Archives pour la catégorie Uncategorized

Une invitation du Réseau québécois pour la simplicité volontaire.

Depuis quelques années, le mouvement de la simplicité volontaire fonctionne au ralenti, au Québec.  Et pourtant, nous sommes plusieurs à croire que la pertinence de la simplicité volontaire n’a jamais été si grande.  Au lieu d’attendre que nous soit imposée une simplicité involontaire suite à l’effondrement de notre civilisation, nous devrions choisir les moyens de vivre compatibles avec  notre survie sur Terre.

Chaque jour, la situation devient plus urgente; et pourtant, rien ne bouge vraiment; les efforts consentis portent sur la perpétuation de notre société de consommation, et non sur les changements importants qu’il faudrait apporter à nos sociétés. Notre mouvement devrait se donner comme objectif d’amener la population à prendre pleinement conscience de l’urgence de la situation et surtout de s’impliquer dans des actions concrètes. Mais ceci n’est pas facile, et c’est pourquoi je propose que nous formions un groupe de réflexion sur ce sujet, pour arriver à trouver quelle serait la meilleure stratégie pour atteindre notre objectif.

Le mandat du groupe serait le suivant : élaborer un manifeste qui montre la grande pertinence aujourd’hui de la simplicité volontaire pour l’environnement, pour la libération des individus, pour le développement de la résilience de nos communautés. Il faudrait aussi déterminer les moyens que nous pourrions prendre pour développer le mouvement et lui donner une place plus importante dans notre société.

Alors vous êtes invité-e à participer à une première rencontre de ce groupe, qui aura lieu le 7 avril prochain à 19h au café La Place commune (7669 avenue Querbes, métro Parc).  Lors de cet événement, nous définirons mieux le mandat du groupe et son mode de fonctionnement. Si vous prévoyez assister à la rencontre (ou pensez participer plus tard), veuillez me prévenir (<a href= »mailto:smongeau@ecosociete.org »>smongeau@ecosociete.org</a>) .

Serge Mongeau

Réseau québécois pour la simplicité volontaire

Échange courriel: Journaliste de La Presse et Réseau québ. pour la simplicité volontaire

Demande d’une journaliste de La Presse au Réseau québécois pour la simplicité volontaire 

Bonjour,

Nous avions été en contact il y a plus d’un an, alors que je cherchais des familles qui fêtaient Noël dans la simplicité, pour un reportage.

Je suis de nouveau à la recherche d’adeptes de la simplicité volontaire, plus précisément de gens qui ont volontairement réduit leurs revenus et réduit leur train de vie, par conviction. Le plus intéressant pour moi serait de trouver des personnes qui ont déjà eu des revenus élevés et participaient activement à la société de consommation, qui ont décidé de changer de mode de vie et qui pourraient nous expliquer leurs raisons et nous relater leur expérience.

Connaissez-vous des personnes correspondant à ce profil? N’hésitez pas à faire circuler ma demande et mes coordonnées dans vos réseaux.

Merci d’avance!

ISABELLE DUCAS  Journaliste, La Presse

 Réponse de Diane Gariépy (Réseau québécois pour la simplicité volontaire) 

Bonjour Madame Ducas,

Il semble bien que votre demande corresponde au grand rêve de bien des journalistes: organiser une entrevue avec un ou plusieurs individus ayant vécu une véritable conversion vers la simplicité volontaire avec un “avant” et un “après”.

Cette conversion spectaculaire existe probablement quelque part sur la planète puisque nous avons tous en tête le vécu de saint François d’Assise, de Gandhi, de Thoreau. Mais chez les simplicitaires du RQSV, nous observons davantage des changements continus, discrets, des processus menant à une évolution sur quelques années et même plus. À la racine de ces changements, les motivations sont diverses: des problèmes de santé, une perte d’emploi, et/ou une réflexion sur : “Est-ce que j’ai envie de vivre avec un collier d’esclave (perte de liberté de parole, de temps, de santé, de vie familiale) pour “jouir” d’une maison (trop grande), pour me complaire d’une image de réussite (faire plaisir aux parents) et me “rassurer” avec des assurances tous-risques qui ne m’empêcheront pas de mourir un jour?”

