esprits de consommateurs. Si nous avons « appris », à travers les années (et les campagnes de marketing!), que seuls les fruits et légumes parfaits étaient désirables, voire même mangeables (comme on a très longtemps « appris » que fumer était désirable et souhaitable), alors il est également possible d' »apprendre » autre chose. Et entre autres, que « les moches » sont non seulement mangeables, mais qu’ils peuvent même devenir désirables (le prix moins élevé jouant ici son rôle). Et ça a marché!

Les promoteurs de la campagne ont même poussé la chose un peu plus loin en développant carrément un logo commercial pour l’ensemble de ses produits non conformes. S’appuyant sur l’important symbole que représentent en France les « gueules cassées » (les militaires de la première Guerre mondiale défigurés au combat), ils ont créé le logo « Quoi, ma gueule? » qui, bien sûr, peut être compris de plusieurs manières, mais qui ont toutes en commun de questionner nos habitudes et nos préjugés spontanés.

Ce qui peut éventuellement être utiles à bien d’autres qu’aux pommes ou aux carottes atypiques!!!

Bref, décolonisons nos esprits et osons! Les domaines d’application de ces deux consignes sont proprement illimités!

 

Allons-nous vers une consommation plus « responsable »?

Cette question, posée par une journaliste du Devoir, m’a obligé à faire le point : suis-je convaincu, en août 2014, que notre consommation au Québec s’est améliorée depuis 10 ou 15 ans et qu’elle est devenue plus responsable, voire plus frugale?

Premier constat : que veut dire « consommer mieux »?

Si la question semble simple, la réponse est fort difficile! Consommer mieux, est-ce :

  • consommer moins?
  • consommer à moins cher?
  • consommer de la meilleure qualité?
  • consommer de manière plus écologique?
  • consommer des produits bio ou naturels?
  • consommer des produits locaux?
  • consommer des produits plus « éthiques » ou « équitables »?

Évidemment, selon la réponse que l’on donne à la question, notre bilan de la consommation actuelle sera bien différent.

Second constat : les formes de « consommation alternative » sont multiples

Une des difficultés pour se faire un portrait fidèle de la situation réside dans le fait que la « consommation alternative » (comme terme générique pour regrouper les diverses formes mentionnées ci-dessus qui ne forment même pas une liste exhaustive!) prend de multiples formes : de l’agriculture urbaine à la réutilisation des matériaux, en passant par le covoiturage, les services d’échanges locaux ou SEL, le minimalisme et les cuisines collectives!

Comment déterminer avec précision ce qui fait partie ou non de cette « mouvance sociale » qu’est la « consommation alternative »? Et plus difficile encore, comment mesurer l’ampleur réelle de la participation à chacune des composantes de cette mouvance (puisque ces initiatives sont très souvent locales, peu structurées et réparties partout sur le territoire)?

Cet éclatement des formes, cette multiplication des initiatives locales et ce fonctionnement spontané par affinités sont autant de caractéristiques des mouvements sociaux actuels (voir le dossier « Voyage au cœur de la citoyenneté active » de Florence Sara G. Ferraris publié à la « une » dans Le Devoir du 2 août 2014) qui rendent l’analyse plus difficile et subjective, mais qui ne diminuent en rien l’importance de ces phénomènes.

Troisième constat : la situation actuelle est-elle passagère ou durable?

Depuis longtemps, les « modes » ou les engouements sociaux se succèdent; et de nos jours, de plus en plus rapidement. Il suffit de voir l’évolution de nos jouets électroniques.

La simplicité volontaire a véritablement été « à la mode » pendant quelques années au Québec, au début des années 2000. La place occupée dans les médias, les demandes d’entrevues ou de conférences, et même sa récupération pour la publicité commerciale (!) ne laissaient aucun doute à ce sujet. Par la suite, la popularité du sujet (et la curiosité due à la nouveauté) a diminué, sans que cela signifie pour autant que moins de gens s’y intéressaient ou la pratiquaient.

On pourrait multiplier les exemples : s’habiller dans les friperies a déjà été mal considéré, alors que depuis quelques années, cela fait plutôt « chic » dans certains milieux. Les activités ou les organismes d’échanges, avec ou sans argent, se sont multipliés, de même que les sites internet consacrés à de tels échanges : bazars, ressourceries, « Troc-tes-trucs », gratiferia, Craiglist, Kijiji, etc.

Les modifications en cours dans la façon de consommer, indéniables, sont-elles un tournant décisif et durable ou plutôt un courant social passager? Seul le temps le dira.

Quatrième constat : les conditions objectives sont favorables

D’autres courants « alternatifs » ont déjà existé, y compris par rapport à la consommation. On peut penser au mouvement « hippie » avec ses communes et son retour à la terre des années 70 : on les appelait alors « contre-culturels » plutôt qu’« alternatifs ». Et il est facile de constater, a posteriori, que ce courant social fut passager, même s’il laissa des traces culturelles qui contribuent encore aujourd’hui à nourrir les alternatives au modèle social dominant.

Mais les conditions sociales et économiques actuelles sont radicalement différentes de celles des années 70. Je crois personnellement que les conditions actuelles (crise économique des années 2007-2009 qui n’est pas encore véritablement résorbée nulle part, et qui est même encore très difficile dans plusieurs régions du monde; épuisement relatif de nombreuses ressources naturelles; crise grandissante liée aux changements climatiques; pression démographique croissante; mondialisation et émergence de nouvelles puissances économiques, etc.) sont objectivement favorables à une remise en question beaucoup plus profonde et durable des modèles de consommation qui ont eu cours depuis la seconde Guerre Mondiale.

Ces remises en question sont-elles déjà en cours? Indiscutablement, à travers d’innombrables initiatives et mouvements un peu partout sur la planète : simplicité volontaire, décroissance, villes et villages en transition,  buen vivir en Amérique latine, mouvement Slow, commerce équitable, micro-crédit, développement durable, casseurs de pub, etc.

Ces remises en question sont-elles suffisantes? Évidemment pas, non seulement parce qu’elles sont encore souvent individuelles et parcellaires, mais aussi parce qu’elles n’ont pas encore trouvé de moyens efficaces d’additionner les énergies multiples et dispersées pour développer une véritable synergie, ni non plus les arrimages nécessaires avec les forces sociales organisées (syndicats, mouvement communautaire, corporations professionnelles, partis politiques, institutions culturelles ou religieuses) qui pourraient relayer les revendications et les propositions à un niveau organisationnel.

Ces remises en question sont-elles suffisamment significatives pour pouvoir entraîner un changement social durable? J’aurais tendance à pencher vers le « oui », non pas tant en raison du degré d’enracinement et de développement des initiatives multiples actuelles, mais plutôt en raison des conditions (sociales et économiques) objectives qui me semblent favoriser un tel changement : pour moi, notre modèle de consommation dominant tira à sa fin, pour une foule de raisons, et de nouveaux modèles vont nécessairement devoir prendre la relève.

Et quels que soient ces nouveaux modèles, les multiples initiatives actuelles en sont, à mon avis, inévitablement au moins les précurseurs, plus ou moins lointains ou immédiats.

Cinquième constat : la clé ultime, c’est le changement au niveau de la « conscience »

Dans toutes ces initiatives comme dans tout changement social, ce ne sont pas les apparences extérieures, ni même toujours les aspects mesurables ou quantifiables qui sont le plus important : c’est le changement des consciences, individuelles et collective.

On peut manger moins de viande, ne plus avoir chacun sa voiture, se préoccuper de recyclage et de compost ou acheter des vêtements équitables sans que cela signifie nécessairement un changement social significatif, ni encore moins permanent. Un grand nombre de personnes se sont, à un moment ou l’autre,  senties interpellées par de tels comportements ou de telles « modes ». Mais tant qu’elles n’ont pas développé une conscience personnelle des enjeux, conscience qui les amène personnellement à modifier leur comportement, ces personnes demeurent à la merci des courants sociaux passagers.

Et ce n’est que lorsque suffisamment d’individus ont développé une telle conscience personnelle et les comportements qui en découlent que peu à peu se construit une sorte de « conscience collective », c’est-à-dire une évolution culturelle qui fait passer telle ou telle préoccupation ou valeur (le souci de l’environnement, par exemple, ou celui d’un commerce plus équitable, etc.) au niveau d’un trait culturel partagé par une communauté.