Le plus radical, se pourrait-il que ce ne soit pas le simplicitaire à conversion rapide, brutale, avec un “avant” et un “après” et qui vivrait comme un pauvre, dans sa bulle de pureté anti-consommation, mais celui-celle qui mettrait ses priorités à vivre le partage de façon communautaire, solidaire,  engagée? Car, enfin, nous sommes grégaires: nous avons besoin les uns des autres pour vivre ensemble. En ces années de capitalisme exacerbé, nous l’avons presque oublié. À force de consommer, nous croyons que nous pouvons vivre chacun pour soi en jouant des coudes pour gagner la compétition.

Le goût de modifier un peu votre recherche en ce sens?

Diane Gariépy

 

Les fiducies foncières communautaires : parce que la terre n’est pas une marchandise!

La spéculation foncière a rendu l’accès à la propriété, au logement locatif et aux terres agricoles de plus en plus difficile ces dernières années. Certaines familles engloutissent plus de la moitié de leur revenus pour se loger pendant que  d’autres personnes qui  aimeraient pouvoir  se consacrer à l’agriculture biologique n’y parviennent pas en raison du coût excessif des fermes ou y arrivent au prix d’un endettement important. Pendant que certaines personnes collectionnent les maisons de ville, les maisons de campagne, les chalets ou les  propriétés à revenus,  d’autres n’ont nulle part où loger. Des quartiers entiers sont construits sur des terres agricoles parmi les plus fertiles du Québec parce qu’il est plus payant à court terme d’y construire des maisons que d’assurer notre sécurité alimentaire. Les petites fermes familiales sont rachetées par des grandes entreprises ou des institutions financières qui  accroissent la productivité et les rendements par l’utilisation massive d’engrais chimiques et de pesticides, et ce pour enrichir les actionnaires et les dirigeants au détriment de la biodiversité, de l’environnement et du climat.

À l’heure où nos gouvernements ne semblent plus avoir, comme projet de société, que l’austérité à nous proposer, il est difficile d’entrevoir comment ces tendances pourraient être inversées?  Un livre qui vient de paraître aux éditions Écosociété pourrait nous fournir un outil important pour nous aider à prendre la relève d’institutions depuis longtemps impuissantes à nous assurer un abri et de la nourriture saine. Ce modèle, la fiducie foncière communautaire (FFC), qui vise à soustraire le sol aux marchés et à la spéculation, nous vient des Etats-Unis et commence à gagner du terrain même en Europe. Le  « Manuel d’antispéculation immobilière », est constitué de textes de plusieurs auteurs tirés de la monumentale anthologie The Community Land Trust Reader, sous la direction de John Emmeus Davis. Quelques textes sur les expériences européennes et l’exemple de l’organisme Protec-Terre au Québec complètent ce guide pratique qui intéressera quiconque veut sortir des logiques destructrices actuelles.

Le livre commence par une présentation de la philosophie et des penseurs qui ont permis à ce modèle de s’enraciner chez nos voisins du sud. On y découvre une histoire riche et passionnante avec des précurseurs comme Henry Georges ou Ebenezer Howard qui comprennent, dès la fin du XIXe siècle, l’importance de la propriété foncière dans l’accumulation de la richesse. On y fait la rencontre de Ralph Borsodi qui fonda une communauté au nord de New York avec une trentaine de famille dès 1936. On y découvre aussi Bob Swann, un activiste pacifiste, qui s’allie à Slater King, très impliqué dans la lutte contre la ségrégation raciale, pour  trouver une solution au « vaste problème des noirs chassés de leurs terres »[1]. Ils fondèrent ensemble New Community Inc. « une organisation sans but lucratif qui détiendra des terres dans une fiducie à perpétuité pour l’usufruit permanent des communautés rurales ».[2]

C’est une histoire semée d’embûches que celle des fiducies foncières communautaires. Elles ont  fini par essaimer pendant les années 80, grâce aux efforts d’un grand nombre de personnes. Plusieurs organisations aidèrent à diffuser et promouvoir le modèle à l’aide de livres, films, trousses de formation et de documents-types. Ces organismes ont réussi à faire inclure dans une loi fédérale, en 1992, la définition d’une FFC, facilitant la dissémination du modèle et permettant l’utilisation de sommes versés par le gouvernement fédéral en soutien au logement abordable. On apprend, dans un chapitre ultérieur, que le modèle de FFC arrive à loger près de deux fois plus de gens que les subventions classiques d’aide à l’accession à la propriété.

Plusieurs pages sont consacrées à éclairer les différentes manières d’envisager l’intendance de la terre depuis l’émergence de l’agriculture. Une petite histoire de la propriété privée et publique, hier et aujourd’hui, rappelle que deux visions de la terre s’entrechoquent depuis les débuts de la civilisation. L’une de ces visions prédomine pour le moment. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, 75% des terres privées sont détenues par 5% de propriétaires fonciers. Cet accaparement est parfois le fait d’individus mais ce sont surtout des compagnies et des grandes entreprises qui achètent de larges portions du territoire.  Souvent éloignés ou absentes, ces entreprises privent les communautés du pouvoir de décision quant à l’usage qui est fait des territoires qu’elles habitent.

La FFC vise à résoudre ces problèmes en détenant « des terres et des terrains au bénéfice d’une communauté et des individus qui la composent. »[3] En plus de retirer les terres et les terrains du marché, la FFC  met l’accent sur l’autonomisation des communautés et  l’apprentissage d’un usage respectueux de la terre. La structure démocratique des FFC et la composition particulière du conseil des fiduciaires distingue celle-ci des autres types de fiducies. En assoyant ensemble « des personnes qui résident sur le terrain détenu par la FFC, de personnes qui résident à l’extérieur de la FFC, mais dans la communauté environnante, et de personnes représentant l’intérêt public », [4] la FFC n’est ni une commune, ni une enclave.

 

La partie suivante nous présente les principes tels que la redistribution de la plus-value et les différentes manières dont on peut les appliquer.  Le partage des responsabilités et des risques, la protection de la qualité des habitations ou des sols, l’importance d’éduquer les membres à la bonne intendance sont d’autres considérations détaillées dans ces chapitres. On nous y relate aussi le développement de deux fiducies agricoles, soit la ferme Caretaker au Massachusetts et la ferme Cadet-Roussel à Mont-Saint-Grégoire. On y comprend l’importance de préserver les fermes pour les fermiers plutôt que pour la construction de nouveaux quartiers ou pour les besoins des villégiateurs. Les difficultés et les défis de la perpétuité ainsi que les échecs, rare mais jamais impossible, évitent de donner l’illusion que la FFC est une solution magique et facile à implanter.  La dernière partie dresse une esquisse des Community Land Trust en Belgique et en France.

Le  « Manuel d’antispéculation immobilière » est un guide qui donne de l’espoir. Il nous démontre que la résistance aux sirènes de la marchandise peut porter fruit. En mettant un terme à la spéculation et en empêchant les sols d’être revendus, les FFC peuvent offrir une alternative à long terme au problème de l’accaparement des « Communs » par quelques-uns. Ce qui  nous a été enlevé, nous pouvons le reprendre. Que ce soit l’usage respectueux de la terre, la réappropriation de notre droit de parole ou celui d’être responsable envers les générations futures. Ce livre est décidément à lire.

 

P.S. : Le GRIP-UQAM et  Aliments d’ici, en collaboration avec Protec-Terre,  tiendra une journée d’information sur les fiducies foncières communautaires le 30 novembre 2014 à la salle de la Chaufferie de l’UQAM au 145 avenue du Président Kennedy à Montréal. L’événement débutera à 12h00 pour se terminer vers 17h00. Plus d’infos en suivant ce lien :

 

http://alimentsdici.info/fiducies30nov

 

 

 

 

 

 

 



[1] John Emmeus Davis et autres, Manueld’antispéculation immobilière, Une introduction aux fiducies foncières communautaires, Editions Écosociété, Montréal, 2014. P. 31

[2] P. 34

[3] P.77

[4] Idem p.77