Au fond, la « conscience », c’est ce qui permet de passer de la « simplicité volontaire 101 » au niveau supérieur de la « simplicité volontaire 201 ou 301 ». C’est-à-dire d’un intérêt spontané et d’une exploration de « l’ABC » des diverses alternatives à un engagement plus profond et plus durable dans ce cheminement parce qu’on a pris la peine d’en identifier les racines et les enjeux, et de dépasser l’application mécanique ou superficielle de tel ou tel comportement suggéré ou attrayant.

Mark A. Burch, le principal promoteur de la simplicité volontaire au Canada anglais et l’auteur de La voie de la simplicité, pour soi et la planète (publié en français par Écosociété en 2003), vient d’ailleurs de publier The Hidden Door, Mindful Sufficiency as an Alternative to Extinction (Simplicity Institute, 2013, 271 pages). C’est, à ma connaissance, l’un des meilleurs efforts jusqu’ici pour développer cette réflexion approfondie sur les conditions et les conséquences d’une simplicité volontaire qui puisse dépasser le courant social passager. Et pour lui, le développement d’une vie de « pleine conscience » (mindfulness) et la découverte de la notion de « suffisance » (sufficiency) sont les piliers essentiels de toute remise en question durable de notre rapport à la consommation et à l’économie actuelle.

 

Faire germer le champ des possibles!

et par Baptiste Sureau –

La plus ancienne photographie de la Terre vue de l’espace date de 1966. Depuis cette époque nous pouvons prendre conscience de la beauté et en même temps de la finitude de la planète Terre.

Notre modèle économique, basé sur la croissance et nos modes de vie énergivores, est aujourd’hui clairement identifié comme prédateur pour le système écologique qui nous permet de vivre. Et puis même pour sortir du chômage de masse, il faut renoncer à compter sur la croissance. Cela fait trente ans qu’on s’y essaye sans succès, et la croissance ne cesse de s’amenuiser. Et pourtant les élites politiques et économiques s’obstinent à poursuivre sur la même voie.

Notre modèle de société occidental est fini, il est dans une impasse. Il subsiste pour l’instant, sous perfusion, grâce à l’exploitation forcenée des énergies fossiles, des métaux rares et de millions de travailleurs. Il est clair qu’il va finir à courte échéance et ça dépend de nous de savoir si il va finir dans des explosions sociales et le chaos, ou de façon plus noble et raisonnable.

Récemment des concepts tels que la simplicité volontaire, la décroissance, la sobriété heureuse,… sont parvenus jusqu’aux oreilles du grand public. Ils sont bien bien souvent remplis d’a priori, d’idées reçues et de préjugés. Cependant leur importance et leur diffusion ne se démentent pas. À mes yeux, peu importe le terme utilisé et les querelles de spécialistes autour de ces concepts, l’important est d’y voir le champ des possibles immense qui s’ouvre à nous. Ces concepts aujourd’hui bien théorisés par des scientifiques tels que Nicholas Georgescu Roegen, Ivan Illich, Serge Latouche, Pierre Rabhi,… sont rendus vivants par des citoyens de plus en plus nombreux qui façonnent les alternatives de demain. C’est un motif d’espoir extrêmement important car la société civile, si on lui en laisse l’opportunité, peut être très créatrice.

Pendant des millénaires l‘Humanité a survécu et s’est même développée en manquant de tout et risque aujourd’hui de disparaître dans l’abondance la plus totale! C’est un paradoxe dont il faut tirer les conclusions le plus rapidement possible.  Notre modèle de société basé sur l’accumulation est morbide et aliénante. Avec l’humanitaire et les ONG qui se développent de façon toujours plus importante, nous sommes dans le modèle du pompier pyromane.  Nous avons l’humanitaire qui est un palliatif à notre manque d’humanisme. Même si dans les situations d’urgences, il est indispensable et constitue un bel exemple de la générosité et de l’amour que les Hommes peuvent avoir.

Montrer les coûts humains et écologiques réels de notre consommation est un moyen, non pas de culpabiliser, mais de prendre conscience que notre sacro-sainte liberté d’acheter, de voyager,… nous mène à notre perte et nous amène bien souvent qu’un bonheur limité et artificiel. « La joie ne s’achète pas, il faut la construire » Pierre Rabhi.

L’idée est de développer la responsabilité individuelle et collective. Nous sommes sur une planète limitée, il faut dont s’éduquer dès le plus jeune âge à l’auto-limitation et cela doit imprégner toutes les structures de nos sociétés. L’idée n’est pas de retourner à la bougie bien entendu mais de nous orienter vers un style de vie qui « accorde aux choses matérielles leur place propre et légitime, c’est-à-dire la seconde place et non la première » Ernst Friedrich Shumacher. L’enjeu n’est pas de fuir le plaisir ou la satisfaction ou de créer de la frustration mais de s’épanouir pleinement sans passer par les voies de la société de consommation. Un changement de paradigme est nécessaire, il faut changer radicalement sa vision de la réalité car le modèle n’est pas aménageable. Se mettre sur la voie du changement le plus vite possible est essentiel – il faut retrouver de la diversité culturelle, sociale, économique…

Par ailleurs, les alternatives doivent être accompagnées d’un changement de conscience individuelle et collective. C’est un point crucial car comme le dit Pierre Rabhi, « on peut manger bio, se chauffer aux panneaux solaires, se déplacer en vélo,… et exploiter son voisin ». Nos sociétés créent de l’insatisfaction artificielle, il nous faut donc combler un vide  et cela doit bien entendu passer par la consommation. Mais c’est un « puits sans fond si l’on ne travaille pas sur notre intériorité » et sur ce qui nous est vraiment nécessaire dans la vie.

Par ailleurs, pour accompagner la mise en place d’alternatives dans tous les domaines, il peut être intéressant de s’appuyer sur deux démarches qui serviront de détonateur:

– La réduction et le partage du temps de travail

– Mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence ou revenu de base

Cela permet de nous libérer du travail contraint pour participer à la transformation de la société. Selon un nombre croissant de scientifiques, c’est une question de volonté politique et non pas d’ordre comptable. Je renvoie sur ce point au reportage sur le revenu de base qui donne des explications sur la manière de financer un tel projet.

Pour Vincent Liegey, porte-parole du parti pour la décroissance,  » La première décroissance à réaliser est celle des inégalités. Les études sur les indicateurs subjectifs de bien-être montrent que le plus important n’est pas le niveau de confort matériel en lui-même mais le niveau des inégalités : plus les inégalités sont fortes, plus le sentiment de mal-être sera fort. Aller vers des sociétés matériellement frugales, écologiquement soutenables, cela ne veut pas dire revenir à la bougie. L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Retrouver aussi ce qui a été détruit : convivialité, solidarité, générosité ou encore le « buen vivir », ce concept de la « vie bonne » développé en Amérique latine. »

J’aime à imaginer le monde de demain et ses différentes communautés comme de gigantesques auberges espagnoles, où chacun apportera ses expériences, son vécu, où les concessions seront nécessaires mais où la joie apportée par le vivre ensemble dépassera l’égoïsme de chacun. Je suis persuadé que la complémentarité vaut mieux que la compétition et la concurrence. Et pour favoriser cela, l’éducation qui joue un rôle crucial doit revoir en profondeur ses méthodes d’enseignements.  Ces concepts et mouvements sont une invitation à aller plus loin dans les questionnements et à ouvrir des possibles pour sortir de la croissance. De nombreuses personnes ne se définissent pas comme décroissants mais partagent un certain nombre de valeurs, et tentent dans leur quotidien d’avoir un autre rapport à la consommation, au travail, un autre rythme de vie. Relier les initiatives et les citoyens qui ont décidé de construire autre chose, comme peuvent le faire en France le « Mouvement des Colibris » ou les « Artisans du changement » au Québec est un premier pas important.

Chacun de nous peut inventer le monde de demain et une civilisation plus humaine. Cela passe par des mesures concrètes mais doit impérativement être accompagné par un renouvellement philosophique et un changement en profondeur de notre rapport à notre environnement naturel et social. Cela commence par se changer soi même. Le dilemme actuel est que ces processus demandent du temps et que nous en avons de moins en moins.

Pour lire d’autres articles de Baptiste: http://perspectives21.wordpress.com/

L’évolution de ma réflexion sur la simplicité volontaire

Il fut un temps où j’estimais nager dans le courant de la simplicité volontaire à chaque fois que je balayais d’un œil sévère tous les coins et recoins de mon logement dans le but héroïque de séparer l’utile du superflu, de dire Oui aux besoins essentiels et Non aux frivolités.  

Mais je me suis vite rendue compte qu’il y avait un lien à faire entre le vacuum du grand ménage du printemps et la fièvre des soldes de juillet. Au bout du compte, je consommais davantage en me débarrassant des « frivolités » au printemps pour faire de la place aux autres trucs à acheter un peu plus tard. Objets qui deviendraient à leur tour, des « frivolités » au printemps suivant. Consommation, quand tu nous tiens! 

Une femme avertie en vaut deux. J’ai donc évolué. Et je me suis alors laissé charmer par la mode du design à la japonaise : murs dénudés, grands espaces vides, quelques matériaux « nobles », une plante grasse bien en vue. C’était beau. C’était reposant. Dans un monde constamment agressé par le bruit, la publicité, le tape-à-l’œil, il fait toujours bon de pouvoir revenir chez soi et de pouvoir y respirer à l’aise, de pouvoir y méditer et se recentrer. Le leitmotiv de cette période de ma vie, c’était : Distinguer les attractions profondes des distractions.  

Puis, c’est au fil de lectures et de contacts avec de belles personnes engagées socialement que j’ai ouvert les yeux sur une nouvelle approche : La simplicité volontaire comme moyen efficace de pouvoir faire face aux défis collectifs d’aujourd’hui. J’en suis rendue là aujourd’hui. La simplicité volontaire à plusieurs pour assurer la résilience de nos communautés lors des temps durs qui ne manqueront pas de venir à plus ou moins long terme. La simplicité volontaire = Se procurer l’essentiel de façon collective.

L’essentiel? Pour faire court, disons que l’essentiel, c’est : respirer, boire, se nourrir, se réchauffer, et se mettre à l’abri des animaux dangereux (!). Au plan psychologique et social, il est essentiel d’ajouter: « Aimer et être aimé ». « Aimer » impliquant de s’investir soi-même dans sa communauté (la res publica des Anciens) et « Être aimé »  ou Se sentir apprécié, en confiance, heureux, et fier d’appartenir à sa communauté locale (famille élargie, voisinage, quartier).

De façon collective? Nous vivons dans une société de consommation. Nous vivons aussi dans un monde d’individualistes : à chacun sa maison, son budget, sa piscine, son auto, ses problèmes personnels et des réponses personnelles pour ses problèmes personnels. L’esprit de compétition a remplacé la coopération, les bonnes idées et le talent servent désormais à « percer » sur la place publique  et l’on fait grand cas de tous ceux qui ont « réussi ». Struggle for life! Et Que les meilleurs gagnent! 

Or, si depuis la nuit des temps l’être humain survit, c’est à cause de l’entraide, de la solidarité. Nous sommes grégaires. Comme les loups, les abeilles et un tas d’autres bibittes. Avec ce qui s’en vient (changements climatiques, rareté du pétrole à bon marché, effondrement de l’économie telle que nous la subissons actuellement) nous n’avons plus le choix de nous préparer à retrouver les habiletés nécessaires pour être davantage « solidaires» que « solitaires ». Bref, avec ce contexte du capitalisme décadent, très vite, on se retrouvera avec une simplicité volontaire collective et joyeusement consentie -ou- avec une simplicité involontaire dans la contrainte de devoir vivre de nouveau avec d’autres …  sans s’y être préparés.

Cette nouvelle façon de voir la simplicité volontaire en répondant à nos besoins essentiels de façon collective, on la retrouve dans les Initiatives de Transition (Transition Towns). Quelles belles initiatives! Quelle énergie! Quel beau vent de changement au sein du climat social!  

En tous cas, cette approche renouvelée de  la simplicité volontaire me semble  mille fois plus intéressante  que celle qui a consisté, dans le passé, à me retrouver toute seule dans un 4 ½, assise devant mon garde-robe à me demander scrupuleusement quelles paires de souliers étaient de trop pour le look de l’appartement et pour le sort de la planète!